mercredi 30 janvier 2008

Tultogo.com échange avec Rodrigue Komla KPOGLI







Au lendemain du scrutin législatif du 14 octobre dernier, Tultogo a initié une série d'interviews pour avoir les impressions de certains acteurs et des organisations de la société civile. Pour cette première partie nous diffusons pour nos lecteurs une première partie d'une interview que vient de nous accorder le Secrétaire Général de la J.U.D.A, une association de la société civile togolaise. Monsieur Rodrigue Komla KPOGLI se prononce sur les élections, les résultats donnés par la CENI après une série de jonglage et la question Nord Sud. Bonne lecture.

Bonjour M. Rodrigue Komla KPOGLI, les résultats définitifs des législatives du 14 octobre viennent de tomber. Le RPT a obtenu 50 sièges, l'UFC et le CAR en ont obtenu respectivement 27 et 4. Quelle est votre réaction?

Ces résultats ne correspondent à aucune donnée réelle. Nous sommes là une fois encore dans une fiction absolue. Décidément le RPT, parti au pouvoir depuis bientôt un demi siècle n'aime pas la démocratie et par conséquent s'est fabriqué un peuple à part entière qui vote toujours pour lui malgré ses pratiques mafieuses et son bilan catastrophique. Ce peuple imaginaire du RPT qui se trouverait au-delà des montagnes d'Alédjo est d'une telle loyauté que rien ne tempère sa propension à voter pour ce parti.

Non, soyons sérieux! Connaissant le désir du peuple togolais dans son ensemble et particulièrement des populations de la partie septentrionale du pays de rompre avec la dictature et d'aller à la démocratie, ces résultats sont de véritables injures à l'intelligence, à la maturité et à la dignité de tous. Ces chiffres donnent l'image d'un peuple togolais qui s'auto-flagelle et qui renonce à toutes les revendications sociales, économiques et politiques exprimées jusqu'ici quotidiennement sans limites géographiques ni ethniques. Rien n'a changé au Togo pour qu'un tel miracle se produise. C'est un second « retour triomphal » dans l'histoire du Togo. Ceux qui jouaient au Saint Thomas en misant sur le volontarisme de Faure Gnassingbé sont à présent servis.

Les dirigeants du RPT disent que le peuple par ce vote, démontre son adhésion à la politique d'ouverture de Faure Gnassingbé
Nous avons nous aussi écouté cette justification qui est donnée par le Secrétaire général du RPT, Solitoki Esso. Nous considérons que cette explication est un mensonge pur et simple. A qui va t-on dire qu'il y a une ouverture au Togo? C'est d'ailleurs drôle que ceux qui avaient accepté l'ouverture aient été remerciés par des zéros pointés. Drôle de manière de remercier les compagnons au moment de la répartition. En somme, on nous dit que le peuple togolais veut par ces résultats, signifier son option à voter en faveur du RPT pour avoir le meilleur de l'opposition.

Admettons que les résultats publiés soient la preuve de l'adhésion du peuple à la fameuse politique d'ouverture. Comment comprendre alors que les partis qui ont accepté dès les premières heures ladite ouverture aient été purement et simplement renvoyés les mains vides à l'exception du CAR qui remporte le prix de la consolation avec 4 sièges alors que l'UFC qui n'a pas été tout à fait perméable à l'ouverture comme l'aurait souhaité le RPT, ait obtenu 23 sièges. Autrement dit, le parti déclaré par le pouvoir comme ayant le moins adhéré à l'ouverture, dépasse les autres partis qui eux, ont totalement accepté le jeu avec le RPT. L'ouverture n'aura profité donc qu'au RPT et non à ses partenaires.

Les thèses de M. Esso ne résistent à aucune analyse sérieuse. Ce sont les tous derniers arguments d'un esprit sans arguments.

Monsieur Esso dit aussi que ce vote ne veut pas dire qu'il existe une fracture politique entre le nord et le sud...
Si nous comprenons bien le nord qui voterait pour le RPT et le sud qui voterait pour l'opposition, pour Esso c'est le signe de l'unité du peuple togolais. Une conclusion inattendue. Alors deux explications possibles s'imposent. Soit le RPT sait bien que cette fracture n'est pas réelle; donc inventée de toutes pièces pour les besoins de la cause et dans ce cas cette déclaration de Solitoki Esso équivaut à l'acceptation implicite de résultats fictifs. Soit, cette division Nord/Sud est réelle et donc il n'y a pas eu d'ouverture et de politique d'apaisement et de réconciliation qui justifieraient un vote massif en faveur du RPT, qui pour conserver le pouvoir en 2005, a tué un millier de personnes. Au contraire, ces derniers temps, le mur de séparation serait épaissi avec Faure Gnassingbé et sa bande à la tête de l'Etat.

Dans les faits, nous sommes de ceux qui croient que le mur de séparation n'existe pas entre le nord et le sud au Togo. Tous les fils de ce pays veulent la liberté et une gestion saine du patrimoine commun. C'est le pouvoir politique qui, pour se donner une certaine légitimité, construit et élève ce mur de séparation en utilisant certains secteurs étatiques à savoir l'armée, les services de sécurité et les administrations. Encore une fois, nous devons proclamer que le Nord n'est pas un bloc monolithique qui serait opposé à la démocratie au Togo. Une telle conception des choses expose le Togo à des lendemains sombres. Il faut stopper net cette façon imbécile de monter les uns contre les autres dans ce pays. Le RPT ne peut indéfiniment se réfugier derrière cette pratique pour s'octroyer des victoires qui sont en réalité de cuisantes défaites.

Ou le RPT et ses alliés laissent les choses se faire comme cela se doit et on reconstruit ensemble le Togo dévasté, dévalisé, sacrifié et bradé de père en fils ou on sera contraint, à l'allure où va ce montage grotesque, d'avoir deux États: celui du Nord et celui du Sud ayant deux régimes politiques diamétralement opposés car, on pourrait finir par avoir un Sud qui n'accepte plus d'être l'otage d'un Nord fictivement attaché au clan Gnassingbé.

Si nous étions le Christ et si les dirigeants du RPT et leurs alliés étaient inconscients de tout le mal qu'ils font au peuple Togolais, nous aurons demandé à Dieu le Père de le leur pardonner. Non seulement, nous ne sommes pas le Christ mais le RPT et ses amis ont parfaitement conscience de qu'ils font. C'est pour cela que nous demandons à Dieu de ne pas leur pardonner car, ils savent ce qu'ils font.

Des analystes parlent du rôle du découpage électoral qui aurait joué un tour à l'opposition qui partait confiante à ces législatives...
Permettez nous de répondre à ces analystes que le Peuple Togolais, quelque soient le découpage électoral, le mode de scrutin et le type de bulletin de vote, ne saurait attribuer au RPT, un tel score sans remettre en cause l'engagement ferme dont il a fait preuve, aux prix de milles sacrifices ces 20 dernières années, pour se débarrasser du joug dictatorial. Évitons de tomber dans le piège du pouvoir en disant que c'est le découpage qui a fait le jeu. Au contraire, si ces analystes croient en la lutte du peuple togolais pour la liberté et à l'autodétermination, puisqu'il s'agit bien d'une lutte pour l'autodétermination, ils n'allaient pas déclarer de pareilles choses. Cependant, il est notoire que le découpage a rendu inégal le suffrage. C'est justement pour cette raison là que les résultats doivent être contestés par tout citoyen togolais en vertu de l'égalité du suffrage garantie par la Constitution. Il n'est pas question de prendre acte du fait accompli comme certains esprits malins le proclament.

Dans ce sens, nous saisirons la cour constitutionnelle en tant qu'organisation citoyenne afin que les élections soient annulées pour inégalité notoire du suffrage universel. Incontestablement, certains Togolais pèsent plus que d'autres à l'Assemblée nationale. La représentativité est très mal assurée et c'est inacceptable. Oui, nous sommes d'avis que la faute est à l'opposition. Encore faut-il qu'en toute humilité, nous puissions établir nos propres responsabilités en tant que citoyens Togolais, pour n'avoir pas posé le problème et insisté là-dessus au moment propice. Et après, on croise les bras? Ce n'est pas une question de partis politiques. C'est plutôt le devoir de tout citoyen digne de ce nom de revendiquer l'égalité de tous aussi bien en devoirs qu'en droits. Si les Togolais doivent être égaux devant la loi, ils doivent l'être davantage devant les urnes.

Autrement dit, allez-vous appuyer les démarches de l'UFC qui aussi déclare vouloir saisir la cour constitutionnelle?

En termes clairs, nous n'appuyons personne. Nous nous battons pour la démocratie. Nous croyons savoir d'ailleurs que l'UFC a saisi la cour constitutionnelle afin que les voix abusivement annulées à son détriment puissent être reconsidérées. Nous autres, notre démarche va dans le sens de l'annulation du vote pour inégalité du suffrage. Certains Togolais, selon le découpage électoral ayant conduit aux législatives, ont moins de valeur que d'autres. A certains endroits, par exemple, 1000 Togolais ont le droit d'élire 1 député alors que dans d'autres c'est 10000 Togolais qui peuvent élire 1 député. C'est injuste et contraire à la constitution togolaise.

N'importe quel candidat battu pouvait intenter un recours devant la Cour constitutionnelle qui aurait été obligée d'affronter une question fondamentale en démocratie. Aucun, à notre connaissance ne l'a fait. Pourquoi? Si ce ne sont pas des imbéciles, ils sont au moins malhonnêtes ou incapables. Si les candidats ne sont pas capables de demander l'application de la loi notamment les articles 5 et 11 de la constitution, méritent-ils la confiance des électeurs?

Croyez-vous que cela valait la peine de saisir la Cour Constitutionnelle quand on sait que cette dernière a toujours validé des élections frauduleuses dans ce pays? Croyez-vous que votre recours va servir à quelque chose?

Ce serait idiot de penser que votre question n'a pas de sens. Mais, permettez nous de ne pas injurier le chef canton avant de porter notre litige devant lui. Il peut rendre une décision injuste en faveur de notre adversaire parce que nous l'avons disqualifié à l'avance. Même si nous connaissons parfaitement le fonctionnement des institutions dans notre pays, nous n'allons pas dire en ce moment précis que la Cour Constitutionnelle est contre la démocratie au Togo. Il y a un temps pour tout.

Cependant beaucoup de nos compatriotes posent les mêmes questions que vous. Ils ou elles ont raison. Mais, il faut leur répondre que cela vaut la peine dans le genre de lutte que nous menons. Notre révolte doit avoir des fondements pour mériter des sympathies. Pour cela, aucune étape ne doit être brûlée. Nous sommes très pressés, raison pour laquelle nous allons doucement.

Propos recueillis par Ferdinand AYITE

29 octobre 2007

vendredi 25 janvier 2008

Présidentielle du 24 avril 2005: Rodrigue Kpogli, SG de la JUDA S'entretient avec le journal Arcanes


Après la publication des résultats officiels de la présidentielle du 24 avril au Togo et tout ce qui s’en est suivi, le Secrétaire Général de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique-J.U.D.A- Rodrigue KPOGLI se prononce sur la situation. La J.U.D.A qui est une association de défense des droits de l’homme et de promotion de la démocratie, œuvre pour l’émergence d’une nouvelle Afrique. Cette association de Jeunes Africains, est membre du Collectif des Associations de la Société Civile et des Organisations syndicales du Togo (CASCOST).

ARCANES : les élections du 24 Avril dernier, selon-vous, sont-elles démocratiques ?

Rodrigue KPOGLI : Absolument pas ! Il ne suffit pas de la présence d’électeurs dans les centres de vote, du déploiement du matériel électoral et des observateurs pour parler d’élection démocratique, mais des élections démocratiques supposent un fichier électoral crédible, le respect des lois électorales du début jusqu’à la fin et surtout le résultat qui doit être conforme au choix du peuple dans les urnes.
Au Togo, c’est plutôt l’antithèse de ces principes rudimentaires qui a été observée. De la distribution sélective des cartes d'électeur à la proclamation de faux résultats en passant par le gonflement évident du fichier électoral, le processus a été vicié et entaché de beaucoup de fraudes.
Donc ce qui s’est passé n’a aucune similitude avec des élections démocratiques. C’est du vol à main armée du suffrage populaire. Et c’est du jamais vu !

ARCANES : Pourquoi parlez-vous de vol à main armée ?

Rodrigue KPOGLI : Ecoutez, nous n’avons pas d’autres mots pour qualifier ce qui s’est passé à la proclamation des prétendus résultats par la CENI. Ces résultats, la main sur le cœur, ne correspondent à aucune donnée réelle. C’est de la fiction absolue. Mais lorsque le peuple togolais, seul et unique détenteur de la souveraineté démocratique voulait s’y opposer, on a tourné le bout du fusil vers lui. C’est dommage et déplorable que certains togolais animés d’un égotisme néfaste, enfoncent leur propre pays dans le gouffre.

La suite, tout le monde le sait, c’est des morts, des blessés, des exilés involontaires et des dégâts matériels très importants. La violence était telle que le peuple togolais a abandonné son droit de contester le faux substitué au vrai, à lui présenté.

ARCANES : Quel constat, la JUDA peut-elle faire de la situation des droits de l’homme en ce moment au Togo ?

Rodrigue KPOGLI : L’hostilité du Togo à l’égard des droits humains est connue depuis des lustres. Mais aujourd’hui, c’est l’automne pour les droits de l’homme au Togo ; en ligne de mire le droit à la vie et à l’intégrité physique, source d’autres privilèges reconnus à l’Homme.
Permettez-nous, avant d’entrer en détail, de nous incliner avec toute la tristesse au cœur et sincèrement, devant la dépouille de ceux qui sont froidement abattus par balle, à coup de gourdins, de machettes, de lances, de haches pour avoir osé contester le faux et l’injustice. Les blessés innombrables qui souffrent aujourd’hui, méritent notre admiration et soutien. Aux familles de ces victimes, nos salutations de compassion et de solidarité.

Les atrocités auxquelles nous avions été témoins ne sont rien d’autre que de la barbarie que nous condamnons avec la dernière rigueur.
Du 24 au 29 Avril ont été des journées de farouche répression. Le sang a coulé à flot. Des maisons ont été visitées et des atrocités indicibles ont été commises.
Sur toute l’étendue du territoire, le cri du sang a été entendu. Le bilan est au-delà de la centaine de morts et des centaines de blessés.

Ce contexte de terreur entretenu par des miliciens appuyés par les éléments des FAT était prévisible. Les multiples appels des organisations de défense des droits de l’Homme pour l’envoi des troupes internationales pour protéger le peuple s’inscrivaient dans cette logique confirmée plus tard par l’ex-ministre de l’Intérieur Akila Esso Boko. L’acte de Mr Boko avait une forte portée citoyenne. C’était un coup de Trafalgar pour ceux qui ont planifié le naufrage du peuple togolais ; on voulait même le lyncher. Mais personne n’a pris en considération ces alarmes.
On note plusieurs disparus et plus de 18.000 togolais réfugiés au Bénin et au Ghana.

Les menaces et intimidations graves sur les défenseurs des droits de l’homme. Le droit à l’information est aboli. La coupure des lignes téléphoniques durant des jours.

Il faut aussi parler de la fermeture et de l’interdiction de diffuser adressée aux médias privés et indépendants à savoir les radios Kanal FM, Maria, Nana FM, Nostalgie ; Lumière à Aneho a été incendiée, son directeur en fuite, est traqué jusque dans son dernier retranchement. Peace FM à Kpalimé a vu son émetteur enlevé et son directeur aussi en fuite. La presse écrite aussi est mise au pas, elle est étranglée pour être domestiquée.

Cette ambiance déplorable est indigne du 21ème siècle, juste pour des élections. C’est tout comme une guerre ; l’aviation militaire a été mise à contribution pour mâter la contestation. Les cas de torture et de viols collectifs ne sont plus à compter. Ces violations graves et lourdes des libertés et droits des togolais continuent sous d’autre formes à savoir des enlèvements, des sévices corporelles administrées aux personnes arbitrairement détenues et des visites inopinées au domicile des défenseurs des droits de l’homme qui sont toujours menacés avec leur famille. Ainsi la situation politique en ce moment au Togo peut se résumer à la honteuse mais populaire sagesse, largement partagée et représenter par l’image d’un singe trois fois taré : un singe qui, tour à tour, ne voit volontairement rien, ne dit rien volontairement, n’entend volontairement rien. Un singe crétinisé, décérébré.

Il faut condamner toutes ces violences qui n’ont pour but que de faire asseoir une autorité illégitime. Les préposés et les commettants de ces actes inhumains, même si aujourd’hui ne sont pas inquiétés, il faudra un jour qu’ils répondent de leurs crimes devant des tribunaux. Autrement, ils subiront la sanction de la justice divine car il est des abominations que la loi de la nature ne pardonne pas.

ARCANES : Malgré cette description négative, pourquoi alors la communauté internationale a-t-elle reconnu les résultats du vote ?

Rodrigue KPOGLI : Ecoutez, le Togo est victime d’une sorte de conspiration internationale. Reconnaître les résultats de surcroît fictifs issus de ce très heurté processus électoral, relève du blasphème démocratique. C’est une injure grave à l’intelligence du peuple togolais qui n’a connu que des souffrances sous le régime RPT.
Mais la diplomatie étant ce qu’elle est, les Etats ont préféré le cynisme et l’hypocrisie à la justice en se réfugiant derrière la CEDEAO. Il faut le souligner, la J.U.D.A n’a jamais compté sur la communauté internationale, car à voir ce qui s’est passé au Rwanda où 1 Million de personnes ont été massacrés aux yeux de cette communauté, on ne peut que déchanter. Pour cela la J.U.D.A a toujours plaidé pour une solution authentique, si vous voulez , , endogène pour le Togo.

C’est quand même étonnant de voir toute la communauté internationale s’aligner derrière la position de la CEDEAO , ce syndicat des chefs d’Etat majoritairement acquis à la cause française.
Cela semble une attitude des moutons de panurge. C’est un unanimisme assassin.

ARCANES : Comment percevez-vous le rôle de la France dans la situation du Togo ?

Rodrigue KPOGLI : La France a été et est un danger pour les peuples africains. Consciente de ses faiblesses et atteinte d’un complexe d’infériorité face aux USA qu’elle cherche vaille que vaille à concurrencer, la France ruine les Etats africains en les maintenant sous une tutelle plus que destructrice.

La France fait tout pour qu’à la tête de nos pays se trouvent des préfets locaux, des métayers dont la mission est de veiller aux intérêts mafieux et méphistophéliques de ce qu’on nomme la Francafrique. Cette alliance contre-nature qui depuis Foccart, ne cesse d’accoucher que des monstres et des carriéristes en Afrique.

Pour Chirac et ses apôtres, la dictature dans le contexte africain est un mot, non un mal. Et ce qui vient d’être accompli au Togo confirme la réelle intention de Chirac selon qui les peuples d’Afrique ne sont pas mûrs pour la démocratie. De plus pour la France, la démocratie africaine doit être un produit manufacturé importé, à utiliser en référence à la notice prescrite par le laboratoire élyséen. Les peuples africains n’ont rien a y faire..

Ainsi tous les reproches faits à la diplomatie française ne lui ont pas fait changer de tactique. Au mépris de la dignité du peuple togolais, la patrie des droits humains, comme on ose l’appeler, a intronisé le fils de son « ami » et qui est aussi l’« ami personnel » de son président Chirac.
Mais, la France doit savoir que, sur le continent africain émerge une nouvelle génération d’hommes qui ne veut plus être sous cette tutelle dévastatrice.

Voyez, après avoir enfoncé le peuple togolais dans les profondeurs abyssales de l’amertume, cette France accueille l’ex-ministre Boko sous prétexte de le protéger contre les autorités togolaises qui le réclament. Côté humanitaire d’une laide façon de faire ! C’est très facile ! Chirac croit alors s'acheter bonne conscience à vingt cinq francs CFA. Ce geste humanitaire petit format cache en réalité d’autres intentions.

Il faut nécessairement une nouvelle politique africaine de la France. Et pour cela, le peuple français doit dans son ensemble mettre la pression avec des manifestations de protestation à l’image des Américains qui ont publiquement dénoncé et cela massivement la politique étrangère de Bush lorsqu’il décida d’envahir l’Irak.

La Jeunesse africaine demande la solidarité du peuple français dans ce combat contre le néocolonialisme qui ne doit plus être l’affaire de certaines personnalités qui sont victimes d’une censure orchestrée dans la presse française.

Face à l’injustice infligée par la France officielle aux Africains, le silence des Français frise la complicité.

ARCANES : Pourquoi mêlez-vous le peuple Français de cette histoire ?

Rodrigue KPOGLI : Le Peuple Français est détenteur du suffrage. Il peut sanctionner les dirigeants qui n’incarnent pas ses aspirations. Vous comprenez à ce moment là que la mobilisation des Français contre l’inhumaine politique africaine de la France, peut faire évoluer les choses de façon positive. De ce point de vue, les médias ont un rôle prépondérant à jouer.

La dénonciation du néocolonialisme français doit dépasser les frontières des associations telles que Survie, Agir, MEDDA…et autres partis tels les Verts de Mamère, la LCR de Besanscenot, ou de certaines personnalités du monde universitaire qui ne bénéficient que de rares espaces dans la presse française. Il faut qu’elle devienne vraiment populaire, provoquant ainsi un débat national.

ARCANES : Quel regard portez-vous sur l’attitude de la coalition dont font partie les partis radicaux ?

Rodrigue KPOGLI : Nous ne comprenons jamais ce qualificatif « radicaux » collé à des partis qui refusent de cautionner l’absurdité et l’obscurantisme. Y-a-t-il de parti plus radical au Togo que le RPT, parti au pouvoir ? Ce parti a montré qu’il est prêt à exploiter tous les moyens pour parvenir à ses fins.

La démocratie naît d’abord du refus de l’arbitraire. Et si refuser l’arbitraire, c’est être radical alors il y a plus de radicaux dans le monde que de modérés. Ceci étant dit, nous voudrions dire que ce choix du candidat unique a été une bonne chose. Même si cela a été un accouchement à la césarienne, il faut reconnaître que cette option a orienté le peuple dans un sens. Cet accouchement difficile et douloureux a eu néanmoins un vrai soutien populaire.

Mais, à notre sens, la gestion efficiente et efficace de la période post-électorale reste tout de même un défi à relever par l’opposition togolaise qui jusque-là, a toujours bénéficié d’une disponibilité populaire et massive.

Nous croyons que ce peuple et sa jeunesse sont prêts à décoller ou à soulever une montagne à la seule condition qu’ils aient un levier. Il leur faut un vrai leader qui leur montre le chemin. De ce point de vue, il est plus question de stratégies et de moyens appropriés que de discours cyclothymiques.

ARCANES : Faure Gnassingbé. a promis un Gouvernement d’union nationale au cours de la campagne, il le réitère après sa victoire et la communauté internationale demande la même chose. Qu’en pensez-vous ?

Rodrigue KPOGLI : Il revient aux partis politiques de juger de l’opportunité d’une telle proposition. Mais à notre avis, le Gouvernement d’Union Nationale est une fabrication de la françafrique qui vise à légitimer une autorité illégitime voire inexistante au départ. De plus, le principe de gouvernement d’union nationale n’existe pas en droit public et dans aucune faculté de sciences politiques, vous ne verrez de ses traces.

Le parti vainqueur d’une élection forme un gouvernement et les autres sont dans l’opposition.
C’est farfelu qu’après chaque fraude électorale, on nous sorte cette idée de gouvernement d’union nationale ou gouvernement de large ouverture. Et c’est toujours applicable en Afrique où on croit faire de la réconciliation en associant les adversaires politiques autour du mangeoire. Puisque selon les adeptes de cette idéologie, les africains et surtout les politiques ne se battent que pour aller brouter du côté où l’herbe est verte. C’est bien une formule sordide sortie du laboratoire françafricain comme de l’antalgie. Le peuple est aujourd’hui plus qu’hier, divisé et déchiré. On crée un antagonisme Nord-Sud. On montre le Nord comme attaché au système et le Sud comme hostile à lui.

On tente coûte que coûte de substituer à un problème politique, une question ethnique insensée. Les résultats proclamés officiellement ont été même conçus sur cette base. C’est dommage qu’on en arrive là.

Même les violences de l’après élections ont pris ce sens. Ceux qui sont à l’origine de cette conception des choses sont en train d’orienter le Togo dans le suicide.
Le pont Nord-Sud proclamé est plutôt un mur de séparation. C’est un danger insidieux qui guette le Togo. L’union ne pourra avoir pour fondement la force. Nous vous disons que ce qui se passe au Togo est une situation à degré en dessous zéro de la politique.

ARCANES : Donc pour vous, pas de gouvernement d’union nationale ?

Rodrigue KPOGLI : La Françafrique fonctionne en 3 étapes :

1- On organise les élections présidentielles frauduleuses en faveur d’un homme oint à l’Elysée.

2- On réprime la contestation dans le sang puis on appelle à la formation d’un Gouvernement d’Union Nationale.

3- On organise les élections législatives, municipales ou locales pour sauver les meubles et rendez-vous 5 ans après pour la même chose.

La JUDA ne saurait être le tableau d’affichage d’un certain courant de pensée qui voudrait qu’on se contente de la symbolique. Le symbole n’a aucune valeur lorsque la chose réelle peut être obtenue. Donc le Gouvernement d’Union Nationale, symbole de l’unité nationale est une contorsion politicienne qui semble du cautère appliqué sur une jambe de bois.
Le Togo est un pays sur la civière depuis des années, il a besoin d’un gouvernement légitime pour le redresser.

ARCANES : Le collectif de la société civile à laquelle la J.U.D.A appartient a-t-elle une position sur la question du Gouvernement d’Union Nationale ?

Rodrigue KPOGLI : Nous ne savons pas. Le collectif n’a jamais été entendu. Nous avions toujours fait des propositions à la classe politique qui, de part et d’autre nous considère comme des opposants et donc des ennemis à combattre.

ARCANES : La J.U.D.A nourrit-elle de l’espoir pour le peuple togolais ?

Rodrigue KPOGLI : Tant qu’on vit, il y a de l’espoir. Il est vrai que le Togo est très mal en point actuellement. Nous constatons aussi que l’Union Africaine reste une illusion au regard de ce qui se passe au Togo, qui depuis le 26 Avril est devenu officiellement une monarchie héréditaire..
Beaucoup d’Etats emprunteront certainement cette voie puisque c’est tolérer au Togo. Nous ne croyons pas que l’Afrique sortira de si tôt de l’auberge et ira de l’avant si ses Etats rament à contre-courant du renouveau en faveur des monarchies héréditaires. Dès lors, une véritable mobilisation de la Jeunesse Africaine faisant émerger une opinion publique à l’échelle continentale s’impose pour rejeter ces pratiques précambriennes et démystifier ceux qui se croient dépositaires d’un droit divin de gouverner en Afrique. Déjà, nous avons des rois qui modifient les constitutions pour régner ad vitam eternum.

Ces tristes réalités ne nous décourageront pas. Les grandes idées qui ont servi de remèdes aux maux de ce monde sont nées à des moments d’extrêmes difficultés.
Nous croyons que des solutions plus qu’une solution, existent au cas du Togo.

ARCANES : Merci pour votre disponibilité.

Rodrigue KPOGLI : C’est nous qui vous remercions.

Mise au point de la J.U.D.A à propos des affirmations de Mr André WILTZER



« …les propos de Mr WILTZER sont une grave injure à la conscience africaine et donc inacceptables… »

C’est avec une grande indignation que la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique( J.U.D.A) a écouté les propos de Mr Pierre André WILTZER, haut représentant français pour la sécurité et la prévention des conflits, invité dans BBC Soir le mardi 21 juin 2005 pour se prononcer sur le prochain recyclage du REnforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix (RECAMP) qui se déroulera dans le cadre de la Communauté Economique des Etats d'Afrique Centrale (CEEAC).

Justifiant les objectifs de cette entreprise, l’ex-ministre français de la coopération estimait que le RECAMP vise à former les armées africaines pour leur permettre de gérer le maintien de l’ordre et la sécurité pour réduire ou enrayer les crises que traverse le continent. A propos des critiques vis-à-vis de la présence militaire française en Afrique, Mr WILTZER déclarait que si la France intervient, elle est critiquée, si elle n’intervient pas elle est critiquée ; alors il faut prendre les choses avec mesure. De plus, selon lui, les Africains sont bien contents …de l’armée française dont les bases n’existent que par le consentement des Africains eux-mêmes et de leurs dirigeants.

Ces propos sont une grave injure à la conscience africaine et donc inacceptables car, penser et affirmer que la présence militaire française en Afrique réjouit et fait le bonheur des peuples et surtout de la jeunesse d’Afrique, c’est dire que les Africains sont heureux de leur servitude, c’est aussi dénier la faculté d’appréciation aux Africains, c’est enfin les réduire à des zombies ou à des mécanismes sans âme ni conscience.

Se faisant porte-parole de la Jeunesse africaine toute entière, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique( J.U.D.A) dénonce ce mensonge d’Etat qui n’est rien d’autre qu’un négationnisme visant à absoudre l’armée française dans ses responsabilités quant à certaines tragi-comédies qui handicapent l’Afrique dans sa marche vers le progrès dans la liberté, alors même que se déroule en France une mascarade de procès contre les soldats, voleurs d’argent de pauvres Africains en Côte d’Ivoire.

A entendre Mr WILTZER, il paraît opportun à la J.U.D.A d’appeler une fois de plus la jeunesse africaine à une solidarité agissante pour affranchir le continent des forces obscures aussi cyniques que négatrices dont les caractéristiques fondamentales sont la tartufferie et la langue de bois et qui opèrent avec l’appui de certains de nos propres frères.

Malgré tout le respect que peut inspirer la carrière politique de WILTZER, la J.U.D.A se fait le devoir quoique insupportable de lui rappeler que les Africains loin d’être euphoriques et enthousiastes quant à la présence militaire française en Afrique, sont plutôt amers et révoltés contre cette machine néo-coloniale : l’armée française depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours n’a jamais été au service des peuples africains.On se souvient encore des tueries et des déportations des résistants ( Samory Touré, Béhanzin, Soundiata Keita…), de l’assassinat des dignes et braves fils d’Afrique au moment des indépendances pour vision ( Um Nyobé, Lumumba, Sylvanus Olympio, Thomas Sankara…) ainsi que l’assistance de l’armée française aux dictatures dans leur refus d’ouverture démocratique. Aujourd’hui, il est une évidence que l’armée française apporte son appui et son soutien :

1- technique et logistique aux « chers amis » dans la répression des forces démocratiques ( Gabon, Tchad, Congo, Centrafrique, Djibouti, Cameroun, Guinée … et plus récemment au Togo)

2- à des coups d’Etat des amis de la France ( Azali Assoumani aux Comores, Sassou Nguesso de Congo, les Gnassingbé au Togo…)

3- à la déstabilisation des régimes démocratiques pour « embêter les chefs d’Etat récalcitrants » et montrer ainsi que l’alternance sans cesse invoquée par les Africains n’est qu’un mirage ( Congo avec le renversement de Lissouba, Côte d’Ivoire avec l’institutionnalisation de la rébellion à Marcoussis et destruction de la flotte aérienne de la République de Côte d’Ivoire …)

4- à la tuerie des populations en Afrique ( appui au génocide au Rwanda, massacre des jeunes en Côte d’Ivoire par l’armée française…)

5- au recours par certains chefs d’Etat sur le point d’être renversés par des soulèvements populaires à des mercenaires, d’anciens militaires et d’autres services secrets ( DGSE, DST) De plus, la J.U.D.A estime que ces formations et exercices militaires ne visent rien d’autres qu’à consolider les capacités des armées claniques africaines qui, au lieu d’être républicaines, sont de véritables gardes prétoriennes parfaitement outillées pour tuer et réprimer avec une brutalité inouïe leurs concitoyens aux mains nues dont les exigences ne sont que des réformes démocratiques pour le bien de tous.

Ainsi, contrairement aux affirmations de Mr WILTZER, les Africains qui peuvent être contents de la présence militaire française en Afrique, sont ceux de derrière les fagots, adeptes de la doctrine honteuse selon laquelle, les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie et donc prédisposés à être régenter par le kaki.

La J.U.D.A rappelle aussi que si dans certains pays la démocratie a du mal à s’implanter, c’est beaucoup plus de la responsabilité des képis et autres bérets assistés par l’armée tricolore que celle des hommes politiques.

En conséquence, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) :

- appelle les officiels français à cesser de se cacher derrière le « lyrisme humanitaire » pour opérer de véritables pillages des richesses de l’Afrique;
- exige la fin de criminelle aide française aux dictateurs africains dans les modifications constitutionnelles et l’organisation de parodies d’élections qui sont de plus en plus des consultations meurtrières;
- exige la fermeture des bases militaires françaises en Afrique, car elles sont contraires au principe d’indépendance des pays africains et au droit à l’autodétermination des peuples ;
- soutient toutes les voix ( Survie, Agir, Medda…) et celles de personnalités tant africaines qu’étrangères qui demandent la révision des accords franco-africains de coopération militaire ;
- exige enfin que la France reconnaisse aux Africains les mêmes droits humains que les autres hommes de la terre.

Fait à Lomé, le 22 juin 2005
Pour la Coordination,
Le Secrétaire Général

Rodrigue KPOGLI
E-mail :lajuda2000@hotmail.com

jeudi 3 janvier 2008

Arche de Zoé : pas de rupture en Françafrique.

Ayaovi Agbobli, financier.
Liberation, jeudi 3 janvier 2008

L’affaire de l’Arche de Zoé n’est que le dernier avatar de la déliquescence de la souveraineté des Etats africains sur la scène internationale. Il illustre plus qu’aucun autre le manque de respect, voire la condescendance des grandes ou moyennes puissances telles que la France à l’égard des peuples africains et des institutions dont ils se sont dotés. Alors même que le président de la République française, Nicolas Sarkozy, appelait de ses vœux la construction de nouvelles relations avec le continent africain à l’occasion de son allocution controversée du 26 juillet 2007 à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, son premier véritable acte sur la scène médiatico-diplomatique africaine au sud du Sahara consiste à revenir aux bonnes vieilles méthodes de l’«Afrique de papa» en sollicitant fortement le pouvoir exécutif tchadien et, par ricochet, le pouvoir judiciaire de ce pays pour le transfèrement de ressortissants français. Nonobstant les sempiternels propos éculés des officiels français sur l’indépendance de la justice tchadienne, on devine les pressions exercées en coulisses par la France pour une application la plus favorable possible aux intérêts des «humanitaires» français de la convention judiciaire de 1976 entre la France et le Tchad. Est-ce en encourageant la subordination du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif du Tchad que les autorités françaises souhaitent impulser cette nouvelle dynamique dans les relations entre la France et l’Afrique ?

Comment pouvait-il en être autrement d’un chef d’Etat fraîchement élu qui réserve, au nom d’une sacro-sainte tradition africaine de respect des anciens, la dernière escale de sa première tournée africaine au président du Gabon, Omar Bongo Ondimba, doyen des chefs d’Etat africains mais surtout symbole vivant de la Françafrique ? Mais les émois des Africains en général et sur cette affaire tchadienne en particulier ne semblent guère toucher les responsables de la diplomatie française. Les autorités françaises justifient le transfèrement de leurs ressortissants arguant des prétendus mauvais systèmes judiciaire et carcéral tchadiens. C’est vrai, la justice au Tchad comme dans de nombreux pays africains est souvent la cinquième roue du carrosse. Cependant, le meilleur moyen d’améliorer le fonctionnement de la justice de ces Etats n’est-il pas d’encourager une collaboration plus étroite entre magistrats français et africains (dont beaucoup sont formés en France) sur des affaires concrètes au lieu de sans cesse vouloir la délocalisation de procédures impliquant des ressortissants français ? Ne faudrait-il pas augmenter la part de la justice dans l’aide publique au développement en faveur des pays africains afin d’en renforcer les moyens en ressources humaines et matérielles ?

Confrontée à de nombreux autres défis, l’Afrique n’a pas fait de la justice une priorité, mais cela ne saurait exonérer le continent de progrès à réaliser en la matière avec ou sans le soutien de ses partenaires extérieurs. Néanmoins rien ne justifie que les inculpés, une fois condamnés, purgent leurs peines en dehors du sol tchadien. La rigueur de la justice et des prisons tchadiennes doit s’appliquer pour les Tchadiens comme pour tous ceux qui se rendraient coupables de délits ou de crimes sur son sol. A ce titre, il est peu fait mention par la presse et les autorités françaises du sort et des conditions de détention, autrement plus difficiles, des quatre citoyens tchadiens ayant aidé les «humanitaires» français dans leur fâcheuse entreprise.

Il n’est pourtant pas si loin le temps où le pays des droits de l’homme s’était tout autant mobilisé pour la libération de la journaliste Florence Aubenas que pour celle de son traducteur irakien, Hussein Hanoun, tous deux otages en Irak.

La France du président Nicolas Sarkozy qui aurait été si déterminante dans la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien emprisonnés en Libye va-t-elle abandonner à leur triste sort des personnes, il est vrai de nationalité tchadienne, qui n’auraient eu d’autre tort que d’aider, probablement à leur insu, des ressortissants français dans l’accomplissement d’actes potentiellement criminels ? Les autorités françaises se disent peut-être que la justice et les prisons tchadiennes sont parfaitement adaptées à ces gens-là. Alors, que faudrait-il faire pour que la souveraineté nationale des Etats africains soit enfin respectée ?

A l’évidence, l’indignation des intellectuels et des opinions publiques africaines lors d’événements dramatiques comme celui de l’Arche de Zoé ne suffit pas. Tout comme il ne suffit pas d’accabler perpétuellement les grandes et moyennes puissances pour leurs comportements hégémoniques.
Il appartient peut-être d’abord aux Africains d’aimer profondément leurs nations en prenant part au destin commun de leurs peuples dans les moments de liesse collective comme dans les périodes d’extrême détresse. Certes les conditions d’existence sont difficiles en Afrique, mais cette émigration massive vers les pays d’Europe des forces vives du continent au-delà de ses raisons profondes et légitimes liées à l’incurie et la gabegie des dirigeants successifs n’est-elle pas le signe d’un manque d’amour des citoyens africains pour leurs patries ?

Cette frénésie chez certains Noirs d’Afrique de vouloir troquer leur nationalité voire leur identité au profit de celles de certains pays occidentaux ne participe-t-elle pas aussi à cette déliquescence de la souveraineté des Etats africains ? Enfin, le temps n’est-il pas venu pour les Africains d’arrêter de tendre la main pour recueillir quelques miettes d’aide extérieure et de ne compter que sur leurs propres ressources humaines et financières, qui sont, contrairement à l’idée si souvent répandue, considérables ?

Tant que nous ne nous respecterons pas nous-mêmes, n’attendons pas des autres un quelconque respect de notre souveraineté nationale…

dimanche 22 avril 2007

Armée et Elections en Afrique: cas du Togo








Compte rendu de la conférence

Armée et élections en Afrique : cas du Togo. C’est le thème d’une conférence débat organisée ce samedi 21 avril 2007 à 14 heures 30, au CESAL de Tokoin Séminaire, par l’association Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A). C’était pour la J.U.D.A, le lancement d’une semaine d’activités en mémoire des victimes (disparus, blessés, exilés...), des violences du avril 2005, que l’association appelle « Semaine des patriotes ».


Au cours de la conférence, les responsables de la J.U.D.A ont déclaré qu’ils changent de méthode de communication en expérimentant « l’Ecole de la démocratie où tout les participants sont conviés à prendre la parole sur le thème. »

Dans ses mots de bienvenue, Benjamin NALIALI, Président de la J.U.D.A, a brièvement précisé que l’objectif de son organisation en parlant de ce thème n’est de vilipender l’armée mais de voir justement quel est son rôle en matière électorale. Prenant à son tour la parole, le Secrétaire Général, Rodrigue KPOGLI a déclaré dans une introduction liminaire, que les élections constituent une procédure permettant à une population de choisir ses dirigeants. Après avoir fait la distinction entre l’armée et la police, M. KPOGLI a ajouté que dans la procédure conduisant au choix des dirigeants, l’armée n’a d’autres rôles à jouer que de sécuriser le processus électoral en veillant à l’intégrité des frontières nationales. Mais « curieusement, dans beaucoup de pays africains et particulièrement au Togo, ce sont les armes qui ont remplacé le peuple dans la dévolution du pouvoir. Cet état de choses, est une entorse hautement grave à la démocratie et à l’évolution de la société togolaise. » En exemple, il a cité le rôle de l’armée lors des élections présidentielles de 1993, de 1998 au cours de laquelle la Commission Nationale Electorale a été dissoute, de 2003 et surtout en 2005 avec le vol des urnes et le massacre des populations togolaises.

Pour Rodrigue KPOGLI, l’armée doit laisser le jeu démocratique se faire par le peuple. « La mission de l’armée n’est de choisir les dirigeants d’un pays » a-t-il martelé. « Au moment où les élections législatives s’annoncent au Togo, il nous paraît fondamental de rappeler ceci aux forces de défense et de sécurité. » précisait-il.

Dans les échanges avec les participants, il est à noter que beaucoup ont montré leur intérêt pour les activités de la J.U.D.A et salué le thème qui sert de lancement de la Semaine des Patriotes.
Sur la question proprement dite, les intervenants ont unanimement désapprouvé l’implication de l’armée dans le choix des dirigeants. Ils ont établi en de termes variés mais clairs que si le processus démocratique marque le pas au Togo c’est bien parce que l’armée ne veut pas laisser le peuple désigner ses guides. Tous ont souhaité que ces agissements cessent pour le bien du Togo. Ils ont aussi insisté sur le renforcement des relations civilo-militaires, la formation civique et la fin de l’impunité... pour qu’un Togo nouveau émerge.

Les débats ont été d’autant plus riches que les organisateurs avaient donné l’opportunité aux participants de dire ce qu’ils pensent et n’ont eu finalement qu’à jouer la modération lors des échanges entre participants. C’était véritablement un bel exemple d’école de démocratie !

Concluant les travaux, M. KPOGLI a déclaré qu’il est impératif que l’armée togolaise cesse de se substituer au peuple dans la désignation de ses dirigeants. Il a asséné : « en réalité c’est l’armée togolaise qui, par ses multiples répressions, a poussé l’Union Européenne et les autres bailleurs de fonds, à suspendre leur coopération avec le Togo. Il est temps qu’elle le comprenne et qu’elle fasse des efforts pour faire évoluer les choses. » Le Secrétaire Général a proposé entre autres mesures : la fin de l’impunité au Togo, la suppression du vote des forces de défense et de sécurité 72 heures avant les autres citoyens pour qu’elles votent le même jour que les autres ou leur transformation en une composante neutre qui ne vote pas du tout, la soumission de l’armée au pouvoir civil démocratiquement élu ; pour que l’armée togolaise sorte des processus électoraux.
Notons que Claude Améganvi, du Parti des Travailleurs a fait une intervention très riche lors des échanges. Il parlé notamment de la dissolution de l’armée togolaise qui fait partie du programme de sa formation politique dans son point 2.

D’autres séances de discussions, de rencontres (notamment la célébration du 27 avril 2007 à 10 heures au CESAL avec une projection de film sur l’indépendance du Togo suivi de débats avec d’éminentes personnalités...), devront meubler la Semaine des Patriotes qui prend fin le dimanche 29 avril prochain avec des cérémonies religieuses en mémoire des « Patriotes Martyrs ».

vendredi 20 avril 2007

Violation des droits de l’homme au Togo: cas KEKEY Yaovi


COMMUNIQUE

La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) vient d’être saisie d’un cas de violation flagrante de droits de l’Homme, qui en réalité est un acte attentatoire à l’intégrité physique exercé sur la personne de Monsieur KEKEY Yaovi, âgé de 27 ans, Technicien Supérieur en Génie Civil.

LES FAITS

Le sieur KEKEY, à la date du mercredi 18 avril 2007, dans l’exercice de sa profession, se rendait à moto autour de 13 heures GMT au quartier Kégué. Arrivé, à un carrefour débouchant sur le Boulevard du 13 janvier qu’il voulait emprunter, Monsieur KEKEY constate que le cortège du Ministre de la défense, Kpatcha GNASSINGBE, fils du feu président Eyadema Gnassingbé et frère de Faure Gnassingbé, arrivait à vive allure alors qu’il s’était déjà engagé. C’est alors qu’il décida de céder la voie au cortège en poussant la moto qu’il pilotait, en arrière.


Le cortège passa sans difficultés. C’est alors que les ennuis vont commencer pour le jeune KEKEY. Deux hommes armés mais en tenue civile, à bords d’une moto trail se sont approchés du jeune homme, lui demandant de descendre de sa moto pour monter sur le trail. Il obtempéra sous menaces. Sur le trail, le Monsieur qui a remorqué KEKEY, armé de deux pistolets et d’une mitraillette en bandoulière, l’avertit : « si tu touches à une des armes que je porte, tu es mort ». Le second initialement remorqué sur le trail, prit la moto de KEKEY, direction : domicile de Kpatcha GNASSINGBE. A la devanture de la maison, un officier en treillis sort pour demander aux soldats sur les lieux, s’ils avaient vu ce que Monsieur KEKEY avait fait lors de leur passage. Unanimement, ils ont répondu qu’ils « n’ont rien vu ». L’officier demanda alors à KEKEY de raconter ce qui s’est passé. Ne sachant concrètement ce qu’il doit raconter -puisque rien ne s’est passé- le jeune homme déclara qu’en cours de route, il a vu passer un cortège auquel il a cédé le passage. L’officier riposta en traitant le jeune de « menteur ». Les autres hommes en treillis jubilèrent en ces termes « on a de l’os à croquer », et demandaient « où sont les cordelettes ? ».

Pendant ce temps, le téléphone mobile de Monsieur sonna. Alors qu’il voulait recevoir l’appel, l’officier lui retira le téléphone et lui lança « tu veux encore téléphoner ? ». Puis, Monsieur KEKEY fut conduit sur un lot vide clôturé et plein de hautes herbes et d’arbustes, contigu à la maison du ministre. Là, deux hommes l’ont déshabillé et lui ont demandé de s’appuyer sur ses deux bras et lui ont dit « si tu cries, on va te déplacer et ce sera plus grave pour toi ». Les deux hommes ont battu et fait saigner Monsieur KEKEY à coups de « Rangers » et de cordelettes, dans une allégresse inexplicable, selon les termes de la victime.

Après ce passage à tabac, ordre a été intimé à la victime de se relever et se nettoyer le corps : « si on voit une goutte de larmes dans tes yeux, tu vas voir » lui disaient- ils. Avant de laisser partir Monsieur KEKEY, sa carte d’identité nationale, la carte grise de sa moto et la moto ont été retirées et gardées par l’officier qui a dit à la victime de revenir les chercher à 18 heures GMT avant d’ajouter « si on apprend ce qui s’est passé ici quelque part ou sur les médias, tu es mort. D’ailleurs on sait où tu habites et on connaît ton numéro de téléphone ».

Plus tard, Monsieur KEKEY a pu retirer ses pièces et sa moto grâce à l’intervention de certaines personnes.


POSITION ET RECOMMANDATIONS DE LA J.U.D.A


La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) condamne énergiquement ces traitements cruels, inhumains et dégradants infligés à un citoyen, pour des motifs totalement absurdes voire inexistants. La gratuité de ces sévices est d’autant plus manifeste que les auteurs ont manqué d’arguments sérieux justifiant leur acte et ont voulu imposer à la victime la loi du silence.


Ces agissements sont légions au Togo où certains individus pensent disposer du droit de vie et de mort sur leurs concitoyens. Ces outrages à la dignité de paisibles Togolaises et Togolais sont le fruit de l’impunité absolue dont leurs auteurs ont bénéficié et continuent de bénéficier.

En cette période pré-électorale, la résurgence de ces agressions sauvages à l’endroit de paisibles citoyens togolais, suscite des inquiétudes quant à l’avenir. La J.U.D.A, par conséquent, appelle tout le peuple togolais à la vigilance et à la mobilisation contre les violations des droits humains et contre l’impunité.


La J.U.D.A demande à toutes les institutions internationales et autres bonnes volontés qui accompagnent le Togo actuellement d’interpeller les autorités, à commencer par Monsieur Faure Gnassingbé, sur ces actes qui ne sont pas de nature à restaurer la quiétude au sein de société togolaise.

Elle exige des forces de défense et de sécurité, qu’elles soient en tenue civile ou militaire, le strict respect des normes républicaines et de l’intégrité de tout Togolais en cette période pré-électorale ; ceci pour que leur image tant écornée, soit progressivement améliorée.

Elle appelle le gouvernement Agboyibo à :
  • condamner cet acte, qui n’est pas un fait isolé,

  • ouvrir une enquête indépendante pour identifier les auteurs de cet acte inacceptable et les punir conformément aux lois nationales et internationales en la matière,

  • rassurer l’ensemble du peuple togolais à travers une prise de position claire contre ces pratiques précambriennes.

  • travailler avec ardeur pour le respect de droits et libertés du peuple togolais dans son ensemble.

Fait à Lomé, le 20 avril 2007
Pour la J.U.D.A,

Le Secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI

lundi 9 avril 2007

Compte rendu de la semaine des Patriotes

  • Communiqué

    Le 24 avril 2005, le peuple togolais est conduit, dans la précipitation et dans une ambiance ensanglantée, à une élection présidentielle visiblement jouée d’avance.

    Quelques heures après l’ouverture des bureaux de vote, le régime coupe les câbles téléphoniques et la connexion internet. Puis le duo Faure GNASSINGBE- Abass BONFOH et leurs alliés déclenchèrent par le biais des FAT (Forces Armées Togolaises) accompagnées par les milices, une opération de terreur en réponse au rejet populaire constaté lors du vote. Du 24 avril jusqu’au début mai 2005, environ 1000 patriotes togolais sont tombés sous les balles aussi bien à Lomé qu’à l’intérieur du pays. A ce jour, les auteurs et commanditaires de ces crimes baignent dans une impunité révoltante malgré les appels incessants d’organisations nationales et internationales de promotion de la démocratie et de défense des droits humains.

    La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A), à l’occasion du deuxième anniversaire de ces douloureux évènements, élève ces morts et blessés au rang de Patriotes Martyrs et érige en leur mémoire une semaine d’actions dénommée, la « Semaine des PATRIOTES ».

    Le programme :
  • samedi 21 avril 2007 à 14h 30 : conférence débat Thème : Armée et élections en Afrique : cas du Togo. Lieu : CESAL de Tokoin Séminaire.
  • mardi 24 avril 2007 à 8h 00 : marche pacifique contre l’impunité au Togo.

    Point de départ : Château de Bè.
    Point de chute : Haut commissariat de l’ONU.
  • vendredi 27 avril 2007 à 10 h 00 : retrouvailles et recueillement suivis d’échanges autour des sujets :
    1) Indépendance du Togo : fiction ou réalité ?
    2) Jeunesse critique et engagée. Quel bilan ?
    Lieu : CESAL, Tokoin Séminaire.
  • dimanche 29 avril 2007 : célébration religieuse en mémoire des Patriotes.

    Tous les démocrates et militants ainsi que les organisations travaillant pour la liberté et les droits humains sont cordialement invités à participer ce programme citoyen.

    Fait à Lomé, le 9 avril 2007

    Contactez : lajuda2000@hotmail.com


    Lire le compte rendu ici

jeudi 8 mars 2007

Drame à Agamé: les réfugiés togolais meurent

Communiqué de la J.U.D.A

Deux enfants périssent dans un incendie au camp de réfugiés togolais d'Agamé au Bénin

La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique a appris avec effroi que la communauté togolaise des réfugiés et demandeurs d'asile a enregistré dans la nuit du 05 Mars 2007, un terrible drame au Bénin. Deux enfants ont perdu la vie dans le camp d'Agamè situé à une dizaine de kilomètre de Lokossa, la capitale des départements Mono-Couffo.


En effet, des premiers témoignages des habitants de ce camp, il ressort que les parents des deux disparus ont utilisé le feu de bois pour la cuisine. Après la cuisine, les bois ont mal éteint et cela a occasionné l'incendie de la tente d'habitation. AMEHOU AKOSSIWA, une fille de 08 ans et son frère AMEHOU Claude, 07 ans qui se trouvaient certainement endormis dans la tente sont morts calcinés.

Selon les rapports reçus par la J.U.D.A, la délégation régionale du HCR et ses partenaires dans la gestion humanitaire au Bénin feraient une gestion mafieuse de la communauté des réfugiés togolais en faisant croire qu'ils donnent du charbon de bois aux réfugiés pour la cuisine, mais la réalité serait toute autre sur le terrain. Selon les mêmes sources, certains responsables se rempliraient les poches pendant que les réfugiés sont laissés à leur propre sort.

La J.U.D.A dénonce vivement cette situation inacceptable qui vient de tuer deux innocentes personnes (AMEHOU AKOSSIWA ET AMEHOU CLAUDE) et exige que la gestion humanitaire soit repensée d’urgence par des institutions qui en ont la charge au Bénin. Tout en demandant des clarifications au HCR, la J.U.D.A interpelle les autorités togolaises à faire tout pour mettre fin à la vie pénible d’exilés, teintée de scènes dramatiques, que mènent nos compatriotes au Bénin et au Ghana. Il est temps de prendre la mesure exacte de la situation au lieu de jouer à la démagogie permanente.

Actions recommandées
Veuillez envoyé des lettres de protestation en direction de la délégation régionale du HCR au Bénin et lui demander d'humaniser la gestion des réfugiés togolais au Bénin.
Le Représentant : saidira@unhcr.org ,
Ses collaborateurs en charge de la protection: apala@unhcr.org, gangnon@unhcr.org,
Responsable du Bureau : casteele@unhcr.org

Fait à Lomé, le 08 mars 2007

La J.U.D.A

Le Secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI

dimanche 18 février 2007

La marche du Togo vers la démocratie: bilan et perspectives








Compte rendu de la conférence publique de la J.U.D.A


La marche du Togo vers la démocratie : bilan et perspectives. C’est sur ce thème que l’organisation Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) a animé le samedi 17 février 2007 au CESAL de Tokoin Séminaire à Lomé, en collaboration avec le Mouvement Citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe (MDTE), une rencontre publique. Cette conférence selon les responsables de la J.U.D.A, se veut une tribune pour le peuple et surtout la jeunesse de débattre du processus démocratique enclenché depuis 1990 au Togo.

Après les mots de bienvenue du président de la J.U.D.A, M. Benjamin NALIALI, précédés de l’hymne national chanté avec ferveur par toute l’assistance, une contribution écrite du MDTE a été lue, par M. Kossi APLA, un militant actif de la J.U.D.A. Suivra, l’exposé du thème de la rencontre par le Secrétaire Général M. Rodrigue KPOGLI, qui a conclu que le bilan est négatif en ce qui est de la marche du Togo vers la démocratie. Les débats qui ont suivi l’exposé, ont été comme d’habitude animés. M. Rodrigue KPOGLI, avec sa franchise traditionnelle n’a rien laissé passer. A toutes les questions et autres commentaires, le communicateur a apporté des réponses qui ne laissent transparaître aucune zone d’ombre, confirmant ainsi qu’à la J.U.D.A, un chat est un chat. Les participants ont, à la fin des travaux, unanimement souhaité que l’organisation tiennent plus régulièrement les rencontres de ce genre pour permettre aux citoyens togolais de comprendre certaines choses et leur donner par là même, l’occasion de s’exprimer.

Pour permettre à chacun de se faire une opinion sur cette rencontre, une nième de la J.U.D.A, voici en intégralité l’exposé de M. Rodrigue KPOGLI et la contribution du MDTE lue lors des travaux.


Communication de M. Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A

Mesdames, Messieurs les membres de la J.U.D.A et du MDTE
Mesdames, Messieurs représentant la presse nationale et internationale
Distingué(e)s invité(e)s

Une fois encore, vous avez accepté braver des difficultés pour répondre à l’invitation de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique. Cette obstination qui est la vôtre, est le témoignage irréfutable de votre volonté et de votre engagement à œuvrer individuellement puis collectivement à l’édification d’un Togo nouveau fondé sur les valeurs républicaines, elles-mêmes bâties sur la paix, la justice et le respect de la dignité humaine.
Nous nous devons, avant tout, d’adresser les félicitations de l’association à tous les nôtres qui se battent, comme des lions, et souvent dans l’anonymat, pour tenter d’ouvrir les yeux, les oreilles, le cœur et la raison de leurs compatriotes majoritairement encore inaccessibles aux notions de démocratie, et de citoyenneté. A tous ces militants sincères, convaincus et combatifs, nous disons : courage, confiance et fierté.
La presse ici, représentée, mérite respect et encouragement. Son travail, ces dernières années, a été très précieux dans la compréhension du système politique togolais.

Le Mouvement citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe (MDTE) qui a bien voulu être à nos côtés en ces moments, est à féliciter et à saluer. La J.U.D.A rend hommage à cette organisation qui, par ce geste, mieux ce devoir patriotique d’amitié, montre que le message de la J.U.D.A délivré à l’endroit de la diaspora en juin 2006 lors d’une conférence dont le thème est : quelle jeunesse pour le Togo ? n’est pas tombé dans les oreilles de sourd. Son message lu depuis cette tribune, en est la certitude. Chacun des membres de cette structure et particulièrement l’Administrateur délégué montrent à suffisance à travers leur engagement que combattre pour un Togo démocratique requiert l’implication positive des Togolais de l’étranger qui, ne doivent pas voir leur éloignement géographique du pays comme une bouée de sauvetage de l’enfer togolais mais plutôt une mission sacrée pour apporter les dividendes de leurs expériences acquises à leurs compatriotes engagés qui sont restés sur le terrain.

Le sujet (La marche du Togo vers la démocratie au Togo) qui nous réunit ici, cet après-midi devrait être la préoccupation de tous. Mais certains compatriotes notamment jeunes, bien qu’étant informés et disposant de moyens pour faire le déplacement, ont choisi, soit par ignorance, soit par mépris de rester dans leur case ou de s’occuper par des activités totalement futiles voire rétrogrades. En procédant ainsi, ils ont agi comme des nourrissons, dormant tranquillement au moment même où la case est en feu.

La marche du Togo vers la démocratie au Togo n’a pas été une marche rectilinéaire. Elle est sinusoïdale et sinueuse. Pleine d’embûches et d’écueils. Cette marche enclenchée véritablement en 1990, le peuple togolais l’avait rêvée. Aujourd’hui ce rêve est devenu un cauchemar en pleine journée.

Dans la démonstration qui va suivre, nous essayerons d’établir le bilan du processus démocratique au Togo et formuler les perspectives qui aux yeux de la Jeunesse unie, doivent guider l’action de chacun de nous dans le présent et le futur.

I-le bilan de la marche du Togo vers la démocratie

Pour parler du bilan de la marche du Togo vers la démocratie, une définition du concept de la démocratie s’impose.

A/ Qu’est-ce que la démocratie ?

La démocratie est le type de régime politique dans lequel le peuple est maître du jeu dans tous les sens. Fort de cela, on admet volontiers que la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Pouvoir du peuple : l’autorité politique appartient au peuple qui désigne librement ses dirigeants, accorde confiance et donne mandat, généralement au moyen des élections.

Pouvoir pour le peuple : les personnes qui ont reçu ce mandat doivent exercer le pouvoir au profit du peuple, dans son intérêt, et non pour les privilèges, les honneurs et l'enrichissement personnel.

Pouvoir par le peuple : l'exercice du pouvoir par les membres de la société, capables de poser des actes politiques bénéfiques au peuple, sinon à la majorité, activement en faisant la politique, en étant au pouvoir ou dans l'opposition ; passivement sans faire la politique, en exprimant leurs opinions de manière ouverte et pacifique, au moment opportun, y compris par les élections.

Cette confiance issue du peuple se définit par sa souveraineté qui lui permet d'investir ses représentants désignés au cours d'élections libres. Se réclamer d’un soutien populaire peut paraître une étiquette démocratique. Liberté et démocratie sont des mots que l'on utilise souvent de façon interchangeable, mais ils ne sont pas synonymes.

La démocratie évoque effectivement une série d'idées et de principes sur la liberté et la modalité de gestion de la chose publique consistant en une série de pratiques et de procédures élaborées au regard des expériences souvent ardues, controversées et tortueuses. Cependant, elle est l'institutionnalisation de la liberté.
Certains élément; ont résisté à l'épreuve du temps pour caractériser la démocratie à savoir : les fondements du gouvernement constitutionnel, les droits de l'homme et I'égalité devant la loi.

La marche vers la démocratie est le cheminement pouvant permettre à un pays d’arriver à un gouvernement où le peuple est en amont et en aval du pouvoir. C’est le processus démocratique ou encore la démocratisation.

Ce système de gouvernement, le peuple togolais le désire depuis 1990 avec le soulèvement populaire du 05 octobre. Près de 20 ans de marche, il convient de faire le bilan.

B/ Le bilan proprement dit.

Le peuple togolais, aux lendemains immédiats de l’accession du Togo à la souveraineté internationale, avait été sevré précocement par un coup d’état sanglant aboutissant à la mort tragique de M. Sylvanus OLYMPIO, triomphalement porté au sommet de l’Etat togolais lors du scrutin de 1958. Cette victoire des Nationalistes, malgré les fraudes de tous genres, est le premier signe annonçant la volonté du peuple togolais de bâtir un Etat répondant à la trilogie : gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

De l’assassinat de M. OLYMPIO en 1963 jusqu’en 1990, le Togo a connu trois dirigeants, tous venus au pouvoir à l’insu du peuple qui en est l’unique détenteur.

Sous le régime Eyadéma GNASSINGBE, le Togo avait connu une paix imposée par les baïonnettes jusqu’en 1990 où les Togolais étranglés par les injustices et les brimades, avaient courageusement pris la résolution de ne plus faire ménage avec ce régime sanguinaire à la façade humaniste.

De octobre 1990 à février 2005 (du soulèvement populaire à la mort de Gnassingbé)

Cette période a été très mouvementée. On a connu :

- les répressions des manifestations pacifiques,
- les assassinats politiques,
- les emprisonnements,
- la chasse aux patriotes,
- les attentats,
- des milliers de Togolais forcés à s’exiler pour avoir la vie sauve. Parmi eux, certains seront poursuivis jusque dans leur dernier retranchement puis lâchement tuer. D’autres mourront en exil.
- les marches de soutien au régime en place à l’issue desquelles sont lues des déclarations ou motions injurieuses et calomnieuses à l’endroit des partis de l’opposition et de tous ceux qui prônent le changement. L’église n’est pas épargnée.
- les arrestations abusives accompagnées de brutalités insoutenables notamment de journalistes.

-Nous avons encore en mémoire les plus récentes : Lucien Messan, Dimas Dzikodo, Colombo Kpakpabia, Phillipe Evégnon… et j’en passe. Plusieurs journaux ont dû cesser leur parution pour éviter que la plume ne creuse la tombe de ses tenants. D’autres ont changé tout simplement de ligne éditoriale.

- la conférence nationale souveraine (CNS) qui a abouti au rétablissement de l’hymne « Terre de nos aïeux », à la mise en place du HCR comme institution législative provisoire, d’un gouvernement de transition avec un premier ministre. La CNS a d’autre part, limité les prérogatives du président de la République, suspendu l’ancienne de 9 janvier 1980 et procédé à l’écriture d’une nouvelle constitution adoptée en 1992 conduisant à l’organisation de la première élection présidentielle pluraliste de 1993. Suivront celles de 1998, de 2003. Toutes ces consultations électorales ont été entachées de fraudes et de massacres des populations par l’armée.

- La férocité de la répression a conduit le peuple à s’inscrire dans une grève pacifique illimitée qui dura 9 mois. La dictature demeurera ferme telle une dent cariée.

- Les législatives de 1994 sont les seules élections dans l’histoire du Togo à être proche de la réalité des urnes. Mais là aussi, la dictature a joué le jeu de la division pour vider les résultats de leur substance. Et l’opposition y a contribué.
- Tous ces actes de violences et de violations des libertés démocratiques ont été menés de main ferme par une armée nourrie, habillée et équipée par ce même peuple qu’elle tue. Les milices ont, elles aussi joué leur partition.

Le Togo avait connu aussi des dialogues et des accords : Ouaga I, II et III, Colmar, un Accord Cadre. 22 engagements ont aussi été pris devant l’Union Européenne. Mais toutes ces démarches n’ont strictement rien donné en terme d’évolution du Togo vers un régime démocratique.

Bref à cette époque où le pouvoir en place soutenu et conseillé par certains pays occidentaux à la morale douteuse, révélait au grand jour son vrai visage, l’opposition n’a rien trouver de mieux à offrir au peuple qui lui est totalement acquis, qu’un jeu de marquage et de positionnement vide de sens, symbolisé par les détestations, les divisions internes et les peaux de banane glissées cyniquement sous les pieds des uns par les autres. L’opposition s’est vraiment battue ! Ignorant que la compétition n’est pas ouverte du tout. Les différentes coalitions ou tentatives de rassemblement de l’opposition pour des actions concertées ayant beaucoup plus d’impact n’ont jamais survécu. Ces coalitions disparaissent à la minute qu’elles naissent.

Affaibli dans un premier temps par l’extériorisation du mécontentement populaire, le président Gnassingbé a retrouvé les rênes de son pouvoir par le biais de l’armée. Il a aussi accusé à tort ou à raison l’opposition qui par ses agissements n’a pas montré de réelles aptitudes à exercer le pouvoir autrement. Une campagne de dénigrement a ainsi commencé avec en toile de fond l’ethnisation du débat politique, le tracé du clivage Nord –Sud… Malheureusement, aux différentes élections, les vrais résultats jamais proclamés, montrent que le peuple togolais n’est pas totalement tombé dans ce traquenard. Cependant l’opposition n’a jamais été capable de relever le défi de la période post-électorale. Elle a toujours laissé ces masses qui l’ont toujours soutenue et accompagnée à la merci de la répression. Elle n’a jamais montré qu’elle disposait de réelles stratégies de conquête du pouvoir. Ainsi, le peuple togolais a eu à supporter dans la douleur et le silence imposé Gnassingbé durant les 15 années premières années suivant le soulèvement de 1990.

De février 2005 à ce jour (de la mort de Gnassingbé à la présidence de Gnassingbé).

Le 05 février 2005, la nouvelle de la disparition de Eyadéma Gnassingbé est tombée officiellement au journal télévisé de 20 heures. Au lieu de voir jubiler le peuple, la nouvelle fut accueillie avec réserve et scepticisme. La suite des évènements a donné raison à cette réaction. Quelques minutes plus tard, sur les écrans de la même télévision, un quarteron d’officiers supérieurs des Forces Armées Togolaises (FAT) ont révélé au grand jour leur mainmise sur le pouvoir. En émasculant le schéma républicain que le père Gnassingbé a trituré préalablement pour baliser le chemin à son fils, les putschistes ont violé les textes fondamentaux de la République togolaise. Ils se sont substitués à la Cour constitutionnelle qui est l’unique institution à prononcer la vacance du pouvoir.

L’armée a constaté la vacance du pouvoir et décidé de nommer Faure Gnassingbé à la présidence de la République. Soucieux de donner un vernis légal à cette forfaiture, la bande armée a massacré la constitution togolaise en la réécrivant en l’espace d’une journée avec la complicité de l’Assemblée Nationale en violation absolue de l’article 144 de ladite constitution, qui interdit les modifications constitutionnelles en période d’intérim. En l’espace de quelques heures, Faure Gnassingbé, ministre à la mort de Eyadéma Gnassingbé, a fait un parcours rocambolesque et connu une ascension qui ne peut qu’être vertigineuse pour une personne ayant toujours vécue dans des plaines.

Plus tard, sous pression, les putschistes ont, avec l’assistance de juristes français, des conseillers de l’Elysée et du Quai d’Orsay, fait semblant de rebrousser chemin non sans tuer de dizaines de Togolais exigeant le retour à l’ordre constitutionnel dans les rues.

Dans cette ambiance ensanglantée, le scrutin présidentiel, précédé d’une campagne très mouvementée, a eu lieu le 24 avril 2005 suite à une interprétation biaisée de la constitution notamment l’article 65. Le 26 avril 2005, Faure Gnassingbé est proclamé vainqueur par la Cour constitutionnelle. Le peuple se soulève. Il est accueilli par les coups de canon. Le nombre de mort est estimé à un millier. Les blessés ont atteint au moins 8000 personnes. Déjà, à la veille de l’élection, des milliers de Togolais ont fui le pays pour échapper aux violences entretenues. Au lendemain du scrutin, le nombre des réfugiés a atteint 40.000 au Ghana et au Bénin sans compter les réfugiés en interne, c'est-à-dire ceux-là qui se sont déplacés à l’intérieur du pays. Rappelons que la population togolaise est estimée à environ 6.000.000. C’est comme un homme voulant accéder à l’Elysée en France dont la population est d’environ 60.000 000, tue 6.000 personnes, blesse 80.000 autres et envoie 400.000 français en Allemagne et en Espagne et tout ceci se passe en 2005.

La peur s’est installée. Les forces de résistance démocratique ont dû plier l’échine sous le poids des armes, des coups de matraque et de gourdins cloutés. Elles ont fini par laisser la succession héréditaire se réaliser au sommet de la république.

En bon pupille des réseaux françafricains, Faure Gnassingbé obéit à la tradition des dictatures en quête de légitimité. Il respectera scrupuleusement chacune des phases du système : gagner frauduleusement la présidentielle, réprimer très sévèrement la contestation, appeler l’opposition et la société civile à dialoguer pour la formation d’un gouvernement d’union nationale ou de large ouverture, puis appeler à l’organisation des législatives. Toutes ces étapes ont été franchies avec brio par le clan au pouvoir grâce notamment à la France, à la complicité de l’opposition et de la société civile.

Le dialogue annoncé a connu deux phases. D’abord à Lomé puis à Ouagadougou sous la houlette du président Blaise Compaoré. Un accord politique dit global est signé le 20 août 2006 à Lomé par toutes les parties au dialogue.

A l’analyse, cet accord n’est qu’un arrangement électoral sur fond de légitimation à vil prix d’un pouvoir assis sur des ossements humains. L’opposition togolaise, lors du dialogue a presque réduit les pourparlers à une compétition au poste de premier ministre. Les stratèges du régime ayant compris que les leaders se donnaient des coups pour cela, ont monté les enchères en déclarant qu’ils proposeront la suppression de la primature lors des discussions. C’est la consternation dans les rangs des prétendants au poste

Une preuve supplémentaire que les discussions ont visé d’autres choses que la démocratisation du Togo est que les forces de changement (partis d’opposition et société civile) n’ont pas pu demander la suppression de la fête du 13 janvier dans le sens de la réconciliation. Lorsqu’il s’est agit de la célébration du 13 janvier 2007, cyniquement et certainement prenant le peuple pour une bande d’idiots, les partis d’opposition au gouvernement d’union nationale, au pouvoir donc, ont choisi de séduire l’opinion en séchant les festivités. Le premier ministre ainsi que tous les ministres du CAR et de la CDPA ont été absents de la parade militaire. Le lendemain, la presse a unanimement salué « la ligne de démarcation tracée par ces responsables ». Non ! Nous autres à la J.U.D.A, nous avons une lecture plus profonde que celle-là. L’absence des ministres de l’opposition est une victoire sans trophée. Elle n’a pas empêché le RPT et ses acolytes d’inviter leurs amis fêtards de divers horizons pour sabler le champagne sur le dos du contribuable togolais. L’opposition aurait tracé la ligne de démarcation en demandant et en obtenant noir sur blanc la suppression pure et simple de cette date qui replongea le Togo dans les arcanes du néocolonialisme.

Aujourd’hui au gouvernement, il apparaît évident que deux camps s’affrontent. Une partie des ministres est sous l’autorité du premier ministre à quelques exceptions près. Une autre partie n’a de compte à rendre qu’au chef de l’Etat.

Le régime actuel fait circuler l’argent comme l’a fait le précédent. Tout est question d’héritage alors ! Mais cette fois-ci, l’argent a des cibles précises. Il s’agit des responsables de presse, des leaders syndicaux, des responsables d’organisations associatives voire politiques répondant au dénominateur commun de critiques envers le régime.

Comme conclusion, on peut dire que sous le fils comme sous le père, les principes démocratiques sont bafoués. Il n’y a pas de compte rendu sur la gestion du pays. La volonté de mieux faire reste absente. Toujours et toujours procéder par saupoudrage. Les institutions sont restées de façade. Elles sont toutes au service du clan. Au Togo, la priorité est accordée à la démocratie-procédure au détriment de démocratie-culture. On va aux élections sans changement. Le Togo, depuis 1990 a acquis une culture de la démocratie-procédure et enregistré 4 scrutins présidentiels et 3 législatives. Toutes ces élections n’ont pas fait émerger la volonté du peuple, fondement d’un régime démocratique. Toutes les fois, ce sont les armes qui ont fait le jeu en se substituant au peuple souverain.

La porte des médias publics n’est que partiellement ouverte aux opinions contraires à celles du régime en place.

La loi fondamentale est modifiée à plusieurs reprises, pas dans le sens de la performer pour la rendre plus fonctionnelle. Elle l’a été pour régresser vers un régime plutôt familial et liberticide.


II- Les perspectives

Les bases d’une véritable démocratie étant faussées, il nous faut repartir des valeurs qui n’ont rien de commun avec l’illusion démocratique dans laquelle se trouve actuellement le Togo avec 77 partis politiques (si la tendance est maintenue, à l’horizon 2050, chaque famille aura son parti politique. Quelle honte !) Fort de cela, nous percevons les perspectives en terme de défis à relever.

- mobilisation pour les prochaines législatives, si tant est qu’elles pourraient servir d’occasion pour les forces alternatives de renouer le lien avec les populations, aujourd’hui échaudées par les violences politiques,
- réalisation de l’alternance politique au plus tard en 2010,
- émergence d’une société civile responsable qui ne transforme pas le monde associatif en un champ de bataille pour la captation des sources de financements extérieurs,
- édification d’une citoyenneté responsable, qui dans son exercice ne fait pas des casquettes, des T-shirts, d’un kilo de riz ou de quelques billets de CFA le prix de l’engagement,
- reforme des institutions républicaines pour qu’elles soient au service de tous et non du clan au pouvoir,
- construction d’un Etat de droit pour que l’égalité devant la loi dans les principes ne se concrétise par une justice à double vitesse dans les faits,
- culture démocratique se traduisant par la transcendance des clivages ethnique, régionaliste voire sectaire. La manifestation dans la vie de chaque fils de ce pays des valeurs de tolérance, de respect du bien public et d’autrui, l’altruisme…
- répudiation de la gestion sultanesque des ressources du pays,
fin de l’impunité révoltante dont bénéficient les auteurs de violations des Droits de l’Hommes et autres crimes économiques. Si les gens savent que l’alternance est une certitude, beaucoup hésiteront à commettre certains actes
- réconciliation des togolais, et en ce sens, le combat contre l’impunité n’est pas à négliger.
- fondation d’une armée républicaine (a ce niveau, les seuls statuts ne suffisent pas. Il faut une vraie pédagogie démocratique aux hommes en armes. Il faut « toiletter » leur mentalité
- conscientisation de la jeunesse pour le retour aux valeurs traditionnelles positives. Mettre fin à la tendance de mimétisme béat en cours faisant du jeune togolais une copie pâle du jeune européen ou asiatique
- défi d’informer les populations rurales sur la situation du pays.
- mise en place de la cour des comptes et du conseil économique et social pour compléter les institutions. Une démocratie a besoin de compte rendu de la gestion des ressources financières.

Il faut vaille que vaille arriver à bâtir des îlots d’intégrité et de résistance à toute épreuve pouvant guider les actions du peuple vers une véritable démocratie.

Mais, Honorables invités, si tout ceci ne peut pas marcher, alors, il ne nous reste qu’à dire à ceux qui, aujourd’hui manifestement disposent d’un titre foncier sur le Togo, de diviser les 56. 600 Km2 du Togo aux 6.000.000 de ses habitants. Chacun certainement pourrait avoir un lot ou un demi lot qu’il pourra vendre. L’argent ainsi gagné pourra servir aux uns de s’installer ailleurs et aux autres de décider de ce qu’ils désirent faire de leur existence.

Je vous remercie.


Contribution du MDTE à la conférence publique de J.U.D.A

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, les Responsables de la J.U.D.A,
Chers combattants de la Liberté,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Le Mouvement Citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe, tient tout d’abord à vous remercier pour votre initiative qui, au-delà de faire le bilan de notre pays dans sa difficile marche pour une démocratie authentique, servira de cadre pour qu’ensemble les bases d’une démocratie saine durable puissent être posées sur la terre de nos aïeux.

C’est un plaisir et un grand honneur qui nous est fait, nous, vos sœurs et frères qui vivons en Europe et dont certains, regroupés au sein du MDTE, ont résolument choisi de s’engager aux côtés du peuple togolais.

Longtemps, les sœurs et frères restés au TOGO se sont demandés si notre diaspora togolaise est au courant des réalités locales et quotidiennes du peuple togolais; et quel rôle cette diaspora joue ou veut jouer dans cette marche pour la démocratie au TOGO.

Vous devez savoir, et nous vous devons cette franchise, que l’implication collectivement organisée de la diaspora n’a pas été jusqu’alors à la hauteur des attentes légitimes qu’elle génère aujourd’hui. Au sein du MDTE, nous voulons que cela change pas seulement dans les discours, mais en étant réellement à vos côtés, à travers des actions concrètes directes, et aussi à travers des relais associatifs que nous mettrons en place avec le concours de toutes les bonnes volontés.

Le thème que vous avez choisi de développer dans le cadre de cette conférence-débat est « La marche du Togo vers la démocratie : bilan et perspectives ». Nous vous en félicitons, car cette démarche que vous initiez en ce début d’année est à nos yeux, le passage obligé de toute organisation militante engagée dans un long processus de démocratisation pour l’avenir de notre pays. C’est un sujet qui nous préoccupe au M D T E.
La situation générale de notre pays, nous en convenons tous, reste encore aujourd’hui très difficile. Les conditions d’organisation et de déroulement du dernier scrutin présidentiel, témoignent encore une fois du refus de dialogue toujours manifesté par le système en place et sa volonté de verrouiller, quoiqu’il en coûte, le paysage politique national.

Cet aveuglement qui a entraîné, comme le monde entier le sait, la mort de plus de 500 de nos compatriotes et jeté sur la route de l’exil plus de 40.000 autres, vise à maintenir le peuple togolais dans un état d’asservissement permanent dont les conséquences sont hélas, dramatiques dans tous les domaines. C’est ainsi que :

Sur le plan éducatif et social, la constante dégradation des conditions de vie dans nos familles, couplée à l’absence totale de plans de formation de jeunes, privés de toute perspective sérieuse d’insertion sociale et professionnelle, une génération montante qu’elle conduit au contraire dans une impasse régie par la misère.

Sur le plan sanitaire, le délabrement des structures hospitalières publiques et la pénurie organisée des médicaments, n’offrent pour garantie à nos parents qu’un accès difficile et sélectif aux soins de premières nécessités.

Sur le plan économique, le marasme est de règle dans tous les secteurs d’activité. Les mieux lotis tournent au ralenti. Les étals des commerçants et des petits revendeurs sont vides. Dans les villages, les jours de marché ne reflètent plus l’abondance mais l’incertitude du lendemain.

Sur le plan des libertés individuelles, l’insécurité demeure le lot commun de tous les Togolais. Nos compatriotes déplacés, vivant en exil dans des conditions inhumaines dans les pays voisins, craignent toujours pour leur retour au pays. Les journalistes indépendants sont brutalisés voire arrêtés.

Sur le plan de la fonction publique, les services de l’Etat offrent le même constat de pénurie de moyens, que nos écoles, nos hôpitaux, nos administrations. Notre système judiciaire est plus que jamais, un paradoxe de justice organisé autour d’une sacro-sainte impunité. Enfin, notre souveraineté nationale n’est plus qu’une coquille vide dont le contenu est bradé aux Etats étrangers.

Nous sommes convaincus au MDTE, que la grave crise togolaise ne peut se résoudre que par deux voies parallèles. Des initiatives hardies et volontaristes doivent œuvrer pour la création des conditions d’une véritable réconciliation nationale. En même temps, elles doivent promouvoir des outils juridiques et constitutionnels fiables, destinés non seulement à faire triompher cette volonté populaire, mais aussi et surtout à la sauvegarder.

Nous considérons au MDTE que, l’Accord Politique Global (APG), présente des insuffisances notoires qui transparaissaient dans les questions fondamentales. Malgré cela et faute de mieux, ce compromis doit être perçu comme une médication d’urgence permettant de mettre sous perfusion, l’espoir du peuple togolais, annonciateur de la fin de son martyr. Cet accord hélas, donne déjà l’impression d’une duperie de plus du peuple togolais et semble conduire le pays dans une impasse.

Se voulant force de propositions dans l’application et la mise en œuvre fidèle de l’APG, le MDTE, par cette analyse, décide d’assumer son rôle de veille auprès des responsables chargés de l’application de cet accord en leur demandant :
- de favoriser un réel recensement de la population, sur la base d’une méthode ayant obtenu l’adhésion de la majorité ;
- l’établissement des cartes infalsifiables d’électeurs ;
- la mise en place des conditions nécessaires pour réaliser le recensement des Togolais de l’extérieur afin d’organiser leur vote dans les mêmes conditions qu’au pays.

Le droit d’espérer

Pour le peuple togolais aussi, la fin de cette longue quête de liberté doit maintenant arriver et au plus vite ! C’est pourquoi le MDTE a toujours appelé tous les Togolais de la diaspora, où qu’ils se trouvent, quelles que soient leurs situations, à œuvrer inlassablement pour la conquête de la dignité humaine en général, l’instauration d’un Etat de droit et la promotion du progrès social au Togo.

A vous, Togolaises et Togolais vivant sur la terre de nos aïeux, otages involontaires du système politique au Togo, ne perdez pas courage dans votre combat pour l’amélioration de votre condition de vie, et contre les pratiques claniques et mafieuses qui espèrent vous maintenir dans la dictature de la misère. Vous avez raison d’espérer le soutien, l’aide et l’assistance de vos frères et sœurs de la diaspora à travers le monde.

A nous, Togolaises et Togolais de la diaspora, exilés volontaires ou de force à travers le monde, puissions-nous prendre conscience de l’exigence et de l’urgence de notre devoir de soutenir nos frères et soeurs, gardiens de fait de notre patrimoine commun, afin de conforter leur capacité à résister à toute forme d’arbitraire, d’injustice et d’oppression.

Togolais de l’intérieur, Togolais de l’extérieur, nous avons le même combat pour notre Togo, ne faisons pas le jeu de ceux qui ont voulu toujours nous opposer pour maintenir leurs privilèges et leurs biens.

C’est pour cette raison et au nom de l’intérêt supérieur de la nation que le MDTE lance un appel à toutes les Togolaises et Tous les togolais qui le peuvent et qui le veulent, qu’ils soient de l’intérieur ou de la diaspora, à mettre en synergie leur force, leurs énergies, leurs talents, leurs savoir-faire, leurs compétences, pour faire du Togo, un Etat de droit, respectueux de la Dignité de l’Homme et promoteur du Progrès social pour tous.

A la Jeunesse :

A vous, militants de la J.U.D.A !
A tous les jeunes du TOGO comme, à ceux de toute l’Afrique !
Conscient qu’un pays qui sacrifie sa jeunesse, hypothèque lourdement l’avenir de sa population, le MDTE souhaite continuer à se battre à vos côtés car votre lutte exemplaire pour votre avenir est également, à plusieurs égards, une lutte pour l’avenir de chacun de nos pays.
Plein succès à vos travaux de cette journée du 10 février 2007

Fait à Lille, le 05 février 2007
Pour le Mouvement Citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe,
L’ Administrateur Délégué,
Dr Martin AMOUZOU