dimanche 18 février 2007

La marche du Togo vers la démocratie: bilan et perspectives








Compte rendu de la conférence publique de la J.U.D.A


La marche du Togo vers la démocratie : bilan et perspectives. C’est sur ce thème que l’organisation Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) a animé le samedi 17 février 2007 au CESAL de Tokoin Séminaire à Lomé, en collaboration avec le Mouvement Citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe (MDTE), une rencontre publique. Cette conférence selon les responsables de la J.U.D.A, se veut une tribune pour le peuple et surtout la jeunesse de débattre du processus démocratique enclenché depuis 1990 au Togo.

Après les mots de bienvenue du président de la J.U.D.A, M. Benjamin NALIALI, précédés de l’hymne national chanté avec ferveur par toute l’assistance, une contribution écrite du MDTE a été lue, par M. Kossi APLA, un militant actif de la J.U.D.A. Suivra, l’exposé du thème de la rencontre par le Secrétaire Général M. Rodrigue KPOGLI, qui a conclu que le bilan est négatif en ce qui est de la marche du Togo vers la démocratie. Les débats qui ont suivi l’exposé, ont été comme d’habitude animés. M. Rodrigue KPOGLI, avec sa franchise traditionnelle n’a rien laissé passer. A toutes les questions et autres commentaires, le communicateur a apporté des réponses qui ne laissent transparaître aucune zone d’ombre, confirmant ainsi qu’à la J.U.D.A, un chat est un chat. Les participants ont, à la fin des travaux, unanimement souhaité que l’organisation tiennent plus régulièrement les rencontres de ce genre pour permettre aux citoyens togolais de comprendre certaines choses et leur donner par là même, l’occasion de s’exprimer.

Pour permettre à chacun de se faire une opinion sur cette rencontre, une nième de la J.U.D.A, voici en intégralité l’exposé de M. Rodrigue KPOGLI et la contribution du MDTE lue lors des travaux.


Communication de M. Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A

Mesdames, Messieurs les membres de la J.U.D.A et du MDTE
Mesdames, Messieurs représentant la presse nationale et internationale
Distingué(e)s invité(e)s

Une fois encore, vous avez accepté braver des difficultés pour répondre à l’invitation de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique. Cette obstination qui est la vôtre, est le témoignage irréfutable de votre volonté et de votre engagement à œuvrer individuellement puis collectivement à l’édification d’un Togo nouveau fondé sur les valeurs républicaines, elles-mêmes bâties sur la paix, la justice et le respect de la dignité humaine.
Nous nous devons, avant tout, d’adresser les félicitations de l’association à tous les nôtres qui se battent, comme des lions, et souvent dans l’anonymat, pour tenter d’ouvrir les yeux, les oreilles, le cœur et la raison de leurs compatriotes majoritairement encore inaccessibles aux notions de démocratie, et de citoyenneté. A tous ces militants sincères, convaincus et combatifs, nous disons : courage, confiance et fierté.
La presse ici, représentée, mérite respect et encouragement. Son travail, ces dernières années, a été très précieux dans la compréhension du système politique togolais.

Le Mouvement citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe (MDTE) qui a bien voulu être à nos côtés en ces moments, est à féliciter et à saluer. La J.U.D.A rend hommage à cette organisation qui, par ce geste, mieux ce devoir patriotique d’amitié, montre que le message de la J.U.D.A délivré à l’endroit de la diaspora en juin 2006 lors d’une conférence dont le thème est : quelle jeunesse pour le Togo ? n’est pas tombé dans les oreilles de sourd. Son message lu depuis cette tribune, en est la certitude. Chacun des membres de cette structure et particulièrement l’Administrateur délégué montrent à suffisance à travers leur engagement que combattre pour un Togo démocratique requiert l’implication positive des Togolais de l’étranger qui, ne doivent pas voir leur éloignement géographique du pays comme une bouée de sauvetage de l’enfer togolais mais plutôt une mission sacrée pour apporter les dividendes de leurs expériences acquises à leurs compatriotes engagés qui sont restés sur le terrain.

Le sujet (La marche du Togo vers la démocratie au Togo) qui nous réunit ici, cet après-midi devrait être la préoccupation de tous. Mais certains compatriotes notamment jeunes, bien qu’étant informés et disposant de moyens pour faire le déplacement, ont choisi, soit par ignorance, soit par mépris de rester dans leur case ou de s’occuper par des activités totalement futiles voire rétrogrades. En procédant ainsi, ils ont agi comme des nourrissons, dormant tranquillement au moment même où la case est en feu.

La marche du Togo vers la démocratie au Togo n’a pas été une marche rectilinéaire. Elle est sinusoïdale et sinueuse. Pleine d’embûches et d’écueils. Cette marche enclenchée véritablement en 1990, le peuple togolais l’avait rêvée. Aujourd’hui ce rêve est devenu un cauchemar en pleine journée.

Dans la démonstration qui va suivre, nous essayerons d’établir le bilan du processus démocratique au Togo et formuler les perspectives qui aux yeux de la Jeunesse unie, doivent guider l’action de chacun de nous dans le présent et le futur.

I-le bilan de la marche du Togo vers la démocratie

Pour parler du bilan de la marche du Togo vers la démocratie, une définition du concept de la démocratie s’impose.

A/ Qu’est-ce que la démocratie ?

La démocratie est le type de régime politique dans lequel le peuple est maître du jeu dans tous les sens. Fort de cela, on admet volontiers que la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Pouvoir du peuple : l’autorité politique appartient au peuple qui désigne librement ses dirigeants, accorde confiance et donne mandat, généralement au moyen des élections.

Pouvoir pour le peuple : les personnes qui ont reçu ce mandat doivent exercer le pouvoir au profit du peuple, dans son intérêt, et non pour les privilèges, les honneurs et l'enrichissement personnel.

Pouvoir par le peuple : l'exercice du pouvoir par les membres de la société, capables de poser des actes politiques bénéfiques au peuple, sinon à la majorité, activement en faisant la politique, en étant au pouvoir ou dans l'opposition ; passivement sans faire la politique, en exprimant leurs opinions de manière ouverte et pacifique, au moment opportun, y compris par les élections.

Cette confiance issue du peuple se définit par sa souveraineté qui lui permet d'investir ses représentants désignés au cours d'élections libres. Se réclamer d’un soutien populaire peut paraître une étiquette démocratique. Liberté et démocratie sont des mots que l'on utilise souvent de façon interchangeable, mais ils ne sont pas synonymes.

La démocratie évoque effectivement une série d'idées et de principes sur la liberté et la modalité de gestion de la chose publique consistant en une série de pratiques et de procédures élaborées au regard des expériences souvent ardues, controversées et tortueuses. Cependant, elle est l'institutionnalisation de la liberté.
Certains élément; ont résisté à l'épreuve du temps pour caractériser la démocratie à savoir : les fondements du gouvernement constitutionnel, les droits de l'homme et I'égalité devant la loi.

La marche vers la démocratie est le cheminement pouvant permettre à un pays d’arriver à un gouvernement où le peuple est en amont et en aval du pouvoir. C’est le processus démocratique ou encore la démocratisation.

Ce système de gouvernement, le peuple togolais le désire depuis 1990 avec le soulèvement populaire du 05 octobre. Près de 20 ans de marche, il convient de faire le bilan.

B/ Le bilan proprement dit.

Le peuple togolais, aux lendemains immédiats de l’accession du Togo à la souveraineté internationale, avait été sevré précocement par un coup d’état sanglant aboutissant à la mort tragique de M. Sylvanus OLYMPIO, triomphalement porté au sommet de l’Etat togolais lors du scrutin de 1958. Cette victoire des Nationalistes, malgré les fraudes de tous genres, est le premier signe annonçant la volonté du peuple togolais de bâtir un Etat répondant à la trilogie : gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

De l’assassinat de M. OLYMPIO en 1963 jusqu’en 1990, le Togo a connu trois dirigeants, tous venus au pouvoir à l’insu du peuple qui en est l’unique détenteur.

Sous le régime Eyadéma GNASSINGBE, le Togo avait connu une paix imposée par les baïonnettes jusqu’en 1990 où les Togolais étranglés par les injustices et les brimades, avaient courageusement pris la résolution de ne plus faire ménage avec ce régime sanguinaire à la façade humaniste.

De octobre 1990 à février 2005 (du soulèvement populaire à la mort de Gnassingbé)

Cette période a été très mouvementée. On a connu :

- les répressions des manifestations pacifiques,
- les assassinats politiques,
- les emprisonnements,
- la chasse aux patriotes,
- les attentats,
- des milliers de Togolais forcés à s’exiler pour avoir la vie sauve. Parmi eux, certains seront poursuivis jusque dans leur dernier retranchement puis lâchement tuer. D’autres mourront en exil.
- les marches de soutien au régime en place à l’issue desquelles sont lues des déclarations ou motions injurieuses et calomnieuses à l’endroit des partis de l’opposition et de tous ceux qui prônent le changement. L’église n’est pas épargnée.
- les arrestations abusives accompagnées de brutalités insoutenables notamment de journalistes.

-Nous avons encore en mémoire les plus récentes : Lucien Messan, Dimas Dzikodo, Colombo Kpakpabia, Phillipe Evégnon… et j’en passe. Plusieurs journaux ont dû cesser leur parution pour éviter que la plume ne creuse la tombe de ses tenants. D’autres ont changé tout simplement de ligne éditoriale.

- la conférence nationale souveraine (CNS) qui a abouti au rétablissement de l’hymne « Terre de nos aïeux », à la mise en place du HCR comme institution législative provisoire, d’un gouvernement de transition avec un premier ministre. La CNS a d’autre part, limité les prérogatives du président de la République, suspendu l’ancienne de 9 janvier 1980 et procédé à l’écriture d’une nouvelle constitution adoptée en 1992 conduisant à l’organisation de la première élection présidentielle pluraliste de 1993. Suivront celles de 1998, de 2003. Toutes ces consultations électorales ont été entachées de fraudes et de massacres des populations par l’armée.

- La férocité de la répression a conduit le peuple à s’inscrire dans une grève pacifique illimitée qui dura 9 mois. La dictature demeurera ferme telle une dent cariée.

- Les législatives de 1994 sont les seules élections dans l’histoire du Togo à être proche de la réalité des urnes. Mais là aussi, la dictature a joué le jeu de la division pour vider les résultats de leur substance. Et l’opposition y a contribué.
- Tous ces actes de violences et de violations des libertés démocratiques ont été menés de main ferme par une armée nourrie, habillée et équipée par ce même peuple qu’elle tue. Les milices ont, elles aussi joué leur partition.

Le Togo avait connu aussi des dialogues et des accords : Ouaga I, II et III, Colmar, un Accord Cadre. 22 engagements ont aussi été pris devant l’Union Européenne. Mais toutes ces démarches n’ont strictement rien donné en terme d’évolution du Togo vers un régime démocratique.

Bref à cette époque où le pouvoir en place soutenu et conseillé par certains pays occidentaux à la morale douteuse, révélait au grand jour son vrai visage, l’opposition n’a rien trouver de mieux à offrir au peuple qui lui est totalement acquis, qu’un jeu de marquage et de positionnement vide de sens, symbolisé par les détestations, les divisions internes et les peaux de banane glissées cyniquement sous les pieds des uns par les autres. L’opposition s’est vraiment battue ! Ignorant que la compétition n’est pas ouverte du tout. Les différentes coalitions ou tentatives de rassemblement de l’opposition pour des actions concertées ayant beaucoup plus d’impact n’ont jamais survécu. Ces coalitions disparaissent à la minute qu’elles naissent.

Affaibli dans un premier temps par l’extériorisation du mécontentement populaire, le président Gnassingbé a retrouvé les rênes de son pouvoir par le biais de l’armée. Il a aussi accusé à tort ou à raison l’opposition qui par ses agissements n’a pas montré de réelles aptitudes à exercer le pouvoir autrement. Une campagne de dénigrement a ainsi commencé avec en toile de fond l’ethnisation du débat politique, le tracé du clivage Nord –Sud… Malheureusement, aux différentes élections, les vrais résultats jamais proclamés, montrent que le peuple togolais n’est pas totalement tombé dans ce traquenard. Cependant l’opposition n’a jamais été capable de relever le défi de la période post-électorale. Elle a toujours laissé ces masses qui l’ont toujours soutenue et accompagnée à la merci de la répression. Elle n’a jamais montré qu’elle disposait de réelles stratégies de conquête du pouvoir. Ainsi, le peuple togolais a eu à supporter dans la douleur et le silence imposé Gnassingbé durant les 15 années premières années suivant le soulèvement de 1990.

De février 2005 à ce jour (de la mort de Gnassingbé à la présidence de Gnassingbé).

Le 05 février 2005, la nouvelle de la disparition de Eyadéma Gnassingbé est tombée officiellement au journal télévisé de 20 heures. Au lieu de voir jubiler le peuple, la nouvelle fut accueillie avec réserve et scepticisme. La suite des évènements a donné raison à cette réaction. Quelques minutes plus tard, sur les écrans de la même télévision, un quarteron d’officiers supérieurs des Forces Armées Togolaises (FAT) ont révélé au grand jour leur mainmise sur le pouvoir. En émasculant le schéma républicain que le père Gnassingbé a trituré préalablement pour baliser le chemin à son fils, les putschistes ont violé les textes fondamentaux de la République togolaise. Ils se sont substitués à la Cour constitutionnelle qui est l’unique institution à prononcer la vacance du pouvoir.

L’armée a constaté la vacance du pouvoir et décidé de nommer Faure Gnassingbé à la présidence de la République. Soucieux de donner un vernis légal à cette forfaiture, la bande armée a massacré la constitution togolaise en la réécrivant en l’espace d’une journée avec la complicité de l’Assemblée Nationale en violation absolue de l’article 144 de ladite constitution, qui interdit les modifications constitutionnelles en période d’intérim. En l’espace de quelques heures, Faure Gnassingbé, ministre à la mort de Eyadéma Gnassingbé, a fait un parcours rocambolesque et connu une ascension qui ne peut qu’être vertigineuse pour une personne ayant toujours vécue dans des plaines.

Plus tard, sous pression, les putschistes ont, avec l’assistance de juristes français, des conseillers de l’Elysée et du Quai d’Orsay, fait semblant de rebrousser chemin non sans tuer de dizaines de Togolais exigeant le retour à l’ordre constitutionnel dans les rues.

Dans cette ambiance ensanglantée, le scrutin présidentiel, précédé d’une campagne très mouvementée, a eu lieu le 24 avril 2005 suite à une interprétation biaisée de la constitution notamment l’article 65. Le 26 avril 2005, Faure Gnassingbé est proclamé vainqueur par la Cour constitutionnelle. Le peuple se soulève. Il est accueilli par les coups de canon. Le nombre de mort est estimé à un millier. Les blessés ont atteint au moins 8000 personnes. Déjà, à la veille de l’élection, des milliers de Togolais ont fui le pays pour échapper aux violences entretenues. Au lendemain du scrutin, le nombre des réfugiés a atteint 40.000 au Ghana et au Bénin sans compter les réfugiés en interne, c'est-à-dire ceux-là qui se sont déplacés à l’intérieur du pays. Rappelons que la population togolaise est estimée à environ 6.000.000. C’est comme un homme voulant accéder à l’Elysée en France dont la population est d’environ 60.000 000, tue 6.000 personnes, blesse 80.000 autres et envoie 400.000 français en Allemagne et en Espagne et tout ceci se passe en 2005.

La peur s’est installée. Les forces de résistance démocratique ont dû plier l’échine sous le poids des armes, des coups de matraque et de gourdins cloutés. Elles ont fini par laisser la succession héréditaire se réaliser au sommet de la république.

En bon pupille des réseaux françafricains, Faure Gnassingbé obéit à la tradition des dictatures en quête de légitimité. Il respectera scrupuleusement chacune des phases du système : gagner frauduleusement la présidentielle, réprimer très sévèrement la contestation, appeler l’opposition et la société civile à dialoguer pour la formation d’un gouvernement d’union nationale ou de large ouverture, puis appeler à l’organisation des législatives. Toutes ces étapes ont été franchies avec brio par le clan au pouvoir grâce notamment à la France, à la complicité de l’opposition et de la société civile.

Le dialogue annoncé a connu deux phases. D’abord à Lomé puis à Ouagadougou sous la houlette du président Blaise Compaoré. Un accord politique dit global est signé le 20 août 2006 à Lomé par toutes les parties au dialogue.

A l’analyse, cet accord n’est qu’un arrangement électoral sur fond de légitimation à vil prix d’un pouvoir assis sur des ossements humains. L’opposition togolaise, lors du dialogue a presque réduit les pourparlers à une compétition au poste de premier ministre. Les stratèges du régime ayant compris que les leaders se donnaient des coups pour cela, ont monté les enchères en déclarant qu’ils proposeront la suppression de la primature lors des discussions. C’est la consternation dans les rangs des prétendants au poste

Une preuve supplémentaire que les discussions ont visé d’autres choses que la démocratisation du Togo est que les forces de changement (partis d’opposition et société civile) n’ont pas pu demander la suppression de la fête du 13 janvier dans le sens de la réconciliation. Lorsqu’il s’est agit de la célébration du 13 janvier 2007, cyniquement et certainement prenant le peuple pour une bande d’idiots, les partis d’opposition au gouvernement d’union nationale, au pouvoir donc, ont choisi de séduire l’opinion en séchant les festivités. Le premier ministre ainsi que tous les ministres du CAR et de la CDPA ont été absents de la parade militaire. Le lendemain, la presse a unanimement salué « la ligne de démarcation tracée par ces responsables ». Non ! Nous autres à la J.U.D.A, nous avons une lecture plus profonde que celle-là. L’absence des ministres de l’opposition est une victoire sans trophée. Elle n’a pas empêché le RPT et ses acolytes d’inviter leurs amis fêtards de divers horizons pour sabler le champagne sur le dos du contribuable togolais. L’opposition aurait tracé la ligne de démarcation en demandant et en obtenant noir sur blanc la suppression pure et simple de cette date qui replongea le Togo dans les arcanes du néocolonialisme.

Aujourd’hui au gouvernement, il apparaît évident que deux camps s’affrontent. Une partie des ministres est sous l’autorité du premier ministre à quelques exceptions près. Une autre partie n’a de compte à rendre qu’au chef de l’Etat.

Le régime actuel fait circuler l’argent comme l’a fait le précédent. Tout est question d’héritage alors ! Mais cette fois-ci, l’argent a des cibles précises. Il s’agit des responsables de presse, des leaders syndicaux, des responsables d’organisations associatives voire politiques répondant au dénominateur commun de critiques envers le régime.

Comme conclusion, on peut dire que sous le fils comme sous le père, les principes démocratiques sont bafoués. Il n’y a pas de compte rendu sur la gestion du pays. La volonté de mieux faire reste absente. Toujours et toujours procéder par saupoudrage. Les institutions sont restées de façade. Elles sont toutes au service du clan. Au Togo, la priorité est accordée à la démocratie-procédure au détriment de démocratie-culture. On va aux élections sans changement. Le Togo, depuis 1990 a acquis une culture de la démocratie-procédure et enregistré 4 scrutins présidentiels et 3 législatives. Toutes ces élections n’ont pas fait émerger la volonté du peuple, fondement d’un régime démocratique. Toutes les fois, ce sont les armes qui ont fait le jeu en se substituant au peuple souverain.

La porte des médias publics n’est que partiellement ouverte aux opinions contraires à celles du régime en place.

La loi fondamentale est modifiée à plusieurs reprises, pas dans le sens de la performer pour la rendre plus fonctionnelle. Elle l’a été pour régresser vers un régime plutôt familial et liberticide.


II- Les perspectives

Les bases d’une véritable démocratie étant faussées, il nous faut repartir des valeurs qui n’ont rien de commun avec l’illusion démocratique dans laquelle se trouve actuellement le Togo avec 77 partis politiques (si la tendance est maintenue, à l’horizon 2050, chaque famille aura son parti politique. Quelle honte !) Fort de cela, nous percevons les perspectives en terme de défis à relever.

- mobilisation pour les prochaines législatives, si tant est qu’elles pourraient servir d’occasion pour les forces alternatives de renouer le lien avec les populations, aujourd’hui échaudées par les violences politiques,
- réalisation de l’alternance politique au plus tard en 2010,
- émergence d’une société civile responsable qui ne transforme pas le monde associatif en un champ de bataille pour la captation des sources de financements extérieurs,
- édification d’une citoyenneté responsable, qui dans son exercice ne fait pas des casquettes, des T-shirts, d’un kilo de riz ou de quelques billets de CFA le prix de l’engagement,
- reforme des institutions républicaines pour qu’elles soient au service de tous et non du clan au pouvoir,
- construction d’un Etat de droit pour que l’égalité devant la loi dans les principes ne se concrétise par une justice à double vitesse dans les faits,
- culture démocratique se traduisant par la transcendance des clivages ethnique, régionaliste voire sectaire. La manifestation dans la vie de chaque fils de ce pays des valeurs de tolérance, de respect du bien public et d’autrui, l’altruisme…
- répudiation de la gestion sultanesque des ressources du pays,
fin de l’impunité révoltante dont bénéficient les auteurs de violations des Droits de l’Hommes et autres crimes économiques. Si les gens savent que l’alternance est une certitude, beaucoup hésiteront à commettre certains actes
- réconciliation des togolais, et en ce sens, le combat contre l’impunité n’est pas à négliger.
- fondation d’une armée républicaine (a ce niveau, les seuls statuts ne suffisent pas. Il faut une vraie pédagogie démocratique aux hommes en armes. Il faut « toiletter » leur mentalité
- conscientisation de la jeunesse pour le retour aux valeurs traditionnelles positives. Mettre fin à la tendance de mimétisme béat en cours faisant du jeune togolais une copie pâle du jeune européen ou asiatique
- défi d’informer les populations rurales sur la situation du pays.
- mise en place de la cour des comptes et du conseil économique et social pour compléter les institutions. Une démocratie a besoin de compte rendu de la gestion des ressources financières.

Il faut vaille que vaille arriver à bâtir des îlots d’intégrité et de résistance à toute épreuve pouvant guider les actions du peuple vers une véritable démocratie.

Mais, Honorables invités, si tout ceci ne peut pas marcher, alors, il ne nous reste qu’à dire à ceux qui, aujourd’hui manifestement disposent d’un titre foncier sur le Togo, de diviser les 56. 600 Km2 du Togo aux 6.000.000 de ses habitants. Chacun certainement pourrait avoir un lot ou un demi lot qu’il pourra vendre. L’argent ainsi gagné pourra servir aux uns de s’installer ailleurs et aux autres de décider de ce qu’ils désirent faire de leur existence.

Je vous remercie.


Contribution du MDTE à la conférence publique de J.U.D.A

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, les Responsables de la J.U.D.A,
Chers combattants de la Liberté,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Le Mouvement Citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe, tient tout d’abord à vous remercier pour votre initiative qui, au-delà de faire le bilan de notre pays dans sa difficile marche pour une démocratie authentique, servira de cadre pour qu’ensemble les bases d’une démocratie saine durable puissent être posées sur la terre de nos aïeux.

C’est un plaisir et un grand honneur qui nous est fait, nous, vos sœurs et frères qui vivons en Europe et dont certains, regroupés au sein du MDTE, ont résolument choisi de s’engager aux côtés du peuple togolais.

Longtemps, les sœurs et frères restés au TOGO se sont demandés si notre diaspora togolaise est au courant des réalités locales et quotidiennes du peuple togolais; et quel rôle cette diaspora joue ou veut jouer dans cette marche pour la démocratie au TOGO.

Vous devez savoir, et nous vous devons cette franchise, que l’implication collectivement organisée de la diaspora n’a pas été jusqu’alors à la hauteur des attentes légitimes qu’elle génère aujourd’hui. Au sein du MDTE, nous voulons que cela change pas seulement dans les discours, mais en étant réellement à vos côtés, à travers des actions concrètes directes, et aussi à travers des relais associatifs que nous mettrons en place avec le concours de toutes les bonnes volontés.

Le thème que vous avez choisi de développer dans le cadre de cette conférence-débat est « La marche du Togo vers la démocratie : bilan et perspectives ». Nous vous en félicitons, car cette démarche que vous initiez en ce début d’année est à nos yeux, le passage obligé de toute organisation militante engagée dans un long processus de démocratisation pour l’avenir de notre pays. C’est un sujet qui nous préoccupe au M D T E.
La situation générale de notre pays, nous en convenons tous, reste encore aujourd’hui très difficile. Les conditions d’organisation et de déroulement du dernier scrutin présidentiel, témoignent encore une fois du refus de dialogue toujours manifesté par le système en place et sa volonté de verrouiller, quoiqu’il en coûte, le paysage politique national.

Cet aveuglement qui a entraîné, comme le monde entier le sait, la mort de plus de 500 de nos compatriotes et jeté sur la route de l’exil plus de 40.000 autres, vise à maintenir le peuple togolais dans un état d’asservissement permanent dont les conséquences sont hélas, dramatiques dans tous les domaines. C’est ainsi que :

Sur le plan éducatif et social, la constante dégradation des conditions de vie dans nos familles, couplée à l’absence totale de plans de formation de jeunes, privés de toute perspective sérieuse d’insertion sociale et professionnelle, une génération montante qu’elle conduit au contraire dans une impasse régie par la misère.

Sur le plan sanitaire, le délabrement des structures hospitalières publiques et la pénurie organisée des médicaments, n’offrent pour garantie à nos parents qu’un accès difficile et sélectif aux soins de premières nécessités.

Sur le plan économique, le marasme est de règle dans tous les secteurs d’activité. Les mieux lotis tournent au ralenti. Les étals des commerçants et des petits revendeurs sont vides. Dans les villages, les jours de marché ne reflètent plus l’abondance mais l’incertitude du lendemain.

Sur le plan des libertés individuelles, l’insécurité demeure le lot commun de tous les Togolais. Nos compatriotes déplacés, vivant en exil dans des conditions inhumaines dans les pays voisins, craignent toujours pour leur retour au pays. Les journalistes indépendants sont brutalisés voire arrêtés.

Sur le plan de la fonction publique, les services de l’Etat offrent le même constat de pénurie de moyens, que nos écoles, nos hôpitaux, nos administrations. Notre système judiciaire est plus que jamais, un paradoxe de justice organisé autour d’une sacro-sainte impunité. Enfin, notre souveraineté nationale n’est plus qu’une coquille vide dont le contenu est bradé aux Etats étrangers.

Nous sommes convaincus au MDTE, que la grave crise togolaise ne peut se résoudre que par deux voies parallèles. Des initiatives hardies et volontaristes doivent œuvrer pour la création des conditions d’une véritable réconciliation nationale. En même temps, elles doivent promouvoir des outils juridiques et constitutionnels fiables, destinés non seulement à faire triompher cette volonté populaire, mais aussi et surtout à la sauvegarder.

Nous considérons au MDTE que, l’Accord Politique Global (APG), présente des insuffisances notoires qui transparaissaient dans les questions fondamentales. Malgré cela et faute de mieux, ce compromis doit être perçu comme une médication d’urgence permettant de mettre sous perfusion, l’espoir du peuple togolais, annonciateur de la fin de son martyr. Cet accord hélas, donne déjà l’impression d’une duperie de plus du peuple togolais et semble conduire le pays dans une impasse.

Se voulant force de propositions dans l’application et la mise en œuvre fidèle de l’APG, le MDTE, par cette analyse, décide d’assumer son rôle de veille auprès des responsables chargés de l’application de cet accord en leur demandant :
- de favoriser un réel recensement de la population, sur la base d’une méthode ayant obtenu l’adhésion de la majorité ;
- l’établissement des cartes infalsifiables d’électeurs ;
- la mise en place des conditions nécessaires pour réaliser le recensement des Togolais de l’extérieur afin d’organiser leur vote dans les mêmes conditions qu’au pays.

Le droit d’espérer

Pour le peuple togolais aussi, la fin de cette longue quête de liberté doit maintenant arriver et au plus vite ! C’est pourquoi le MDTE a toujours appelé tous les Togolais de la diaspora, où qu’ils se trouvent, quelles que soient leurs situations, à œuvrer inlassablement pour la conquête de la dignité humaine en général, l’instauration d’un Etat de droit et la promotion du progrès social au Togo.

A vous, Togolaises et Togolais vivant sur la terre de nos aïeux, otages involontaires du système politique au Togo, ne perdez pas courage dans votre combat pour l’amélioration de votre condition de vie, et contre les pratiques claniques et mafieuses qui espèrent vous maintenir dans la dictature de la misère. Vous avez raison d’espérer le soutien, l’aide et l’assistance de vos frères et sœurs de la diaspora à travers le monde.

A nous, Togolaises et Togolais de la diaspora, exilés volontaires ou de force à travers le monde, puissions-nous prendre conscience de l’exigence et de l’urgence de notre devoir de soutenir nos frères et soeurs, gardiens de fait de notre patrimoine commun, afin de conforter leur capacité à résister à toute forme d’arbitraire, d’injustice et d’oppression.

Togolais de l’intérieur, Togolais de l’extérieur, nous avons le même combat pour notre Togo, ne faisons pas le jeu de ceux qui ont voulu toujours nous opposer pour maintenir leurs privilèges et leurs biens.

C’est pour cette raison et au nom de l’intérêt supérieur de la nation que le MDTE lance un appel à toutes les Togolaises et Tous les togolais qui le peuvent et qui le veulent, qu’ils soient de l’intérieur ou de la diaspora, à mettre en synergie leur force, leurs énergies, leurs talents, leurs savoir-faire, leurs compétences, pour faire du Togo, un Etat de droit, respectueux de la Dignité de l’Homme et promoteur du Progrès social pour tous.

A la Jeunesse :

A vous, militants de la J.U.D.A !
A tous les jeunes du TOGO comme, à ceux de toute l’Afrique !
Conscient qu’un pays qui sacrifie sa jeunesse, hypothèque lourdement l’avenir de sa population, le MDTE souhaite continuer à se battre à vos côtés car votre lutte exemplaire pour votre avenir est également, à plusieurs égards, une lutte pour l’avenir de chacun de nos pays.
Plein succès à vos travaux de cette journée du 10 février 2007

Fait à Lille, le 05 février 2007
Pour le Mouvement Citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe,
L’ Administrateur Délégué,
Dr Martin AMOUZOU

lundi 15 janvier 2007

Appel à la réouverture immédiate et sans condition de la Radio Victoire.

COMMUNIQUE

Par sa décision N° 001/HAAC/07/P du 09 janvier 2007, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication a porté à la connaissance de la Radio Victoire la suspension de son autorisation d’installation et d’exploitation pour une période de 15 jours.

LES FAITS

Au motif de sa décision, la HAAC reproche à la Radio Victoire son « attitude récidiviste après plusieurs recommandations et avertissements portant sur des manquements professionnels relevés dans la diffusion de l’émission Fou de Foot ».

En effet, suite à un numéro de l’émission « Fou de Foot » co-animée par l’équipe sportive de la rédaction de la radio avec le journaliste franco-camerounais, Jacques Roux, la HAAC a verbalement intimé l’ordre à la direction de ne plus faire intervenir ce dernier sur les antennes de la Radio Victoire.

La Radio, par courrier datée du 22 décembre 2006, demanda à la HAAC la notification par écrit de cette interdiction verbale et les motifs de ladite mesure. Aucune suite n’a été donnée à la requête de Victoire FM lorsque le 27 décembre 2006, par un courrier de la même date, la HAAC lui adressa un « ultime avertissement ». Victoire FM prend alors des dispositions pour interdire à Monsieur Roux son passage sur ses antennes en studio.

Le 08 janvier 2007, dans un numéro interactif de l’émission « Fou de Foot », Jacques Roux, comme tout intervenant, participa à l’émission par voie téléphonique.
Le lendemain 09 janvier 2007, la HAAC suspend la Radio Victoire pour 15 jours. Un silence total de 15 jours donc à la radio.

LA POSITION DE LA J.U.D.A

Au regard de tout ce qui précède, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) dénonce avec la dernière énergie, la décision de la HAAC.

Cette décision donc est manifestement injuste, injustifiée et surtout disproportionnée vu les faits reprochés à la Radio Victoire. La HAAC aurait pu suspendre l’émission incriminée « Fou de Foot » au lieu de suspendre son autorisation d’installation et d’exploitation pour une période de 15 jours. C’est pour cette raison que la J.U.D.A estime que la décision de la HAAC est plutôt une opération de musellement de cette radio et par conséquent de l’ensemble de la presse au Togo.

La HAAC a pris un acte inacceptable à tout point de vue. En conséquence, la J.U.D.A demande à la HAAC, le retrait immédiat et sans condition de sa décision N°001/HAAC/07/P du 09 janvier 2007, portant suspension de l’autorisation d’installation et d’exploitation de la radio Victoire pour permettre à la radio de reprendre ses programmes.

Elle appelle la HAAC et son président, Monsieur Philippe EVEGNON, un journaliste ayant payé un lourd tribut pour la liberté d’expression et d’opinion au Togo, à se ressaisir et dire NON à des individus qui auraient l’intention de se servir d’eux comme instruments de répression et de musellement de la presse.

Enfin la J.U.D.A rappelle aux autorités togolaises que la presse libre est une richesse et s’activer à l’empêcher de diffuser toute opinion critique, c’est faire entorse à l’émergence même d’un Etat démocratique au Togo.

ACTIONS RECOMMANDEES

La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) demande à tous les militants et organisations de défense des droits humains et des valeurs démocratiques de se mobiliser pour obtenir le retrait de la décision de la HAAC précitée.

Veuillez envoyer vos appels et textes à l’adresse mentionnée ci-dessous,

- protestant contre la fermeture de radio Victoire qui constitue une restriction inacceptable et disproportionnée à la liberté d’expression garantie notamment par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples ;

- demandant la réouverture immédiate et sans condition de Victoire FM ;

- demandant à la HAAC de laisser la presse jouer son rôle librement pour que la démocratie tant souhaitée par le peuple, se construise au Togo.

Adresse de la HAAC
BP : 8697, Lomé
Tél/Fax : +228 250 16 78
Cel : +228 903 45 90

Fait à Lomé, le 15 janvier 2007

Pour la J.U.D.A

Le Secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI

mardi 26 décembre 2006

VŒUX DE LA JEUNESSE UNIE POUR LA DEMOCRATIE EN AFRIQUE AU PEUPLE TOGOLAIS ET A LA JEUNESSE AFRICAINE


A cette fin d’année 2006 qui annonce l’an 2007, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) remercie toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont bien voulu l’accompagner dans ses actions pour les objectifs communs de liberté, de démocratie et de paix fondée sur la dignité humaine.

L’année 2006 aura été une année pénible pour la jeunesse africaine. Dans certains Etats, des rebellions, pilotées par des mains noires, ont germé. Dans d’autres, ce sont des élections contre la démocratie savamment entretenues par les forces néocoloniales, qui ont été organisées.

Cette année finissante aura été aussi celle de l’apogée honteuse de l’immigration clandestine, attestant l’incapacité notoire et dévastatrice des dirigeants africains à poser les bases d’une société garantissant la justice sociale et les libertés démocratiques.

Ces rebellions et ces élections contre la démocratie drainent un cortège de comportements inhumains dont la jeunesse est la première victime : violations graves et massives des droits humains et libertés fondamentales, atteintes manifestes de la souveraineté de nos Etats africains.

A l’orée de cette année nouvelle, la J.U.D.A se plie à la tradition pour présenter à la jeunesse patriotique africaine, ses vœux de santé, de paix, de courage et de solidarité. Elle souhaite que 2007 soit une année d’une meilleure organisation de nous tous pour des combats en perspective.

La J.U.D.A souhaite que l’année 2007 soit une année de concrétisation de notre désir commun de bâtir une unité africaine des peuples et non des chefs d’Etat au mandat douteux voire usurpé.


Que l’année 2007 soit pour la jeunesse africaine une année de solidarité agissante dans les efforts de lutte pour la démocratie. Qu’elle apporte à chaque digne fille et fils d’Afrique de la force et du courage pour lutter contre les préfets locaux qui peuplent nos palais présidentiels et qui versent le sang des peuples assoiffés de liberté, de justice et de paix véritable.

La J.U.D.A émet le vœux ardent que l’idée du Front Africain contre le Néocolonialisme (FAN) proposée dans sa déclaration datée du 15 février 2005 au moment où les puissances néocoloniales notamment la France s’évertuait à monarchiser le Togo- ce qui aujourd’hui est d’ailleurs réalisé- se concrétise afin que nos luttes contre le néocolonialisme soient plus efficaces. Car, faut-il le dire, aucune jeunesse de quelque pays qu’elle soit, ne s’en sortira jamais seule.

La J.U.D.A souhaite également que, dans la campagne pour l’élection présidentielle de 2007 en France, l’Afrique soit un des plus importants sujets. En tous les cas, elle formule le vœux que les organisations ayant une autre vision des relations franco-africaines, en association avec la diaspora africaine en France voire en Europe, agissent pour contraindre les candidats à dévoiler leur vision pour l’Afrique. Il est superfétatoire d’en rappeler les raisons.

Que 2007 marque la fin de la cruauté en terre africaine, la fin des embarcations de fortune sur la Méditerranée, la fin du pillage et du bradage des richesses de l’Afrique grâce à la mobilisation populaire.

Particulièrement au peuple togolais, la J.U.D.A présente ses vœux les meilleurs de santé et de réussite. Elle souhaite à ce peuple constamment humilié, appauvri et soumis à plusieurs brimades et privations, du courage dans ses efforts de libération.

Que l’année 2007 soit une année de grandes victoires pour le peuple togolais tout entier au devant duquel se trouve à jamais une jeunesse résolument engagée, unie et debout contre la dictature d’où qu’elle vienne.

Bonne et heureuse année 2007 à toutes et à tous.
Prospérité et réussite à la jeunesse patriotique africaine.

Fait à Lomé, le 26 décembre 2006.

Le Secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI

samedi 7 octobre 2006

La dette de l’impunité au Togo






Compte rendu de la conférence

A l’occasion du premier anniversaire de la tentative d’agression de Dimas DZIKODO, Directeur de publication du bihebdomadaire togolais Forum de la Semaine, l’association Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) a tenu une conférence débat au CESAL de Tokoin Séminaire à Lomé, le samedi 07 octobre 2006. Il s’agissait, selon les organisateurs, de partir du cas Dimas DZIKODO dont les enquêtes sont sans suite, pour parler du dossier de l’impunité au Togo.

Après l’exécution de l’hymne national et d’une minute de silence en mémoire de ceux qui sont morts pour la liberté au Togo suivie du premier passage du reggaeman Ras LY sous un tonnerre d’applaudissements, ce fut le tour du président de la J.U.D.A de prendre la parole pour remercier l’assistance.

Dans son discours, M. NALIALI Benjamin a déploré le fait que le Togo soit dans une phase cyclique de convulsions politiques depuis 1967, lesquelles crucifient le peuple sur l’autel des ambitions égoïstes et malsaines de certains homme politiques et font de l’impunité une plaie incurable sur la voie de la consolidation de l’unité nationale. « Tant que la question de l’impunité ne sera pas résolue, l’avènement d’une société togolaise unie, forte et économiquement émancipé ne sera une qu’une utopie » a-t-il martelé. Le Président de la J.U.D.A a affirmé que l’accord politique attendu sur le dossier de l’impunité n’y a apporté qu’une solution ambiguë, frappée d’irréalisme politique.

Revenant sur l’anniversaire de Dimas DZIKODO, le président de la J.U.D.A, s’est félicité de la vie du Journaliste avant de réitérer la ferme condamnation de son organisation de cette tentative d’assassinat qui est non éclairée à ce jour. Il a demandé que toute la lumière soit faite autour de cette agression et tous les cas d’impunité au Togo.

Prenant la parole, Dimas DZIKODO a remercié tous ceux lui ont apporté appui et soutien lors son agression. Il est revenu sur les évènements de cette nuit du 09 octobre 2005 où il a été appréhendé, roué de coups par des individus qui lui ont inondé le visage d’un gaz brûlant et introduit un liquide toxique dans sa bouche.

M. DZIKODO a condamné cet acte qu’il qualifie d’inadmissible à l’endroit d’un journaliste qui, selon lui doit être saisi par un droit de réponse ou doit faire l’objet d’une plainte en justice si par ces écrits, il offense un citoyen. Il a dit que ceux qui ont tenté de l’éliminer, n’élimineront ni Forum de la semaine ni la vérité.

Dimas a marqué son indignation quant au silence qui règne autour de son affaire et demandé la publication de l’enquête ouverte par la police. Il dit également attendre que suite soit donnée à la plainte contre X déposée devant les tribunaux togolais.

Après des intermèdes des Reggaemen Ras LY et de Fofoon the WAY, le Secrétaire Général de la J.U.D.A, M. Rodrigue KPOGLI a pris la parole pour livrer son exposé sur le thème. Après les mots de remerciements et s’être félicité de la tenue de la rencontre malgré les multiples pressions, M. KPOGLI aborde la définition de l’impunité, souligné ses manifestations au Togo puis proposé des solutions.
En clair, le Secrétaire Général de la J.U.D.A a démontré que le poids de l’impunité plombe le processus de réconciliation au Togo. Il a estimé qu’au moment où les législatives de 2007 se pointent à l’horizon, il faut donc parer à la récidive en trouvant une solution à la question de l’impunité étant donné qu’il est admis que c’est souvent en périodes électorales que les violences ainsi que les violations les plus grotesques des droits de l’homme atteignent leur apogée au Togo.
Concluant sa communication, M. KPOGLI a dénoncé les menaces sur le radio Sport FM et saisi l’occasion pour plaider pour le respect des droits des migrants en cette journée du 07 octobre, journée transnationale des migrations. Sur ce sujet, M. KPOGLI a dénoncé les conditions dans lesquelles les réfugiés togolais au Bénin et particulièrement au Ghana vivent. Il a expressément appelé le Togo à créer les conditions favorables pour les ramener à la maison le plus tôt possible avec la garantie à réparation.

Les débats qui ont suivi, ont été très riches. M. Rodrigue KPOGLI qui était essentiellement visé par les questions, a, dans une franchise qu’on lui connaît, répondu et satisfait l’auditoire. Il a abordé les questions d’actualité notamment celles relatives à l’Accord politique global, au Gouvernement d’Union nationale et de la situation de la jeunesse togolaise.

Notons que les artistes Ras LY, Fofoon The WAY et Mc Jasky ont agrémenté la cérémonie qui a pris fin autour de 19 heures.


Lire en intégralité l’exposé de M. Rodrigue KPOGLI

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs
Chers camarades et invités,

C’est pour nous, une immense joie doublée d’une lourde responsabilité de vous savoir si nombreux à cette rencontre citoyenne. Chapeau à vous qui avez montré, par votre seule présence ici, que vous avez des couilles. Car jusqu’au bout, vous avez tenu, nous avons tenu, à rendre possible cette conférence malgré les pressions énormes qui ont fusé de toute part pour qu’elle n’ait pas lieu.

Nous rendons un hommage plus que mérité à notre frère et camarade, Ras LY qui, par sa musique énergique et pleine d’engagements, démystifie certains sujets tabous et appelle à une mutation des mentalités dans notre pays. Nous espérons qu’au-delà de la danse que suscite Ras LY, notre génération prendra la mesure des mots qui sont les siens et se conscientisera en vue de baliser les écueils sur ce chemin tortueux et pénible, menant à la démocratie, qu’est le nôtre.
Merci à tous ceux qui de loin ou près nous ont apportés leur bienveillant soutien.

Camarades, Militants des droits de l’Homme, nous avons conscience que la question de l’impunité est un sujet à forte charge émotive et politique dans notre pays. Qui veut la toucher risque de se brûler les mains. C’est pour cela que nous avons décidé de la visiter en vêtements citoyens surtout en ce moment où la pensée populaire est orientée vers l’acceptation d’une certaine solution au cas togolais.

1-Comprendre la notion de l’impunité

D’une manière générale, l’impunité signifie le fait de ne pas risquer d’être puni, sanctionné pour une faute commise. Placée sur l’orbite de la protection des droits de l’Homme, l’impunité est la situation dans laquelle des auteurs de violations des droits humains et du droit international humanitaire ne sont ni traduits en justice ni punis, parce que le système de gouvernement d’un pays ou les Etats membres d’une organisation intergouvernementale en ont décidé ainsi. C’est le fait d’être assuré de ne pas être inquiété pour des délits et crimes qu’on pourra commettre, ce qui, évidemment pousse à les commettre.

L’impunité revêt deux formes bien distinctes, l’une de droit et l’autre de fait.

L’impunité de droit consiste pour les pouvoirs publics, à intervenir directement pour prendre des mesures en vue d’absoudre les auteurs des violations graves et massives des droits de l’Homme. Celle-ci peut être une amnistie, une grâce ou une grâce amnistiante.

L’impunité de fait, quant à elle, consiste soit pour les autorités à ne pas ouvrir d’enquête au sujet des violations des droits humains soit à mener des enquêtes sans en donner suite. Et c’est ce cas d’impunité qui est courant au Togo.


2-l’impunité au Togo

En effet, bien de crimes économiques et de sang dorment dans les placards. Souvenons-nous des crimes de 1963 (un chef d’Etat a été tué, qui sont les auteurs de cet assassinat), les camps de concentration de Agoumbio, de Kasaboua ( souvenons-nous des révélations de Me Occansey à la conférence nationale souveraine), des crimes commis dans les années 90 avec des évènements de Fréau Jardin, des assassinats de Améyi, de Tépé, de Soudou, l’assassinat de Tavio Amorin, des manifestations populaires réprimées dans le sang, les morts des réjouissances populaires du 13 novembre 2004 (officiellement 13 morts devant les portes de LoméII).
N’oublions pas les crimes commis dans les villes et villages du Togo. N’enterrons pas les handicapés à vie faits par ce régime. La liste est longue et très longue.

N’oublions pas non plus les crimes économiques faits de détournements de deniers publics entraînant de facto privations de ressources pour le peuple togolais affamé, assoiffé et en plus ponctionné. (L’existence de ces crimes a conduit à la création de la commission anticorruption, qui ces derniers temps d’ailleurs observe un silence assourdissant. Dans bien de cas révélés, les inculpés répondent plus pour les faits politiques que des charges de détournement). Le jugement devait commencer par Jérusalem a été dévié. Et on sait les raisons.

C’est une suite arithmétique de violations de droits humains dont la raison et la fréquence sont la garantie de l’impunité aux auteurs.

Ces actes se sont alourdis avec les évènements de 2005 (assassinats des patriotes : Enquête de l’ONU, d’AI, de la CNSEI…). Le rapport de la mission d’établissement des faits de l’ONU établi sans ambages, certaines responsabilités (de la FIR – Force d’Intervention Rapide- l’armée de Terre-, la police Nationale- Quelqu’un avait commandé 2500 coupe-coupe pour tailler ses concitoyens en lieu et place des pompes à eau pour disperser les manifestants. Dimas DZIKODO n’a pas échappé aux fourches de cette longue culture, une seconde nature en quelque sorte, de ce pouvoir dont la trame n’est constituée que de sang. Des civils et bien d’autres éminentes grises, ces concepteurs de stratégies les plus inhumaines, de l’entourage de Faure Gnassingbé ont été indexés.

Ces violations majeures des droits humains non élucidées et jamais sanctionnées dans notre pays constituent une dette qui plombe et compromet de toute évidence le processus de réconciliation auquel les populations blessées, n’adhèrent pas. Sans allégeance à la vérité et à la justice et de surcroît sans réparation aux victimes, le régime appelle à la fête, décrète le pardon et la réconciliation ; une sorte d’autoamnistie ridicule ou révoltante.

3-Réactions du pouvoir à cette dette de l’impunité
  • ouverture des enquêtes jamais fermées : comme le cas Dimas.
  • parfois, on nie tout simplement les faits et donc pas d’enquête. Les révélations de FIDH, de l’ONU, d’AI, de LTDH et bien d’autres sont rejetées systématiquement. Le pouvoir togolais va jusqu’à dire que ces organisations sont manipulées par l’opposition : les assassins de Tavio Amorin qui ont signé leur crime, sont toujours en liberté totale.
  • Enquêtes conclues mais pas de suite : attentats de Soudou, les cas révélés par la CNSEI de Koffigoh suite aux évènements de 2005.
  • Menace des défenseurs des droits de l’Homme qui finalement sont chassé du pays. Tous les auteurs du 05 octobre 1990 ont dû fuir le pays, il n’y a pas très longtemps, les présidents de la LTDH partent en exil.
  • La cerise sur le gâteau, c’est la trouvaille du Dialogue national : retour en 1958, et un ministère de la réconciliation une fuite en avant. Les questions d’actualité sont là devant nous.
    Bref, le pouvoir veut jouer sur le temps pour faire passer ces faits gravissimes aux oubliettes. Ces attitudes irresponsables et à leur tour criminelles entraînent forcément la pérennisation des violations des droits de l’homme dans notre pays. Les bourreaux étant assurés d’être à l’abri de toute poursuite. Mieux, les criminels sont parfois remerciés et promus (au rang de ministre ou de directeur de société…) On fait la promotion des criminels dans une ère qu’on qualifie de l’heure de la réconciliation nationale. Une véritable injure à l’intelligence du peuple togolais.


4-La position de la J.U.D.A


Il ne pourra y avoir de réconciliation sans l’éradication de l’impunité au Togo. Nous autres, ne pouvons pas accepter un pardon sans confession qu’on veut imposer.

Etant une organisation convaincue que les valeurs démocratiques ne devaient être édulcorées pour quelles que raisons que ce soit, et connaissant les vertus thérapeutiques de l’exhumation de la vérité, la J.U.D.A a décidé de ne pas participer à cette vaste opération de dressage de l’opinion à accepter la compromission et l’absurdité. Pour cela, nous appelons, aujourd’hui même, que les recommandations faites à l’issue de diverses enquêtes menées sur le Togo en matière des droits humains soient mises en applications.

Nous avons fait le choix de ce combat pour des raisons suivantes :

D’abord par principe : on est défenseur des droits humain et lorsque les droits sont violés, il faut que l’auteur de la violation soit traduit devant la justice selon la loi. Car, avant même d’être une violation des droits de la personne, l’acte est avant tout un délit ou un crime sanctionné par la loi. Le principe de l’Etat de droit veut que personne ne soit au dessus de la loi.

Ensuite, pour éviter la récidive des actes de violences. Car, l’auteur d’une violation qui reste impuni aura du courage pour en commettre encore. De plus, les victimes de violations ou leurs proches sont tentés de se venger lorsque la justice qui doit être la même pour tous n’est pas appliquée par les autorités compétentes. Ainsi, il ne peut y avoir de vraie réconciliation sans justice.

Enfin, pour le droit à réparation aux victimes. Il est extrêmement important d’obliger les personnes responsables d’exactions à répondre de leurs actes, mais ce n’est que l’un des éléments qui permettent de rendre justice aux victimes. Il convient aussi que celles-ci obtiennent des réparations dont les cinq éléments consécutifs sont une indemnisation financière ; des soins médicaux ainsi qu’un traitement visant à la réadaptation ; la restitution (chercher à rétablir la victime dans sa situation précédente) ; des garanties que le crime ne se répétera pas ; enfin, la réparation des dommages moraux, qui implique que la victime recouvre sa dignité et sa réputation et que les souffrances subies soient publiquement reconnues. En clair, le tort qui a été fait doit, dans la mesure du possible, être réparé.

Il faut dire que la lutte contre l’impunité ne doit pas seulement être l’affaire des autorités gouvernementales. D’ailleurs, au Togo, l’hypothèse que l’Etat punisse volontairement les crimes, est très peu évidente. Les principaux bourreaux et les tortionnaires constituent les piliers actuels du régime en place. C’est pour cela que chaque citoyen doit prendre l’engagement d’œuvrer pour mettre fin à l’impunité en refusant le silence ou la résignation. Il faut toujours dénoncer les violations des droits humains et le silence des autorités face à de telles violations. Le peuple togolais ne peut être un objet de son histoire. Si nous nous taisons, les vagues de violations des droits de l’homme nous atteindrons et elles nous atteignent déjà.

La victime de violation de droits humains doit aussi, dans la mesure du possible saisir les institutions judicaires afin que sa cause soit entendue et réglée. C’est en cela que la société civile doit apporter son appui à des victimes ou leurs proches pour qu’ils mettent en œuvre leur droit à la justice.

Il faut apurer la dette de l’impunité pour amener le peuple à adhérer au processus de réconciliation. Sans cela, c’est un coup d’épée dans l’eau que de parler à longueur de journée de réconciliation.

5-Horizon inquiétant des législatives prochaines ou de l’urgence de payer la dette de l’impunité avant toute consultation électorale.

Il est connu que c’est souvent en périodes électorales que les violences ainsi que les violations les plus grotesques des droits de l’homme atteignent leur apogée au Togo. C’est pour cette raison qu’au moment où les législatives de 2007 se pointent à l’horizon, nous avons voulu sonner l’alarme en appelant tout le monde à la mobilisation contre les crimes impunis et à la vigilance.
Nous redoutons légitimement la récidive dans la mesure où les criminels d’hier sont en liberté et donc toujours en embuscade, prêts à sortir les armes, les coutelas et les gourdins pour tuer, blesser et chasser.

C’est en cela qu’il est plus qu’une nécessité que ceux qui ont contracté la dette de l’impunité, s’en acquittent avant toute consultation électorale voire toute réconciliation.

Nous appelons donc à un sursaut citoyen face à cette longue culture d’impunité au Togo.
Camarades, à travers cette conférence, nous saluons tous ceux qui oeuvrent pour la construction d’un Etat de droit au Togo, via leurs plumes et leur voix. Nous adressons notre ferme soutien à la radio Sport FM qui, il y a quelques jours, a été l’objet d’un harcèlement caverneux pour avoir diffusé un simple communiqué. Une logique précambrienne : on ne s’en prend pas à l’auteur de la déclaration mais plutôt au héraut qui n’a joué que son rôle de messager. Par cette énième atteintes à la liberté de presse dans notre pays (atteintes que nous dénonçons avec force), les roitelets refusent de comprendre que la forêt togolaise est un bien commun et que les autres doivent avoir un droit de regard sur leurs faits et gestes.

Il serait inadmissible de terminer cette communication sans dire un mot sur la journée transnationale des migrations, célébrée ce jour du 07 octobre. Il s’agit de plaider pour le respect des droits des migrants et des déplacés toute tendance confondue. A l’heure où nous parlons, des manifestations auxquelles nous adhérons totalement se déroulent de part le monde. Quant à nous ici, nous soutenons ceux de nos compatriotes exilés au Bénin et au Ghana où ils affrontent des hostilités de tout genre. Particulièrement ceux au Ghana avec qui nous avons partagé des moments d’intenses émotions en août dernier. Il urge que les conditions favorables soient créées pour les ramener à la maison le plus tôt possible avec des réparations assurées.

Je vous remercie

jeudi 3 août 2006

Interview :Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A



Forum de la Semaine n°177 du 03 Août 2006


Forum de la semaine : Le dialogue inter togolais vient de désigner le président du Burkina Faso pour faciliter les discussions en vue d’un accord pouvant dénouer la crise au Togo. Quelle est votre réaction la-dessus?

Rodrigue KPOGLI : La désignation du président du Faso, Blaise Compaoré pour la médiation dans la crise togolaise n’est pas pour nous une surprise car depuis un bon moment déjà, celui-ci s’est invité dans le débat politique togolais.

Pensez-vous que Blaise Compaoré puisse trouver la solution à la crise togolaise ?

Un médiateur, par définition, doit être indépendant et équidistant des parties en conflit. Or le président Compaoré ne satisfait pas à ces conditions. Des faits objectivement vérifiables l’attestent : lorsque le 5 février 2005, Faure Gnassingbé a réalisé sa forfaiture en s’emparant du pouvoir, non seulement le président du pays des Hommes intègres n’a pas suivi ces pairs de la sous-région qui ont condamné ce pronunciamiento et demandé le retour à l’ordre constitutionnel, mais aussi et surtout, il a déroulé le tapis rouge à Faure Gnassingbé quelques jours plus tard à Ouagadougou.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle du 13 novembre 2005 au Burkina Faso, Faure Gnassingbé a notoirement soutenu le candidat-président Blaise Compaoré en lui fournissant deux hélicoptères et probablement un soutien financier. Il sera dur de café qu’à cette occasion, l’ascenseur ne soit pas renvoyé au généreux bienfaiteur.

Le président du Faso est la main noire de Jacques Chirac sinon de l’Elysée en Afrique Occidentale. N’oublions pas le poids de la France et du réseau françafricain dans le pourrissement de la situation au Togo. A notre avis, il vaut mieux se rendre directement à l’Elysée pour la médiation que de s’adresser à la succursale qu’est le Burkina Faso dirigé aujourd’hui par Blaise Compaoré.
Il faut souligner que depuis que la crise en Côte d’Ivoire a jeté le froid entre les présidents Gbagbo et Compaoré, l’accès du Burkina Faso à la mer est facilité en grande partie par le Togo. Cette forte dépendance du Burkina Faso du port autonome de Lomé qui est apparemment une propriété privée des héritiers de la République est une circonstance aggravante de la méfiance vis-à-vis de cette médiation.

Rappelons aussi que ce n’est pas la première fois que Blaise Compaoré est désigné pour arbitrer la crise togolaise. Il y a eu les Accords de Ouga I, Ouaga II et Ouaga III, cependant la crise est d’actualité.

Alors en termes clairs, la J.U.D.A prédit l’échec de Blaise Compaoré ?

Nous ne voulons pas être des oiseaux de mauvais augure. Nous ne voulons pas non plus manifester un optimisme béat quant à la mission de Blaise Compaoré. Nous observons tout simplement que les accointances entre Lomé et Ouagadougou sont si fortes que l’impartialité du médiateur n’est pas garantie d’office.

Ecoutez ! Nous sommes une organisation de promotion de la démocratie et de défense des droits de l’Homme. Et nous sommes indignés du sort réservé au dossier Norbert Zongo et plus loin au dossier Thomas Sankara que la justice du Faso visiblement aux ordres, tente d’enterrer vaille que vaille. Or une des préoccupations majeures du peuple togolais, est la fin de l’impunité que Blaise Compaoré ne veut pas lui aussi réaliser dans son pays pour des raisons évidentes. De plus, pour se faire élire en 2005, le président Compaoré a procédé à une lecture originale de la constitution de son pays ; ce qui n’est pas assez loin du cas togolais. Donc, en matière démocratique et des droits humains, le président du Faso n’a pas de leçons à donner. Il lui sera difficile d’aborder ces questions sans se voir dans la glace.

A qui profitera un éventuel échec de la médiation de Blaise Compaoré ?

L’échec de la médiation ne sera pas l’échec de Blaise Compaoré ni celui du peuple burkinabé. Ce sera l’échec du Togo et par conséquent l’ajournement du sauvetage des populations togolaises étranglées. A notre sens, la réussite de cette médiation conduirait à court terme à un partage juste du pouvoir et à démocratiser le Togo à moyen ou long terme. Ceux qui ne veulent rien partager selon les règles du mérite ni démocratiser le Togo se frotteront certainement les mains lorsque Ouaga IV aura échoué.

A voir l’évolution des évènements, peut-on affirmer que le RPT, au pouvoir veut vraiment dialoguer avec son opposition ?

C’est en plein dialogue que le désir irréfragable de monarchiser le Togo a été le plus visible. En l’espace de quelques jours, Faure Gnassingbé a nommé Mey Gnassingbé, chargé de mission à la présidence, Toyi Gnassingbé, conseiller technique à la présidence. Le commandant Rock Gnassingbé a, de son côté, été promu lieutenant-colonel. De tels actes prouvent à suffisance que le pouvoir togolais n’a rien à cirer avec un quelconque dialogue qui pourrait étancher la soif de démocratie et de liberté du peuple togolais. Seule la satisfaction égoïste du clan importe.

Revenons sur ce qui est appelé « Accord politique de base » qui continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. Quelle est l’opinion de la J.U.D.A là-dessus ?

La Jeunesse Unie s’est prononcée à répétition sur les ondes relativement au document. Sans focaliser notre opinion sur les questions de paraphe ou de signature et des signataires ou des non signataires, nous disons que cet accord, si on peut l’appeler ainsi, n’est pas de nature à conduire le peuple togolais à la démocratie.

Et pourtant les signataires parlent d’acquis à sauvegarder ?

Lesquels ? On ne fait que nous rebattre les oreilles des dithyrambes sur le grand retour d’une CENI qui organise et supervise les élections ; ce qui n’est qu’un acquis sur papier. Les parapheurs oublient cependant de nous dire que sa composition n’a rien de paritaire et que sur le plan financier la CENI est fortement dépendante de l’Exécutif qui peut, aussi souvent que les circonstances le commandent, la mettre en panne sèche.

On nous parle d’observation nationale ; ce qui par principe est une bonne chose. Mais le hic, c’est que les organisations de la société civile qui peuvent faire un travail crédible et rigoureux en la matière ne seront pas accréditées le moment venu faute de reconnaissance officielle certifiée par récépissé.

On jubile aussi sur le quota des femmes aux élections. Mais nous autres, nous disons simplement qu’aussi longtemps que la politique au Togo restera sur le terrain de violence, et non focalisée sur le débat, les femmes ne s’y intéresseront point. Car de nature, la femme participe très peu à la violence physique. En réalité, le supposé accord politique de base, fait essentiellement de recommandations (et on ne sait d’ailleurs à qui elles sont destinées), ne contient aucun élément sur la très heurtée présidentielle d’Avril 2005. Au contraire il l’efface carrément au profit des législatives miroitées. Ce schéma est le best of de la Françafrique qui voudrait que les Africains soient toujours dans une sorte de supplice de Tantale avec des démocraties tropicalisées.

Il n’y a pas que les questions électorales qui sont contenues dans cet accord tout de même ?

Oui. Sur la question de l’impunité, on a remonté l’histoire jusqu’en 1958 alors qu’à cette époque là, le Togo n’existait même pas encore. C’est d’ailleurs grave qu’on fasse un tel amalgame entre les faits de 1958 et ceux des années 90 à nos jours. Les réfugiés qui sont au Bénin et au Ghana et le massacre répété des populations ne sont pas faits des années 1958. Il ne faut pas se moquer des gens !

Sur le sujet de la sécurité, les parapheurs veulent qu’on augmente l’effectif de la police et de la gendarmerie alors même que nous ne disposons d’aucun chiffre justifiant la nécessité d’un tel accroissement des effectifs. On va jusqu’à « exhorter les partis politiques à s’abstenir de tout ce qui peut être perçu comme des provocations à l’égard des Forces Armées et de Sécurité ». Cela vise tout simplement à interdire les débats sur l’armée et la nécessité de sa réforme. Personne ne provoque l’armée au Togo. Au contraire c’est l’armée qui sort de son cadre. Alors, si elle n’est pas républicaine, en bons citoyens, nous devons en parler. Chose étonnante aussi, l’accord passe l’éponge sur la réalité des milices qui oeuvrent de temps en temps pour terroriser le peuple togolais.

Sur le point des réformes institutionnelles, on n’a pas osé poser la nécessité de la mise sur pied effective du conseil économique et social et de la cour des comptes pour faire l’inventaire des biens appartenant à l’Etat et ceux de la famille royale. Relativement à la réforme constitutionnelle, même si des résistances sont opposées à un retour mécanique à la constitution de 1992, il y a nécessité de faire ce pas en arrière pour remettre la souveraineté au peuple. Même si certaines de ses dispositions peuvent être rediscutées plus tard.

Pour terminer, M. Kpogli, êtes-vous d’avis avec l’opinion selon laquelle le peuple n’a d’autres moyens que de s’accrocher au dialogue quand bien même il ne marche visiblement pas ?

Ce courant à ses raisons. Mais, dire que le peuple n’a d’autres choix que de s’illusionner dans un dialogue avec le pouvoir togolais, c’est borner ce peuple. Les pays qui imposent aux peuples soumis aujourd’hui de part le monde la voie, selon eux incontestable du dialogue, oublient de préciser que lorsque eux-mêmes étaient sous la servitude, ils n’avaient pas dialogué. Il ne doit pas y avoir que les Africains qui peuvent se contenter des avatars du stalinisme. Nous pensons que d’autres voies existent pour nous débarrasser du joug dictatorial au Togo. Si par lassitude ou par manque de courage ou même par incohérence et mal organisation des forces alternatives nous refusons d’explorer ces autres voies, ce n’est pas parce qu’elles n’existent pas.

Propos recueillis par Dimas DZIKODO

Forum de la Semaine n°177 du 03 Août 2006

mercredi 21 juin 2006

Quelle Jeunesse pour le Togo?















Compte rendu de la Conférence.
Le jeudi 08 juin 2006 à 15 heures à la salle CESAL de Tokoin Séminaire s’est tenue une conférence publique organisée par la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) sur le thème « quelle jeunesse pour le Togo » ?

I- L’ouverture

Après une minute de silence observée par l’assistance en mémoire de tous ceux qui ont perdu leur vie pour que triomphe la démocratie au Togo, suivie de l’hymne national, le président de la J.U.D.A, Benjamin NALIALI a dans son mot de bienvenue salué le déplacement massif des jeunes malgré les conditions difficiles du moment.

M. NALIALI a, dans son discours, relevé que dans le nouveau processus de réconciliation dans lequel le Togo s’est engagé, la réforme de l’armée est une nécessité impérieuse. Cette réforme a-t-il précisé, doit être axée essentiellement sur l’acceptation des responsabilités des assassinats et massacres et la redéfinition du rôle des différents corps de cette armée.

Selon le président de la J.U.D.A, l’armée n’a ni le droit de tuer, ni d’agresser les citoyens. Au contraire, elle doit signer en pacte d’amour avec les populations et cette armée doit s’imprégner des valeurs républicaines pour que la démocratie puisse prendre corps au Togo.

S’adressant à la jeunesse togolaise, M. NALIALI affirme que l’immigration vers les pays occidentaux n’est pas la solution aux difficultés actuelles. C’est pour cette raison d‘ailleurs qu’il a exhorté les pays du Nord à comprendre que les mesures répressives et l’immigration choisie ne peuvent pas endiguer le mouvement mais plutôt la création en Afrique d’un espace économique viable et pourvoyeur d’emploi. Le président de la JUDA a averti la jeunesse togolaise en ces termes « les autorités togolaises sont décidées à laisser un héritage politique et économique constitué uniquement que de passif ». Et dans ces conditions, pour éviter d’hypothéquer son avenir, voire mener une vie blanche, la jeunesse togolaise n’a d’autre choix que de se mettre debout pour réclamer son droit à une existence décente.

II- La communication « quelle jeunesse pour le Togo » ?

Cette communication a été l’œuvre de Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A.

L’orateur a d’abord définit la jeunesse comme la période de la vie caractérisée par la virilité, le courage, l’engagement, l’énergie, la détermination, l’esprit d’initiatives, les prises de risques et l’espoir.

En ce qui concerne le Togo, M. KPOGLI le décrit dans les circonstances actuelles comme un pays sous une dictature héréditaire caractérisée par la violation constante des règles démocratiques et des droits humains. Pays sous sanction de l’Union Européenne pour « déficit démocratique », les indicateurs économiques du Togo sont au rouge, ses systèmes de santé et d’éducation sont en panne. Le Togo, c’est aussi l’injustice sociale, une armée au service d’un clan et proclamant sa souveraineté sur le peuple, la traîtrise entre les démocrates, la faiblesse de l’opposition qui refuse de s’unir pour mieux se battre contre la dictature.

Face à cette situation de décrépitude avancée, le communicateur appelle la jeunesse à prendre conscience et procéder à une révolution morale qui apportera certainement le changement au Togo. Pour lui, la révolution morale doit consister à refuser de se soumettre aux règles de la minorité illégitime au pouvoir, à enterrer la culture de l’ethnicisme, à s’engager avec conviction dans le combat pour la liberté et la justice au Togo. La jeunesse doit dépasser les limites partisanes en faveur d’une démarche citoyenne. Selon, M. KPOGLI, dans cette démarche, la jeunesse togolaise doit essentiellement compter sur ses énergies endogènes car a-t-il dit, la communauté internationale n’est qu’un mythe crée par les médias pour nous amener à hypothéquer notre lutte.

Parlant du rôle de la diaspora togolaise, le Secrétaire Général l’appelle à sortir de la nervosité idéologique au profit d’un schéma stratégique pour libérer le Togo. Elle doit, selon M. KPOGLI, comprendre les limites de ce qu’il nomme la gouvernance par Internet pour être sur le terrain à travers des structures véritablement engagées.

M. KPOGLI a dit à la jeunesse que rien ne doit être laissé au hasard dans la lutte ; car a-t-il précisé « nous sommes dans un combat à armes inégales tel David contre Goliath, mais nous devons garder à l’esprit que dans un tel combat, ce n’est pas toujours Goliath qui gagne. Et c’est pour cela que tout doit être pensé, planifié et exécuté au bon moment et avec adresse.
Dans le débat qui a suivi, des questions telles la réforme de l’armée, du dialogue national...ont été abordées.

Les intervenants se sont aussi réjouis de l’existence d’une frange de la jeunesse togolaise qui malgré les vicissitudes de la lutte, a gardé sa dignité et sa vigueur. Notons que parmi les intervenants, figuraient des représentants de la diaspora notamment l’administrateur délégué du MTDE (Mouvement Citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe), des membres de la DTF (Diaspora Togolaise en France), du Secrétaire Général de la Diastode Irlande et du Président de l’ACT (Alternative Citoyenne Togolaise basée en France).

La conférence a pris fin autour de 18 heures TU.


En intégralité, la Communication de Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A lors de la conférence publique du 08 juin 2006 à Lomé Thème : Quelle jeunesse pour le Togo ?


Mesdames, Messieurs, la Jeunesse Unie vous remercie de votre présence qui est le témoignage palpable de votre engagement militantiste pour l’avènement puis l’enracinement de la démocratie dans notre cher pays, le Togo.

La conférence d’aujourd’hui s’inscrit dans la dynamique de mobilisation citoyenne que nous avons enclenchée depuis un certain moment. Et en ce jour, nous nous sommes emmenés à nous demander dans le contexte du Togo d’aujourd’hui, quelle jeunesse faut-il ? A notre avis, cette question est fondamentale et essentielle parce qu’elle nous permettra non seulement de définir le profil de la jeunesse mais aussi d’élaborer les stratégies pouvant nous conduire à la libération totale de notre pays.

La question : Quelle jeunesse pour le Togo, peut être ramenée à celle plus générale : quels Togolais pour le Togo ? Parce qu’en réalité, les problèmes qui se posent à notre pays, touchent l’ensemble de la population dont la clé de voûte est la jeunesse.

Pour renter dans le vif du sujet, je voudrais tenter de définir la notion Jeunesse et essayer de peindre le Togo dans sa vie actuelle.

La jeunesse est la période de la vie caractérisée par la virilité, le courage, l’engagement, l’énergie, la détermination, l’esprit d’initiatives, les prises de risques et l’espoir.

En ce qui concerne le Togo dans les circonstances actuelles, c’est un pays paralysé par une dictature héréditaire fondée sur la violation constante des règles démocratiques et des droits humains. Depuis 1958, il n’y a jamais eu d’élection transparente au Togo. Pays sous sanction de l’Union Européenne pour « déficit démocratique », les indicateurs économiques du Togo sont au rouge, ses systèmes de santé et d’éducation sont en panne. Le Togo, c’est aussi l’injustice sociale, une armée au service d’un clan qui a décidé de plonger le pays dans un chaos absolu et proclamant sa souveraineté sur le peuple. Pays de violence aveugle, le Togo compte un nombre de réfugiés plus élevé que celui de certains pays en guerre. Le Togo c’est également la traîtrise entre les démocrates, la faiblesse de l’opposition qui refuse de s’unir pour mieux se battre contre la dictature. Bref, le Togo est un pays sous un régime quadragénaire, incapable de poser les premières pierres d’un Etat démocratique entraînant le développement. Je voudrais m’arrêter là, car si nous prenons le risque d’énumérer les problèmes, on passera des nuits et des nuits ici sans jamais parvenir au bout du tunnel.

Donc, face à cette situation qui est celle du Togo, cette situation de décrépitude avancée, la jeunesse togolaise doit prendre ou « re-prendre » conscience et procéder à une révolution morale, qui apportera certainement le changement dans ce pays.

Ici, il est question de la jeunesse au pluriel. Car, si on cherche les jeunes, on les trouvera dans l’armée, les médias, l’administration, les écoles, les universités, clubs culturels et sportifs, les associations, les partis politiques, dans les campagnes, dans les villes...On peut alors raisonnablement procéder à une simple classification en scindant la jeunesse en deux grands groupes à savoir une jeunesse militaire et une jeunesse civile. Ce que nous estimons être notre devoir à tous, c’est que la jeunesse militaire et la jeunesse civile puissent, dans la cadre de la citoyenneté, travailler à l’émergence d’un Togo libéré, libre et véritablement juste.

Mais cette libération passe forcément par une révolution morale.

Notre révolution morale doit prendre la forme de refus : refus d’hurler avec les loups par peur d’être un agneau, refus d’emprunter les raccourcis ethnicistes qui nous engouffrent dans des pièges de la division irréfléchie, refus de nous soumettre à l’obscurité artificielle créée par ces artisans qui, en plein 21è siècle, n’ont pas réussi à profiter du siècle des lumières, refus de nous plonger dans des combats inutiles dont les tenants et les aboutissants nous sont totalement étrangers. Nous devons comprendre qu’aussi longtemps que toute l’Afrique peinera à se tailler une place au soleil, nous caparaçonner dans des considérations ethniques, claniques voire familiales, serait tout simplement ridicule et préjudiciable à notre lutte. Nous ne pouvons pas rester dans notre microcosme individuel car notre salut est collectif.

Nous devons travailler à un leadership nouveau fondé sur la conviction et les preuves sur le terrain.
A cette phase de notre lutte, nous devons nous tenir prêts pour tout appel citoyen car la jeunesse est l’épine dorsale de la société ; elle doit être l’avant-gardiste de tout mouvement de libération et de démocratisation de notre pays. Et elle doit être consciente que le chemin sera encore long et périlleux, et donc armée de tous les gants possibles pour résister aux chocs. Nous devons être prêts à des sacrifices comme ce fût déjà le cas pour ceux qui ont perdu quelque chose ou même leur vie dans cette lutte; ce pourquoi nous leur rendons d’ailleurs hommage.

La peur, le découragement, la fuite, le désespoir sont des notions incompatibles à l’esprit de jeunesse. C’est pour cela que nous devons nous guérir de ces maladies léthargiques pour reprendre le flambeau et redonner de l’espoir au peuple togolais tout entier. Les réclamations intestinales ne doivent altérer, en aucun cas, notre engagement en faveur des idéaux démocratiques.

Dans le contexte qui est le nôtre, nous avons l’impérieux devoir de ne point céder aux tentations pécuniaires et matérielles qui ont poussé certains de nos camarades à quitter les rangs.

Nous devons apprendre à ne compter avant tout que sur nos énergies endogènes car chaque peuple doit se libérer en fonction de ses réalités. Il n’existe pas une communauté internationale qui nous viendrait en aide. Ce n’est qu’un mythe, une création des médias pour mettre les peuples dominés dans l’illusion que leur salut viendra de l’étranger. En Afrique, la communauté internationale est un sédatif à l’incapacité collective de pouvoir nous prendre en charge. Et dans le cas du Togo, on ne cesse de nous abreuver de l’espoir que la communauté internationale nous aidera. Nous nous sommes soumis à cette communauté internationale et nous avons vu ce que cela a donné. Lorsque la CEDEAO a validé les résultats du scrutin du 24 avril 2005, comme des moutons de panurge, toutes les autres institutions de cette communauté internationale là, ont suivi et aujourd’hui nous en payons le prix.

En tout cas, nous ne pouvons plus accepter d’avancer dans le créneau de cette communauté internationale qui avait assisté en spectateur passif au massacre des Tutis au Rwanda. Elle était là lorsque l’ex-ministre de l’intérieur, chargé de l’administration électorale, M. François BOKO avait dit que l’élection dont il avait la responsabilité était porteuse d’un certain nombre de germes destructeurs, cette communauté internationale justement l’avait qualifié d’irresponsable. Donc, nous devons tenir compte de ces réalités pour avancer.

Chers frères et sœurs,

Quel doit être le rôle de la diaspora dans le combat du peuple togolais ? Nous préférons à la diaspora, le terme les Togolais de l’étranger convaincus des idéaux démocratiques car la notion diaspora est plus large. Et nous savons qu’au sein de cette diaspora, il y a une forme de mafia qui se développe ; des gens qui sont entre deux avions matin, midi, soir et qui émargent à des milliers d’euro ou de dollars pour des services clandestins. Toutes ces informations, nous les connaissons. Donc, nous devons à l’interne comprendre qu’une partie de cette diaspora là, est inféodée au pouvoir mais parfois joue à la plus engagée en faveur de la lutte démocratique.

Ces Togolais de l’étranger attachés aux valeurs démocratiques doivent sortir de la nervosité idéologique caractérisée par le djihad verbal pour travailler à un schéma stratégique pour libérer le Togo. Ils doivent se constituer en une sorte de diaspora juive qui, par mouvement retour, apportera sa force à la libération du Togo.Ces Togolais de l’étranger doivent comprendre que la gouvernance par Internet (l’E-gouvernance) qui consiste à lancer des appels via l’Internet alors qu’aucun relais n’est sur le terrain, ne sert pas véritablement. Ils doivent être sur le terrain, en pleine en action à travers des structures effectivement engagées. Les liens de fraternités et de familiarité qui ont été jusqu’ici les canaux habituels par lesquels ces camarades opèrent, doivent cesser d’avoir droit de cité pour faire place à des alliances stratégiques objectives et intelligentes.

Camarades,

Le Togo étant le pays le plus françafricain, la terre d’expérimentation par excellence en Afrique de tous les concepts nauséabonds du laboratoire élyséen, la libération du Togo provoquera une avalanche de mouvements juvéniles nécessaires pour le décollage du continent noir victime d’injustices historiques. La jeunesse africaine et plus largement la jeunesse de tous les peuples privés de liberté, nous regardent et nous observent. Nous devons tenir compte de cette responsabilité historique qui est la nôtre.

Par notre modeste organisation, la jeunesse panafricaniste envoie son salut fraternel et militant à la jeunesse togolaise qu’elle soutient fermement dans sa lutte pour la libération ; lutte qui lui a valu des morts, des blessés, des handicapés à vie, des réfugiés ainsi que des déplacés à l’interne.

Camarades,

Refusons au mon de notre citoyenneté, l’impunité, la prise en otage du peuple et la confiscation des richesses communes par un clan. Nous devons avoir conscience que nous sommes dans un combat à armes inégales tel David contre Goliath, faisons alors en sorte que nous soyons au bon moment et avec adresse. Il faut qu’on ait aussi à l’esprit que ce n’est pas toujours Goliath qui gagne. D’où, il faut des stratégies et savoir jouer pour frapper au bon moment et à un endroit névralgique.

Mais tout ceci n’est possible que si nous avons un laboratoire où nos actions sont pensées, pesées et sous pesées pour qu’elles répondent aux normes citoyennes, démocratiques et républicaines que nous voulons établir sur la terre de nos aïeux. De ce fait, nous démontrerons notre mécontentement, notre désapprobation face aux normes liberticides établies par la dictature sans que les édifices publics, les feux tricolores, les magasins, les biens publics et privés sur notre passage ne soient nos cibles. Soyons convaincus que si nous dénaturons les cibles, c’est que nos objectifs sont mal définis.

Nous devons enfin comprendre que nous sommes embarqués dans un système esclavagiste maquillé au goût des temps modernes. Et nous n’avons d’autre obligation que de nous en débarrasser en nous réorganisant efficacement.

Je vous remercie.

mardi 13 juin 2006

La J.U.D.A demande la démission immédiate de Rock Gnassingbé de la tête de la Fédération Togolaise de Football.

DECLARATION

L’équipe nationale du Togo avait créé l’émotion au sein du peuple togolais en réussissant la double qualification pour les phases finales de la coupe d’ Afrique des Nations et de la coupe du monde de la FIFA 2006.

Alors que tout le peuple togolais espérait voir régler les difficultés (problème de primes, ambiance délétère au sein de l’équipe, mauvaise gestion des ressources humaines, financières et matérielles, relations conflictuelles avec le sélectionneur dues aux fausses promesses et à l’immixtion dans les domaines relevant de sa compétence...) qui étaient à l’origine de la piteuse prestation des Eperviers à la coupe d’Afrique des Nations en Egypte 2006, elles sont restées en l’état et même répétées aux yeux du monde entier en Allemagne, obligeant ainsi le sélectionneur Otto Pfister à rendre son tablier en toute responsabilité.

Eu égard à ce qui précède, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) relève que :
  • la Fédération Togolaise de Football, à commencer par M. Rock Gnassingbé, est responsable sur toute la ligne.
  • au sommet da la FTF, se trouve une bande de majeurs incapables opérant dans l’opacité et contre le football togolais.
  • M. Rock Gnassingbé et ses acolytes humilient le peuple togolais et ternissent gravement devant le monde entier l’image du Togo, déjà écornée par un « déficit démocratique » couplé de violations chroniques des droits humains.

En ce moment où les caméras du monde entier sont braquées sur le Togo et ne font que véhiculer l’image négative reflétée par ses gouvernants toute tendance confondue, la J.U.D.A, au nom de la jeunesse togolaise appelle M. Rock Gnassingbé et la FTF à tirer les enseignements de leur incapacité notoire à résoudre les moindres problèmes d’une équipe de 23 joueurs et remettre immédiatement leur démission.


Elle soutient l’équipe nationale et appelle les joueurs à surmonter le psychodrame orchestré et entretenu pour saborder leur moral, pour livrer un jeu à la taille de l’enjeu.


La J.U.D.A appelle l’ensemble du peuple togolais et particulièrement la jeunesse à se mobiliser pour mettre un coup d’arrêt à l’humiliation constante de la terre de nos aïeux soumise à une gouvernance familiale.


Enfin, la J.U.D.A rappelle à tous que sans un Togo fondé sur les principes démocratiques et d’Etat de droit, aucun secteur de la vie nationale ne connaîtra d’essor.


Fait à Lomé, le 13 juin 2006

Pour La J.U.D.A


Le secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI

mardi 9 mai 2006

Togoforum interviewe M. Komla KPOGLI, S.G de la J.U.D.A

Propos recueillis par Alain Nococo le 8 mai 2006

Alors que clopin-clopant, le dialogue intertogolais démarré le 21 avril dernier poursuit son petit bonhomme de chemin à la salle Evala de l’Hôtel Corinthia 2 Février, des voix s’élèvent ça et là pour dénoncer ce qu’elles appellent un nouveau marché de dupes destiné à légitimer le pouvoir en place par la participation des responsables de l’opposition. Et parmi ces voix, on peut citer la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A-), une des organisations de la société civile très active au Togo. Dans une interview qu’elle a bien voulu nous accorder, son secrétaire général Komla KPOGLI revient ici sur la conférence de presse sur l’action courageuse et patriotique de l’ex ministre de l’intérieur, le chef d’Escadron François BOKO qu’elle a organisée le 22 avril dernier, juste au lendemain de l’ouverture du dialogue, et jette un regard critique sur les travaux dudit dialogue. Lisez plutôt !

TOGOFORUM : Votre organisation, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique a organisé le 22 avril dernier une conférence publique sur la démission de l’ex-ministre de l’intérieur M. François Esso BOKO. Quels en étaient les objectifs ?

Komla KPOGLI : le 22 avril 2005 alors que tous les regards étaient rivés au scrutin présidentiel du 24 avril, le ministre de l’intérieur, chargé de l’administration électorale a posé un acte courageux et patriotique en rendant le tablier et appelé à la suspension du processus électoral en cours. Il a préconisé une table ronde à l’issue de laquelle, de véritables élections doivent être organisées.
Nous avons estimé qu’en guise d’anniversaire, il faut faire une rétrospective analytique de la jurisprudence politique que M. BOKO avait inauguré au Togo, tirer les enseignements qui en découlent, débattre de la question de l’impunité et formuler des alternatives à la crise togolaise. Nous avions voulu aussi à travers cette conférence, appeler les dirigeants togolais à s’inspirer de cette jurisprudence.

Que voulez-vous dire par là ?

M. BOKO était un homme du régime. La nuit du 05 février 2005 lors du coup d’état absolument cynique de Faure Gnassingbé, il était parmi les officiers supérieurs de l’armée qui lui avaient prêté allégeance. De toute évidence, M. BOKO a un passé. Mais, il a le mérite d’avoir refusé de faire couler davantage le sang du peuple togolais. Il a immolé ses intérêts propres sur l’autel du bien commun. Et cet acte lucide est une référence à double point de vue : militaire et politique.

Militaire, parce que l’ex-ministre était un officier supérieur, chef d’escadron de l’armée togolaise. En rendant le tablier, M. BOKO a ainsi refusé de faire couler le sang du peuple togolais contrairement à ses autres compagnons jusqu’au-boutistes. Cet acte est une invite à tout homme en arme de ne pas servir les intérêts contraires aux idéaux républicains.

Politique, parce que, M. BOKO était ministre en fonction et de surcroît, chargé d’organiser l’élection du 24 avril. Une mission fondamentalement politique. Sa démission est un appel à tout politique de rendre le tablier lorsque l’intérêt général n’est pas au cœur de son action.
En tout état de cause, l’acte de l’ex-ministre est une exhortation aux adeptes du régime ensanglanté du Togo à refuser la solidarité dans la bêtise noyée sous le vocable de la solidarité gouvernementale. C’est tout simplement un appel à la citoyenneté.

M. BOKO est-il selon vous l’espoir de la jeunesse togolaise?

Nous n’avons pas la mission de créer un père Noël encore moins le messie pour la jeunesse togolaise. La J.U.D.A ne possède pas cette fabrique de porteurs d’espoir.

Vous savez ? La jeunesse est elle-même porteuse d’espoir. Donc dire que l’espoir de la jeunesse viendrait de « l’extérieur » est une négation des capacités de cette tranche de la population dont les traits caractéristiques sont le dynamisme, la force, la créativité et l’action. C’est ainsi qu’à partir de ces caractéristiques, nous mobilisons la jeunesse sur la base des informations justes. La jeunesse togolaise doit aussi s’inspirer des modèles de citoyenneté.

Notre démarche consiste à appeler à une prise de conscience individuelle qui débouche sur celle collective. Les organisations de jeunesse pour atteindre ces objectifs, doivent œuvrer dans le seul et unique but de démocratiser le Togo. Il faut conjurer les démons de la division pour l’union sacrée en faveur de luttes qui valent la peine et des leaders de jeunesse dont la franchise des propos traduit la sincérité des intentions, qui elles-mêmes sont en conformité avec des actes qu’ils posent. Et non des leaders aux aguets pour capter des sources de financements ou encore au devant de la scène pour jouer au m’as-tu vu juste pour se positionner à être nommé à tel ou tel poste. Nous devons dépasser le nombrilisme et le carriérisme, ce sont les enjeux d’aujourd’hui qui l’exigent.

Votre conférence ne fait-elle pas de M. BOKO un nouveau leader dont l’émergence est ainsi facilitée ?

La J.U.D.A ne servira pas de tableau d’affichage à quelque courant de pensée que ce soit. Notre organisation ne sera pas non plus le principal sur lequel viendra se greffer un leader émergent. Nous entendons nous-mêmes être à l’avant-garde de la bataille pour la démocratie dans notre pays, et ceci dans la dignité.

L’opposition togolaise avait-t-elle saisi la portée de la démission du ministre chargé de l’administration électorale ?

Absolument pas ! Sinon elle aurait renoncé à participer à un scrutin décrié par le principal organisateur. L’opposition n’avait pas saisi ce coup de Trafalgar de M. BOKO pour placer la soi-disant communauté internationale devant ses responsabilités. L’opposition togolaise, jusqu’à ce jour, n’arrive pas à confectionner son propre agenda, ses propres priorités et ses propres moyens de combat. Elle s’accroche, s’aliène à l’agenda de la « communauté internationale » alors que les motivations et les priorités ainsi que le calendrier de celle-ci, par expérience, ne sont pas ceux des peuples martyrisés. Le plus souvent d’ailleurs, les peuples ne sont martyrisés que grâce à l’appui actif ou passif de cette « communauté internationale ».

Justement M. KPOGLI, parlant de l’opposition, elle est actuellement en dialogue avec le pouvoir. Pensez-vous qu’elle puisse peser sur les débats ?

Avec quels moyens va-t-elle pouvoir le faire? D’ailleurs ce dialogue est un marchandage. Visiblement certains responsables de partis veulent aller au gouvernement et ils veulent le faire par le truchement d’un certain dialogue politique au vu et au su de tous dans le souci d’éviter les critiques d’une population légitimement nerveuse.
Ce qui se passe actuellement à la salle Evala de l’hôtel 02 février s’apparente à une comédie mieux une tragi-comédie.

Vous estimez donc que le dialogue intertogolais qui se déroule actuellement n’est pas sérieux ?

Ecoutez ! Le dialogue a été ouvert à quelques jours seulement de l’anniversaire de la parenthèse de sang de Faure Gnassingbé. Et ceci a eu le double effet d’orienter tous les regards vers cette rencontre de dupes - alors que le sang de nos concitoyennes et concitoyens exige de nous des manifestations contre l’impunité et pour des mesures de confiance favorisant le retour des réfugiés togolais - et de légitimer le pouvoir en place par la participation des responsables de l’opposition. Par ailleurs, par l’ouverture du fameux dialogue et l’annonce de la célébration de 27 avril, Faure Gnassingbé a réussi à hypnotiser l’ensemble des défenseurs des droits humains et la famille des démocrates. Cela a émoussé les initiatives citoyennes qui devraient être organisées.

Où est alors le sérieux dans tout ceci. Le seul gagnant de cette mascarade c’est le régime qui a ainsi réussi à franchir le cap de l’an un sans contestation populaire et a trouvé une certaine légitimité à vil prix. L’opposition en est responsable, car elle n’a pu éviter de cautionner ce subterfuge grotesque.

Etes-vous en train d’appeler à une nouvelle classe politique ?

La nouvelle classe politique ne tombera pas du ciel. Il faut travailler à cela. Les acteurs politiques d’aujourd’hui, finalement, n’existent que de nom. Ils sont devenus des acteurs au sens théâtral du terme n’esquissant le moindre geste que sur recommandations de leurs metteurs en scène. D’autres sont purement et simplement des intermittents du spectacle politique. Ils ont trop subi les estocades du pouvoir de Lomé 2. Mais, il ne nous appartient pas de les licencier. Nous n’avons embauché aucun leader politique pour prétendre aujourd’hui les mettre à la retraite. Seul le peuple congédie les hommes politiques.

A notre sens, le peuple togolais ne peut raisonnablement plus exiger trop de choses de certains de ces responsables au crépuscule de leur vie politique et liés à certains hommes du pouvoir par des relations confrériques.

Que voulez-vous dire en parlant de relations confrériques ?

Il est beaucoup de responsables de l’opposition qui sont des sectes et autres sociétés secrètes telles que la franc-maçonnerie au même titre que certains membres du parti au pouvoir. Ces liaisons font qu’en réalité, il ne se joue rien d’autre que des matchs amicaux entre les deux pôles.

Donc ?

Donc quoi ? Je ne souhaite pas en dire plus.

Deux organisations de la société civile, le REFAMP et le GF2D sont au dialogue national. Pensez-vous qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle ?

Le REFAMP et le GF2D ont été à la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI) et avaient proclamé les faux résultats du scrutin présidentiel du 24 avril 2005.

Le REFAMP est dirigé par la présidente de la CENI, une mère de famille qui n’a pas eu l’instinct maternel de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Sans cœur ni esprit républicain, elle a donné des résultats tronqués, couronnant ainsi en toute illégitimité Faure Gnassingbé. Le GF2D s’était rendu complice de ce fait dès lors qu’il ne s’est jamais publiquement prononcé sur l’exactitude des chiffres proclamés et qui ont occasionné des morts, des blessés, des déplacés et des exilés. Le GF2D n’a pas non plus rendu compte de ses actes au CASCOST dont il est membre. Lorsque nous avions posés la question, un avocat proche de ce groupe nous a dit que le GF2D est allé à la CENI à titre individuel.

Quel rôle ces deux organisations de femmes ayant installé leurs lits dans l’antichambre du pouvoir, vont-elles jouer ? Franchement, nous ne pensons pas que le REFAMP soit de la société civile et que le GF2D soit représentatif. Le GF2D est allé certainement à ce dialogue à titre individuel comme à la CENI. La plupart des participants au dialogue connaissent ces réalités mais se taisent. Au finish, c’est un gentlemen’s agreement de bonnes consciences qui prévaut sur les intérêts du peuple togolais.

Mais, il y a eu une Assemblée Générale du CASCOST qui a élu le GF2D à sa coordination. Donc, en toute logique le GF2D parle au nom de ce collectif auquel vous appartenez...

Cette Assemblée Générale a été organisée pour légitimer le GF2D au prétendu dialogue. Beaucoup de choses se sont passées. Nous ne souhaitons pas entrer dans les détails. Ce qui s’était passé en réalité à l’AG du 22 avril dernier, c’est moins une élection qu’une cooptation. Les postes ont été partagés avant l’Assemblée Générale.

Le plan tel que ficelé visait à couper l’herbe sous les pieds de certaines associations plus sérieuses et ranger les organisations de jeunesse membres du CASCOST dans les commissions afin qu’elles n’influencent pas les décisions de l’exécutif. Nous avions protesté contre ces différents plans. Nous avions même dit à certains aînés que si ces plans aboutissaient, la jeunesse se sentirait écartée et ne donnera plus le meilleur d’elle-même, mais nous n’avions pas été écoutés. Je rappelle au passage que c’est nous les jeunes qui, descendons le plus souvent sur le terrain.
Nous réitérons ici les propos que nous avions tenu lors de l’AG ajourné du collectif en décembre 2005 : le peuple togolais est pris en otage par une pègre internationale et une mafia interne. C’est dommage !

A vous entendre, on a l’impression que vous rejetez le dialogue. Alors que proposez-vous ?

Non, dans l’absolu nous ne rejetons pas le dialogue. La société togolaise est gravement blessée. Nous sommes conscients qu’on ne peut bâtir une nation sur des amertumes et sur des ressentiments. Convaincus que les mots suturent les cicatrices pour replier les rebords de la blessure l’un sur l’autre et la refermer en laissant une trace qui sera porte-parole, témoin de l’histoire, nous devons renouer avec la parole.

En revanche ce que nous reprochons à ce qu’on appelle actuellement dialogue, c’est sa légèreté et ses réelles motivations. A notre avis, d’autres acteurs doivent y participer à la mesure de leur implication dans la crise ou leur influence dans la vie nationale. Et parmi ceux-ci, figurent l’armée, les églises, les organisations de défense des droits humains, la jeunesse et la diaspora…Il est par exemple nécessaire que l’armée déballe les motivations réelles qui la poussent à tuer et empêcher l’émergence d’un Togo démocratique et juste. On ne doit pas non plus oublier la question des milices.

On peut appeler ceci dialogue, conférence nationale ou table ronde ; L’essentiel c’est de poser les problèmes les uns après les autres et leur trouver des solutions avec une feuille de route dont la clarté ne doit souffrir d’aucune ambiguïté.

Au cours de cette rencontre, le pouvoir illégitime de Faure Gnassingbé doit être à l’écoute et agir de manière convaincante, sincère et résolue dans le sens de sortir le Togo à jamais des ténèbres où feu Eyadema et lui-même l’ont plongé. Il ne pourrait en être autrement pour espérer un début d’acceptation de son pouvoir par le peuple.

Le pouvoir a célébré cette année le 27 avril et réhabilité les anciens chefs d’Etat togolais. Ne pensez-vous pas que c’est un signe d’ouverture et de réconciliation qu’il faut saluer ?

Le régime a fait d’une pierre deux coups. En donnant l’impression de célébrer l’indépendance du Togo, Faure Gnassingbé célébrait en réalité son avènement au pouvoir officiellement proclamé le 26 avril 2005 par la CENI.

Nous sommes de ceux qui pensent qu’on ne peut réconcilier le peuple togolais rien que par les fêtes. C’est insurmontable qu’on fasse la fête aux côtés des cadavres, des blessures encore saignantes et des réfugiés qui souffrent dans les camps au Bénin et au Ghana. La réconciliation ne se décrète pas. Il faut enclencher le processus en reconnaissant très clairement que ce sont les militaires qui dirigent le Togo et que la présidence n’est qu’une annexe du ministère de la défense. Ensuite, il faut que les acteurs des différents crimes commis au Togo fassent allégeance à la vérité et à la justice.

L’évanescence des responsabilités dans l’anonymat du « nous » est fondement d’une fuite permanente et donc inacceptable. Enfin, la réconciliation sera faite dès lors que le peuple togolais retrouvera sa souveraineté démocratique en ayant le pouvoir de se doter lui-même des dirigeants à sa convenance et que les richesses dont il a été dépouillé lui seront retournées. Tout compte fait, nous sommes d’un même espace et nous devons travailler sincèrement pour ne pas répéter la bêtise de cette nuit d’obscurantisme et de haine imposée par les chantres putatifs de la paix et de la stabilité.

Lorsqu’on aligne les images des anciens chefs d’Etat du Togo l’une après l’autre, est ce cela la réhabilitation ? Au nom d’une certaine réconciliation décrétée d’ailleurs par les bourreaux, on ne peut tolérer la dangereuse confusion de mettre sur un pied d’égalité ceux qui ont versé leur sang pour l’indépendance et ceux qui ont fait la guerre d’Algérie. Le 27 avril, c’est la mémoire de ceux qui ont versé leur sang pour la patrie et non celle de ceux qui ont versé le sang du peuple pour leur propre survie et pour les intérêts de la métropole.

Merci Monsieur KPOGLI

C’est à moi de vous remercier.