vendredi 22 août 2008

Cameroun: les crimes du pouvoir




LA PRISON DE NEW-BELL A FEU ET A SANG

Plusieurs morts et plus d’une centaine de détenus brûlés dans la nuit du 19 au 20 août 2008 à la prison centrale de New-Bell de Douala dont la plupart sont de ce quartier appeler quartier régime qui abrite en moyen 1600 pensionnaires sur les 3 800 prisonniers que compte cette prison.

Certains corps des détenus tués à la prison de New-Bell dans la nuit du 19 au 20 août 2008 à la morgue de l’hôpital laquintinie de Douala

Geremy Tchinda

Président de la Ligue Camerounaise des Droits Humains

BP : 2753 Douala-Cameroun

Té. : (00237) 33 00 22 75

Direct : (00237) 77 78 87 53

mardi 19 août 2008

Mise au point de la J.U.D.A

Le chauffeur d'Agbobli aurait confirmé avoir bel et bien déposé son patron à l'hôtel et non en route.

Le décès d'Atsutsè Kokouvi Agbobli a été une surprise pour les uns qui croyaient le Togo, sécurisé. Pour les autres, loin d'être une surprise, cet événement est la confirmation que le Togo n'est pas une démocratie garantissant à ses citoyens sécurité et vie.

Le 05 août 2008, à travers une déclaration au nom de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique, nous condamnions les propos de Bawara qui voulait faire rosser à mort un journaliste, fut-il de son camp. Nous traitions ces propos comme « ...la preuve que Bawara et bien d'autres veulent perpétuer un Etat de terreur, d'intimidations, de démission et de sauvagerie à l'état pur sur la terre togolaise. » (1) . Alors que certains internautes avaient réagi en nous affublant de tous les noms d'oiseaux et soulignant leur lassitude quant à la cause que nous défendons, des voix ne se sont pas suffisamment élevées pour les contrer. De ces réactions, nous avions conclu que si des citoyens parvenaient à un tel niveau d'insensibilité et de mépris pour les principes et les valeurs, eh bien, nous n'aurons nos yeux que pour pleurer plus tard.

Dix jours plus tard, la nouvelle tombe soudainement. Le corps de M. Atsutsè Kokouvi Agbobli est retrouvé au bord de la mer. Stupeur et nervosité dans le camp des démocrates. Avant toute chose, nous soulignons que certaines analyses de M. Agbobli divergent des nôtres mais pour l'essentiel, nous nous rejoignons.

Il convient donc de faire une mise au point sur le décès pour le moins suspect de cet homme politique au vocabulaire fourni et au discours sans ambiguïté.

A l'analyse, on peut retenir au moins trois pistes possibles pour lire ce décès :

  1. le suicide

C'est la thèse défendue par les officiels togolais notamment le ministère de la Sécurité et de la Protection sociale, qui dans un communiqué, déclare que M. Agbobli aurait tenté mercredi de se donner la mort par absorption de substances toxiques. Le ministère poursuit que la famille du disparu, l’avait fait admettre il y a quelques jours dans une clinique de Lomé où il avait subi des soins spécifiques. Soulagé, M. Atutsè Kokouvi Agbobli, avait demandé à son chauffeur de le conduire dans un hôtel de la place dès 4 heures du lendemain. »

La même source affirme que « c’est en cours de route que M. Agbobli avait demandé à son chauffeur de s’arrêter, il était sorti du véhicule pour se rendre vers l’océan. Inquiet de ne plus le voir revenir, il avait alors prévenu la famille et les secours. » (2)

Le 18 août, le site officiel du Togo écrit « Le 15 août dernier, son corps avait été retrouvé sur une plage de Lomé à la hauteur du Foyer des marins ». Avant d'ajouter « la CNDH vient d’exiger l’ouverture d’une information judiciaire afin d’élucider le mobile qui a poussé M. Agbobli à se donner la mort, mais aussi de clarifier les circonstances exactes du décès. » (3)

Il ressort de ces différentes explications deux questions: pourquoi les officiels ont-ils attendu 24 heures avant de se prononcer et parlant des secours, le ministère de la sécurité fait-il allusion aux pompiers ou aux simples citoyens riverains? Concernant la deuxième question, on peut se demander s'il s'agissait des pompiers, pourquoi le communiqué n'a-t-il pas souligné que les recherches ont été toute suite engagées pour trouver M. Agbobli dès les premières heures? Pourquoi ce n'est qu’à l’aube du matin du 15 août que les habitants du quartier ont été alertés par la découverte du corps de M. Agbobli? Que faisaient lesdits secours (pompiers ou non) pendant tout ce temps, s'ils avaient été effectivement prévenus? S'il s'agit des riverains en guise de secours, ont-ils informé les officiels togolais de la situation?

Admettons que M. Agbobli ait absorbé de substances toxiques. Quelle est la nature des substances? Connaît-on la provenance desdites substances? S'agit-il d'un empoisonnement?

Ces questions sans plus de détails du ministère, ajoutées à la personnalité du défunt – ses responsabilités intellectuelles, familiales et politiques-, il est difficile de conclure hâtivement au suicide.

  1. l'assassinat politique

Proche de Edem Kodjo et prônant avec lui « Le Grand Pardon », M. Agbobli a été de 1994 à 1996 ministre de la communication et de la culture puis ministre chargé des relations avec le Parlement. Ce n'est qu'en 2006, que M. Agbobli crée son propre parti; le Mouvement pour le Développement National (MODENA) après avoir fondé Afric'Hebdo, journal d'informations et d'analyses. Dans ses prises de positions, M. Agbobli rapprochait le MODENA de l'Union des Forces du Changement (UFC) de Gilchrist Olympio.

Régulièrement M. Agbobli critique le pouvoir togolais et appelle Faure Gnassingbé à assumer les responsabilités que lui impose le titre de président de la Répubique qu'il s'est octroyé sans l'aval du peuple. Il montrait du doigt l'armée et disait aussi clairement que nous, que le vrai pouvoir est entre les mains des militaires. Par de pareilles prises de position, le président du MODENA ne peut être en odeur de sainteté avec les Apparatchiks du régime en place. Cela peut-il lui coûter la vie? C'est probable mais rien ne vient appuyer cette thèse pour le moment. Sauf que dès les premières heures, Jean Pierre Fabre, Secrétaire Général et député de l'UFC, a parlé d'assassinat et a demandé une enquête. Plusieurs citoyens ont eux-aussi pensé toute suite à un assassinat politique et les internautes ont eu pour une majorité écrasante, la même réflexion.

Ces réactions sont-elles justifiées? Malheureusement, oui, car des assassinats du genre ont été commis dans un passé très récent au Togo. Les cadavres rejetés par la mer, mentionnés par Amnesty International dans son rapport de 1999, sont encore présents dans les esprits (4). Quand on se réfère aux cadavres sortis de la Lagune de Bè en avril 2005, on peut légitimement comprendre ces accusations. Quand on observe que les auteurs et commanditaires des crimes qui ont émaillé la vie socio-politique togolaise depuis bientôt un demi-siècle, jouissent de l'impunité et sont même promus dans l'administration civile et militaire, on peut penser que M. Agbobli est assassiné.

M. Agbobli est aussi journaliste et directeur de publication d'un hebdomadaire. Cela ne doit pas ignorer dans l'analyse. Quand on connaît ce qui est fait contre les journalistes au Togo, on peut se demander s'il n'est pas victime de sa profession. Mais tout ceci reste à prouver. Et dans la recherche des preuves, la question de savoir, à qui profite le crime, est essentielle surtout que d'une source bien informée, la J.U.D.A (5) a appris que le chauffeur d'Agbobli aurait confirmé avoir bel et bien déposé son patron à l'hôtel et non en route.

  1. Le crime crapuleux

Des individus dénués de tout mobile politique, avaient-ils quelque chose à reprocher au président du MODENA au point de le tuer? Est-il victime de bandits de grand chemin? C'est la piste la moins évoquée jusqu'ici. Et pour cause! Personne n'imagine que de simples citoyens togolais puissent se livrer à une telle cruauté. Quelles peuvent en être les raisons si cette thèse doit être abordée: vol de ses biens, raisons passionnelles, envie? Que ce soit du côté de la famille ou des officiels togolais, rien de tel n'a été constaté. Donc, c'est tout à fait logique de considérer la piste du crime crapuleux comme la moins évidente et donc, pas sérieuse.

Conclusions

M. Agbobli est comme tout autre Togolais. Cependant, il est président d'un parti politique et directeur de publication d'un journal. Sa mort ne peut être banalisée. On doit fouiller et expliquer au peuple ce qui s'est réellement passé. Si le pouvoir togolais connu pour ses fuites en avant et ses ruses, ne veut pas élucider ce décès extrêmement troublant, il faudrait que la société civile et la classe politique s'organisent pour obtenir des explications. Car, trop c'est trop. La liste des victimes est déjà trop longue au Togo. Que ce soit un crime crapuleux, la responsabilité des officiels est engagée pour n'avoir pas pu assurer à un citoyen togolais, la sécurité. Que ce soit un assassinat politique, le pouvoir RPT en serait sans doute le responsable.

Peut-on avoir confiance qu'une enquête indépendante soit conduite sur le sujet par les officiels togolais? Pas vraiment. Surtout que le ministère de la sécurité avait conclu à suicide après que M. Agbobli s'est administré des substances toxiques. Curieusement, ce n'est qu'après cette version que « le procureur de la République près le tribunal de Lomé, Robert Bakaï, a adressé des réquisitions au chef du service d’anatomie et cytologie pathologique du centre hospitalier universitaire de Lomé à l’effet de procéder à l’autopsie du corps de l’homme politique, écrivain et journaliste Atsutsé Agbobli afin de déterminer la cause exacte du décès ». Cette démarche du Procureur de la République va tout simplement confirmer la version du ministère de la Sécurité. Ainsi, croyant se foutre de la gueule du peuple Togolais, le pouvoir aura au contraire fourni toutes les preuves de l'assassinat de M. Agbobli.

Quant à la Commission Nationale des Droits de l'Homme, elle veut créer un comité interne pour ouvrir une enquête parallèle. Mais, cette commission, par son histoire récente et son fonctionnement actuel n'offre aucune garantie d'indépendance vis-à-vis du clan Gnassingbé. Il faut donc, que les députés des partis d'opposition demandent la mise sur pied d'une commission mixte composée de la presse indépendante et des organisations des droits humains y compris la FIDH et Amnesty International, pour enquêter au plus vite. A défaut, la Commission des droits de l'Homme des Nations Unies sera saisie sur la question. Après tant de crimes, nous devons enfin réclamer la vérité pour au moins, une fois.

S'il est un enseignement que nous avons tiré de la mort de M. Agbobli, c'est qu'à force de jouer mollement contre le pouvoir, à force de croire que la tyrannie va d'elle-même se convertir, à force de nous complaire dans la désorganisation, à force de vouloir composer avec le clan, nous ne connaîtront que de pareilles situations. Car s'il est établi que M. Agbobli a été victime d'un assassinat politique, c'est aussi de notre responsabilité en tant que forces alternatives. Le clan Gnassingbé étant assuré que l'émotion et l'indignation à travers des communiqués et autres déclarations tomberont trois jours plus tard.

Avec des milliers de morts qu'il y a eu Togo, le peuple togolais est poussé à croire à l'idée que faire de la politique, c'est creuser sa tombe en attendant d'y entrer. C'est une façon de pousser les citoyens à ne plus s'assumer, à avoir peur et à renoncer à leurs convictions. Un peuple qui a peur, qui renonce à ses convictions, est un peuple vaincu. Et être à la tête d'un peuple vaincu, c'est être lâche. La politique c'est l'offre d'idées au peuple. C'est la discussion avec l'adversaire. Ne pas l'aimer mais ne point le haïr. Ne point vouloir sa destruction par les armes si ce n'est que par la force des arguments. Voilà ce en quoi nous croyons et ce pour quoi nous nous battons.

19 août 2008

Pour la J.U.D.A, Le Secrétaire Général

Rodrigue KPOGLI.

  1. http://www.togocity.com/article.php3?id_article=2962&var_recherche=JUDA

  2. http://www.republicoftogo.com/central.php?o=1&s=0&d=3&i=2325

  3. http://www.republicoftogo.com/central.php?o=1&s=0&d=3&i=2327

  4. http://www.amnesty.org/fr/library/asset/AFR57/001/1999/fr/dom-AFR570011999fr.html

  5. http://lajuda.blogspot.com/

vendredi 15 août 2008

La J.U.D.A rend hommage à Atsutsè AGBOBLI et exige une enquête indépendante.


DECLARATION

La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) vient d'apprendre la disparition de M. Atsutsè AGBOBLI*, Président du Mouvement pour le Développement National (MODENA ) dont le corps ensanglanté a été retrouvé au matin de ce vendredi 15 août à la plage de Lomé. Son chauffeur avec qui il était, est ce moment, introuvable.

La J.U.D.A , sérieusement peinée, présente ses condoléances les plus attristées à la famille de l’illustre disparu et compatit sincèrement à ses douleurs. Elle rend un vibrant hommage à cet homme de cœur pour le courage et l’ honnêteté qui ont guidé ses actions et analyses sur les réalités de la politique nationale et internationale ainsi que ses incessants appels à un développement industriel du Togo et à l'Unité de l'Afrique.

En ce moment de deuil et d’affliction, nous témoignons au MODENA, à ses membres et à tous les combattants pour la liberté et la justice, notre douleur car, nous venons de perdre une pièce maîtresse dont la place manquera pour toujours dans notre lutte commune.

La J.U.D.A résolument opposée à l'impunité érigée en norme au Togo, exige instamment l'ouverture d'une enquête indépendante afin que soient établies les raisons du décès pour le moins suspect de M. Agbobli et que son chauffeur soit retrouvé. Ceci pour éviter la résurgence des vieux démons des assassinats, des disparitions forcées et des cadavres rejetés par la mer.

Elle demande à l'ensemble du peuple togolais de se mobiliser pour que naisse un Etat démocratique pouvant garantir à tous la sécurité, la paix et le bien-être dans tous les domaines.


15 août 2008

Pour la J.U.D.A,
Le Secrétaire Général


Rodrigue KPOGLI


* Atsutsè Kokouvi AGBOBLI, Togolais, universitaire, historien, a été enseignant avant de rejoindre le Secrétariat Général de l’Organisation de l’unité africaine à Addis Abeba, en 1979, en tant que chef de la Division des Affaires politiques générales, de la Défense et de la Sécurité au Département politique. Expert régional, puis chargé des programmes et des relations au Bureau régional du BIT pour l’Afrique, à Addis-Abeba, il fut également chroniqueur à l’hebdomadaire Jeune Afrique et directeur de l’Institut panafricain des relations internationales. Ministre de la Communication et de la Culture puis, ministre chargé des Relations avec le Parlement, de 1994 à 1996, il est actuellement directeur de la publication du Magazine bimensuel Afric’Hebdo et président du Mouvement pour le développement national (MODENA).

Rapport rwandais : la France s’aveugle

Le pesant boulet que traîne la France depuis le génocide des Tutsis rwandais s’est considérablement alourdi au creux du mois d’août, avec la publication à Kigali de l’épais rapport de la commission Mucyo.

Les réactions outragées du ministre de la Défense Hervé Morin, du général Lafourcade, ancien commandant de Turquoise et de quelques responsables politiques mis en cause dans le rapport ne sont pas à la hauteur de l’événement. Paris n’a, semble-t-il, pas pris conscience de l’ampleur du phénomène. Pour la première fois, un petit pays pauvre d’Afrique, où ont été massacrés en 100 jours plus de 800.000 personnes, analyse minutieusement l’ensemble du contexte dans lequel s’est enclenché, puis déroulé le génocide dont a été victime la composante Tutsie de sa population. À chaque étape du processus génocidaire, des acteurs français – civils et militaires – sont impliqués et désignés avec les précisions disponibles.

Contrairement à ce que prétendent les officiels français, ce rapport de a commission Mucyo n’est pas un tissu d’élucubrations « manquant d’impartialité ». Il repose largement sur des travaux – non contestés – qui l’ont précédé : la commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur le Rwanda et la mission d’information des députés français. A ces éléments connus viennent s’ajouter des documents inédits provenant notamment de l’ambassade du Rwanda à Paris et des archives des ministères rwandais, ainsi que des témoignages nominatifs recueillis par la commission rwandaise auprès de dizaines de personnes, tant au Rwanda qu’en Europe. Parmi eux figurent des témoins que la mission parlementaire française a préféré ne pas entendre ; c’est notamment le cas de Venuste Kayimahé, auteur de France-Rwanda : les coulisses du génocide, qui était pourtant venu tout exprès à Paris pour être auditionné par les députés. Celui-ci, employé Tutsi au centre culturel français de Kigali, relate en détail comment, malgré la présence de militaires français, il a été abandonné par ses employeurs et livré à une mort à laquelle il n’a échappé que par miracle. Ce qui n’a pas été le cas de la plupart de ses collègues du centre culturel, comme de l’ambassade de France.

Les soldats français triaient les Tutsis aux portes de l’aéroport de Kigali

Pendant l‘opération Amarylis (évacuation des étrangers de Kigali, entre le 10 et le 15 avril 1994, alors que le génocide était en cours), Jean-Loup Denblyden, un colonel de réserve qui participa à l’opération comme officier belge de liaison auprès du détachement français, affirme : « Pendant Amaryllis, les soldats français triaient les Tutsis devant l’aéroport de Kanombe et les repoussaient vers les barrières ». « Il y avait un tri et les gens qui étaient écartés, étaient repoussés par des Français sur la barrière. Les Français disaient aux refoulés : on ne vous prend pas ; et les refoulaient vers une barrière qui se trouvait exactement à l’entrée du parking actuel ».

Constatant la gravité des faits, M. Denblyden informa les responsables militaires français et de la Minuar, (Mission des Nations Unies au Rwanda) et reçu comme réponse :

« Je suis monté à l’étage où se trouvait le colonel Poncet qui commandait l’opération Amaryllis, je lui ai fait part du problème. Il a haussé les épaules, le colonel Morin, qui était à ses côtés, m’a demandé de ne pas me mêler de ça. J’ai contacté tout de suite le général Roman et l’officier d’opération […] je leur ai fait part du problème comme j’estimais devoir le faire. […] Un sous-officier français est intervenu en me disant que les Belges n’avaient rien à voir avec ça, que c’était le problème des Français. Nous étions au troisième jour d’Amaryllis ». Finalement, M. Denblyden constata que les personnes étaient tuées près de cette barrière : « des corps jonchaient le sol en contrebas à droite de l’aéroport ». D’autres Rwandais, proches du Hutu power (initiateur et acteur du génocide), ont eux été évacués, dès ce moment-là, par l’armée française…

La participation française aux préparatifs du génocide, thèse soutenue par le rapport rwandais, outre la formation et l’armement des milices, est notamment étayée par des fac-similé des documents administratifs du fichage informatique des citoyens Tutsis, réalisé par des gendarmes français, pour le compte de leurs collègues rwandais du CRCD (Centre de Recherche Criminelle et de Documentation). Pas difficile d’imaginer l’usage qui a été fait de ce fichier…

Proposition de règlement diplomatique entre le gouvernement rwandais et l’État français, sous conditions

L’opération militaro-humanitaire Turquoise, de juin à août 1994, fait également l’objet de très lourdes accusations. Le fait qu’elle ait été pilotée en bonne partie par des officiers qui avaient précédemment servi au Rwanda pour former et épauler les FAR (Forces armées Rwandaises, impliquées dans les massacres de Tutsis) ne favorisant guère leur neutralité. Les témoignages abondent sur le traitement cruel réservé par des militaires français à des Tutsis, considérés a priori comme agents du FPR (Front patriotique rwandais). La zone humanitaire sûre, mise en place par Turquoise, l’était surtout pour les responsables et les acteurs du génocide, qui ont été incités à gagner le Zaïre voisin avec leurs armes, elle l’était beaucoup moins pour des femmes Tutsies violées puis assassinées.

Dans ses conclusions, La Commission demande au Gouvernement rwandais de se réserver le droit de porter plainte contre l’État français pour sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994 au Rwanda devant les instances judiciaires internationales habilitées. Mais elle suggère aussi de trouver un règlement diplomatique de la question avec l’État français dans la mesure où ce dernier est prêt à reconnaître l’entière étendue de sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide au Rwanda et de prendre les mesures de réparation conséquentes en accord avec le Gouvernement rwandais.

Depuis 1994, le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, le président des États-Unis Bill Clinton, le premier ministre belge Guy Verhofstadt, sont venus à Kigali présenter leurs excuses au peuple rwandais. La France, principal acteur extérieur au Rwanda en 1994 s’y est toujours refusée. Une posture d’avenir ?

Notes sur les documents joints

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Extrait n°1 du rapport
Page 81 du rapport du 15/11/07, réalisé par la « commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 »

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Extrait n°2 du rapport
Page 82 du rapport du 15/11/07, réalisé par la « commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 »

http://www.bakchich.info/article4706.html

mardi 5 août 2008

Gilbert Bawara viole les règles élémentaires d'un Etat de droit et doit démissionner

DECLARATION
La Jeunesse Unie pour la Démocratie a appris avec stupeur que Gilbert Bawara, ministre de la Coopération, du Développement et de l'Aménagement du Territoire, a, le 13 juin 2008, à l'aéroport de Niamatougou, agressé le Directeur de Publication du journal « La Dépêche » M. Apollinaire MEWENEMESSE.
Selon les termes d'un communiqué rendu public par l'OTM (Observatoire Togolais des Médias), le ministre a menacé MEWENEMESSE de " faire débarquer une troupe dans sa rédaction et le rosser à mort ".
L'OTM affirme que « ses recoupements de part et d'autres... sur cette affaire révèlent qu'il s'était réellement passé un incident du genre. »
La J.U.D.A condamne ces menaces qui révèlent la lâcheté confinant à l'éloge de la part d'un ministre, d'un ordre sauvage pour faire taire un journaliste.
Elle rappelle à Gilbert Bawara que la loi lui accorde comme à tout autre citoyen togolais qui s'estime diffamé, les voies de recours légales notamment le droit de réponse ou la formulation d'une plainte en justice. En aucun cas, nul n'est autorisé à se rendre justice quelle que soit sa cause.
Pour la J.U.D.A, les menaces de Bawara constituent une violation manifeste de cette règle élémentaire d'un Etat de droit. Elles sont également la preuve que Bawara et bien d'autres veulent perpétuer un Etat de terreur, d'intimidations, de démission et de sauvagerie à l'état pur sur la terre togolaise.
La J.U.D.A demande au ministre des droits de l'Homme et de la consolidation de la démocratie et à son collègue de la Communication d'ouvrir, en association avec les syndicats de la presse et des associations de défense des droits humains, une enquête afin de faire la lumière sur une telle situation et si les faits se confirment, que Gilbert Bawara soit démis de ses fonctions. De tels individus ne peuvent représenter le Togo, notre Patrie.
Pour éviter l'enracinement et la propagation d'un ordre manifestement sauvage qui étouffe au Togo , la liberté d'expression notamment la liberté de presse, la J.U.D.A soutient la presse et l'appelle à faire preuve de courage dans la dénonciation du clan au pouvoir et de leurs alliés. Car, le peuple togolais a besoin d'être objectivement informé pour lui permettre de décider des orientations quant à son avenir.
La J.U.D.A appelle la HAAC à prendre position contre les faits de BAWARA au lieu de se complaire dans le rôle de police de la pensée au service d'un régime aveuglé par la violence et constipé par l'argent amassé au détriment du peuple, depuis bientôt un demi-siècle.
Enfin, la J.U.D.A invite le peuple togolais dans son ensemble à la mobilisation pour mettre fin aux pratiques précambriennes de la junte au pouvoir. Car, sans un Togo fondé sur les principes démocratiques et d’Etat de droit, ni liberté ni justice ne fleuriront sur la terre de nos aïeux.

05 août 2008
Pour la J.U.D.A
Le Secrétaire Général, Komla KPOGLI

vendredi 1 août 2008

Après le carnaval, l'inondation.





A la formation du gouvernement Mally, nous avions affirmé(1) que ce cabinet n'en est pas un et qu'il incarne nullement les préoccupations du peuple togolais. De bonnes consciences n'avaient vu là que de la haine pour la patrie. A l'époque, certains, se sont même fendus des tribunes dignes d'un collectif d'avocats commis d'office à Mally. Dans l'une de leur plaidoirie, on avait pu lire ceci: « Ce gouvernement est à peine désigné. A peine il entre en fonction et déjà vous tirez dessus. Ce n’est pas normal. Qui fait ainsi n’aime pas son pays. Les Européens savent donner du temps à l’action avant d’apprécier. Pourquoi pas nous, ...? ». Depuis lors, nous nous sommes donnés du temps pour apprécier.
Nos mêmes contempteurs n'avaient pas fait les choses à moitié, lorsque nous avions parlé d'environ 500 millions FCFA investis dans l'organisation sous le couvert « d'opérateurs économiques privés » d'un carnaval en avril dernier. Alors justement qu'on ameutait le peuple togolais et qu'on mobilisait des troupes de ballets Brésiliennes et Belges pour ce carnaval, les pluies diluviennes s'annonçaient et des ponts étaient au bord de l'écroulement.
A l'heure où, une bonne partie du peuple togolais a les pieds dans l'eau, nous convions ces bonnes consciences à l'évaluation des actions du gouvernement. N'allons pas loin. Consacrons-nous seulement à la gestion de ces inondations.
Un gouvernement responsable est celui qui anticipe les problèmes. Un gouvernement qui mérite respect est celui qui gère convenablement les problèmes lorsque ceux-ci, compte tenu de leur imprévisibilité, n'ont pu être décelés tôt. Or, Mally enfermé à double tour dans le coffre Faure n'a ni anticipé ni géré convenablement les inondations de ces derniers jours au Togo. Et c'est un euphémisme. Alors même que les services météorologiques sous-régionaux ont annoncé d'abondantes pluies, le clan au pouvoir n'a rien prévu. Pire, il a attendu 48 heures pour pouvoir se réunir en Conseil des ministres. Le communiqué qui a sanctionné ledit conseil sonne comme un aveu d'incurie. Lisez-le vous-mêmes:

« Face à ces intempéries, et dans le but d’éviter que les populations ne soient, à chaque fois surprises, le gouvernement envisage de mettre en place deux niveaux d’alerte :

1°- Alerte de précaution :
Il s’agit d’informer les occupants de ces zones géographiques inondables de disposer de stratégies de départs progressifs vers des zones plus sécurisées. Dans ce cas, l’organisation revient aux individus, aux collectivités, aux communes et au gouvernement ;

2°- Alerte d’évacuation
Dans ce cas de figure, il s’agira pour le gouvernement, d’évacuer les populations lorsqu’il juge la situation très préoccupante sur rapport et avis des services techniques et des experts qui suivent l’évolution du phénomène.

Devant une évolution climatique qui impose une nouvelle approche d’analyse des phénomènes atmosphériques, le gouvernement a décidé de mettre à la disposition de la météorologie nationale et des stations de mesure réparties sur le territoire, des services techniques, des centres de recherches impliqués dans la dynamique du climat, les moyens nécessaires pour se doter d’outils modernes de prévision à savoir entre autres :

- des planches graduées pour évaluer à tout moment le niveau des eaux ;
- du matériel de relevé pluviométrique ;
- un hélicoptère pour établir une carte des zones sensibles et vulnérables.

Toutes ces propositions ont pour but de permettre au gouvernement de prendre des mesures urgentes, notamment la mise en place d’une cellule interministérielle de suivi et de veille dès que la situation l’exige. »
Ce qui frappe tout bon sens, est que c'est en pleine inondation que le gouvernement s'aperçoit qu'il faut doter les services compétences d'outils modernes de relevé pluviométrique. Salut, les artistes!
Alors que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) révélait le 31 juillet que 10.000 personnes ont été déplacées par des inondations, Agba Kondi, ministre de la santé avance le chiffre de 5.000 sinistrés; minimisant ainsi la réalité du désastre.
Le clan a manifestement péché en n'informant pas plus tôt les populations des intempéries qui s'annonçaient. En pareille circonstance, la mise en place dès les premières heures d'une cellule de crise pour renseigner les populations, organiser les secours, mobiliser les pompiers et l'armée pour des interventions appropriées en appui à la débrouillardise des populations, mobiliser des vivres et des vêtements, abriter les sinistrés, est le meilleur des instruments de gestion. Au lieu de tout ceci, c'est plutôt l'amateurisme dans toute sa splendeur que le clan a étalé. Et comme pour satisfaire le réflexe pavlovien de la main tendue, Mally a réuni les soi-disant partenaires en développement au Togo, ambassadeurs et système onusien pour leur demander de l'argent. Plus tard, ce sont des experts venus du Ghana qui ont sauvé de la noyade 25 personnes dont deux étrangers.
Comme si minorer les dégâts soulage sa conscience, le clan parle de 04 morts. Chiffre qu'il faut prendre avec des pincettes au vu du mensonge sur le nombre de sinistrés. D'ailleurs ces morts viennent rallonger la longue liste de victimes du régime togolais de père en fils.
Lomé n'est pas loin de plonger à son tour. Pour qui connaît les infrastructures de canalisation de la capitale, on peut redouter le déluge. Hier de nouvelles inondations ont été révélés dans les quartiers de Akodessewa, Atiégou, Ablogamè.
Tout ceci n'est guère étonnant quand on sait que l'équipe Mally n'est qu'un quasi-gouvernement, constitué de ministres d'Etat dont les formations politiques se sont vues attribuées zéro siège aux dernières législatives et de voleurs de suffrage démocratique. En somme, un cabinet de carriéristes qui en a cure des problèmes du peuple. Les faits sont là. Au-delà de mettre des solutions d'urgence en place (solidarité locale et collecte de dons dans la diaspora et constitution d'une équipe de volontaires par exemple), il faut poser la question de la responsabilité du clan et travailler à son renvoi pur et simple au profit une équipe démocratique, débarrassée de l'improvisation et de l'amateurisme face aux crises du genre à l'avenir et qui prépare l'armée à y faire face au lieu de la former pour tuer les civils. Une nouvelle équipe préoccupée par le bien-être du peuple et capable, ne serait-ce que, de construire des digues pour contenir les cours d'eau dans leur lit quand il le faut, surveiller les infrastructures de transports (routes, ponts, chemins de fer...) et les renforcer si besoin.

Komla KPOGLI

mercredi 30 juillet 2008

Du rêve à la libération.

Il n'y a point de Togolais, épris de liberté et préoccupé de notre devenir commun, qui ne rêve de la naissance d'un régime démocratique au Togo. La preuve en est qu'à chaque consultation électorale, le peuple togolais se prononce sans équivoque contre le système héréditaire mafieux qui lui est imposé. N'eut été l'ingéniosité criminelle du clan Gnassingbé et ses alliés africains et occidentaux, le Togo aurait été un havre de paix et de prospérité. Ainsi, à de multiples reprises, la répression s'est abattu sur le peuple togolais. La plus récente est le massacre d'avril-juin 2005. L'ONU, incapable de tout vérifier, a dû arrêter 500 morts. Les organisations locales, saisies par l'ampleur de la boucherie, en ont retenu un millier.

Nous sommes donc face à une réalité. Les tenants du pouvoir ne sont pas disposés à aller à la démocratie. La violence est pour eux, le meilleur outil de se maintenir et de canaliser les tuyaux économiques du pays vers leur poche. Lorsque des individus parviennent à faire allégeance à l'argent et au pouvoir, nul besoin de les appeler à la raison et aux intérêts de tous. Face à cette réalité là, le rêve est irréalisable. Il faut dès lors y faire face en définissant plutôt un projet -si on ne l'a pas encore- à moyen et long terme, tout en tenant compte de ce que nous avons vécu jusqu'ici. Somme toute, de notre expérience faite d'échecs et de réussites, aussi minimes soient-ils.

La concrétisation de ce rêve devenu projet, nécessite la conclusion d'un certain nombre d'alliances. Toutefois, la priorité doit être accordée à la mobilisation des forces endogènes équipées pour affronter les réalités du combat pour la libération. Des organisations de jeunesse dont la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique, ces trois ou quatre dernières années se sont engagées pour cette tâche en marchant sur la voie tracée par certaines de leurs prédécesseurs. Si ces oeuvres n'ont pas abouti, c'est bien par manque de soutiens qu'à autre chose. Pourtant, la volonté, la détermination, l'analyse, la stratégie et la conscience des risques et des enjeux y étaient et y sont toujours. En clair, nous avions manqué et continuons de manquer de soutiens. Nos différentes activités sont parfois saluées sur des forums internet. Et ça s'arrête là. Point besoin de mettre la main ni dans le cambouilli ni à la poche alors que la réalité qui est la nôtre, nous oblige à aller au-delà des commentaires sur internet. « Déçus et trahis par certains de vos prédécesseurs », nous assène-t-on régulièrement oubliant le vieil adage selon lequel les moutons et les poules bien que vendus sur le même marché n'ont pas nécessairement le même prix. On oublie même de retenir contre nous les preuves de notre engagement sur le terrain: nos prises de positions, nos conférences et notre participation à des initiatives citoyennes fédérées.


Le clan au pouvoir ne veut pas, ne peut pas et ne va pas aller à la démocratie. Et bien, il faudra que la démocratie c'est-à-dire le peuple de façon organisée, aille le chercher. On n'a pas d'autres alternatives. Car le temps presse, les ressources du pays s'épuisent à cause du pillage, les structures familiales se délitent, le syndrome de Stockholm gagne des esprits, les infrastructures balbutiantes volent en éclat, l'appauvrissement galope, l'acculturation planifiée de la jeunesse avance. Si nous attendons encore un peu, nous n'aurons plus les moyens de notre projet. A force d'être plumé, l'oiseau finit nu.

Si on ne change pas une équipe qui gagne, il serait dans l'ordre des choses, a contrario, qu'une équipe qui perd et qui nous fait perdre, doit être renversée. N'ayons pas peur des mots. Pour l'instant, le peuple en a les ressources. Mais jusqu'à quand?

Rodrigue KPOGLI

lundi 28 juillet 2008

Discours de Barack OBAMA à Berlin

Merci aux citoyens de Berlin et au peuple allemand. Laissez-moi remercierla chancelière Mme Merkel et le ministre des Affaires Etrangères, M. Steinmeier pour m’avoir reçu plus tôt dans la journée. Merci au Maire, M. Wovereit, merci au Sénat de Berlin, à la police, et surtout, merci à vous pour cet accueil.

Au plus fort de la guerre froide, mon père a décidé, comme tant d’autres dans les recoins oubliés du monde, que ses aspirations – ses rêves – nécessitaient la liberté et les opportunités qu’offrait l’Occident. Et donc, il a écrit lettre après lettre à toutes les universités à travers l’Amérique jusqu’à ce quelqu’un, quelque part, réponde à ses vœux pour une vie meilleure.

C’est pour cela que je suis ici. Et vous êtes ici parce que vous aussi connaissez cette aspiration. Cette ville, parmi toutes les villes, connaît le rêve de la liberté. Et vous savez que la seule raison pour laquelle nous sommes ici ce soir, c’est parce que des hommes et des femmes, provenant de nos deux nations, se sont rassemblés pour travailler, se battre et faire des sacrifices en vue d’une vie meilleure. Cela fait soixante ans cet été que notre partenariat a réellement débuté, lorsque le premier avion américain s’est posé à Templehof.

Ce jour-là, une grand partie du continent était encore en ruines. Les décombres de cette ville n’avaient pas encore été transformés en un mur. L’ombre soviétique avait balayé l’Europe de l’Est tandis qu’à l’Ouest, l’Amérique, la Grande-Bretagne et la France comptaient leurs pertes et se demandaient comment rebâtir le monde. C’est là que les deux camps se sont rencontrés. Et le 24 juin 1948, les Communistes ont choisi de bloquer la partie ouest de la ville. Ils ont coupé la nourriture et l’approvisionnement à plus de deux millions d’Allemands avec la volonté d’éteindre la dernière flamme de liberté à Berlin.

Nos forces n’étaient pas de taille à affronter l’Armée soviétique. Et pourtant, une retraite aurait permis aux Communistes de marcher sur l’Europe. Quand la dernière guerre s’est achevée, une autre guerre mondiale aurait très bien pu commencer. Le seul obstacle qui restait encore était Berlin.

C’est là que le pont aérien a commencé – quand le plus grand et le plus improbable sauvetage de l’histoire a apporté des vivres et de l’espoir aux gens de cette ville. Les chances de succès étaient faibles. Durant l’hiver, un brouillard épais bouchait le ciel et de nombreux avions étaient contraints de faire demi-tour avant de larguer les vivres tant attendues. Les rues où nous nous trouvons étaient remplies de familles affamées qui n’avaient rien pour se protéger du froid.

Mais pendant les heures les plus sombres, les gens de Berlin ont refusé de baisser les bras. Et un jour d’automne, des centaines de milliers de Berlinois sont venus ici, au Tiergarten, et ont écouté le maire de la ville qui implorait le monde de ne pas abandonner la liberté. « Nous n’avons qu’une seule possibilité » disait-il « c’est de rester unis jusqu’à ce que cette bataille soit gagnée… Le peuple de Berlin a parlé. Nous avons fait notre devoir et nous allons continuer de le faire. Peuples du monde : maintenant faites votre devoir… Peuples du monde, regardez Berlin ! »

Peuples du monde, regardez Berlin ! Regardez Berlin où les Allemands et les Américains ont appris à travailler ensemble et à se faire confiance, moins de trois ans après s’être affrontés sur le champ de bataille. Regardez Berlin où la détermination d’un peuple a rencontré la générosité du Plan Marshall et a créé le miracle allemand ; où la victoire sur la tyrannie a donné naissance à l’OTAN, la plus grande alliance jamais formée pour assurer notre sécurité commune. Regardez Berlin où les impacts de balles dans les immeubles, où les pierres sombres et les piliers près de la Porte de Brandebourg insistent pour que nous n’oubliions jamais notre humanité commune. Peuples du monde, regardez Berlin où un mur est tombé, où un continent s’est rassemblé, et où l’histoire a prouvé qu’il n’est pas de défi trop grand pour un monde qui reste uni.

60 ans après le pont aérien on nous appelle à nouveau. L’histoire nous a conduits à une nouvelle croisée des chemins, avec de nouvelles promesses et de nouveaux périls. Quand vous, Peuple de Berlin, avez fait tomber le mur – un mur qui divisait l’Est et l’Ouest ; la liberté et la tyrannie ; la crainte et l’espoir – d’autres murs se sont effondrés tout autour du monde. De Kiev à Cape Town, des camps de prisonniers ont été fermés et les portes de la démocratie se sont ouvertes. Les marchés se sont ouverts aussi, et la diffusion de l’information et de la technologie ont réduit les obstacles à de meilleures chances et à la prospérité.

Alors que le XXe siècle nous a appris que nous partageons un destin commun, le XXIe a révélé un monde plus interdépendant qu’à n’importe quelle époque de l’histoire. La chute du mur de Berlin a amené de nouveaux espoirs. Mais cette proximité a fait naitre de nouveaux dangers – des dangers qu’on ne peut pas contenir derrière la frontière d’un pays ou la distance d’un océan.

Les terroristes du 11 septembre ont comploté à Hambourg, se sont entraînés à Kandahar et Karachi avant de tuer des milliers de gens, qui provenaient du monde entier, sur le sol américain. Tandis que nous parlons, des voitures à Boston et des usines en Chine font fondre la calotte glaciaire dans l’Arctique, réduisent le littoral sur l’Atlantique et amènent la sécheresse dans les fermes, du Kansas au Kenya.

Du matériel nucléaire mal gardé dans l’ancienne Union Soviétique ou les secrets d’un scientifique au Pakistan peuvent aider à assembler une bombe qui explosera à Paris. Les pavots en Afghanistan deviennent de l’héroïne à Berlin. La pauvreté et la violence en Somalie nourrissent le terrorisme de demain. Le génocide au Darfour est une honte qui pèse sur notre conscience à tous.


Dans ce nouveau monde, des courants aussi dangereux se sont propagés plus vite que nos efforts pour les contenir. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre d’être divisés. Aucune nation, aussi grande et aussi puissante soit-elle, ne peut gagner seule ces batailles. Aucun d’entre-nous ne peut nier ces menaces, ni échapper à la responsabilité de les affronter. Cependant, en l’absence des tanks soviétique et du terrible mur, il est devenu aisé d’oublier cette vérité. Et pourtant, si nous sommes honnêtes les uns avec les autres, nous savons que parfois, des deux côtés de l’Atlantique, nous nous sommes éloignés, oubliant notre destinée commune.

En Europe, l’idée que l’Amérique est responsable de ce qui va mal dans le monde, plutôt qu’une force pour le faire aller mieux, est devenue beaucoup trop répandue. En Amérique, il est des voix qui méprisent ou qui nient l’importance du rôle de l’Europe pour notre sécurité et notre avenir. Ces deux opinions passent à côté de la vérité : que les Européens aujourd’hui supportent de nouvelles charges et prennent plus de responsabilités dans les endroits critiques du monde ; alors que les bases américaines construites au siècle dernier aident toujours à assurer la sécurité du continent, notre pays fait toujours de grands sacrifices pour la liberté dans le monde. Oui, il y a eu des divergences entre l’Amérique et l’Europe. Certainement qu’il y aura des divergences dans l’avenir. Mais la charge d’une citoyenneté globale continue de nous réunir. Un changement de pouvoir à Washington ne fera pas disparaître ce fardeau. Au cours du siècle qui vient, les Américains et les Européens, ensemble, devront faire plus – pas moins.

L’association et la coopération entre les nations n’est pas un choix. C’est la voie, la seule voie, pour protéger notre sécurité commune et faire progresser notre humanité commune. C’est pourquoi le plus grand de tous les dangers serait de permettre à de nouveaux murs de nous diviser. Les murs entre de vieux alliés, de chaque côté de l’Atlantique, ne peuvent pas durer. Les murs entre les pays qui ont le plus et ceux qui ont le moins ne peuvent pas durer. Les murs entre les races et les tribus ; entre les autochtones et les immigrés ; entre les chrétiens, les musulmans et les juifs ne peuvent pas durer. Ce sont les murs qu’il nous faut maintenant faire tomber.

Nous savons qu’ils sont tombés par le passé. Après des siècles de conflits, les peuples européens ont fabriqué une union pour l’avenir et la prospérité. Ici, au pied d’une colonne élevée pour célébrer une victoire militaire, nous nous retrouvons au cœur d’une Europe en paix. Les murs ne sont pas seulement tombés à Berlin, mais ils sont tombés à Belfast où les protestants et les catholiques ont réussi à vivre ensemble ; dans les Balkans où notre alliance atlantique a fait cesser les guerres et traduit les criminels de guerre barbares devant la justice ; et en Afrique du Sud où la lutte d’un peuple courageux a vaincu l’Apartheid.

Donc l’histoire nous rappelle qu’on peut faire tomber les murs. Mais la tâche n’est jamais aisée. Une véritable association et un véritable progrès réclament un travail constant et des sacrifices soutenus. Ils réclament de partager le poids du développement et de la diplomatie ; du progrès et de la paix. Ils réclament des alliés disposés à s’écouter les uns les autres, à apprendre, les uns des autres, et, plus que tous, à se faire confiance, les uns aux autres C’est pourquoi l’Amérique ne peut pas se replier sur elle-même. C’est pourquoi l’Europe ne peut pas se replier sur elle-même. L’Amérique n’a pas de meilleur partenaire que l’Europe.

Maintenant, il est temps de construire de nouveaux ponts à travers le monde, aussi solides que celui qui nous a réunis à travers l’Atlantique. Maintenant, il est temps de se rejoindre, à travers une coopération constante, des institutions fortes, un sacrifice partagé et un engagement global vers le progrès, pour faire face aux défis du XXIe siècle. C’est cet esprit qui a fait que les avions du pont aérien sont apparus dans le ciel au dessus de nos têtes, et que les gens se sont rassemblés là où nous nous trouvons aujourd’hui. Et le moment est venu où nos nations – toutes les nations – doivent faire renaître cet esprit.

Le moment est venu où nous devons vaincre le terrorisme et assécher le puits de l’extrémisme qui l’alimente. Cette menace est réelle et nous ne pouvons échapper à notre devoir de la combattre. Si nous avons pu créer l’OTAN pour faire plier l’Union Soviétique, nous pouvons nous retrouver dans un partenariat nouveau et global pour démanteler les réseaux qui ont frappé à Madrid et à Amman ; à Londres et à Bali ; A Washington et à New York. Si nous avons pu gagner la bataille des idées contre les communistes, nous pouvons nous associer à la grande majorité des musulmans qui rejette l’extrémisme, porteur de haine et non d’espoir.

Le moment est venu de renouveler notre résolution pour défaire les terroristes qui menacent notre sécurité en Afghanistan et les trafiquants qui vendent de la drogue dans vos rues. Personne n’aime la guerre. Je reconnais qu’il y a d’énormes difficultés en Afghanistan. Mais mon pays, comme le votre, a intérêt à ce que la première mission de l’OTAN en dehors des frontières de l’Europe se solde par un succès. Pour le peuple afghan et pour notre sécurité commune, il faut faire le travail. L’Amérique ne peut pas le faire seule. Le peuple afghan a besoin de nos troupes et de vos troupes ; de notre soutien et de votre soutien pour vaincre les Talibans et Al Qaeda, pour développer leur économie et pour les aider à rebâtir leur nation. L’enjeu est trop grand pour qu’on rebrousse chemin maintenant.

Le moment est venu de renouveler l’objectif d’un monde sans armes nucléaires. Les deux superpuissances qui se sont affrontés de chaque côté du mur, dans cette ville, ont été trop proches, trop souvent, de détruire tout ce que nous avons bâti et tout ce que nous aimons. Maintenant que le mur est tombé, nous ne devons pas rester inertes et observer tranquillement la dispersion de l’atome mortel. Il est temps de sécuriser tout le matériel nucléaire ; de réduire les arsenaux d’un autre âge. Le moment est venu de commencer à travailler pour chercher la paix d’un monde sans armes nucléaires.

Le moment est venu où chaque nation d’Europe doit avoir la possibilité de choisir ses propres lendemains, libéré des ombres d’hier. Pour le siècle qui vient, nous avons besoin d’une Union Européenne forte qui assoie la sécurité et la prospérité de ce continent tout en tendant la main à l’extérieur. Pour le siècle qui vient – dans cette ville parmi toutes les villes – nous devons rejeter l’état d’esprit de la guerre froide qui appartient au passé et nous engager à travailler avec la Russie quand nous le pouvons, à défendre nos valeurs quand nous le devons et chercher un partenariat qui s’étende à l’ensemble du continent.


Le moment est venu de construire à partir des richesses créées par l’ouverture des marchés et répartir ses bénéfices plus équitablement. Le commerce a été la pierre angulaire de notre croissance et de notre développement global. Mais nous ne serons pas capables de maintenir cette croissance si elle ne profite qu’à la minorité, et non à la majorité. Ensemble, nous devons construire une économie qui récompense véritablement le travail qui crée de la richesse, avec des protections significatives pour nos peuples et notre planète. Le temps est venu d’une économie libre et juste pour tous.

Le moment est venu où nous devons aider à répondre à l’appel pour une aube nouvelle au Moyen Orient. Mon pays doit faire front avec le votre et avec l’Europe pour envoyer un message direct à l’Iran afin qu’il abandonne ses ambitions nucléaires. Nous devons soutenir les libanais qui ont marché et saigné pour la démocratie, et les Israéliens et les Palestiniens qui cherchent une paix sure et durable. Et, malgré les divergences du passé, le temps est venu où le monde doit soutenir les milliers d’Irakiens qui cherchent à reconstruire leurs vies, tandis même que nous transférons les responsabilités au gouvernement irakien et finalement, mettons un terme à cette guerre.

Le moment est venu de nous rassembler pour sauver cette planète. Prenons l’engagement que nous ne laisserons pas à nos enfants un monde où les océans montent, la famine s’étend et des tempêtes terribles dévastent nos terres. Prenons l’engagement que toutes les nations – y compris la mienne – agiront avec le même sérieux que la votre et réduiront leurs émissions de carbone dans l’atmosphère. Le moment est venu de rendre à nos enfants leur futur. Le moment est venu de s’unir.

Et le moment est venu de donner espoir à ceux que la mondialisation a laissés en chemin. Nous devons nous rappeler que la Guerre Froide, née dans cette ville, n’était pas une bataille pour un territoire ou un trésor. Il y a 60 ans, les avions qui survolaient Berlin ne lâchaient pas de bombes ; à la place, ils envoyaient de la nourriture, et du charbon, et des bonbons aux enfants reconnaissants. Et parce ces gestes de solidarité, les pilotes ont gagné plus qu’une victoire militaire. Ils ont gagné les cœurs et les esprits ; l’amour, la loyauté et la confiance – pas simplement des gens de cette ville, mais de tous ceux qui ont entendu l’histoire de ce qu’ils ont fait ici.

Maintenant, le monde va regarder et se rappeler ce que nous faisons ici – ce que nous faisons de ce moment. Allons-nous tendre la main aux gens qui vivent dans les recoins oubliés du monde, qui aspirent à une vie digne où ils ont une chance ; à la sécurité et à la justice ? Sauverons-nous l’enfant du Bangladesh de la pauvreté, abriterons-nous le réfugié au Tchad, éradiquerons nous le fléau du SIDA au cours de notre vie ?

Défendrons-nous les droits de l’homme du dissident en Birmanie, ceux du bloggeur en Iran ou de l’électeur au Zimbabwe ? Donnerons-nous un sens aux mots « jamais plus » au Darfour ?

Reconnaîtrons-nous qu’il n’y a pas d’exemple puis puissant que celui que chacune de nos nations projette au monde ? Rejetterons-nous la torture et resterons-nous dans les limites de la loi. Accueillerons-nous les immigrés d’horizons divers et éviterons-nous les discriminations envers ceux qui ne nous ressemblent pas, qui ne prient pas comme nous et tiendrons-nous la promesse de l’égalité des chances pour tous ? Peuple de Berlin – peuples du monde – le moment est venu, notre heure est venue.

Je sais que mon pays n’est pas parfait. Il nous arrive de batailler pour tenir la promesse de l’égalité pour tous. Nous avons commis notre lot d’erreurs et parfois, nos actions à travers le monde, n’ont pas été à la hauteur de nos meilleures intentions.

Mais je sais aussi combien j’aime l’Amérique. Je sais que depuis plus de deux siècles, nous avons lutté – par de grands efforts et de grands sacrifices – pour former une union plus parfaite ; pour chercher, avec d’autres nations, un monde plus prometteur. Nous n’avons jamais fait allégeance à une quelconque tribu ou un quelconque royaume – de fait, toutes les langues sont parlées dans notre pays ; chaque culture a laissé son empreinte sur la notre ; chaque point de vue est exprimé dans nos jardins publics. Ce qui nous a toujours unis – ce qui a toujours fait avancer notre peuple ; ce qui a conduit mon père sur les rivages de l’Amérique est un ensemble d’idéaux qui parlent aux aspirations partagées par tous : qu’on peut vivre à l’abri de la peur et à l’abri du besoin ; qu’on peut dire ce qu’on pense, se réunir avec qui on veut et prier comme on l’entend.

Ce sont ces aspirations qui ont réuni les destins de toutes les nations dans cette ville. Ces aspirations sont plus grandes que tout ce qui peut nous séparer. C’est à cause de ces aspirations que le pont aérien a débuté. C’est à cause de ces aspirations que tous les hommes libres – partout – sont devenus citoyens de Berlin. C’est à la poursuite de ces aspirations qu’une nouvelle génération – la notre – doit imprimer sa marque sur l’histoire.

Peuple de Berlin – et peuples du monde – ce défi est immense. La route à venir est longue. Mais je viens devant vous pour vous dire que nous sommes les héritiers d’une lutte pour la liberté. Nous sommes les enfants d’un espoir improbable. Construisons sur notre histoire commune, saisissons notre destin commun et, une fois encore, engageons nous dans cette noble lutte pour amener la justice et la paix dans notre monde.

http://www.rue89.com/campagnes-damerique/le-discours-dobama-a-berlin?page=0#commentaires

mercredi 9 juillet 2008

En réalité, Mandela était un terroriste... plouf plouf

07.07.08 Bernard Estrade

C’est officiel. Nelson Mandela n’est plus un terroriste : le président George W. Bush a signé la loi qui retire de la liste d’infamie du gouvernement américain le nom de l’homme qui a conduit la libération de l’Afrique du sud.

Il y figurait depuis presque trente ans.

"Les Etats-Unis ont enfin fait un pas pour effacer la honte et le déshonneur qu’ils se sont infligés en inscrivant le nom de ce grand dirigeant sur la liste des terroristes à surveiller", a commenté John Kerry, naguère candidat malheureux à la Maison Blanche.

Nelson Mandela s’était lui-même amusé de la présence de son nom sur cette liste : "Il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec vous et vous étiquettent +terroriste+ mais, une fois que vous avez réussi, ils vous traitent en chef d’Etat (…) la notion de terrorisme est relative", avait-il fait remarquer en novembre 2001, lors d’une visite au siège des Nations Unies à New York.

Certes. Un terroriste aux yeux des uns peut être un héros et un combattant de la liberté pour d’autres.

C’est une banalité mais il est nécessaire de la rappeler alors que la "menace terroriste" continue à être invoquée pour réduire des libertés individuelles.

Les Etats-Unis et l’Union Européenne sont ainsi sur le point de parvenir à un accord qui pourra mettre les données personnelles de tous les citoyens européens à la disposition des agences américaines impliquées dans la lutte contre le terrorisme.

Et il ne s’agit pas seulement des détails d’état civil mais aussi des relevés de cartes de crédit et de comptes bancaires, ainsi que l’historique des voyages et des activités sur internet.

Washington et Bruxelles restent discrets sur ces négociations dont The New York Times a révélé l'avancement fin Juin.

Les derniers points en suspens portent sur la manière dont seront rectifiées d’éventuelles erreurs de l’administration américaine et les recours des personnes dont les données privées se retrouveraient dans de mauvaises mains.

La menace n’est pas théorique : régulièrement les agences américaines perdent ou se laissent voler des donnés informatiques confidentielles.

L’Union Européenne voudrait que les agences soient légalement responsables.

Elle souhaite aussi la mise en place d’une procédure judiciaire permettant aux citoyens de contester et de faire rectifier des décisions prises à tort.

Les Etats-Unis refusent tout encadrement légal et affirme qu’un recours auprès de l’administration américaine suffit.

Ce n’est pas convaincant : le sénateur Ted Kennedy a été ainsi lui-même empêché d’embarquer à bord d’un avion car son nom figurait sur une liste de personnes dangereuses.

Plusieurs démarches lui ont été nécessaires pour le faire rayer de cette liste diffusée notamment auprès des compagnies aériennes. Et il n’a jamais pu savoir à la suite de quelle erreur il y avait été inscrit.

Pour les dizaines de personnes moins célèbres qui se sont également trouvées à tort sur de telles listes, la mésaventure ne s’arrange pas aussi facilement et peut tourner à la tragédie.

Le cauchemar d’un ressortissant canadien d’origine syrienne, sans doute victime d’une homonymie, est exemplaire.

Maher Arar rentrait de Suisse au Canada via les Etats-Unis.

En transit à l’aéroport de New York, il a été intercepté par les services américains qui l’ont envoyé en Syrie où il a été détenu et, affirme-t-il torturé, pendant près d’un an avant que l’erreur soit reconnue et qu’il soit libéré.

Le Canada a fait amende honorable mais les Etats-Unis refusent toujours de reconnaître qu’ils se sont trompés.

Une Cour d’appel fédérale a ainsi rejeté la plainte fin juin de Arar au motif qu’en transit à l’aéroport il n’était pas techniquement sur le territoire américain. Et son nom figure toujours sur les listes des suspects.

Le cas de Nelson Mandela illustre le ridicule de la position de l’administration américaine.

Il doit aider à prendre conscience du pouvoir exorbitant que Washington veut s’arroger et de ses lourdes conséquences dont personne n’est à l’abri.

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lundi 2 juin 2008

La Crise alimentaire globale rend urgente la mise en place d'un système de gouvernance démocratique mondiale

Communiqué de UBUNTU


Nous soussignés, sur initiative du Forum Mondial des notre inquiétude profonde et notre grande indignation à l'égard d'une situation aussi grave que prévisible, celle de l'alimentation de la population mondiale, un thème pourtant crucial. Cette situation met en évidence l'échec — sur les plans financier, environnemental, culturel et moral — du système économique actuel, qui a remplacé les valeurs universelles par les lois du marché, et qui reflète une faiblesse des organisations internationales, due au manque de soutien des pays les plus puissants.

En effet,

  • En juillet 2002, dans un communiqué personnel émis dans le cadre du Forum UBUNTU après la tenue du 2e Sommet mondial de l'alimentation — l'un des nombreux antécédents du prochain Sommet mondial sur la sécurité alimentaire organisé par la FAO qui aura lieu en juin 2008 —, Federico Mayor affirmait notamment :
    1. Il s'est produit une situation qui interpelle nos consciences : Alors que des dizaines de milliers d'êtres humains meurent de faim tous les jours, lors de ce 2e sommet mondial il n'a pas été possible d'adopter les mesures nécessaires pour éradiquer ce véritable « génocide silencieux » et les pays les plus développés n'ont pas montré la volonté politique requise pour en combattre les causes. [...] Combien de femmes, d'enfants et de vieillards mourront pour les décisions qui n'ont pas été prises ?
    2. Des centaines de millions d'êtres humains souffrent actuellement de la faim. Cependant que les pays les plus puissants augmentent leurs investissements en armements, dépenses militaires et de sécurité internationale, cette part si importante de l'Humanité se voit refusées les ressources de tous types — y compris celles de formation, connaissances et technologies appropriées — nécessaires à leur survie.
    3. Alors que les régions les plus favorisées protègent leur production agricole en s'appuyant sur d'énormes ressources financières, les pays appauvris se voient forcés de libéraliser leurs marchés agricoles. Les politiques d'austérité du Fonds monétaire international (FMI) et la libéralisation du commerce mondial prônée par l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) ont conduit la plupart de ces pays à réduire leurs tarifs douaniers agricoles et leurs subventions aux producteurs, sous prétexte que c'est le marché qui doit résoudre leurs problèmes.
    4. Aucune nation n'est exempte de responsabilité : il est inadmissible de transférer « au marché » les devoirs moraux et les responsabilités politiques qui incombent aux dirigeants démocratiques. L'urgente nécessité de codes de conduite mondiaux dans le cadre juridique éthique de Nations Unies dûment réformées est, au vu de ce qui précède, une exigence impérative.

Que se passait-il alors et qu'arrive-t-il depuis lors?

  • La population mondiale ne cesse d'augmenter — bien que modérément depuis quelques années — et, par conséquent, les besoins alimentaires mondiaux continuent et continueront de croître. Cette augmentation a lieu et aura lieu essentiellement dans le Sud, qui connaît actuellement la plus forte demande. À ce sujet,
    1. La forte croissance économique de certains pays émergents a logiquement entraîné une brusque augmentation de la demande en céréales, associée à l'augmentation de la consommation de viande, de lait, d'œufs, etc., c'est-à-dire à un développement accru. Cette contribution à la demande globale de céréales entraîne une augmentation de la pression sur ce marché, qui a besoin, clairement et rapidement, d'une régulation au niveau mondial.
    2. L'augmentation non satisfaite de la demande alimentaire dans le Sud se traduira à coup sûr par plus de frustration et de radicalisation, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles vagues d'émigration.
    3. Quoi qu'il en soit, la crise alimentaire actuelle démontre que les limites d'exploitation de certaines ressources de la planète sont sur le point d'être franchies, ce qui confirme le besoin pressant d'un changement radical, principalement dans le Nord, des schémas actuels non durables de production et de consommation.
  • La quasi-totalité des terres arables est déjà utilisée et, par conséquent, seulement l'augmentation de la productivité basée en des technologies « propres » et renouvelables pourra contribuer à accroître la production agricole locale et globale. Néanmoins, certains phénomènes dignes d'être relevés ont contribué à aggraver la situation en la matière.
    1. a.Au cours des dernières décennies, la mondialisation économique néolibérale, encadrée par le FMI, par la Banque Mondiale et par l'OMC, a exigé des pays du Sud la mise en œuvre de politiques de privatisation et de libéralisation des marchés, entraînant ainsi une concurrence totalement inégale avec les pays du Nord (qui, en revanche, maintenaient et continuent de maintenir leurs subventions agricoles, y compris celles liées aux exportations d'excédents), ce qui a énormément affaibli les agricultures du Sud. Dans cette offensive, les pays du Sud ont non seulement perdu de leur compétitivité à l'échelle mondiale, mais leurs agricultures de subsistance locale ont été démantelées. Le résultat est le pire qui soit, à savoir une augmentation de la faim, tant au niveau local que mondial. Il est temps de demander des comptes aux responsables politiques qui sont à l'origine de ce type de situation.
    2. a.En ce qui concerne une autre crise mondiale, celle de l'énergie, d'importants pays producteurs agricoles utilisent de plus en plus de terres et de produits agricoles non destinés à l'alimentation pour l'obtention de biocarburants. Nous soussignés, considérons que face à de tels problèmes, l'Humanité doit se doter de mécanismes globaux d'arbitrage et de décision dont la portée serait supérieure à celles des mécanismes étatiques, au vu du fait qu'il s'agit de politiques très susceptibles d'avoir des impacts particulièrement significatifs à l'échelle mondiale.
  • Les prix des produits agricoles ont enregistré, surtout au cours des deux dernières années, une hausse spectaculaire qui a contribué à aggraver la situation. Les motifs principaux de cette hausse peuvent être résumés comme suit :
    1. La crise mondiale de l'énergie, particulièrement du pétrole, a eu une forte incidence sur les prix de la production et du transport des aliments. En outre, pendant de nombreuses années, les grandes compagnies pétrolières ont non seulement occulté les effets de la consommation excessive de pétrole sur l'environnement, mais ont aussi dressé toutes sortes d'obstacles à l'utilisation de sources propres et renouvelables de production d'énergie. Les prix continueront d'augmenter dans la mesure où la délocalisation agricole fait partie du processus de globalisation. Le caractère non durable du modèle agricole mondial actuel ne fait aucun doute.
    2. La crise financière attire les investisseurs — par un effet collatéral — vers les marchés agricoles, plus stables, où ils obtiennent des bénéfices grâce à l'achat spéculatif de valeurs (contrats à terme) qu'ils revendent ensuite plus cher en raison de l'augmentation de la demande. La hausse des prix actuelle et future de l'offre agricole qui s'ensuit entraîne une augmentation de la faim dans le monde. Il est évident que, comme pour la crise financière, la régulation politique mondiale des marchés mondiaux est indispensable.

Face à ce paysage désolant et complexe, jalonné d'incertitudes et aux multiples facteurs étroitement reliés, nous soussignés, estimons que seule la mise en place rapide d'un système de Gouvernance Démocratique Mondiale peut mettre l'Humanité en conditions de diriger de façon démocratique et responsable sa destinée et, concrètement, de satisfaire ses besoins de base en alimentation. Ce système, conformément avec ce que nous préconisons dans le cadre de la Campagne Mondiale pour une Réforme en profondeur du Système des Institutions Internationales, doit contribuer à renforcer le système des Nations Unies, en refondant les autres organisations financières, économiques et commerciales en son sein, et en les dotant des ressources humaines et financières permettant de relever les défis auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés. Il est ainsi nécessaire qu'il :

  1. Ait la capacité de mettre en pratique des décisions globales dans un cadre réellement démocratique. La production et l'utilisation de biocarburants, la régulation des différents marchés globaux, etc., ne peuvent pas continuer à dépendre uniquement de décisions étatiques ou, pire encore, des marchés des pays les plus prospères et les plus puissants.
  2. Donne la priorité, par le biais d'une forme de discrimination positive, aux intérêts des plus pauvres d'entre nous, qui représentent l'immense majorité des habitants de notre planète. Cela suppose de mettre en place un nouveau modèle, beaucoup plus localisé et durable — sur les plans social, environnemental et économique —, en s'occupant d'abord des pays les moins développés pour tout ce qui concerne la production et le commerce agricole.
  3. Naisse d'une réforme en profondeur des organisations internationales actuelles qui, entre autres, impliquerait :
    1. La fin de la prépondérance de certaines organisations internationales (celles qui sont contrôlées par les pays les plus riches du monde) sur d'autres. Ainsi, dans le domaine essentiel de l'alimentation, les politiques du FMI, de la Banque Mondiale et de l'OMC ne peuvent continuer à prendre le pas sur celles de la FAO.
    2. Que les organes compétents des Nations Unies — la FAO, le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), le Programme Alimentaire Mondial (surtout en ces aspects moins mis en relation avec des urgences) — disposent de la coordination, du cadre de compétences et des ressources nécessaires pour, en premier lieu, faire face aux situations d'urgence actuelles et, ensuite, mettre en pratique les politiques requises à moyen et long terme, afin de résoudre les problèmes de fond.
    3. De tirer parti de la nouvelle chance représentée par la révision du Consensus de Monterrey sur le financement du développement et de définir et de mettre en œuvre, de façon juste et sans plus tarder, un système de financement du développement qui soit transparent, prévisible et durable et qui permette d'atteindre les objectifs de développement que l'Humanité exige de façon pressante.