mardi 9 juin 2015

« L’intelligence a quitté le Togo », KPOGLI Komla

Camus Ali de Lynxtogo.info a réalisé ce week-end un entretien avec M. Komla Kpogli, Secrétaire général du MOLTRA (Mouvement pour la Libération Totale et la Reconstruction de l'Afrique). Voici l’intégralité de cette interview dense et riche dans laquelle, M. Kpogli donne sa lecture sur la présidentielle d’avril dernier et les perspectives d’avenir aussi bien au Togo qu’en Afrique.
Bonne lecture.


Lynx.info : Bonjour compatriote Kpogli. D’abord, une question d’ordre personnelle. La famille Gnassingbé dirige le Togo depuis quarante-huit ans. Avez-vous une idée de ceux ou celles qui dirigent quant à elle la famille Gnassingbé ?

KPOGLI Komla : Les Gnassingbé au pouvoir dans le territoire du Togo sont de cette « élite indigène qui collabore à l’exploitation de l’Afrique ». Une « élite » fabriquée de toutes pièces par les colonisateurs en vue de maintenir l’Afrique et ses peuples dans le rôle de pourvoyeurs de matières premières de toute sorte et de consommateurs des produits finis venant des Métropoles. 
Si le père Gnassingbé 1er a régné par le fer, le feu et l’argent, le fils Gnassingbé 2 qui est la continuité de son géniteur utilise, précisément après le viol initial de 2005, le fer et le feu en ultima ratio. Tout est question d’héritage. Mais le successeur, aussi bien entouré que son prédécesseur, joue avec son époque. Il utilise des armes plus discrètes mais tout aussi redoutables : Aussi souvent que possible, Gnassingbé 2 renouvelle sa cour en y faisant venir des jeunes diplômés et qui savent manier le novlangue, cet art d’adopter un langage convenu et rigide dans le but de dénaturer la réalité ; il laisse les réseaux maçonniques et autres sectes prospérer et se voit remercier en retour ; il positionne des snipers qui veillent nuit et jour sur internet et les réseaux sociaux ; il utilise énormément le pouvoir de l’argent qui corrompt absolument ; il bâtit des réseaux de clients un peu partout ; il repère, recrute et fait monter des jeunes dans les quartiers, dans les villages et des villes à qui il offre des facilités de voyages et des opportunités dites d’affaires et il fait de ces jeunes qui « réussissent » et qui voyagent à Changaï, Hong Kong, Dubaï…des aimants devant attirer dans leurs escarcelles d’autres jeunes désirant eux aussi « réussir » ; il laisse une coudée assez franche à certains jeunes fidèles au sein de l’armée qui, profitant de leurs positions, disposent de sociétés de sécurité, de crédit à la consommation, de l’immobilier, de trafic de drogue, de communication… ; il a réussi à caserner des « journalistes » qui sont devenus ainsi des mercenaires de la plume et de la parole au profit de leur père nourricier, Gnassingbé 2.
Gnassingbé 2 sait adopter un langage courtois et larmoyant s’il le faut. Mais cette flexibilité tactique répond à une rigidité stratégique qui est de ne pas perdre le pouvoir tant que ne survient pas une insurrection populaire bien organisée.

Lynx.info : La durée au pouvoir d’un homme politique est la preuve de sa force sur ses adversaires selon Nicolas Machiavel. Cette loi s’applique-t-elle à Faure Gnassingbé ?

KPOGLI Komla : Dans une réflexion publiée en mai 2014, nous disions que Gnassingbé 2 dispose des moyens énormes de son pouvoir de nuisance. Nous énumérions alors certains de ces moyens. Mais ce qui fait véritablement la force de Gnassingbé 2 c’est la désorganisation collective chapeautée par une « Opposition » qui, par principe, analyse très mal la situation des africains du Togo dans un cadre africain resté colonial, étant entendu que les luttes pour l’indépendance des territoires africains furent court-circuitées par une épidémie de proclamations festives organisées par les Métropoles en faveur d’une « élite indigène » montée de toutes pièces. Et, là où les luttes armées aboutirent à l’indépendance, très tôt, des coups d’état, des rébellions et des irrédentismes ethnico-religieux montés en épingle décapitèrent la marche naturelle vers le progrès autonome. Dans cette ambiance, la force de ceux qui sont au pouvoir est essentiellement due aux maîtres à qui ils jurent loyauté à toute épreuve. La désorganisation collective cumulée à la détestation des esprits lucides et au manque de formation politique facilite le reste.

Lynx.info : Chez nos confrères de Jeune Afrique, Faure Gnassingbé dit qu’il ne veut pas s’éterniser au pouvoir. L’analyste politique que vous êtes y croit-il ? 

KPOGLI Komla : Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Comme nous le disions tantôt, Gnassingbé 2 et sa cour savent parfaitement manier la langue de bois et le novlangue. 
Mais, au-delà de ce constat de base, il faut dire que nous avons de gros problèmes au Togo. Puisque selon les chiffres mêmes des offices de Jean-Pierre Fabre, Gnassingbé 2 recueillerait 43,9% des suffrages exprimés contre 52,20% pour lui-même. Ce qui signifie que presque 4,5 sur 10 togolais qui s’étaient déplacés pour « voter » le 25 avril 2015 sont pour que le RPT continue à chaperonner le pays, après 50 ans de traversée du désert sous les Gnassingbé. Ceci est très grave et montre l’état de la conscience populaire face aux enjeux. Cette situation extrêmement préoccupante démontre que le travail de formation et de conscientisation n’est pas totalement fait, que ce qui était acquis est en train de se fondre sous nos yeux et que pas mal d’africains du Togo restent à convaincre sur le caractère absolument handicapant du système en place et ses alliés. 
Pour aller plus loin, ces chiffres issus, précisons-le, des services de Jean-Pierre Fabre, constituent une remise en cause de certaines croyances dont les causes ont besoin d’être analysées sereinement en vue d’en formuler les remèdes. Car, là, il s’agit d’une remise en selle du RPT et de Gnassingbé 2. Quelle en est l’origine ? Qui en portent la responsabilité ? Comment ? Pourquoi ? Au-delà de l’achat de consciences, de bourrage d’urnes et fraudes en tout genre, opérés par le RPT et Gnassingbé 2, il faut absolument se poser ces questions. 

Lynx.info : Selon vous, Faure Gnassingbé est-il conscient qu’on ne peut diriger un pays avec plus de la moitié des électeurs qui est restée chez elle le jour du vote ?

KPOGLI Komla : Avec votre raisonnement, peu de régimes politiques à travers le monde tiendraient. Il y a bien de pouvoirs mal élu et peu populaire qui gouvernent leur pays. Là n’est pas la question avec Gnassingbé 2. 
Pour Gnassingbé 2 tout est question d’apparence, de tromperie, de ruse et de violence ouverte ou diffuse. Etant donné que son pouvoir est la négation même de la volonté populaire, à l’instar de celui de son père dont il est le continuateur, il est évident qu’il se contrefiche totalement de ce que font les togolais le jour du vote-spectacle trompeur ou pas.

Lynx.info : Le troisième mandat que les Etats-Unis et la France refusent de voir en RDC avec Kabila Joseph voire au Burundi se fait au Togo avec un silence de la France. Comment vous l’expliquez ?

KPOGLI Komla : Ce qui guide la politique internationale telle que les Occidentaux la pratiquent depuis la nuit des temps, c’est ce qu’on appelle les intérêts. Partant de ce principe, aussi bien là où les pays que vous venez de citer revendiquent bruyamment le changement, que là où ils se taisent ou plaident en faveur de « la stabilité », ils poursuivent le même objectif. L’idée directrice de l’action ou de l’omission de ces pays et des autres qu’on nomme les « puissances émergentes » est la même. Il s’agit d’une constance : conserver le système de prédation et même l’améliorer, avec ou sans l’utilisation des populations et surtout de leur désir de changement afin d’obtenir ou pas des changements de personnes dans la continuité du système.

Lynx.info : Sur votre page Facebook, le monde entier lit ceci : « Quand Bolloré va bien, les africains se portent très très bien ! Quand Bolloré est rassasié, les Africains, le ventre vide, peuvent estimer avoir très bien mangé ». Mais, au Togo Bolloré construit des écoles et dispensaires…

KPOGLI Komla : Les vrais bandits savent que le moyen le plus efficace pour faire perdurer et élargir leur entreprise criminelle se trouve dans la redistribution d’une partie des fruits de leur rapine. C’est ainsi que bandits gagnent la sympathie et même la protection du public qui en est la victime.
L’empire Bolloré, c’est un chiffre d’affaires de 10,6 milliards d’euros en 2014. 
Présent en Afrique depuis 50 ans, Bolloré confisque littéralement les secteurs des transports (routiers, maritimes, ferroviaires), de l’énergie, de la communication, de la construction, de l’exploration des mines, de la distribution des produits de consommation, de la logistique en matière de santé, de la gestion des produits agricoles comme le café, cacao…Bolloré c’est aussi de gigantesques terres agricoles acquises en Afrique où les paysans sont chassés manu militari ou contre de maigres sommes d’argent dans des opérations d’achats obtenus par des manoeuvres dolosives, le tout protégé par les textes de l’OHADA que les africains considèrent naïvement comme une harmonisation africaine du droit des affaires, alors même que l’ancien ministre de la coopération Jacques Godfrain dit lui-même qu’il en est l’inventeur. Jacques Godfrain dit lui-même que l’objectif de son bébé OHADA consiste à faciliter le capital français voire occidental opérant dans les territoires africains. Malgré cela, des africains disent que ce sont eux qui l’ont inventée pour les intérêts africains. Passons !
Donc quand Bolloré prélève quelques millièmes de ce qu’il vole en Afrique pour offrir quelques bâtiments scolaires et sanitaires en Afrique, c’est qu’il s’achète les africains avec une infime somme de leur propre argent. Et ceci est tout bénéfique pour lui, car Bolloré apparaît ainsi aux yeux des africains naïfs et sans ambition comme un bon samaritain envoyé par le bon « Dieu des blancs » pour servir de l’eau à des « peuples primitifs », assoiffés dans le désert. 
La générosité du voleur qui prélève une infime partie, déductible d’ailleurs des impôts qu’il paye à son pays natal, de ce qu’il ravit à ses victimes par le biais de ce qu’on appelle naïvement ou cyniquement les « dons de Bolloré » n’est rien d’autre qu’une injure à l’intelligence humaine. Mais, il se trouve plein d’africains à vénérer ces « dons ».
Il faut qu’une nouvelle génération d’africains naisse et comprenne ce que sont les enjeux et pourquoi les Occidentaux et leurs « amis » émergents disent tous que « l’Afrique est notre avenir ». 

Lynx.info : Le plan B de Faure était visible avec le logiciel SUCCES, la France, la CEDEAO, Alassane Ouattara…Finalement l’échec de l’opposition à toutes les joutes électorales n’est pas aussi dû à un manque de lobby à l’international ?

KPOGLI Komla : Les africains doivent cesser de se mentir à eux-mêmes. Ceci est la condition première de leur renaissance. Cesser de se mentir à soi-même permet de faire le bon diagnostic et de se dire des vérités aussi cruelles soient-elles. 
Il faut le dire et le redire : il n’y a pas d’Etat en Afrique. Tant que les africains ne vont pas s’organiser autour d’un leadership alternatif, complètement à l’opposé des critères occidentalistes qui fondent la notion de leader dans l’Afrique actuelle, pour livrer un combat méthodique de libération, dans la discipline et dans toute la gravité requise, eh bien, nous allons continuer à nous mouvoir cyclothymiquement dans le vide. C’est vous dire qu’il relève de schizophrénie collective que de prétendre organiser des élections ou aller à des élections là où l’Etat n’existe pas encore. 
Ce qui est pompeusement appelé les Etats africains n’est rien d’autre que des enclos coloniaux ébauchés à la conférence de Berlin de 1884-1885 et définitivement élevés par des accords entre puissances coloniales sur le terrain africain à la suite des conquêtes militaires ayant décapitées les structures royales africaines et toute l’organisation sociale locale préalablement dynamitées surtout par des siècles précédents de razzias négrières transatlantiques.
Les oppositions africaines sont donc à venir. Elles sont devant. Les structures que vous appelez « Opposition » actuellement ne sont rien d’autre que des copies conformes du « Pouvoir en place ». La différence fondamentale entre les deux blocs résidant dans le fait que les uns sont au pouvoir colonial, alors que les autres se battent pour le capter. Encore que plusieurs couloirs d’argent, de fraternité maçonnique, d’alliances, de fréquentations et d’écoles de pensée facilitent l’imbrication des uns dans les autres.
Lorsque les oppositions authentiquement africaines naîtront, armées d’une vision stratégique et des tactiques adaptées au problème global de l’Afrique, il ne sera pas question d’un fameux « manque de lobby à international ». Il sera question plutôt d’organiser le peuple africain de quelque territoire qu’il soit afin qu’il fasse l’histoire pour ne plus avoir à la subir. Ceci implique un coût et des sacrifices. 
Les peuples qui paient courageusement et dans la discipline le prix de leur liberté sont ceux qui savent mieux l’entretenir et davantage ce sont ceux qui reconquièrent de haute lutte leur espace, dont la maîtrise est perdue à un moment donné de leur histoire, pour le rebâtir sur le roc de leurs valeurs endogènes revisitées. Laissons donc où ils doivent être le bluff et le ridicule qui nous font dire que si les élections trompe-l’œil ne débouchent pas sur le changement de personnes (dans la continuité du système) c’est parce que les « oppositions » autoproclamées en Afrique n’auraient pas fait du lobbying. Les faits montrent d’ailleurs le contraire de cette idée fausse à tout point de vue, car les « Opposants » n’ont de cesse de dire qu’ils ont des soutiens extérieurs, des partenaires à l’international et qu’ils effectuent régulièrement des tournées d’explication et de « lobbying » en Occident et ailleurs en Afrique.
Disons aux africains qu’ils n’ont rien à attendre du « lobbying à l’international ». Disons-leur qu’ils ont trop regardé vers l’extérieur et que de ce côté là, il n’y a que des loups à faire entrer dans la bergerie africaine déjà remplie d’anacondas et de hyènes dont les victimes ne sont plus à dénombrer. Disons leur enfin qu’il est plus que temps de s’autocentrer et de s’organiser en interne, avec nos propres armes avant tout pour nous libérer et redonner, après un travail acharné, structuré et organisé dans l’espace et le temps, à notre Afrique la place qu’elle mérite dans l’histoire de l’humanité.

Lynx.info : Après la France, c’est l’Eglise catholique qui félicite Faure Gnassingbé pour sa réélection. Peut-on dire en résumé que ce que la France et l’Eglise catholique veulent, le Togo le veut ?
KPOGLI Komla : Il ne faut pas donner de l’importance aux choses qui n’en ont pas. Qu’untel ou unetelle ait choisi de féliciter le crime ou de l’habiller d’une soutane blanche, peu importe. Tout ceci n’est que la traduction d’une petite partie des alliances que Gnassingbé 2 noue et a noué patiemment. Dans un texte daté du 09 mai 2014 et intitulé « Comment et avec quels moyens Gnassingbé II compte-t-il franchir le cap de 2015 et aller au-delà ? », nous montrions schématiquement ces jeux d’alliances. Vos lecteurs peuvent s’en référer.
Pour le reste, ce qui compte, à l’heure actuelle, c’est de travailler à faire émerger un leadership alternatif suffisamment éclairé et courageux pour conduire avec les moyens appropriés l’action libératrice et de reconstruction dans la discipline et la rigueur.

Lynx.info : Comment expliquez-vous que Faure Gnassingbé soit subitement pour une grande partie des opposants togolais plus fréquentable que Jean-Pierre Fabre ?

KPOGLI Komla : D’abord, bon nombre de ceux que vous osez appeler « Opposants togolais » ne sont qu’une bande de jongleurs, d’aventuriers, de menteurs et d’acteurs au sens théâtral du terme. La plupart sont des pantins qui tiennent des rôles sur une scène dressée à eux. Ce sont des professionnels du ventre qui camouflent toute leur misère dans les costume-cravates à deux sous. Ils n’ont pas d’idées. Et ils n’ont même pas conscience des défis que notre peuple doit relever. Pour s’en convaincre, il suffit de les écouter parler. L’amour que beaucoup parmi ces gens ont pour les africains du Togo s’évalue en billets de banque qu’ils encaissent après chaque vomissure sur un collègue « opposant ».
Ensuite, il y a une part de lâcheté dans tout ceci. Et, tant que la lâcheté n'est pas elle-même attaquée, elle trouve toujours de grandes vertus au crime. La lâcheté qui est parente à la courtisanerie bénit le crime et livre une attaque en règle contre toutes les personnes qui, maladroitement ou pas, le combattent.
Enfin, il y a là, comportement de chien du jardinier qui, ne pouvant pas manger de la laitue, empêche cependant les autres d’en prendre. Il s’est développé depuis les années 90, pour faire court, dans le territoire du Togo et ailleurs en Afrique, une mentalité de « si ça n’est pas moi, alors, que le tyran reste ». Cette mentalité est destructrice et elle le sera davantage. Car, à force de se tirer dessus au sein du camp des « Opposants », les seuls qui vont bientôt rester debout, si ce n’est d’ailleurs déjà pas le cas, ce sont Gnassingbé 2 et sa bande.
La vérité est que l’intelligence a quitté le Togo. Les personnes qui pensent et parlent tout aussi vrai que juste sont injuriées, ridiculisées, moquées, traînées constamment dans la boue ou ostracisées. Les habiles, les manœuvriers, les courtisans, les bêtes, les méchants, les trompeurs, les prédicateurs de « fais ce que je dis et non ce que je fais », les vendeurs d’illusions, les opportunistes, les rusés, les cyniques et les moralistes du « manges et tais-toi » ou du « toi aussi prends ce qui te tombe sous la main et tais-toi », ou encore du « le pays est comme ça quand nous sommes nés et ce n’est pas toi qui y changeras quoi que ce soit » règnent en maîtres actuellement au Togo. C’est un véritable printemps de la vermine que traverse le pays.
Vous pouvez être certain que lorsque la bible, le coran, les églises, les mosquées prolifèrent dans une société, c’est que la corruption morale et matérielle a déjà atteint le sommet et n’ira qu’en montant. Ca n’est que lorsque les africains reviendront à leurs valeurs culturelles intrinsèques qu’ils feront autre chose que ce qu’ils font actuellement.

Lynx.info : Pour l’ex premier ministre Agbéyomé Kodjo, l’échec de l’opposition était prévisible. Il justifie son argument par l’absence d’une candidature unique. Une candidature unique de l’opposition aurait-elle suffi pour chasser Faure Gnassingbé du pouvoir ?

KPOGLI Komla : Cette idée relève du pur sophisme. Elle est trompeuse. Il faut s’écarter de tout ceci et insister plutôt sur la vraie nature de la lutte que les africains, y compris ceux du territoire du Togo, sont appelés à mener. Il s’agit d’une lutte de libération. Toute idée d’élection qui aurait pu être gagnée si « l’Opposition » électoraliste avait positionné un seul candidat face au tyran est une banalité à raconter aux enfants pour les faire dormir. 
Il faut le redire : là où il n’y a pas d’Etat, c’est-à-dire un pouvoir organisé qui dirige un peuple de citoyens sur la base des coutumes et traditions codifiées sur un territoire, avec des sanctions prévisibles pour tous à l’appui, l’on ne peut parler d’élection. Mais, l’homme dont vous parlez étant de cette « élite indigène qui collabore à l’exploitation de l’Afrique », il est tout à fait normal qu’il considérât le territoire du Togo comme un Etat déjà constitué, fonctionnant normalement et où ceux qui sont au pouvoir n’y sont que par la volonté populaire. C’est une question de paradigme. Et c’est la raison pour laquelle nous disons aux africains de rechercher à présent un nouveau leadership qui ne soit plus celui en qui ils ont cru et continuent de croire, parce que fabriqué par l’école coloniale et l’industrie paperassière des « universités prestigieuses » occidentales d’où sortent des individus moulés, déglingués et largués en terre africaine avec une feuille de route consistant à rogner les pieds aux africains pour les faire entrer de force dans les chaussures libérales, néolibérales, socialistes, communistes, socio-démocrates transportées dans leurs valises. Les solutions pour l’Afrique ne viendront pas de la Sorbonne ou de Oxford.

Lynx.info : Vous croyez encore en la bonne volonté de Faure Gnassingbé à faire des réformes institutionnelles comme institutionnelles quand le président de la cour constitutionnelle parlait de son deuil dans une interview avant les élections ?

KPOGLI Komla : Les personnes qui récitent cette litanie de « réformes institutionnelles et constitutionnelles », « réformes institutionnelles et constitutionnelles » sous une tyrannie égarent notre peuple au Togo. Les Gnassingbé n’ont fait, ne font et ne feront aucune réforme. Si les « Opposants », « Leaders » qui chantent la litanie des réformes nécessaires ne cernent pas cette donnée première, il va de soi qu’au lieu d’être une part de la solution, ces « Opposants » soient plutôt une grande partie du problème. On ne peut suivre ou promouvoir des idées erronées et des personnes qui les portent tout en regrettant l’impasse dans laquelle elles mènent ou dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. A moins d’aimer l’automutilation, les africains du Togo ont le devoir de s’en désolidariser et travailler à faire monter au créneau un leadership alternatif qui replace la situation locale dans le contexte général d’une Afrique restée colonisée à la suite des indépendances fictives. C’est-à-dire, dans le cadre d’une lutte pour la libération à mener par les populations, avec les moyens et les structures qu’ils ont à leur disposition et portés à leur efficacité optimale par un leadership ayant une vision d’ensemble et les tactiques convenables, le tout avec un calendrier maîtrisé. 

Lynx.info : Comment expliquez-vous que même les recommandations de la commission Vérité réconciliation du prélat Nicodème Barrigah soit restées lettre morte ?

KPOGLI Komla : La nature du régime en place en est une raison.
L’autre en est qu’un peuple ne peut prétendre à la justice sans avoir d’abord l’Etat qui est une conquête. Le droit à la vérité des faits, à la justice, au compte rendu par les dirigeants au peuple qu’ils gouvernent ne tombe pas du ciel. Ce sont des conquêtes avant d’être des institutions constamment améliorées et renforcées. Sans avoir livré ce combat, a priori, un peuple ne peut que s’illusionner avec les rapports, recommandations et autres discours des commissions, des groupes de travail, des comités de ceci ou de cela mis en place par le tyran et ses alliés qui le régentent. Gnassingbé 2 et sa bande, en truands expérimentés pour qui l’apparence des choses est d’abord ce qui est recherchée, savent parfaitement que la mise en place de Commissions, comme celle de Monsieur Barrigah, est largement suffisante en soi pour eux. C’est une question d’image pour le régime. Tant pis pour les esprits qui, par malentendu, croient en une autre chose.

Lynx.info : Rodrigue Kpogli Merci

KPOGLI Komla : C’est nous qui vous remercions.

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info, le 7 juin 2015

dimanche 31 mai 2015

"Gnassingbé 2 ne voit pas encore poindre à l’horizon un soulèvement populaire qui va directement s’attaquer aux centres névralgiques de son système."

Gnassingbé 2, l'homme qui succéda à son père qui lui a dit avant de mourir de "découper 10.000 togolais à la machette pour conserver le pouvoir plutôt que de le perdre pacifiquement"













Lynx.info : Bonne et heureuse année 2015, Komla Kpogli.

Komla KPOGLI : Voici un très bon sujet pour entrer pleinement dans notre conversation : les vœux. Les Bons vieux vœux ! 

La présentation mécanique de vœux en début de chaque année a quelque chose de barbare dans le contexte qui est le nôtre. On pourrait même dire que c’est inhumain. Car, on ne peut continuer à se souhaiter une « bonne et heureuse année » dans un peuple qui ne voit aucun changement réel et maîtrisé dans sa vie depuis si longtemps. C’est répétitif pour un rien. On a assez joué au perroquet. L’homme révolté n’a pas à se plier à une tradition vise de sens. Nous pensons que l’africain n’est pas assez révolté. En tous cas, il n’exprime pas assez sa révolte.
En ce qui nous concerne, nous sommes sortis depuis un bon moment déjà de ce qu’on appelle « la tradition des vœux ». Nous nous limitons au strict minimum en la matière. 

Même si, aux yeux de beaucoup, il est sympathique et jovial d’aligner des vœux pieux, des mots sans aucune profondeur, nous disons que de cette sympathie là, nous n’en voulons. 
« Bonne et heureuse année », ça n’est pas pour un peuple au front pour son émancipation. C’est pour ceux qui ont le ventre rempli et qui ont des rêves. Il ne faut plus, par pur conformisme, se mentir à soi. Quelle bonne et heureuse année pour un africain conscient, frappé quotidiennement par la douleur de voir l’état catastrophique actuel de son peuple et l’avenir de son peuple ruiné ? L’état général de notre peuple ne nous permet pas de nous gargariser de ce conformisme là.

Alors, cher compatriote Camus Ali, pour cette année 2015, au lieu du mécanique « bonne et heureuse année », souhaitons-nous et allons sincèrement vers plus de courage, plus de compréhension des enjeux de notre temps, plus d’engagement militant, plus d’organisation, plus de solidarité et moins de haine et de détestations gratuites entre africains afin que notre combat pour une nouvelle Afrique, maître de son destin parce que arrachée des griffes des « élites indigènes » qui la gouvernent actuellement sous la direction de leurs mentors euraméricains, se traduise par des actes et des victoires.
Lynx.info : Faure Gnassingbé, le dimanche 11 janvier 2015 était en France pour défiler aux côtés de François Hollande suite à la mort des journalistes de Charlie Hebdo…. 

Komla KPOGLI : Il n’était pas seul. Outre Gnassingbé 2 du territoire du Togo, il y avait aussi Ibrahim Boubacar Keita du territoire Mali, Macky Sall du territoire du Sénégal, Yayi Boni du territoire du Bénin, Ali Bongo du territoire du Gabon, Mahamadou Issoufou du territoire du Niger. Le premier ministre de la Tunisie était lui aussi de la partie. Tous ces gouverneurs de territoire qui se proclamaient dans les rues parisiennes ennemis jurés du terrorisme sont eux-mêmes l’incarnation du pire terrorisme qui soit. Ces gens-là bouffent leurs frères de sang et vont défiler à Paris à la suite de la tuerie de 20 personnes. 

Depuis que les africains meurent, avons-nous une fois vu ces détraqués mentaux faisant office de dirigeants africains s’émouvoir ? Demandez-vous pourquoi ? Jusqu’à la preuve du contraire, les terroristes ne pleurent pas leurs victimes. Exécutant froidement les africains ou les laissant mourir de diverses manières, ces assassins ne peuvent pas les pleurer. Mieux encore, dans la petite tête de ces gnomes, la vie d’un occidental vaut plus chère que celle des africains. C’est une question de psychologie. Mais, c’est aussi et surtout une question de politique, de petite politique opportuniste. Celle qui consiste à se fendre en quatre pour montrer à ceux qui détiennent véritablement les clés du pouvoir africain qu’ils sont d’une fidélité à toute épreuve. Ainsi, voient-ils cette fidélité démontrée, cette loyauté bébête, convertie en confiance renouvelée par le maître. En tous cas c’est ce qu’ils espèrent. C’est le propre des esclaves formellement affranchis et pourvus du pouvoir de contremaîtres sur leurs congénères que d’être extrêmement sensibles à la moindre gêne éprouvée par le maître. Ils la pressentent même à sa place.

En voyant ces gens-là courir nuitamment à Paris, braver le froid hivernal et défiler dans les rues parisiennes, l’on ne peut s’empêcher de les mépriser, car ils sont plus que méprisables. Telle doit d’ailleurs être la réflexion des français, de leurs dirigeants et de tous les autres dirigeants européens qui étaient à cette manifestation. 

Ceux qui doutaient encore de la réalité de la Communauté franco-africaine imaginée par De Gaulle sont, il faut l’espérer, à présent servis. Il faut donc que les africains redoublent d’ardeur, de mobilisation contre ces gens qui n’ont de cesse de ridiculiser, d’enfoncer notre peuple. Avec de tels personnages, l’Afrique ne va et n’ira nulle part. 

Mais, il faut ajouter que les peuples, aussi profonde que soit la rupture qu’ils ont avec leurs « dirigeants », gardent tout de même avec eux quelques ressemblances. Une pensée populaire du Togo ne dit-elle d’ailleurs pas qu’un blanc mort vaut deux fois mieux que deux noirs vivants ? Au Kamerun, par exemple on dit : « Mukala obotè wadapè wanga ? », c’et-à-dire « si tu tues le blanc où vas-tu trouver encore du sel ? ». Bref, c’est pour dire que la vie d’un Occidental est supérieure à celle des africains. Les razzias négrières et la colonisation sont passées par là. Raison pour laquelle on a vu beaucoup d’africains se mettre à leur manière en deuil pour Charlie Hebdo. Chose pourtant rare quand il s’agit des drames innombrables qui frappent quotidiennement notre propre peuple.

Lynx.info : M. Komla Kpogli, parlons un peu du processus électoral au Togo. On sait que Mr Taffa Tabiou n’avait pas été à la hauteur de sa tâche en 2010. Comment expliquez-vous le silence voire la confiance de l’opposition de le revoir à la tête de la Ceni ?

Komla KPOGLI : C’est à « l’opposition », comme vous l’appelez, de répondre à cette question. 

En ce qui nous concerne, et nous l’avons suffisamment dit, les élections dans le contexte africain actuel c’est du foutage de gueule, un pur folklore, un mensonge et une double injure faite à l’intelligence des peuples et aux lois de l’histoire. La vérité est que, c’est juste un rappel, nous n’avons pas d’Etat en Afrique. Or, c’est l’Etat qui organise les élections, avec un arsenal juridique localement maîtrisé. Ce qui fait office d’Etat dans les territoires africains, c’est une construction venant d’extérieur. C’est l’Etat colonial confié à une élite indigène préparée pour maintenir l’Afrique dans son rôle à présent millénaire de pourvoyeur des pays dominants en ressources énergétiques, en matières premières minières et agricoles, ces pays se réservant leur transformation en produits finis qui multiplie les richesses. Cet Etat africain est un monstre. Il n’est doté, et c’est fait à dessein, d’aucun instrument pouvant tenir compte de ce que veulent les populations. Celles-ci n’ont donc pas de rôle réel dans la dévolution du pouvoir.

Pour faire encore plus clair, les actes étatiques de souveraineté – les élections en sont un - ne peuvent pas devancer la naissance même de l’Etat. C’est pourquoi les africains se trompent de chemin en revendiquant des élections avant d’avoir démoli le cadre colonial qui se gargarise de son indépendance fictive. Mais comme beaucoup semblent venir de la planète Mars et se dirigent vers une destination inconnue dans un monde qu'ils refusent obstinément de scruter, on ignore tout ça ou on fait semblant de l’ignorer. Avec des « Etats » pareils, l’Afrique se fatigue pour rien. Elle ne va et n’ira nulle part. Elle aura beau changer les hommes et les femmes qui prétendent la gouverner, incessamment piteux seront les résultats. C’est une loi de l’histoire : un peuple soumis, dominé et placé sous tutelle se libère d’abord avant de progresser. 

La révolution précède l’élection. Allons demander aux chinois que nous admirons tant aujourd’hui ce qu’ils avaient fait avant d’être là où ils sont aujourd’hui. Encore que les chinois, après avoir fait plusieurs révolutions sanglantes, ne se sont pas engagés dans la voie trompeuse de la démocratie-spectacle portée et véhiculée par l’Occident à qui elle profite partout où elle est accueillie. Les chinois ont inventé un système politique fondé sur leur propre histoire et l’idée qu’ils se font du monde. Cela a payé. Aujourd’hui, la Chine est au rendez-vous de l’histoire. Où en sont les « démocraties » libérales ou populaires africaines qui imitaient soit l’Ouest, soit l’Est, à l’époque? L’histoire est fatale pour les peuples qui refusent de se voir tel qu’ils sont pour corriger ce qu’il y a à corriger pour espérer vivre et avancer. 

Lynx.info : L’opposition crie aux réformes, Gilbert Bawara ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales se félicite du grand « courage » de la Ceni. Comment expliquez-vous ce décalage de calendrier entre Faure et son opposition ?

Komla KPOGLI : Tout ceci entretient une ambiance facticement démocratique où Pouvoir et Opposition jouent les réformateurs et les conservateurs, et vice versa. Les cocus dans ce jeu de rôle ce sont les populations qui espèrent pouvoir gagner quelque chose d’une éventuelle alternance au sommet de l’enclos colonial abusivement appelé Etat dans les territoires africains. C’est une parodie de vie politique nationale. 

Les africains qui sont les inventeurs du système de la délibération la plus démocratique qui soit à travers les gouvernances pharaoniques, royales et de l’Arbre à palabre ne peuvent se résoudre indéfiniment à subir les avatars du modernisme colonial incarné par ces acteurs au sens théâtral du terme. Il va falloir, et le plus vite c’est le mieux, remettre en cause dans son fondement même ce jeu démocratique à l’américaine tropicalisée avec des modèles de Constitution qui n’ont rien à voir avec la vision que les africains ont du pouvoir, de ses attributs et de ses fins. Même dans son berceau originelle, la démocratie à l’occidentale est de plus en plus rejetée et les peuples sont à la recherche d’une autre voie. Ces peuples s’apercevant, ce n’est jamais trop tard, que Pouvoir et Opposition, c’est blanc-bonnet, bonnet blanc. Les capitalistes, les communistes, les socialistes, les socio-démocrates, les démocrates-chrétiens, etc…non seulement s’habillent de la même manière, mais encore ils pensent la même chose et donc promeuvent quasiment les mêmes recettes économiques. La coquille démocratique couvre de plus en plus mal une ploutocratie, où seuls l’argent, les réseaux et une tapageuse et ininterrompue communication donnent le pouvoir. C’est pareil dans nos territoires. Quand on questionne le projet économique des oppositions africaines, s’il en existe un, c’est avec consternation qu’on s’aperçoit de sa ressemblance avec ce que font les régimes en place. La seule différence viendrait peut-être des discours sur les libertés que les oppositions promettent face aux pratiques de despotisme obscur des régimes au pouvoir. Encore que là, ce ne sont que des promesses.

Il faut être clair: ce n'est pas avec une parodie de démocratie à l'américaine que les nombreux et immenses problèmes de l'Afrique seront abordés et résolus. La démocratie à l'américaine transplantée en Afrique entraîne une castration populaire et favorise l'accrochage au pouvoir colonial d'une élite fabriquée de toutes pièces dans les écoles et au sein des institutions occidentales ou internationales. Elite corruptible, corrompue, douteuse et surtout foncièrement antipatriotique, car volontairement sous influence. La grille de lecture de cette proto-élite est fournie par ce qu'elle appelle pompeusement la communauté internationale et les institutions internationales: ONU, UE, G8, Conseil de Sécurité, l'Elysée, Washington, Pékin, la Communauté internationale, l’aide au développement...Aussi bien les hommes de « l'Opposition » qui se positionnent pour capter le pouvoir à l'issue des fameuses élections que ceux actuellement aux commandes, à commencer par Gnassingbé 2 et sa cour sont de cette élite indigène collaborant à l’exploitation de l’Afrique.

Lynx.info : Dans plusieurs de vos articles vous dénoncez souvent et l’opposition et le parti au pouvoir. Comment expliquez-vous que ce qui peut se passer au Burkina-Faso en quelques mois de lutte soit impossible au Togo avec plusieurs années ?

Komla KPOGLI : C’est difficile de concilier les deux termes de votre question. Qu’à cela ne tienne ! Disons que la situation de notre Mère Afrique est suffisamment grave pour que nous n’ayons pas le devoir de dire les choses telles qu’elles sont. La lâcheté commence bien souvent par le déni de la réalité. Même si nous ne nous faisons pas que des amis dans les deux camps, ici ou là, avec nos prises de positions, et c’est le moins que l’on puisse dire, nous gardons solidement à l’esprit que l’histoire, la vraie, pas celle instituée et inoculée dans les écoles ou universités, renseigne assez sur ce que les peuples firent et font lorsqu’ils succombent à la domination d’autres nations. En conséquence, c’est l’histoire notre guide ; notre tableau de bord étant le bien-être de notre peuple, le peuple africain. 

Si nous nous adressons aussi bien à « l’Opposition » qu’au contremaître faisant office de gouvernant dans nos territoires, c’est parce que la première est bien souvent le faux jumeau du second. Que ce soit dans la forme et dans le fond, ces gens se ressemblent trop : même costard-cravate, même mots, mêmes fréquentations, même origine spirituelle et culturelle, même destination, mêmes réseaux très souvent aussi. La différence essentielle réside dans le fait que certains détiennent le pouvoir colonial alors que les autres attendent ou font tout pour le capter à leur tour. Bien d’opposants en Afrique ont trop de liens avec l’Elysée, la Maison blanche…Tous ces lieux que fréquentent et d’où proviennent les régimes qu’ils prétendent combattre. 

Certains africains disent même aux « Opposants » d’aller « négocier le pouvoir à l’Elysée », « à Bruxelles », « à Washington ». Or c’est exactement de ces endroits que provient le décret de nomination de leurs soi-disant adversaires. Souvent quand un « Opposant » revient de ce qu’il appelle « une tournée en Europe » où il aurait fait du « lobbying », il est accueilli à coups de klaxon victorieux et la presse locale lui tresse la couronne d’un chasseur de lion. Quand, au contraire, c’est le tyran au pouvoir qui fait la même chose ou qui est reçu à l’Elysée, à Bruxelles, à la Maison blanche, on crie au scandale. 

Quand « l’Opposition » dit : changement, changement ! Quel individu en possession de toutes ces facultés peut être contre cela ? Mais, dès que quelqu’un se risque à demander comment s’y prendre pour arriver à ce changement plus que nécessaire, on lui répond : « On ne dira rien, car c’est de la stratégie qu’on n’accouche pas en public. » Quand l’interlocuteur insatisfait insiste et formule ses pistes, on lui assène : « vous êtes une taupe du pouvoir !», « vous voulez aller à la mangeoire !». 

Quand « l’Opposition » dit : « nous allons donner du travail à la jeunesse, offrir une bonne formation à la jeunesse, etc… ». Qui peut s’opposer à ça ? Mais, dès qu’on fouille un peu, on s’aperçoit que c’est du vent. Mieux, l’opposition envisage les mêmes recettes que le régime : « Accords de partenariat économique », « aide au développement », ONU, « transfert de technologies », « partenariat sino-ceci », « partenariat cela-japonais », « AGOA », « privatisations », « OMC », « coton », « café », « cacao », « prêts », « investissements directs étrangers », « Document stratégique de réduction de la pauvreté », « nos amis partenaires au développement »…Toute chose ayant plombé gravement l’Afrique sous les régimes qu’elle prétend combattre. 

Il n’y a aucune remise en cause, ou trop peu. Pas de réflexion, ou trop peu sur le Franc CFA, sur le cadre étatique africain, sur les frontières, sur l’Union africaine paralytique actuelle, sur l’école coloniale africaine, sur les langues coloniales dites officielles, sur les relations internationales dans leurs réalités. Au lieu de constituer une alternative panafricaine sérieuse, chacun des « opposants » africains veut être calife à la place du calife dans un souverainisme creux. On réduit tout aux slogans, aux coups de menton, aux querelles interpersonnelles de bas étage et aux petits tiraillements pour des places vides. 

Pour ce qui est du Burkina Faso, c’est une bonne chose que l’assassin de Thomas Sankara et de milliers d’autres compatriotes du Faso ait été renversé par un soulèvement populaire. Toutefois, un observateur avisé est obligé de dire que comme celui de Blaise Compaoré, le Burkina Faso d'aujourd'hui ne va nulle part. 

Ce qu'il se passe là, sous nos yeux, est une révolution dans la continuité du système. Puisqu'au lieu d'inventer un nouveau système de gouvernement fondé sur les us et coutumes locaux, l'histoire du peuple noir et une vision d'avenir claire dans un monde compliqué, nos compatriotes du Faso se sont laissés embarquer une nouvelle fois dans le bateau ivre de la démocratie à l'occidentale. Ainsi, a-t-on choisi de s'engager dans une absurde transition qui conduira à des élections dans une année. Cette démarche montre clairement un gros manque d'inspiration, et surtout elle démontre que les forces qui pilotent l'Afrique de l'extérieur, avec la complicité des vassaux locaux rassemblés au sein d'une Union africaine paraplégique, ne sont pas disposées à se laisser dépasser par le peuple africain. Au lieu de résister au chantage de toutes sortes exercé sur le Burkina Faso à la recherche d’une nouvelle voie quitte à souffrir de quelques privations momentanément pour grandir demain allaité par sa propre production, on a, apeuré de se voir privé des miettes, choisi de se plier et de conduire une transition qui mène tout droit à la Restauration. 

Là encore la démocratie-spectacle et folkoriquement élective animée par une élite indigène reprend son cours normal. Aussi bien les hommes de « l'Opposition » qui se positionnent pour capter le pouvoir à l'issue de la fameuse élection annoncée pour 2015, que ceux de la transition, à commencer par son président, Michel Kafando sont de cette élite qui a passé toute sa vie dans les salons feutrés onusiens et diplomatiques, loin des aspirations du peuple. Monsieur Kafando, faut-il le rappeler, était un adversaire chevronné de Thomas Sankara. C'est ce qui explique sa brillante participation au régime de Blaise Comaporé en tant que ministre des affaires étrangères, puis représentant à l'ONU de 1998 à 2011. Michel Kafando est Commandeur de l’Ordre national et Officier de la légion d’honneur de la France. Quant à Zéphirin Diabré, celui qui se targue d'être le « chef de file de l'Opposition » au Burkina, il a assumé de « hautes fonctions » aussi bien au plan national qu’international. Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mines de 1992 à 1994, puis ministre de l’Economie et des Finances de 1994-1996. Zéphirin Diabré a été aussi le président du Conseil économique et social de 1996 à 1997. Directeur général adjoint du Programme des Nations unies pour le développement, puis président Afrique et Moyen-Orient du groupe nucléaire français AREVA. Enfin, M. Diabré préside aussi un groupe de réflexion sur les matières premières au sein du Medef, le patronat français.

Et il y en a plein comme ça un peu partout. C'est à coup sûr, un de ces gens là qui, muni des moyens financiers, médiatiques, et aussi d'alliances extérieures, sera « élu » à l'issue d'une « élection dont les irrégularités n’entachent pas la transparence » en 2015 au Burkina Faso. Et l'histoire recommencera. La dette restera. Le Franc CFA demeurera. L'agriculture coloniale restera. La langue française et la francophonie resteront au Faso. L'école coloniale demeurera. Les accords de défense resteront. L'économie burkinabè restera coloniale. Les frontières coloniales du Faso resteront...Et, s'il reste encore de l'énergie au peuple, et surtout à sa jeunesse, un nouveau mécontentement populaire surviendra dans 10 ans, 20 ans, 30 ans, 50 ans. Mais, on a beau faire des soulèvements, tant que le cadre global dans lequel l'Afrique et ses enclos coloniaux évoluent n'est pas détruit par des révolutions pour faire place à des instruments de pouvoir engendrés et contrôlés à tous les niveaux par les africains eux-mêmes, Pierre pourra bien remplacer Paul, l'immobilisme voire la régression sera le résultat. Ce n’est pas cela que nous souhaitons pour le peuple africain du Togo.

Lynx.info : Dans son discours de vœux du nouvel l’an Faure semble avoir fait le deuil de l’APG. Vous avez confiance en lui quand il parle encore d’une commission de réflexion sur les réformes politiques, institutionnelles et constitutionnelles…

Komla KPOGLI : Il n’y a strictement rien à attendre de Gnassingbé 2. Ni hier, ni aujourd’hui, encore moins demain. On est même fondé de croire que personne dans ce territoire, mis à part sa cour et ses obligés au sein de différents appareils du système, n’accorde de l’intérêt aux propos de Gnassingbé 2.

C’est assez désespérant d’avoir à subir en Afrique ces sortes de régents dont la mission première consiste à parler pour ne rien dire et à amuser la galerie avec des mots qui sonnent faux, alors qu’on retire sous les pieds des africains leur sol et leur sous-sol. Ces régents perdent un temps fou à notre peuple, surtout à sa jeunesse qui a de grands défis à relever d’urgence. Mais, la jeunesse africaine doit savoir qu'elle a en son sein des capacités énormes pouvant redresser la marche de l'Afrique. Il va lui suffire d'être un tout petit peu plus courageuse, plus disposée à s'organiser autour d'un leadership responsable capable de piloter à la fois la reconquête et la reconstruction de l'Afrique. Cette jeunesse peut, si elle le veut vraiment, remettre l'Afrique entre les mains de ses enfants qui, dans une nouvelle ambiance sociétale disciplinée et guidée par les valeurs africaines revisitées à l'aune de notre parcours historique global, doivent la redresser. En moins de 25 ans, si la jeunesse d'Afrique le veut vraiment, si elle se donne la peine qu'il faut, si elle concède les sacrifices qu'il faut, elle peut étonner le monde en effaçant 3000 ans de déperdition africaine. C'est une question de décision. Pour être encore plus clair et plus précis, c’est un processus qui nécessite avant tout une prise de décision. La décision d’aller dans le sens de l’histoire.

Lynx.info : Comment expliquez-vous que Faure Gnassingbé soit si sûr de lui-même en dépit de tous les bruits de marches et de protestation de l’opposition contre son pouvoir ?

Komla KPOGLI : Simplement parce qu’il sait que tout ceci n’est pas encore à la hauteur du pouvoir de nuisance enraciné solidement dans le pays depuis 50 ans. Gnassingbé 2 ne voit pas encore poindre à l’horizon un soulèvement populaire qui va directement s’attaquer aux centres névralgiques de son système. A sa place, il y a de quoi à être sûr de soi. Que lui oppose-t-on ? La récitation de « réformes institutionnelles et constitutionnelles », « réformes institutionnelles et constitutionnelles » ? Cette histoire de réformes frise un aveu d’impuissance. On s’attend à des « réformes » de la part du despotisme obscur soutenu de l’extérieur et disposant de tous appareils de pouvoir à l’intérieur ? Eh bien, on attendra encore longtemps. Mais, peut-être, Gnassingbé 2 sera-t-il surpris un de ces quatre matins. Parce que, même s’il n’y a pas de générations spontanées, les peuples sont capables de surprendre les lois de l’histoire.

Lynx.info : Du Pr Aimé Gogué à passant par Agbeyomé Kodjo ou Gerry Taama la chansonnette semble être la même : « Assouplir les positions sur la candidature de Faure en 2015 pour ensuite avoir les réformes constitutionnelles ». Votre avis ?

Komla KPOGLI : Une seule chose doit préoccuper les africains. Que ce soit au Togo ou ailleurs : l’avènement au plus vite d’Etats maîtrisés de l’intérieur. S’il y avait un Etat dans le territoire du Togo, une telle question ne se serait pas posée ; les règles de la dévolution et de l’exercice du pouvoir étant préalablement fixées et des instruments mis en place pour veiller à leur ferme application. Il ne sert donc strictement à rien de perdre notre temps à gloser des idées aussi futiles relatives à la candidature de Pierre ou de Paul. Il ne sert strictement à rien non plus de parler des personnes qui, croyant leur malice et leur jonglerie au-dessus de l’intelligence collective, jouent avec le destin de notre peuple dans un monde si rude et qui ne va pas en s’adoucissant. Des combats hautement plus sérieux nous attendent.

Lynx.info : Finalement le piège de Faure Gnassingbé ne serait-il pas de jouer avec le temps et de sortir la formule selon laquelle il ne reste plus du temps pour les réformes constitutionnelles ?

Komla KPOGLI : Il faut cesser une bonne fois pour toute de penser qu’il y a un raccourci pour les peuples dominés de s’en sortir. Le principe même des réformes quémandées au RPT est contraire à son existence. C’est là que l’on voit à nouveau le déficit d’analyse et de profondeur dans les réflexions qui demandent ces légendaires réformes. Il aurait suffi simplement de qualifier le régime RPT pour savoir ce qu’il peut faire ou ne peut pas faire. Si, en disant « réformes ! réformes ! », c’est juste pour tester la bonne foi de Gnassingbé 2, alors l’avenir de ceux qui font cette demande est sérieusement à redouter. Car, le présent, encore moins le passé ne leur auront rien enseigné. Cela serait même inquiétant pour nous tous. Pas seulement pour eux.

Somme toute, de deux choses l'une :

Ou les africains sont un peuple spécial, unique en son genre, des hommes pas comme les autres et dans ce cas, ils ont raison de vouloir se particulariser et de particulariser les voies par lesquelles ils entendent sortir de leur sujétion, leur domination et leur servitude. Lesquelles voies consistent entre autres à s'aliéner davantage, à se disperser davantage, à refuser l'édification de structures solides de lutte avec un leadership avisé et responsable, à rester là à espérer un Dieu miséricordieux ou même à espérer qu'avec le temps la toute puissance de ses dominateurs se transformera en toute bonté. 

Ou bien, les Africains sont comme n'importe quel peuple et dans ce cas, ils sont soumis aux lois de l'histoire dont l'une des constances est qu'à chaque fois qu'un peuple est soumis, l'unique voie par laquelle il s'en sort, c'est de s'organiser, de lutter et de reconquérir aussi bien sa personnalité que son espace qu'il reconstruit à l'aune de ses expériences. Dans ce cas, les Africains n'escamoteront aucune des étapes du difficile et escarpé chemin qui mène les peuples vaincus, mais déterminés à se relever de leur terrible défaite, à leur renaissance. Tout le reste n’est que subterfuge et sophisme scientifiquement élaborés et emballés dans l’espérance de réformes dans un cadre de servitude qui ne fait que prolonger la rançon de la défaite.

Lynx.info : La CVJR dirigée par l’évêque Nicodème Barrigah s’est avéré être une commission qui finalement n’aura rien apporté de positifs aux Togolais. Comment expliquez-vous ce soutien tacite de l’Eglise au pouvoir du fils comme du père hier ?

Koala KPOGLI : Dans un discours prononcé le 22 décembre dernier à Vatican, le pape François, chef de l’Eglise catholique dressait la liste des quinze maux qui minent son institution. Les voici : 1) Se croire immortel, immunisé ou indispensable ; 2) Trop travailler ; 3) S'endurcir spirituellement ou mentalement ; 4)Trop planifier ; 5)Travailler dans la confusion, sans coordination ; 6 )« L'Alzheimer spirituel » ; 7) Céder à la rivalité ou à la vantardise ; 8) La « schizophrénie existentielle » (recourir à une double vie pour combler sa vacuité spirituelle) ; 9) Le « terrorisme des ragots » ; 10) Le carriérisme et l'opportunisme ; 11) L'indifférence aux autres (par ruse ou par jalousie) ; 12) Avoir un « visage funéraire » (pessimisme, sévérité dans les traits) ; 13) Vouloir toujours plus de biens matériels ; 14) La formation de « cercles fermés » qui se veulent plus forts que l'ensemble ; 15) La recherche du prestige (par la calomnie et le discrédit des autres). 

S’il n’y a qu’un seul mot pour résumer cet excellent discours que chacun devra lire pour en savoir un peu plus sur l’église catholique, c’est le Mensonge. Le « chef de l’Eglise » dit lui-même qu’il est à la tête d’une institution qui a pour trait essentiel Le Mensonge. Une fois qu’on a entendu ça, on n’a plus besoin de se tuer à expliquer le rôle que le catholicisme colonial joue dans la vie socio-politique et économique africaine depuis la Bulle du pape Nicolas V du 8 janvier 1454 décrétant la mise en esclavage du peuple noir.

Lynx.info : Que répondez-vous à tous ceux qui disent que Faure Gnassingbé en dix ans de règne a fait plus de réalisations que son père avec au compteur 38 ans de règne ?

Komla KPOGLI : Ils doivent bien avoir la tête en bas, ceux-là. Jean Jacques Elisée Reclus, géographe et soutien mitigée de la colonisation française, écrivait en 1885 que le grand défaut de beaucoup d’africains c’est de se plaire à l'obéissance et de se sacrifier pour ceux qui les oppriment et les méprisent. Qui pouvait croire qu’il aurait raison à notre époque ?

Lynx.info : Komla Kpogli, merci .

Komla KPOGLI : C'est nous qui vous remercions.

15 janvier 2015
Interview réalisée par camus Ali Lynx.info

"L'aventure moderne de l'Afrique" de Bolloré.

L'on ne peut envisager l'exploitation durable d'un territoire ou d'un espace sans le doter des infrastructures de communication, notamment des routes et surtout des chemins de fer, disaient les penseurs les plus lucides de la Colonisation.


Aujourd'hui les choses avancent. Pendant que, de leur côté, les Chinois construisent ici ou là des lignes de chemins de fers, des routes et aéroports, Bolloré, pour sa part, prend essentiellement les ports, et aussi ses lignes de chemins de fers. Sans oublier les terres agricoles africaines partagées par les uns et les autres, au nez et à la barbe des populations désarmées.

Nous reviendrons, dans une prochaine publication, sur la nature des contrats, les raisons qui motivent ces constructions et leurs conséquences immédiates et durables sur la vie des populations, ainsi que les ressources de leurs sols et sous-sol dans un contexte mondial de guerre économique ouverte.

Mais, pour l'instant, disons que laisser des capitaux étrangers détenir 100% du financement de ces infrastructures stratégiques est d'une gravité exceptionnelle et montrent quelque chose que, malgré l'évidence, beaucoup d'africains refusent de voir et d'examiner. Où est l'Etat africain dans tout ceci? Nulle part, puisque l'Etat n'existe pas encore en Afrique. Où sont les fameux regroupements d'Etats (CEDEAO, CEMAC,....et leur commandant en chef, l'Union Africaine) dont certains aiment tant vanter les mérites et les prouesses? Nulle part! Et cette absence fait que des africains, ne comprenant pas grand chose des enjeux (et c'est le moins que l'on puisse dire) et plongés dans l'ignorance la plus crasse par une "élite indigène qui collabore à l'exploitation de l'Afrique" déclinent dans cette vidéo une lecture très sommaire, sinon ridiculement enfantine de la chose.

C'est très grave!!!!

25 mai 2015 
KPOGLI Komla

vendredi 29 mai 2015

Etre civilisé jusqu'à en crever!

De plus en plus la tête enfoncée dans les MacDo, Hot dog, Pizza, les africains bouffent de la merde, rejoignant ainsi progressivement la CIVILISATION. Et quand tu vois un africain à Lomé, à Cotonou, à Dakar, à Bamako, à Ouagadougou, à Accra, à Abidjan, à Niamey, à Ndjamena, à Yaoundé, à Lagos, à Gaborone, à Windhoek, à Nouakchott manger ou tenir un plastique ou un carton contenant le précieux "repas de civilisé", le gars méprise les autres qui selon lui, sont de "pauvres types, bouffeurs de gombo et buveur d'Ataya." Des filles et des femmes réclament le McDo, le Hot Dog et des Pizzas à leurs maris ou courtisans. Si ces derniers refusent ou n'ont pas de quoi payer, ils sont donc de mauvais types ou des paumés, sans le sous ou simplement des radins qui révèlent, par ce refus ou incapacité d'offrir la merde, qu'ils ne seront pas une bonne compagnie à faire.


Notre civilisé qui ne mange pas "vos choses là" est à son tour regardé avec envie et jalousie par les "pauvres types" qu'il méprise. Ainsi, se dirige-t-on de plus en plus vers la société bouffe-merde occidentale, génératrice de toutes sortes de maladies qui enrichissent les multinationales pharmaceutiques et leurs réseaux de médecins tropicalisés. 

Vive la Mort!!!!! Car au moins, beaucoup d'africain.e.s vont mourir civilisé.e.s, McDo sous la dent!"

23 mai 2015

KPOGLI Komla

samedi 23 mai 2015

Une génération qui huile les fers pour les générations futures ou une génération qui abat les handicaps?

Notre génération, en refusant ( par calcul rusé et sophistiqué, par peur, par méchanceté, par naïveté, par manque de profondeur) de se regrouper autour d'un leadership nouveau, avisé, foncièrement panafricain et absolument convaincu du caractère de lutte de libération le combat que doit mener l'Afrique pour à la fois retrouver son espace total et les instruments de sa reconstruction, est déjà condamnée par l'histoire. En marchant en rangs dispersés et surtout répétant chacun dans son coin les mêmes cris de douleur, les mêmes plaintes, les mêmes gémissements sans jamais parvenir à bâtir un groupe solide pour agir, eh bien, notre génération ne peut pas regarder celle de Sankara dans les yeux. Elle ne va même pas s'approcher en courage et en actes la génération des Mobutu, des Eyadéma et des Blaise Compaoré, car celle-ci a eu du courage dans le mal et la destruction. Elle a eu le courage et s'est donné les moyens de ses désirs mortifères pour le peuple noir.

Notre génération, si elle continue sur sa lancée, ne laissera aucune trace dans l'histoire de notre peuple, si ce n'est, certainement, celle de la génération la plus inutile et de celle qui aura loupé l'un des plus grands rendez-vous de l'histoire: celui d'organiser, ici et maintenant, la libération du peuple noir, d'entamer clairement sa renaissance et surtout d'offrir à nos enfants l'horizon de ne plus jamais tomber sous la possession des autres peuples. A l'heure actuelle, notre génération, par sa timidité, sa dispersion, ses désirs consuméristes débilitants, ses plans de carrière personnelle, sa vacuité historique, sa course derrière un monde dont les règles sont faites contre elle, ses imitations maladives et stérilisantes, son laisser-aller, sa procrastination (remettre toujours à demain ce qu'on devrait faire aujourd'hui), son esprit munichois (manque de clairvoyance et d'habileté politique), son amour fou pour les faux idoles et les gadgets clinquants et sonnants, son esprit fêtard et endimanché, est en train de préparer et de huiler les fers pour les générations à venir.

KPOGLI Komla, 22 mai 2015

dimanche 17 mai 2015

La génération qui relève l'Afrique et les africains.

Que notre génération imagine ce qu'elle gagnera à être cette jeunesse africaine à affranchir l'Afrique et à entreprendre l'oeuvre de la renaissance complète de notre peuple!

Que notre génération imagine le respect et la reconnaissance qu'elle aura de la part de nos successeurs si elle est celle-là qui, par une lutte méthodique, dans la discipline et sous un leadership radicalement africain, redonne à l'Afrique sa place dans le monde!
Que notre génération imagine la grandeur qui sera la sienne si elle peut entendre enfin l'appel de l'Histoire pour être la génération d'africain.e.s qui a décidé de faire renouer à l'Afrique et à ses peuples leurs valeurs culturelles authentiques à partir desquelles l'Afrique s'élance vers le toit du monde d'où elle a été déchue depuis 3000 maintenant!
Que notre génération imagine combien son nom sera gravé dans le marbre de l'histoire et à tout jamais si elle est celle-là qui a su, par une intelligence collective redoutable sous un leadership avisé et foncièrement africain, sortir notre peuple définitivement des profondeurs de la domination, des manipulations, de la colonisation qui perdure!
Que notre génération imagine le rang auquel elle sera élevée par nos descendants si elle est celle qui rompt avec les manoeuvres appauvrissantes de la démocratie formelle occidentaliste qui a conquis l'Afrique et enfermé ses peuples dans le cycle infernal d'élections spectacles de prestidigitateurs masquant à peine l'extraversion complète de tout le continent, spirituellement, intellectuellement, économiquement, politiquement, culturellement, militairement, sociologiquement...
Que notre génération imagine qu'elle peut avoir la même aura et même elle peut dépasser la taille des Nkrumah, des Lumumba, des Sankara, des Olympio, des Sekou Touré, des Soundjata, des Samory, des Osei Tutu, des Shaka, des Pharaons!
Nous sommes à un période de l'histoire où notre génération a toutes les cartes potentielles en main pour jouer un des plus grands rôles qu'une jeunesse ait jamais joué dans la vie de son peuple. Quel bonheur ce serait si la jeunesse africaine comprend les enjeux et décide enfin de se mettre en ordre de bataille sous un leadership nouveau, complètement à l'opposé des critères occidentalistes qui, jusqu'à présent, fondent le fameux leadership actuel en Afrique, pour redonner aux peuples d'Afrique leurs capacités d'invention.
Quelle joie, quel honneur, quelle oeuvre sublime que de jouer un grand rôle dans la vie de son peuple et de le marquer à jamais de son empreinte!
Quelle beauté que d'être cette génération qui brise les fers dans lesquels languit son peuple depuis de si longs siècles!
Quel honneur d'être une génération de reconstructeurs de son peuple!

17 mai 2015
KPOGLI Komla

samedi 16 mai 2015

Un rôle supplémentaire pour le vassal: Le Niger pour retenir les migrants.

 Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (g.), et son "homologue" nigérien Hassoumi Massaoudou, le 14 mai 2015 à Niamey.
AFP PHOTO / BOUREIMA HAMA
Connu et reconnu comme un des terrains de jeu les plus importants de la France via Aréva, le Niger vient de décrocher un nouveau contrat colonial en acceptant d'héberger des camps de rétention de migrants en route vers la Méditerranée. La Libye de Kadhafi qui faisait le "sale boulot" jusqu'en 2011 ayant été détruite et laissant dorénavant des milliers d'africains s'embarquer vers l'Europe, il fallait trouver un nouveau vidangeur. Et en la matière le Niger, enclos d'Aréva et accessoirement terre de Chine, des USA, d'Israël, du Canada et leurs multinationales uranifères et territoire rentier par excellence saute sur l'occasion. Abritant 4 bases militaires, 2 françaises et 2 étasuniennes, l'enclos colonial du Niger se porte très bien et se "développe" comme on dit sous les tropiques.
Il faut rappeler qu'en 2011, le Niger de Mamadou, alias Mahamadou Issoufou avait déjà servi de base de stationnement et d'approvisionnement des troupes françaises et de l'OTAN pour bombarder la Libye. Aussi, le même Niger a-t-il livré des réfugiés libyens sur ses terres, à commencer par l'un des fils de Kadhafi en mars 2014.
Avec des "Etats" pareils, les africains ont un avenir très brillant sous le soleil nigérien. 
Avec des enclos coloniaux du genre, qui a besoin d'ennemi extérieur en Afrique?
Tant qu'une nouvelle génération d'africains ne s'élèvera pour aller, de manière disciplinée et courageuse sous un leadership alternatif, à la reconquête de l'espace africain déstructuré et orienté vers la satisfaction des objectifs étrangers, aux fins d'y reconstruire une nouvelle civilisation africaine, la prostitution prospèrera. 

KPOGLI Komla

Afrique: l'Union Africaine de l'Union Européenne, des USA, de la Banque mondiale, de la Chine et de la Turquie

OU
BÂTIR RIEN POUR FACILITER L'INTEGRATION INTEGRALE DE L'AFRIQUE DANS L'ECONOMIE MONDIALISEE.
Actuellement financée, officiellement, à hauteur de 72% par l'Union Européenne, les Etats-Unis d'Amérique, la Banque Mondiale, la Chine et la Turquie, la fameuse Union Africaine, disons plutôt désUnion Africaine, a adopté lors de son sommet en février 2015 le principe d'une taxe sur les billets d'avion, nuits d'hôtels et SMS. 
La désUnion Africaine ne finance elle-même que 28% des 522 millions de dollars de son budget de fonctionnement, auxquels s'ajoutent 750 millions de dollars pour les opérations de maintien de la paix en 2015. Le reste est payé par d'autres entités, parmi lesquelles l'UE, les Etats-Unis, la Banque mondiale, la Chine et la Turquie.
C'est face à cette "découverte" terrible que l'UA a proposé à ses 54 enclos coloniaux membres de mettre en oeuvre une taxe de 2 dollars sur les nuits d'hôtels et de 10 dollars sur les billets d'avion pour les vols en partance ou à destination de l'Afrique. Ces mesures permettraient de lever 730 millions de dollars par an. En outre, il est envisagé 0,005 dollar par SMS échangé sur le continent, ce qui, selon les calculs de la "désUnion Africaine" rapporterait 1,6 milliard de dollars par an. 
L'objectif, soi-disant, est de passé à une "Union africaine" qui se finance à 65% à l'horizon 2016. 
C'est dire que l'Afrique n'a pas de pétrole, pas d'or, pas de diamant, pas de tantalium, pas de cuivre, pas de gaz, pas d'uranium, pas d'argent des africains stockés à la Banque de France (Francs CFA), dans les paradis fiscaux, pas de...., pas de...., pas de......et enfin pas d'Etats.

Non seulement cette "Union Africaine" est dépendante financièrement, mais surtout, elle ne règle quasiment aucun des problèmes qui se posent aux africains, aussi est-elle une pâle copie de l'Union Européenne qu'elle imite platement dans ses aspects institutionnels jusqu'à en copier les dénominations et ses conceptions intellectuelles, idéologiques, économiques et sociétales qui ne correspondent que très peu à ce que l'Afrique a dans son authenticité et encore moins dans les valeurs culturelles et le parcours historique global de ses peuples.

Le 19 décembre 2011, dans une interview accordée au quotidien La Nouvelle République d'Algérie, http://www.lnr-dz.com/index.php?page=rubrique&rub=9&archives=2011-12-19, je disais ceci: "Il faut répéter sans lassitude que l’Union africaine (UA) telle qu’elle existe aujourd’hui, est le symbole palpable d’une Afrique sabotée. C’est le triomphe des idées du groupe de Monrovia auquel s’était joint le groupe de Brazzaville. Ce dernier étant par origine et par destination un outil de la France, lorsqu’il a rejoint le groupe de Monrovia, a fait naître une organisation continentale tronquée, inefficace, absolument parasitaire et paralysante. Les idées du groupe de Casablanca, plus en conformité avec l’esprit des pères fondateurs du panafricanisme sont ainsi mises en minorité et tuées. La nécessité d’une Union Africaine pensée par Nkrumah, Sekou Touré, Nasser, Modibo Keita, Olympio et bien d’autres était donc assassinée. L’organisation qui naîtra ne sera rien d’autre qu’une usine à gaz. Elle ne sera pas faite pour les intérêts intérieurs. Elle sera totalement extravertie. Il n’y a qu’à voir son organisation et son fonctionnement qui se calquent gauchement sur le modèle de l’Union Européenne. Cette Union Africaine là est financée à hauteur de 92% de son budget de fonctionnement par ce que ses animateurs appellent naïvement ou cyniquement « des partenaires étrangers ». Cette dépendance systémique paralysante va s’aggraver, d’ailleurs, avec l’assassinat de Mouammar Kadhafi qui essayait de limiter les dégâts, en vain. Tout ceci dit pour vous montrer à quel point l’Union africaine n’est pas là pour s’occuper des problèmes des africains. C’est une institution mise en place pour niveler l’Afrique, l’intégrer au mieux dans l’économie mondiale en la confirmant dans le rôle à la fois de source d’approvisionnement en matières premières et de débouchés et en faire éternellement ou du moins sur une longue période, un continent dominé, exploité et pillé." 

Aujourd'hui, il faut le rappeler: cette "Union Africaine" ne mène les africains nulle part si ce n'est que vers davantage de régression, voire le chaos. 

KPOGLI Komla

mercredi 13 mai 2015

Afrique: un poison dénommé la famille? Vraiment?

Alors que toutes les autres sont laminées, l’une des dernières institutions qui titube encore en Afrique est en train de subir des attaques de plus en plus sanglantes de la part des esprits « noirs » éblouis par les phares de l’individualisme occidentaliste vanté, aussi bien par les canaux ordinaires de la communication que par le biais des nouvelles techniques de la propagande, par le capitalisme libéral et marchand triomphateur. Il s’agit de la famille.
En effet, ces derniers temps, la famille, cellule de base de toute société, est élevée au rang de l’ennemi à abattre. Les guerriers, partant de quelques exemples de conflit familial, affirment que pour que l’homme aille mieux en Afrique, il faut qu’il se coupe de sa famille.
Quelles seraient donc les fautes de la famille africaine pour qu’elle devienne cette nouvelle cible à abattre?
Il est dit que l’africain qui a « réussi » serait tiré vers le bas par ses frère, sœur, mère et père, cousin, cousine,  neveu, nièce, tante, oncle, grands-parents, nièce…
Il est dit aussi que la famille africaine ruinerait les économies des personnes qui, en son sein, se sont hissé, par des entreprises individuelles, solitaires dans lesquelles ces héros samsonniens n’avaient eu aucun coup de main, au sommet de la vie matérielle.
Il est affirmé que la famille africaine ne favoriserait pas l’épargne et donc l’investissement capitaliste et qu’elle serait le vivier d’êtres très méchants, bêtes, malfaisants et gratuitement haineux alors même que l’individu ayant « réussi » se tue à les aider.
Comme on peut le constater, il manque de peu pour que les guerriers contre la « famille africaine » ne tombent pas bien bas en nous sortant l’argument qui tue: celui des frères et sœurs qui vont voir le charlatan pour bloquer le succès du héros de la famille ou de la tante sorcière, de l’oncle sorcier et des grands parents sorciers qui se transforment en rat ou musaraigne pour ronger ou imbiber de son odeur les produits de la boutique du neveu de la cousine de l’oncle ; ou qui rentrent dans le corps du hibou au regard gluant qui, par ses cris stridents dans la nuit, empêche l’élève de l’école coloniale africaine d’assimiler ses leçons et de réussir à l’examen de fin d’année, ou encore qui ont mangé l’utérus de la fille d’un proche qui a eu « la chance » d’avoir épousé un « blanc »…

Ainsi, la famille africaine est actuellement portée au rang d’un des derniers obstacles à abattre pour que l’africain, enfin, vole vers les cimes du succès miroité par les lumières aveuglantes du libéralisme marchand qui ne cesse de séduire les esprits africains complètement désorientés.
Cette thèse de la « famille africaine-obstacle » ne date pourtant pas d’aujourd’hui. Elle vient de la colonisation, puis elle a été reprise par les africanistes, notamment les économistes tiers-mondistes des années 70-80 pour qui, si l’Afrique ne décollait pas économiquement, c’est parce que l’individualisme prôné par le capitalisme libéral et consumériste n’était pas assez avancé en Afrique où la solidarité est, à leur goût, trop forte. Rapidement, et comme toujours, cette idée a gagné des esprits en Afrique où, d’ordinaire, toute pensée en provenance de l’extérieur trouve écho au-delà même des espérances de leurs émetteurs vivant loin, au-delà des Pyrénées. Mais, c’est de nos jours que l’idée de la famille-obstacle trouve le plus de résonance en Afrique ; et les temps à venir ne sont pas faits pour arranger la détestation rampante de la cellule de base de la société africaine, elle-même mise à mal depuis si longtemps.

L’une des caractéristiques les plus marquées d’une société gravement malade est son incapacité à comprendre ses problèmes et à leur formuler les solutions les plus adaptées. Depuis bientôt 03 millénaires, l’Afrique est ce continent qui ne sait plus résoudre ses problèmes. Parce qu’elle ne sait plus les analyser convenablement et surtout courageusement, en remontant à la racine de ses maux. C’est qu’au lieu de voir en la famille l’obstacle à éliminer, l’on devrait plutôt constater que c’est le manque d’Etat, c’est-à-dire, la structure au-dessus des familles qui fait que l’ensemble de l’édifice sociétale africaine s’écroule et n’élève plus l’africain dont la préoccupation essentielle se résume globalement à ce qu’il doit manger dans les heures qui suivent. Et pour ceci, il est prêt quasiment à tout.

C’est que l’africain qui a « réussi » et qui, urbi et orbi, appelle son alter égo féminin ou masculin, à ne penser qu’à lui-même, en s’écartant dorénavant de sa famille, a la mémoire courte. Il a, grâce à une ignorance crasse, oublié  que lorsque les structures au sommet se sont effondrées, c’est la base, la famille africaine, qui a reçu tout le fardeau. Car, depuis que la société africaine est déstructurée puis démolie par les razzias négrières de toute sorte, puis par la colonisation qui perdure sous nos yeux paludiques, c’est le cadre familial qui prend en charge l’individu qu’il est. Du sperme de son géniteur à sa tombe en passant par le ventre de sa mère, ses couches, ses vêtements, ses premiers pas, sa scolarité coloniale…La famille africaine, malgré son affaiblissement progressif et ses conflits intérieurs ouverts ou larvés, n’a pas démérité. Si les parents directs n’ont pas fait, un oncle a fait ; une tante a fait ; une nièce a fait ; un neveu a fait ; un cousin a fait ; un grand parent a fait ; une sœur a fait ; un frère a fait…Qu’il y ait des variations en la matière, comme d’ailleurs en toute autre, qui peut le nier ? Mais, ces variations n’excluent pas le fait que ce soit la famille qui ait jusqu’ici assumé la responsabilité première en Afrique depuis que ses structures supérieures furent dynamitées et remplacées par des anomalies institutionnelles abusivement appelées Etats africains. Que des familles aient adopté des valeurs qui ne sont pas authentiquement africaines et en meurent en dévorant leurs propres enfants transformés en machine à sous, est-ce la faute à la « famille africaine » ? L’Etat colonial avec sa nationalité coloniale et ses identités coloniales dont beaucoup d’africains sont si attachés et si fiers, est-il un Etat véritable et prescripteurs de normes, organisateur de la solidarité à une échelle plus élevée et régulateur plus ou moins autorisé des phénomènes sociaux dans un cadre organisé en Afrique ? N’eût été donc la famille les chocs subis par les individus seraient encore plus violents et le chaos, plus généralisé.

Là où l’africain qui a « réussi » veut rompre avec sa ruineuse et méchante famille, devrait plutôt émerger une critique agissante contre une Afrique minée par des Etats garde-barrières coloniales, continuant joyeusement l’œuvre coloniale du démantèlement complet de la société africaine qui, hier, avait merveilleusement bien fonctionné sur le principe de la solidarité. Ainsi, l’appauvrissement grandissant, les régulateurs socio-économiques étant dynamités, les « réussites » secrétées au compte-goutte par le libéralisme marchand étant de plus en plus inégalitaires, il n’est que logique de voir les charges familiales pesées sur un nombre de plus en plus réduit d’individus, portant à bout de bras toute une famille africaine.

Le devoir auquel nous sommes appelés en tant que masses d’hommes et de femmes en lutte pour redevenir un peuple, c’est d’aller de manière organisée et disciplinée, sous un leadership nouveau et foncièrement africain, à la reconquête de notre espace qui nous a échappé depuis si longtemps afin de le transformer et d’y faire émerger une nouvelle civilisation qui retrouve les traces de ses précurseurs dont la pensée doit être améliorée, si besoin. Il ne s’agit pas pour nous de relayer les guerres que les autres ont décidé de nous livrer pour mieux nous désarmer en s’attaquant nous-mêmes aux derniers bastions qui résistent péniblement en Afrique et ainsi nous transformer durablement en consommateurs serviles qui se taillent les pieds pour les faire entrer dans leur modèle. Il ne s’agit pas pour nous de commencer une bataille suicidaire supplémentaire contre la famille, qui, si elle a besoin d’être probablement réformée à la suite d’une refondation globale de l’éducation en Afrique, ne doit pas être détruite, comme nos « nouveaux riches » qui se dénomment fièrement Africapitalistes nous le recommandent incessamment ces derniers temps. Il est question plutôt de redynamiser les liens familiaux. Remettre au sein de la famille, les valeurs ancestrales de la solidarité et de l’autorité fondée sur le respect de l’Être et non de l’Avoir, car il faut être avant d’avoir. L’Afrique, ça n’est pas l’individualisme (libéralisme) contre la société, ça n’est pas non plus la société contre l’individu (socialisme/communisme), mais c’est le couple inséparable Société-Individu (la solidarité). C’est autour de ce principe cardinal que l’Afrique des temps détruits a connu ses heures de gloire. C’est uniquement autour de ce principe, s’il le faut modernisé et proportionné aux réalités de notre situation dans le monde, que les africains, éclairés par l’ensemble de leur parcours historique, feront renaître ce continent qui est actuellement dans l’errance et dans un mimétisme plat, au lieu de se réconcilier avec lui-même, sous un leadership éclairé et courageux, pour redevenir grand.


KPOGLI Komla

13 mars 2015