dimanche 4 août 2013

Une relecture nécessaire à l’aune de la parodie des Législatives du 25 juillet 2013 au Togo .



Les idiots utiles du RPT ont-ils la solution?

« Les conséquences du succès de cette opération de démantèlement de l’UFC ne vont se faire sentir véritablement que lors de futurs vols électoraux du RPT. Pour expliquer ses « prochaines victoires », Faure Gnassingbè dira ou fera dire qu'il a réussi là où son feu père a échoué. Il a réussi lui à casser facilement « l'opposition » ; ce  que son père était incapable de faire même à coup de fusil et de marteau. En conséquence de cette prouesse, le peuple lui témoigne sa reconnaissance et le gratifie de 65 à 70 sièges à l'Assemblée Nationale en 2012 et des années supplémentaires à la présidence après 2015. »

Komla KPOGLI
26 août 2010


Ces grands inquisiteurs qui traquent les mauvais esprits

Ces derniers temps, sont apparus de grands inquisiteurs qui se sont donnés pour mission de traquer ceux qu'ils considèrent comme des mauvais esprits, des traites qui empêchent le changement de se réaliser au Togo. Ces grands inquisiteurs n'hésitent pas à lire dans le subconscient des individus. Lorsqu'ils n'y trouvent rien de consistant, ils inventent toute sorte d'histoires pour conclure que les sujets en question sont des traitres, ils sont du RPT, ils mangent au RPT. C'est, selon eux, le coup fatal qui doit être asséné à ces esprits malfaisants qui se cachent derrière le masque de "démocrates" affirmés. Ici, dès qu'ils sont accusés, ces « mauvais esprits » sont sommés à coups de fouet verbal d'avouer et d'apporter la preuve de leur fidélité à la « lutte » pour un Togo nouveau. S'ils ne le font pas, c'est qu'ils sont coupables et à ce titre, ils sont condamnés à reposer dans l'étang du feu éternel.

Les grands inquisiteurs, dans leur traque, sont allés jusqu'à faire admettre récemment que nous sommes tentés par le pouvoir et que l'envie nous a pris de devenir ministre. Rien que ça! Nous voulons offrir le ridicule en précisant que notre objectif est infiniment plus modeste. Il s'agit simplement d'entamer une opération de salubrité politique consistant à faire voir à notre peuple que nous allons en enfer si nous continuons par prétendre lutter contre ce système de cette façon. Voilà notre motivation. Elle est plus basse que ce qu'on avait imaginé. Cette fois-ci, ces grands inquisiteurs s'arracheront leurs cravates puis déchireront leurs vêtements car doivent-ils se demander « il appelait au changement de braquet rien que pour ça? Merde alors!».

Des dizaines étaient celles et ceux qui nous avaient appelés à réagir et à publier un papier de mise au point. Mais, nous ne sommes pas de cette espèce d'individus à répéter ce que disent les gens pour contenter la foule. Nous ne réagissons pas sous le diktat de qui que ce soit. Ce n'est pas parce qu'une masse de commentateurs crie au scandale que nous allons nous mettre à courir dans tous les sens. Notre préoccupation n'est pas de ravir des tonnerres d'applaudissements de celles et ceux qui lisent nos écrits. Nous avons des problèmes; nous essayons de leur chercher des solutions. C'est là notre intérêt. Dans cette quête, nous pensons par nous-mêmes. Il ne s'agit pas pour nous d'un concours littéraire ni d'une simple joute oratoire dont l'issue serait de connaître le meilleur orateur. Notre problème est ailleurs. Il s'agit de sortir notre peuple définitivement d'un régime colonial pour bâtir un Etat effectif. Cette entreprise est suffisamment sérieuse pour ne pas être inscrite dans le registre de la démagogie et des incantations qui, une fois en face des réalités, se transforment en bégaiements et autres digressions.
Un discours démagogique peut mobiliser les foules mais il ne suffit pas pour passer à l'action. Et c'est là les limites qu'on connaît dans ce territoire. Une fois les foules mobilisées, ne sachant dans quelle direction aller, on fait le dindon qui étale ses plumes, tourne en rond, perd des plumes puis revient dans ses proportions. C'est la doctrine des prétentions.

Une haine qui empêche de travailler ensemble

Une fois qu'ils reviennent dans leur lit telle une rivière après sa crue, les mêmes qui s'étaient montrés plus que prétentieux viennent prôner l'unité. C'est louable de parler d'unité. Seulement, la duplicité réside dans ce que ceux qui viennent entonner le chorus de l'unité sont ceux-là même qui la pratiquent le moins. Dans leur souci du « m'as-tu-vu? » et du « que mon frère tombe afin que moi, je prenne sa place », beaucoup parmi nous adorent secouer sur le seuil d'autrui la poussière de leurs souliers. Ils en arrivent à salir les autres et à colporter sur eux des mensonges les plus infâmes. Ils aiment casser du sucre sur le dos de ceux qu'ils appellent encore il y a quelques minutes leurs amis ou camarades. Notre prétendue « lutte jusqu'à la victoire finale » se déroule en réalité dans un climat délétère fait de détestation inavouée, de petites calomnies entre « combattants » qui s'échangent des accolades en public pour mieux cacher les coups de couteaux qu'ils s'échangent à l'ombre. Il y a trop de haine entre nous, trop d'inimitié, trop de cynisme, trop de querelles de bas étage, trop de coups tordus, trop d'hypocrisie, trop d'alliances de circonstance juste pour torpiller l'autre ou les autres. Le camp des soi-disant combattants est miné de l'intérieur. Des sujets mineurs sont très souvent dramatisés et prennent des dimensions inédites. D'insignifiantes affaires de moeurs en viennent à séparer des gens qui se disent frères de combat de longue date. L'esprit de scission a élu domicile dans nos rangs. L'esprit de factions a triomphé. En résumé, on ne s'aime pas.

Cette ambiance négativement concurrentielle et ridiculement haineuse handicape notre marche commune. Elle étouffe également toute oeuvre et réflexion collectives. Au lieu d'être tournée vers l'extérieur, la débauche d'énergie ruine à l'intérieur. Tant que ces actes et attitudes ne cesseront pas, c'est peine perdue de vouloir créer les conditions objectives pour une démocratie au Togo. Car, ce sont les hommes qui portent les idées et qui les font triompher. S'ils ne s'aiment pas, s'ils ne se supportent pas, s'ils se détestent en catimini autant oublier tout le reste.

L'enfermement dans une position figée et victimaire

Ce qui se passe est non seulement terrible pour nous mais il l'est aussi pour les générations à venir. Nous avons réussi tout seuls à nous enfermer dans une posture victimaire, pleurnicharde et sans issue. Cette posture nous pousse à ne voir la solution au mal togolais que par le viseur des armes à feu. « Aux armes! Aux armes! Seules les armes nous sauveront!» crie-t-on. Une fois ce postulat posé, on l'élève en doctrine inattaquable. Cette posture est sans issue tout simplement parce qu'elle nous enferme dans l'étau des armes à feu imaginaires et d'une rébellion armée mythique. Le fait - et nous sommes bien obligés de le dire - est que jusqu'ici nous sommes les mains vides dans un contexte géopolitique que visiblement nous ne comprenons pas du tout. Nous n'avons même pas un couteau suisse. Même pas une fronde. Et pourtant, on entretient l'illusion que les armes nous seraient fournies un jour jusqu'ici hypothétique, par une main quasi divine.

Lorsque vous posez la question de savoir d'où viendraient les armes, on vous répond en grattant le crâne « Euh, euh, euh, on les aura. Vous allez voir! Un jour on les trouvera. N'y a-t-il pas au Libéria, au Sierra Léone, en Côte d'Ivoire, au Nigeria des armes qui circulent? Eh bien on va en acheter de ces pays-là! » Et lorsque vous poursuivez la curiosité pour savoir d'où viendra l'argent pour cet achat, on vous dit « euh, euh, euh, euh, on va cotiser ou bien on s'adressera à des pays ou dirigeants amis ». « Ah bon, vous avez des alliés dans votre lutte? », « oui bien sûr!».. « Lesquels?»... « On va contacter X ou Y et Al Qaida au Maghreb, les responsables de la rébellion Touareg...». Là, on est partagé entre le rire et les larmes. A la fin de la conversation, on vous apprend que pour des raisons de stratégie, le reste du plan ne doit pas être déroulé à la place publique. Celle-là est la meilleure. Tout le monde en abuse y compris les plus « grands opposants » qui n'accouchent jamais leurs savantes stratégies en public. Et attendant ce « jour du seigneur », toute autre réflexion doit être bannie. Toute autre voie énoncée doit être considérée comme une astuce satanique menant à la collaboration avec la tyrannie des Gnassingbè et Alliés. Mais en agissant comme on le fait, l'on ne se donne pas tous les moyens pour affronter le mal. On se coupe de pas mal d'idées et de chemins qui croisant d'autres, pourraient nous amener à la solution. Et c'est cette façon bouchée, figée de procéder qui prolonge la vie de cette dictature effroyable. En prétendant la combattre, on la vivifie et la revigore. Celles et ceux qui enferment notre peuple sur ce territoire dans ce schéma, sont des idiots utiles de ce régime. Plus ces idiots utiles prennent de la place, moins le système se préoccupe de son avenir qu'il sait garanti d'office. Plus, ils utilisent leur arme de prédilection, c'est-à-dire le cri dans le vide, l'aboiement et les menaces qui ne dépassent guère la rhétorique illusionniste ces idiots utiles du RPT maintiennent le système colonial en vie au Togo.

Dans toute entreprise, lorsque vous passez 20 ans ou 30 ans à ramasser de piteux résultats, il faut questionner vos méthodes et vos moyens. Or, chez nous c'est interdit. Il faut avancer au même rythme, mieux, il faut accélérer même si le ravin n'est pas très éloigné de nos pieds. Le bilan d'étape est interdit. Il faut foncer droit dans le mur et une fois au pied du mur, on se fait passer pour les Hébreux et on convoque, pour nous fortifier dans la bêtise, le mythe biblique des murs de Jéricho qui s'étaient effondrés par la simple volonté divine après le défilé sept fois autour de la cité pendant sept jours au son des trompettes. Cette naïveté est suicidaire. Au lieu d'être incessamment imaginatif et plus inventif, puisqu'étant seuls, on se met à imaginer des alliances. On se met à inventer des extraterrestres, des deus ex-machina qui viendraient livrer un jour le combat final pour nous et ravir le pouvoir des mains de ses détenteurs pour nous le remettre tranquillement. Et ce sera la fin de nos souffrances, la fin de l'histoire. Qu'elle est belle cette fin! Toutefois, elle n'est que trop belle pour être vraie. Ce rêve collectif c'est du pain béni offert sans frais aux apôtres du système RPT.

Certains disent dans ce contexte qu’il faut donc « redonner la confiance au peuple ». Certainement qu’il le faut, mais cela ne peut être réalisé que si on l'éloigne des sentiers du Dieu représenté par cet homme blanc, à la barbe blanche et en tunique blanche dessiné dans « Réveillez-vous! » des témoins de Jéhovah. Cette confiance ne peut venir que d'un travail de formation citoyenne, militante et politique pur jus. Et si les religieux devraient s'en mêler, ils ne devraient le faire que si et seulement si la politique l'emporte clairement sur une simple expression de la foi semée en Afrique par le coran et la bible avec l'appui de l'épée et du fusil. Mais si la foi l'emporte, comme c'est le cas actuellement, cela signifie que nous ne sommes pas sortis de l'auberge. On est encore sous les ailes d'un père qui est aux cieux et qui ne nous aura pas délivré du mal pas plus qu'il ne nous aura fourni le pain quotidien vu le creux dans nos estomacs dans ce pays. Toute stratégie de regain de confiance populaire doit sortir notre peuple de toute tutelle : la tutelle de la Communauté internationale, celle de Dieu, celle des armes qu’on n’a pas, celle des Proverbes et adages justificateurs de l’impuissance collective, celle de la désorganisation, celle de l’Eglise, celle des Grands diseurs et petits faiseurs…C'est d'une prise en main collective dont il est question. Penser par soi-même, s'organiser par soi-même, tracer les axes du combat par soi-même et avancer par soi-même avec une intelligence redoutable qui aide à anticiper les erreurs, les fautes et les difficultés pour les corriger à temps. Voilà ce dont il est question.

Si Eyadema Gnassingbè nous a offert en héritage son fils sur le testament rédigé et validé par la France, c'est qu'il avait étudié méthodiquement la psychologie de notre peuple. La France et Eyadema Gnassingbè savaient la réaction du peuple africain au Togo. Ils l'avaient donc anticipée et défini la méthode pour la bloquer. Ils savaient que les émotions et les frustrations s'exprimeront mais qu'en revanche, rien d'organisé ne sera fait. Et comme attendu, nous avons répondu à leurs attentes. Nous n'imaginons plus d'autres alternatives. Nous mettons les sabots à nous-mêmes et il ne reste au système qu'à avancer tranquillement. C'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui.

La dilapidation imbécile des énergies

La politique, c'est comme les mathématiques. Si vous offrez un ami d'hier à vos adversaires, ils viennent de gagner un pion de plus et vous, vous en perdez un. Dans le jeu des rapports de force, la conséquence de cette générosité imbécile c'est qu'un camp tient l'avantage. Pour cela la dilapidation des énergies à laquelle on assiste à l'heure actuelle est un immense service rendu au système qui récupère des billes que nous perdons bêtement. Dans une situation comme la nôtre, si vous ne pouvez pas gardez vos amis parce que vous estimez qu'ils vous ont trahis, au lieu d'en faire des ennemis tout emballés et expédiés dans l'autre camp, il faut les neutraliser. Et là aussi, il existe plusieurs méthodes, seulement il faut y réfléchir.

La question à l'origine, nous semble-t-il, de la scission est que certains veulent aller au gouvernement alors que d'autres veulent rester en dehors. Pour nombre de Togolais cette question est insoluble et donc, elle ne peut trouver de réponse que si on procède à une scission. Il faut qu'il y ait rupture et que chacun lave publiquement le linge sale partagé en intimité hier. Il faut qu'on se diabolise mutuellement. Peu importe ce que cela coûte en dommages. Pour nombre de togolais ce qui est en jeu c'est le titre de l'opposant absolu, du « vrai » opposant, celui-là qui sait faire dans les incantations et le discours démagogique de la stratégie secrète. Et comme n'importe quel titre, il faut le disputer. Il vaut mieux que rien. Même s'il est sans trophée. Or, pour empêcher une guerre supplémentaire – puisqu'on n'en a gagné aucune jusqu'à présent– dans le rang des "démocrates", une autre solution était possible. Mais pour ce faire, il fallait parler stratégie.

Penser en des termes de stratégies les plus efficaces possibles

En termes de stratégie, on peut laisser ceux-là aller au gouvernement et les utiliser en notre faveur. On peut non seulement s'en servir pour conquérir quelques espaces mais aussi comme pions au lieu de les offrir gracieusement au RPT. Au contraire, on les voue aux gémonies afin qu'ils aillent rejoindre le pouvoir sous prétexte que là est leur destination puisqu'on vient de découvrir qu'ils sont des agents doubles de longue date. Ce qui du coup renforce le système contre nous. Devons-nous simplement rappeler aux idiots utiles du système que dans les guerres les plus sanglantes, chaque camp infiltre l'autre pour avoir des informations sur le déplacement de ses troupes, ses stratégies de guerre, son matériel, ses effectifs et toute chose pouvant aider à développer une contre-offensive efficace ? La France rompue aux guerres coloniales qui en livre d'ailleurs une au peuple africain au Togo au travers du RPT, sait tout ceci. Ainsi infiltre-t-elle toutes les strates de la société pour s'offrir une base de données extraordinaire sur chaque groupement, amicale, association, syndicat et parti politique. C'est à ce prix qu'elle sait qui fait quoi, quand, avec qui et avec quoi. A ce coup là, pas besoin de traitres parmi les « combattants » pour filer des informations au camp adverse qui sait ce qu'il fait, ce qu'il veut et s'est tout simplement donné la stratégie qu'il faut pour gagner. Pendant ce temps, les inventeurs de la stratégie qu'on n'accouche pas en public dorment et attendent un combat dont ils ignorent tout. Ils n'ont aucune idée ni des forces en présence, ni du timing des hostilités, ni sur leurs propres forces et faiblesses.
Pour eux, la seule stratégie -si on peut l'appeler ainsi- viable et victorieuse consiste à garder toute distance de l'adversaire, à se vanter plus blanc que neige, à dire « Eh oooh! vous nous voyez, nous avons toujours dit que seul le fusil est la solution. Donc nous sommes les vrais opposants. Les autres sont des faux, ils mangent avec le RPT. Ce sont des traitres. » En somme, tant qu'il n'y aura pas d'armes à feu, vive le RPT. Et à cette allure, le RPT restera pour longtemps encore au pouvoir puisque les armes ne tomberont pas du ciel.
Ce qui peut davantage réconforter le RPT, c'est qu'il sait que l'évocation des armes comme incontournable solution est un vieux rêve sans cesse renouvelé. Des générations entières y avaient pensé mais n'avaient pu le réaliser faute d'un vrai travail d'organisation et de discipline. Toute chose qui n'a pas été corrigée à ce jour. Au final, si le système au Togo peut avoir de façon définitive une opposition toute catégorie confondue qui lui oppose rien que le discours de la révolution armée mythique ou de la prière, eh bien, il pourra même la promouvoir.

Pendant que le chaos se préparait, nous nous regardions le nombril

Les raisons qui ont conduit au chaos organisé dans les rangs de l'UFC étaient visibles et nous en avions parlé à l'époque. Mais personne n'a daigné écouter. On n'avait pas fini de se regarder le nombril pour lever la tête et prêter oreille attentive à ce qui s'annonçait. Le fait est qu'un certain nombre de togolais ont contribué activement à ce mélodrame. Ils avaient promu M. Fabre à la place de M. Olympio en suivant les autorités françaises qui leur avaient promis leur soutien en cas de victoire de leur joker. Dans ce scenario qui va conduire à la guillotine collective, deux capitales ont joué un rôle de premier ordre. Accra et Paris. Pendant qu'on coupait les herbes sous les pieds de M. Olympio à Paris en créant le FRAC nargué par la France à la fin du film, à Accra, Faure Gnassingbè lui-même s'était chargé de convaincre via les autorités ghanéennes, Olympio à faire autre chose. Tout ceci visait à confectionner un gilet pare-balle à Faure Gnassingbè. Cette opération superbement montée connaît une réussite foudroyante et implique deux considérations.

D'abord, aujourd'hui, pour pouvoir atteindre Faure Gnassingbè, la cible initiale, il faudrait qu'un camp vainque l'autre avant tout. Entre les deux branches de l'UFC, l'une doit terrasser l'autre d'abord. Faure Gnassingbè est hors de portée et il peut souffler- en tout cas pour un moment- car le centre du combat est déplacé. Le bout du canon n'est plus tourné vers lui. Grâce au coup de l'intercalaire, on a glissé entre Faure Gnassingbè et le FRAC, un écran que ce dernier pouvait éviter d'affronter s'il avait été un peu plus industrieux.

Ensuite, les conséquences du succès de cette opération de démantèlement de l’UFC ne vont se faire sentir véritablement que lors de futurs vols électoraux du RPT. Pour expliquer ses « prochaines victoires », Faure Gnassingbè dira ou fera dire qu'il a réussi là où son feu père a échoué. Il a réussi lui à casser facilement « l'opposition » ; ce  que son père était incapable de faire même à coup de fusil et de marteau. En conséquence de cette prouesse, le peuple lui témoigne sa reconnaissance et le gratifie de 65 à 70 sièges à l'Assemblée Nationale en 2012 et des années supplémentaires à la présidence après 2015. 

Mais, il faut aller beaucoup plus loin dans l'analyse. Outre le système qui ne souhaite plus une UFC forte dans le pays, certaines personnalités du FRAC n'en voulaient pas non plus. Ces personnalités n'auraient pas trop pleuré de voir les anciens partis d'opposition s'offrir en ridicule. C'est comme au temps où la candidature de Yamgname fut rejetée. Beaucoup l'ont déploré en public mais n'en sont pas moins ravis en coulisses. Ces gens qui savent qu'une UFC trop forte dans le pays écrase leur avenir politique eu égard à leur passé mitigé, ont intérêt à pousser à la bagarre interne à l'UFC. C'est cela la politique: le calcul permanent. En misant sur l'avenir, pousser la tendance UFC au sein du FRAC à affronter violemment le courant hors FRAC remet le compteur à zéro. Le terrain redevient vide et eux pourront s'offrir le beau rôle de nouveaux messies pour les années à venir. A ce niveau le courant UFC au FRAC aurait dû savoir qu'il perdait plus qu'il gagnait sur le moyen et long termes. L'unique leçon qu'on peut tirer de cette tragédie est que lorsqu'on n'est pas autonome intellectuellement, on est influençable. Et plus on est influençable, plus on est susceptible de prendre des décisions qui vous font haïr vos amis et aimer vos ennemis. Peut-être devrions-nous passer par cet épisode pour enfin commencer une véritable théorisation de la lutte.

Si on avait accompli ce travail de théorisation, on aurait pu savoir gérer au mieux les opinions diverses au sein du mouvement lors de la prise d'une importante décision. De même, on aurait pu savoir l'attitude à adopter lorsqu'un membre est arrêté ou savoir à quel moment opéré un changement de méthodes. Car, il n'est pas un crime de changer de méthodes. Seuls l'objectif et la cible ne varient guère. Les méthodes, elles, pour arriver à atteindre l'objectif peuvent subir des modifications et des adaptations en fonction du temps, de la disponibilité des ressources et du développement par le camp adverse de nouvelles ou plus redoutables tactiques.

S'arrêter un moment pour évaluer les possibilités

Nous ne pensons pas que l'on puisse s'engager dans l'action politique sans s'arrêter à un moment pour analyser les possibilités de succès ou d'échec. Trop souvent beaucoup se jettent dans la politique de façon irréfléchie et émotionnelle, alors que la politique en particulier dans une situation coloniale est une affaire de sang-froid, de calculs froids et non de coeur. Il s'agit d'éliminer le colonialisme par tous les moyens, nous disons bien par tous les moyens. Il faut donc que nous formions suffisamment les nôtres de sorte qu'ils aient une meilleure compréhension de ce qu'ils sont appelés à faire et comment le faire.

vendredi 2 août 2013

Des marchands de Chine en Afrique.


Il y a toujours des africains, attachés à des intérêts dont seuls eux savent ce qu’ils leur rapportent, qui drainent des masses noires derrière eux avec cette fumeuse idée que l’arrivée et l’enracinement progressif de la Chine en Afrique constituent le remède aux maux que l’Occident a infligés aux africains des siècles durant. Une telle idée est des plus farfelues qu’il ait été donné d'entendre. Quand bien même la désespérance puisse conduire à raisonner de travers, à délirer, il faut dire que là, on a atteint des sommets du larbinisme et de l'enfance. Il ne s'agit pas ici de haïr, encore moins de participer à un quelconque concert de diabolisation de la Chine. Il s'agit simplement de voir le monde tel qu'il est, dans sa réalité et de tirer des enseignements pour nous. Il s'agit de lire le comportement des Etats, et la Chine en est un, pour définir notre propre comportement en tant que continent sous domination qui veut briser ses chaînes et libérer puis réorienter l’énergie créatrice africaine trop longtemps confisquée ou détournée.

Tout d’abord : la Chine, comme tout autre pays, n’a pas vocation à résoudre les problèmes des autres. La Chine n’a pas, dans cette logique, pour mission de doter l’Afrique des attributs de la puissance. Si elle le faisait, cela conduirait ce continent à s’affranchir de sa propre tutelle, ou à tout le moins à le détourner rapidement de ses propres desseins. La Chine doit défendre ses propres intérêts et faire en sorte que sa population bénéficie, dans la mesure du possible, de tout ce qu’il lui faut pour rayonner davantage. Et sur ce plan, l'Afrique offre des atouts indéniables. Que ce soit sur le plan politique, commercial, culturel, agricole ou minier.

Ensuite, pour que la Chine arrive au stade où elle est actuellement, elle a dû payer un lourd tribut lorsqu’elle s’est engagée dans la lutte la conduisant à se débarrasser douloureusement, l’un après l’autre, de tous les facteurs inhibiteurs de sa renaissance, aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur. La révolution engagée par Sun Yat-Sen continuée et achevée par Mao Tse Toung a permis à la Chine d'écraser courageusement les envahisseurs étrangers ainsi que leurs suppôts, de véritables gendarmes locaux qui immobilisaient le peuple chinois pendant que leurs mentors pillaient le pays. C'est à partir de là que cette Chine qui rayonne aujourd'hui et qui ravit des africains s'est forgée les instruments de son "retour sur la scène mondiale" d'où elle a été écartée violemment par les Occidentaux et les Japonais. La Chine a, avant tout, puisé les éléments de sa renaissance en son propre sein en réintégrant sa culture, en comptant d'abord sur sa propre force, sa propre intelligence et son organisation interne sous la houlette d’un leadership clairvoyant. C’est dire combien il est pure vérité que l’identité et l’âme des peuples leur apparaissent lorsqu’ils décident de s’opposer à leurs adversaires, aussi puissants soient-ils. Toutes ces choses qu’elle a donc gagné dans la douleur, la Chine ne va pas les donner ou les enseigner aux populations miséreuses africaines sur un coup de tête.
Aussi, avec une classe dirigeante aussi corrompue, prévaricatrice, imbécile, imprévoyante, antipatriotique, totalement obscure, piteusement enfermée dans son tour d’ivoire colonial attendant de pieds fermes tout contestataire du désordre ambiant et pillard tenant lieu d’ordre établi, la Chine n’a rien d’autre à faire en Afrique que s’offrir les ressources qu’elle veut sauf à trouver les Occidentaux, maîtres des lieux, sur son chemin. Avec une telle gouvernance, c’est peu dire que l’Afrique ne va nulle part.

Croire et faire croire aux populations africaines qu’avec les Gnassingbé, les Bongo, les Biya, les Obiang, les Nguesso, les Djotodia, les Ouattara, les Compaoré, les Déby, les Yayi Boni, les Jonathan, les Guelleh et toutes les créatures de leur espèce flanqués de leurs ministrons « technocrates et intellectuels » comme dirigeants, l’Afrique a des chances sous les Chinois est une bonne blague dramatique. Même à supposer que les Chinois aient de bonnes intentions à l'égard de l'Afrique, les soi-disant dirigeants actuels de l'Afrique ne sauront pas quoi en tirer à part quelques maigres satisfactions à commencer par le soin de leurs propres panses d'abord, et ensuite obtiendront-ils quelques kilomètres de routes, quelques stades de football, quelques palais soi-disant présidentiels, quelques points d'eau, quelques ponts et quoi encore!? C’est pourquoi, pour que l’arrivée de la Chine en Afrique soit une « bonne nouvelle » pour les africains, il faut au minimum un agenda africain et un leadership crédible, éclairé et foncièrement patriote qui le conduise fermement. Ces éléments manquent cruellement à l'Afrique depuis que les razzias négrières islamiques et transatlantiques suivies du colonialisme brutal et pillard ont littéralement décapité les institutions africaines. Celles-ci étant remplacées par des hommes-liges intégralement illégitimes et joyeusement criminels qui n'ont que faire des problèmes des populations préalablement désorientées.

Il faut donc que les africains s'organisent pour se débarrasser de ces hologrammes abusivement appelés "dirigeants" qui les régentent et construire à la place un nouveau leadership éclairé, apte à conduire « l’émergence » de l’Afrique en défendant ce que sont leurs intérêts avec un agenda africain maîtrisé dans un monde si dur. Autrement dit, avant même de parler de partenariat sino-africain bénéfique au peuple noir, la maison Afrique doit d’abord être remise sur pieds. Ce n'est que suite à ce redressement vital que lorsque des étrangers, chinois ou pas, arrivent sur le sol africain, ils sauront qu'ils ont affaire à un peuple debout avec qui ils doivent traiter de manière plus ou moins équitable dans un cadre de respect mutuel. Seuls les africains peuvent et doivent accomplir cette tâche-là. La Chine ne le fera pas à notre place. Les Occidentaux ne l'ont pas fait et ne le feront pas à notre place. On ne s’affranchit jamais par délégation. Bien au contraire si tout ce beau monde peut concourir à fragiliser davantage l'Afrique pour la dépouiller, à bas prix, dans la logique capitaliste et libérale les biens dont elle dispose -et ce beau monde le fait déjà- il ne s'en privera pas. En tant qu’Etat normal, si la Chine arrive dans une maison qu’elle trouve dans un état de déliquescence avancée, où les autorités sont des laquais sans aucune ambition patriotique mais plutôt des amoureux fous de gadgets et du pouvoir colonial, où les populations sont désorganisées et muselées au point de ne s’intéresser qu’à leur pain quotidien fait de miettes, elle ne va pas se mettre à bâtir là un Etat, un peuple et des institutions fortes. Ceci n’est pas dans son intérêt. Les officiels chinois, d’ailleurs, le disent clairement. Ils sont « en Afrique pour du business ». Point barre ! Ils ne s’embarrassent pas des mots creux type : Etat de droit, droit de l’homme et autres balivernes avec lesquels les occidentaux continuent de bassiner les africains. Au moins sur ce plan, la Chine joue franc-jeu.

En définitive, il faut même dire que la Chine n’est pas le problème. C’est tout à fait normal qu’elle défende ses intérêts sur les terres africaines. Le problème c’est nous, africains. Sommes-nous capables de payer le prix de notre Renaissance ? Ceux qui prétendent qu’il est possible pour les africains de grandir en esquivant la lutte libératrice certes douloureuse mais formatrice et vivifiante, en se réfugiant sous les chinois à qui on déléguera ce combat qui est un combat pour la vie, après les fameux traités de protectorat extorqués aux africains au 19ème siècle par les Européens, les égarent.

Le chemin est long, rude et il va l'être davantage étant donné que les africains n'ont pas d'alliés dans le monde. Mais, les africains n'ont pas le choix et c'est vain de vouloir se réfugier dans la fuite en avant et dans des rêveries infantiles d’une Afrique pro-chinoise, pro-indienne, pro-russe, pro-brésilienne ou pro-japonaise après que cette Afrique ait été si longtemps pro-occidentale. Il est grand temps que l’Afrique pro-africaine émerge à présent. Cela sera le fait des africains avant tout et après tout. Le monde est un jeu d'intérêts sans pitié. Aucun peuple ne fait le bonheur d'un autre. Aucun peuple n'a ni le temps, ni la vocation, ni les ressources pour veiller au bien-être d'un autre. Surtout pas ceux qui, par camouflage et par propagande, répandent partout qu'ils sont la transfiguration de la bonté. L'histoire, la vraie, est là pour renseigner celles et ceux qui veulent, en la matière, se draper une fois encore dans le doute cartésien. De Gaulle, un des plus grands patriotes français ayant le plus bataillé pour maintenir l'Afrique dans "la vie de la Métropole" ne disait-il pas que la vie internationale, sinon la vie tout court est un combat et qu'en conséquence, il soit donné à chacun selon les œuvres de ses armes? Autrement dit, les peuples défaits et vaincus n’occupent que la place qu'ils méritent. Si par indolence, par peur, par désorganisation et par attachement aux miettes ces peuples ne se redressent pas en reconquérant leur trône volé, ils n’ont qu’à s’asseoir à même le sol. Personne ne regrettera leur position.


KPOGLI Komla


vendredi 26 juillet 2013

Soumaïla Cissé: le choix de la France pour le Mali.


Le 28 mars 2013 sur France 2, François Hollande, président de la France et ses dépendances africaines a ordonné: "Nous voulons qu'il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet. Et ça, nous serons intraitables là dessus." Cet ordre élyséen sera exécuté avec aux commandes le bourricot Dioncounda Traoré. Il faut dire que cet homme-ci, avec son cache-col blanc déployé sur son costume-cravate aussi bien sous le soleil malien qu'à l'étranger, de par son obséquiosité à François Hollande qu'il adore littéralement, est l'une  des marionnettes des plus méprisables qu'il est donné de voir dans l'histoire africaine. Ceux qui ne sont pas contents et qui veulent le report des élections au Mali pour mieux les organiser ne peuvent assister qu'en spectateurs, impuissants au déroulé de l'agenda français. C'est le cas d'ailleurs de Tiébilé Dramé, fervent et effervescent partisan du déploiement des forces armées françaises qui, selon lui, ont juste pour mission de guerroyer pour les Maliens, puis quitter tranquillement les lieux. Le candidat Dramé a demandé en vain le report du vote, avant de jeter les éponges mi-juillet. Toutefois, Tiébilé Dramé, vieux renard flairant les "bonnes occasions" politiques, a fini par rallier Soumaïla Cissé pour qui il appelle ses partisans à voter.

Plus récemment, lors d'une conférence de presse tenue avec François Hollande le 15 juillet dernier à Paris, Ban Ki-Moon, secrétaire général de l'ONU a, à son tour, prescrit: « La tenue de l'élection du 28 juillet 2013 est non négociable. Et les résultats devront être acceptés par toutes les parties même si le scrutin est imparfait ».

Pourquoi cette insistance? Et surtout qui veut-on voir "régenter" le Mali après ces fameuses élections? A bien examiner la situation, il apparaît que la France et Associés veulent placer Soumaïla Cissé au palais de Koulouba, surnom de la présidence du Mali. Son parcours parle. Soumaïla Cissé est "économiste" formé en France. Il a travaillé au sein de grandes entreprises françaises (IBM-France, le Groupe Pechiney, le Groupe Thomson et la compagnie aérienne Air Inter) avant de rentrer au Mali en 1984. En 1993, il est nommé ministre des Finances , ministre des Finances et du Commerce en 1994, de nouveau ministre des Finances en 1997 et ministre de l’Équipement, de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de l’Urbanisme en 2000. De 2004 à 2011, Soumaïla Cissé a été président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), un des instruments les plus importants implantés par la France afin de garder la main ferme sur les économies de ses territoires en Afrique occidentale française. L'UEMOA regroupe 8 territoires à savoir: le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo, la Guinée Bissau, dernier pays à y adhérer en 1997. 

Pour Cissé, le franc CFA est l'un des meilleurs dons que la Métropole ait offert aux colonies. Ainsi, les difficultés connues par l'euro auquel est arrimé le franc CFA menacent-elles? Pour Cissé: "le franc Cfa n’est pas menacé, nos fondamentaux sont bons."
Un franc CFA trop fort? Pour Cissé: "Il y a des avantages et des inconvénients d’avoir un franc fort. Nous avons un franc fort parce qu’il est arrimé à l’euro ; Avec un euro fort, nous avons plus de capacité pour importer nos matières premières."
Les territoires de la zone CFA sont-ils menacés par la crise de la dette? Pour Cissé " nous ne sommes pas très endettés". Mieux, " La plupart de nos pays sont passés par l’initiative Pays pauvre très endettés (Ppte)." Toutefois "Nous avons une crise qui a des répercussions sur les transferts de nos migrants, l’aide au développement, les investissements directs étrangers. Voilà des choses qui nous interpellent."

Rodé au discours libéral porté mécaniquement par les vassaux africains, Soumaïla Cissé, aime les Programmes d'ajustement structurels dont les conséquences ravageuses en Afrique sont pourtant selon ses propres mots "des atouts", puisqu'on a "privatisé, on a réduit la taille de la fonction publique, on a un peu serré les vices." Et, tranche-t-il "tous les pays qui ont des difficultés en Europe c’est qu’essentiellement ils n’ont pas fait cette cure d’amaigrissement. On ne peut pas vivre au dessus de ses moyens, qu’on soit Africain, Européen, Américain." C'est dire combien les Africains vivent mieux, se soignent bien, s'éduquent convenablement depuis l'imposition des programmes d'ajustement structurels. Vivement que le libéralisme soit renforcé en Afrique! On comprend alors pourquoi, naïvement et bêtement, des africains répètent à travers les rues et sur la toile que Cissé est "l'un des meilleurs économistes d'Afrique" et qu'il est "l'Alassane Ouattara du Mali"

Le Journal Jeune Afrique, quant à lui, nous apprend que Cissé "celui qui a signé de ses mains l’acte validant la dévaluation du franc CFA, en 1994, alors qu’il présidait le Conseil des ministres de l’Économie de l’UEMOA, défend l’arrimage du franc CFA à l’euro. Entre autres arguments avancés : la stabilité macroéconomique et les importations à bas coûts".

Ce parcours francophile, carriériste et destructeur pour les africains de Soumaïla Cissé, Les Echos du Mali daté du 19 juillet 2013 le décrit à l'insu de son plein gré quand le lecteur est informé que "un homme semble rassurer le peuple et réussir à constituer un pôle d’attraction multicolore : Soumaïla Cissé, candidat de l’URD. Déjà avant de se lancer dans la course à Koulouba, l’ancien président de la Commission de l’Uémoa a séjourné dans les différentes capitales de la sous-région où, en raison de son expertise économique et de son attachement à la République, il a bénéficié des bénédictions des chefs d’Etat ; ces derniers craignent comme la peste de voir le Mali tomber dans la main d’un mauvais gestionnaire qui s’empresserait de dilapider l’aide internationale et de replonger un pays convalescent dans la crise.
Partout où Soumaïla a rencontré, à l’étranger, nos compatriotes, il a été salué comme le Alassane Ouattara malien, c’est-à-dire le sauveur de la nation. Ce n’est pas fortuit puisque dans son programme de renouveau du Mali, le candidat place les Maliens de l’extérieur en bonne place. En tant qu’économiste chevronné, il sait l’importance de l’épargne mobilisée par la diaspora malienne." Conclusion: "S’il y a consensus sur l’expertise économique de Soumaïla Cissé, il y a aussi consensus sur sa capacité à rassembler les Maliens."

Comme on peut le voir, Cissé est prisé et il le dit lui-même à Paris, à Bruxelles où il se rend habituellement pour parler de la "zone UEMOA" et de "l'avenir du Mali". Cet homme est un acteur très important du système qui assassine froidement les africains. 
Il faut le dire et le redire: le cadre africain est un cadre colonial. Dans un cadre colonial comme c’est le cas dans l’Afrique actuelle, le pouvoir d’Etat ne peut être remis en n’importe quelle main. Il ne peut que quitter une main soumise pour retomber dans une autre encore plus servile. Lorsque, par le hasard de l'histoire, ce pouvoir parvient à un homme qui n'est pas coopté par la Métropole, la vie de ce dirigeant devient un enfer. Tout est mis en œuvre pour l'assassiner (Sankara et bien d'autres), et lorsqu'on ne peut ou ne veut le tuer, on le renverse (Laurent Gbagbo et bien d'autres). Ce système ne peut dès lors se sentir que renforcé si la transmission du pouvoir se fait avec la participation du peuple à travers la voie électorale comme c’est le cas au Mali. Le peuple africain de ce territoire va donc "choisir" le changement de personne dans la continuité d’un système. Mais pour beaucoup d’Africains tout ceci n’est qu’accessoire voire anecdotique.

Ce cadre fonctionne pour satisfaire les besoins de l’extérieur au mépris des préoccupations endogènes. Tant que ce cadre ne sera pas remis en cause, détruit et reconstruit à l’aune des valeurs, des expériences et des besoins intérieurs, c’est peine perdue qu’on se tue à doter les proto-Etats africains de présidents et des gouvernements. Espérer que l'Afrique sortira des rapports d'exploitation et de soumission qu'elle entretient avec l'extérieur (notamment avec l'Occident) par des élections à l'issue desquelles on attend des élus des réformes revient à jouer à la poule qui couve des œufs pourris avec l’espérance que les 21 jours de couvaison déboucheront sur l’éclosion de poussins. On ne réforme pas la colonisation, on la détruit. Si tel n'est pas le cas, alors les rapports coloniaux deviennent selon les mots prononcés par De Gaulle dans son allocution radiotélévisée du 6 avril 1962 , des "rapports de coopération" qui en réalité continuent par servir la Métropole. 
Un compatriote du Mali interrogé dans les rues de Bamako disait quant à lui "on veut être recolonisés. Je veux que la France reste au Mali". 
  Peut-être, n'y-a-t-il pas meilleure conclusion: on veut que la France reste chez nous et on veut être recolonisés.

Komla KPOGLI
27 juillet 2013
Web: http://lajuda.blogspot.com