vendredi 19 septembre 2008

La J.U.D.A dénonce le régime criminel de Lansana Conté et appelle à la solidarité de la jeunesse africaine.

19 septembre 2008

DECLARATION DE LA J.U.D.A

La situation socioéconomique se détériore gravement en Guinée[1]. Pendant que notre peuple de Guinée crie ses douleurs et manifeste contre toutes les carences et surtout contre le manque d’électricité, Lansana Conté - au pouvoir depuis 1984 - et ses alliés, déploient l’armée et la police pour tabasser les manifestants et leur tirer dessus. C’est un truisme que de dire que ces répressions font des morts et des blessés.

Ces derniers mois, en effet, il n’y a pas de jours où le peuple a manqué de signifier son ras-le-bol au clan Conté et ses alliés. Femmes, hommes, vieux, jeunes et enfants, tous s’insurgent contre les brimades et les privations de la mafia « Contée » qui plus est, rackette la population tant au marché que dans la rue. Malheureusement, la situation en Guinée n’est que le reflet de ce qui se passe dans tous les pays africains, à quelques degrés près.

La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A), dans son élan panafricaniste, s’insurge contre cette méthode sauvage de répondre aux requêtes de notre peuple et rappelle au clan Conté et à ses alliés qu’en tuant notre peuple, ils se rendent responsables de crimes qui ne resteront pas éternellement impunis.

La J.U.D.A apporte son total soutien à notre peuple guinéen contre le régime clanique, tyrannique, corrompu, kleptocrate et criminel de Conté soutenu mordicus par des alliés africains, occidentaux et asiatiques.

Pour mémoire, lors de la grève générale en 2007 qui, visiblement, conduisait le régime à sa dernière demeure, la France a simultanément permis à Conté de réprimer les manifestations en lui fournissant des armes et a piloté une médiation par le biais de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Pour paralyser le mouvement, elle a réuni les syndicats et les représentants de Conté afin de leur faire accepter un de ses serviles laquais en la personne de Lansana Kouyaté[2], en tant que premier ministre et chef de gouvernement, personnage ayant tant traîné dans toutes ces « institutions africaines » que la France tient sous sa botte. Comme si la crise se résumait à l’érection d’un poste d’un chef de gouvernement qui jusque là était du ressort du général Conté.

De toute évidence, notre peuple en Guinée, à l’image de l’ensemble du peuple africain, est dans la fosse aux lions. Il ne doit compter que sur lui-même. Toutes les expériences montrent que le peuple Africain est victime des richesses de son sous-sol et de son sol. Il existe une forte complicité entre les Etats néo-impérialistes (Occidentaux et asiatiques), leurs multinationales et les pions africains contre notre peuple.

Tenant compte de ces données, la J.U.D.A appelle les mouvements alternatifs guinéens à la vigilance. Elle les encourage vivement à plus d’organisation et de détermination pour faire triompher les intérêts du peuple et éviter que la momie Conté au pouvoir, dans sa décomposition, entame définitivement l’âme déjà éreintée de notre peuple en Guinée.

Le long règne de Conté n’ayant ni permis à la Guinée de poser les premières pierres d’une démocratie, ni d’inscrire les droits humains au centre des préoccupations étatiques, encore moins d’esquisser un début de développement, au nom de la jeunesse africaine, la J.U.D.A estime qu’il est donc temps que Lansana Conté et son équipe de carriéristes tirent les enseignements de la situation de détresse dans laquelle leur rapacité a plongé la Guinée.

Par ailleurs, la J.U.D.A rappelle à l’armée et à la police leur devoir qui consiste à la protection du peuple et non à l’envoi de milices qui suivent Conté et ses alliés dans leur entêtement criminel, dans le pillage systématique et dans leur volonté de tirer sur tout ce qui bouge contre eux. Car une Guinée libérée, libre, démocratique et engagée enfin pour la satisfaction des besoins de ses enfants, ne se fera pas contre elle. Mais bel et bien avec elle.

La J.U.D.A, enfin, exhorte vivement toute la jeunesse africaine à la mobilisation, à l’organisation et à un sursaut panafricaniste pour soutenir notre peuple en Guinée. Partant de là et dans cette même perspective panafricaniste, elle l’encourage à faire face à tous ces pantins de dirigeants qui opèrent contre le peuple africain au profit d’eux-mêmes et de leurs alliés. Sans cela, les souffrances s’aggraveront, nos richesses nous échapperont toujours, une bonne partie de notre peuple continuera à engraisser les requins de la Méditerranée, et les Africains seront toujours humiliés à travers le monde. Notre peuple paiera éternellement la dette odieuse, les infrastructures balbutiantes resteront en l’état ou s’effondreront, la santé de notre peuple restera toujours un détail, et l’éducation toujours extravertie et privée de moyens. Notre école véhiculera toujours des inepties telles que la coresponsabilité dans l’esclavage et nos valeurs africaines resteront toujours ridiculisées et méprisées. Notre agriculture produira toujours du café, du cacao, de l’arachide, du thé… pour nourrir les autres pendant que nous-mêmes avons faim. Des guerres néocoloniales iront en croissant sous une couverture ethnique mensongère, et les injonctions néolibérales du FMI, de la Banque mondiale, de l’OMC et de toute leur bande passeront toujours…

Bref, sans une action globale, concertée et vigoureuse menée par la jeunesse, il n’y aura point de salut pour notre Afrique.

Pour la J.U.D.A

Le Secrétaire Général

Rodrigue KPOGLI

http://lajuda.blogspot.com/

PS : Sur la Guinée, voir :

1-http://lajuda.blogspot.com/2005/08/guinee-la-juda-appelle-le-gnral-cont.html

2-http://lajuda.blogspot.com/2005/11/la-juda-condamne-la-tuerie-de-jeunes.html



[1] Premier producteur mondial de bauxite, la Guinée a des réserves de minerais et de métaux précieux divers à savoir d’importants gisements de bauxite, d’or, de fer, d’uranium, de cuivre. La Guinée est aussi bourrée d’eau.

[2] ancien secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) - de 1997 à 2001. Depuis 2003, il occupait le poste de le représentant de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en de la République de Côte d’Ivoire.


vendredi 12 septembre 2008

L’Afrique est-t-elle condamnée à être perpétuellement violée par l’Occident ?


Togo : un pion de plus pour le FMI et la BM.

Comme sorti de la naphtaline, Fossoun HONGBO est nommé premier ministre au Togo, succédant ainsi à Komlan MALLY. Cette nomination n'est que l'aboutissement des rondes incessantes à Lomé des responsables du FMI et de la Banque Mondiale. En effet, ces deux institutions ont visité le Togo à plusieurs reprises depuis la signature de l'accord politique dit global.

Sous prétexte d'aider le Togo à se développer, ces deux vampires, accompagnés de leur aile marchante de la Banque Africaine de Développement (BAD), agités par les marionnettistes de l’UE et de Washington, s'activent plutôt à faire payer la dette, à demander une plus grande ouverture du marché togolais aux capitaux étrangers ainsi que l'accélération des privatisations, si tant est qu'il reste encore quelque chose à privatiser sous le ciel togolais. De toute évidence, Komlan Mally, premier ministre depuis le 3 décembre 2007, et démis de ses fonctions le 5 septembre dernier, a été incapable de mobiliser les ressources pour satisfaire les besoins des "bailleurs de fonds".

Chose curieuse, à chaque visite des missions du FMI et de la Banque Mondiale au Togo, la presse locale s'enthousiasme et présente la chose comme une tournée d'inspection à l'issue de laquelle, les dirigeants togolais sont sanctionnés et humiliés, ou comme une opération purement humanitaire au chevet d’un peuple togolais miséreux. Grossière erreur! C'est mal comprendre le rôle et le pouvoir de nuisance desdites institutions, qui en réalité, sont à la solde des puissances occidentales et principalement des firmes transnationales. Contre les prêts et autres (négligeables) dons, le FMI et la BM ainsi que les "donateurs" exigent, sans possibilité de recours, le démantèlement de l’Etat.

Pour atteindre ces objectifs, tant au Togo qu’ailleurs en Afrique, il faut avoir aux postes clés des hommes ou des femmes moulés et dressés dans des écoles occidentales néolibérales, experts dans des institutions internationales, ne connaissant aucune réalité du terrain sur lequel ils sont lâchés, suffisamment armés pour défendre les intérêts de leurs mentors, et n'ayant qu'une approche financièrement rentable des problèmes du pays. Capables de réciter à la minute toutes les théories d'ailleurs, ces marionnettes n'ont d’autres connaissances de l'histoire de leur pays que celles apprises de leurs maîtres. Les droits des citoyens n'existent pas à leurs yeux. Ils doivent réprimer ou étouffer les forces alternatives, à savoir l’opposition et les syndicats et faire adopter des lois toujours plus favorables aux étrangers. Ainsi, leur présence au pouvoir rassure les investisseurs étrangers. D'ailleurs le site de propagande du pouvoir RPT ne s'en cache pas. Dans un article titré La surprise du chef, on lit « Le nouveau locataire de la Primature aura à poursuivre le travail entamé par son prédécesseur, Komlan Mally, et à mettre en œuvre les grands chantiers de modernisation au Togo ; des chantiers qui vont bénéficier du soutien financier des institutions internationales comme le FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne ou la BAD ».

La preuve en est que HOUNGBO se définit comme un keynésien. L'additif d'afro-optimiste dont il s'affuble est plus propagandiste et démagogique qu'autre chose. Il aurait dû ne pas l'évoquer car si notre bonhomme connaissait l'Afrique, il aurait compris que justement, c’est l’adhésion systématique des dirigeants africains aux théories importées qui, paralyse l’Afrique. L'Afrique a un modèle de société propre, fondé sur la liberté individuelle et la solidarité, hier représenté par l'existence d'un champ privé aux côtés d'un champ communautaire. Toute politique économique qui ne tient pas compte de cette réalité est vouée à l’échec et ne peut qu’encore massifier la pauvreté en concentrant les richesses du pays entre les mains d’une poignée d’individus disposant du capital. Le modèle économique africain est tout tracé. C’est l’économie populaire consistant à ouvrir l’actionnariat au peuple en transformant le champ collectif en entreprises publiques où chacun des citoyens doit investir, et le champ personnel en entreprises privées.

Houngbo a pour mission d’accélérer la casse sociale en continuant l’assainissement des finances publiques et la modernisation du Togo. Deux pratiques consistant en réalité à procéder à la suppression des barrières douanières, la libéralisation du mouvement des capitaux, la construction des infrastructures moins rentables pour le pays mais bénéfiques aux entreprises transnationales, l'augmentation des taxes et impôts, la privatisation des secteurs publics de l'eau, de l'électricité, la réduction des dépenses de santé, de l'éducation, la réduction des salaires, au blocage des avancements voire au dégraissage dans la fonction publique, la suppression de tout soutien public aux agriculteurs et de tous les frais affectés au bien-être de notre peuple. Bref, transposer mécaniquement le modèle libéral au Togo (et en Afrique) et détruire la vision africaine de la vie en communauté… Toutes ces mesures visent à faire des économies pour payer la « dette » et attirer les « bailleurs » et les « opérateurs économiques étrangers ». Un libéralisme pourtant de plus en plus violemment contesté dans son berceau occidental.

Au lieu de laisser ces guignols de dirigeants vendre les pans entiers de nos pays à des investisseurs étrangers, nous devons nous organiser et réaliser avant tout l’unité de l’Afrique. Ceci passe impérativement par le balayage systématique des marionnettes kleptomanes qui osent actuellement parler au nom du peuple africain. Manifestement, ces hommes et ces femmes, par leurs méthodes et leur indifférence face aux problèmes de notre peuple, prouvent qu’ils ne sont pas des nôtres, malgré leur peau noire. Ces criminels endurcis se moquent royalement de tout ce qui se passe autour d’eux. Voici deux exemples. Face au problème de l’immigration des jeunes africains accompagnés de femmes et d’enfants, dont les embarcations de fortune coulent, et qui se font dévorer par des requins de la Méditerranée, ils n’ont de réponses que le silence. Pire, ils demandent aux Européens de leur fournir des outils pour contrôler leurs frontières. Face au peuple qui crie sa faim et sa soif, dans les rues, ils n’hésitent pas à lui tirer dessus. Jamais dans l’histoire de l’Afrique, on a vu d’Hommes si prompts à travailler contre leur propre peuple. Non, jamais ! Tant que ces « dirigeants » seront au pouvoir, point de salut pour l’Afrique. Mais, il ne suffit pas de les renvoyer. Ceux qui les remplaceront doivent connaître notre peuple, son histoire, ses forces et ses faiblesses ; ceci pour formuler des solutions adaptées à ses besoins. Ces nouveaux dirigeants doivent être responsables, intègres, animés d’un esprit farouchement patriotique et comprenant l’acquisition du pouvoir comme une mission sacerdotale et non, comme un outil d’enrichissement personnel.

Il faut ensuite définir notre propre stratégie de développement à partir de notre culture, et affronter le marché en réglementant les investissements étrangers pour éviter que les secteurs essentiels de l’économie échappent aux populations locales. Nous devons jouer nos intérêts en établissant des partenariats avec les entreprises étrangères qui favorisent la formation et les transferts de technologies afin d’ajouter de la valeur à la production locale, et innover ainsi pour les producteurs locaux.

Au lieu de nous astreindre à des obligations néolibérales que les Etats occidentaux violent allègrement, nous devons procéder à une allocation massive de crédits à bon marché aux opérateurs du secteur informel pour les faire passer de l’informel au formel et accorder des subventions à l’éducation, à la santé, à la production vivrière, à l’industrie, à l’habitat, à la recherche scientifique et à la technologie. Les pays africains ne relèveront la tête que s’il émerge une classe moyenne locale - véritable moteur du développement - avec un soutien au commerce régional, à l’exportation et aux petites et moyennes entreprises. Aussi, dans un cadre démocratique, il nous faut élaborer des lois pour contrecarrer la fuite massive des capitaux et renationaliser les sociétés publiques privatisées, mieux, bradées.

Aucun Etat n’a pu se développer en démantelant ses propres bases. Or c’est ce que les « bailleurs de fonds » imposent à l’Afrique. Notre réponse doit être un refus clair et net. Les USA, les Etats européens et les dragons asiatiques ont tous réglementé, contrôlé, protégé durant toute la phase préliminaire de leur développement, et continuent de recourir aux mêmes pratiques autant que nécessaire. En forçant l’Afrique à agir à contre-courant, le FMI et la Banque Mondiale ainsi que leurs marionnettistes, l’inscrivent dans une logique de tutelle permanente.

Mais l’un des problèmes fondamentaux que nous devons affronter, c’est la dette. Nous devons refuser de la payer car « l’argent emprunté » n’est qu’un instrument d’asservissement du peuple et qui finance une répression systématique : nous ne pouvons accepter de payer les fusils et les balles qui nous massacrent.

Rodrigue KPOGLI

Secrétaire Général de la J.U.D.A

http://lajuda.blogspot.com

samedi 6 septembre 2008

Sous le pouvoir actuel, la réconciliation n’aura pas lieu au Togo.

L’Accord politique dit global a recommandé la lutte contre l’impunité pour parvenir à la réconciliation au Togo. Depuis quelques mois, le clan au pouvoir dans sa duplicité naturelle, ruse en agitant une Commission Vérité et Réconciliation aux yeux volontairement malvoyants de la soi-disant communauté internationale. Le peuple togolais, lui, assiste impuissant, et à la limite indifférent, à ce cynique spectacle.

Pour la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A), aucun processus de réconciliation n’aboutira au Togo sous la présidence actuelle, véritable annexe du ministère de la défense. Mais au-delà de cette situation, il existe d’autres raisons pour lesquelles on peut légitimement conclure que le pouvoir togolais est en train de faire diversion.

1- Le processus de réconciliation est présenté comme une affaire exclusivement togo-togolaise. Comme si des forces extérieures n’ont eu aucune responsabilité dans les drames successifs dont le peuple togolais a été victime depuis l’assassinat de Sylvanus Olympio ou depuis 1958 selon « l ’Accord politique Global ». Pourtant, cette conception de la réconciliation aurait été bénéfique pour le peuple togolais si au moins, le pouvoir en place avait été au service des intérêts togolais et disposé à promouvoir un véritable consensus national.

2- A la mort d’Eyadèma Gnassingbé, la France[1] avait dépêché une mission de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) au Togo pour piller les archives et y soustraire tous les documents compromettant pour les régimes successifs de la France depuis 1963[2]. Une des étapes fondamentales de la réconciliation, c’est la découverte de la vérité sur les violations des droits des citoyens, leurs auteurs et leurs motivations. En somme, l’établissement de la vérité sur tout ce qui s’est passé. L’accès aux archives est une condition sine qua non dans la mise en exergue de cette vérité. En soustrayant donc ces archives, la France efface une partie non négligeable de cette vérité dont l’éclosion est indispensable pour une véritable réconciliation au Togo.

3- L’Allemagne a certainement enquêté et découvert les auteurs de l’incendie de l’Institut Goethe le 28 avril 2005. Mais, à ce jour, elle n’a pas officiellement demandé l’arrestation de ces criminels. Pourquoi ? Evidemment parce que ces derniers sont du côté du pouvoir et donc amis de la France. Ainsi, au nom de la règle « les amis de mon ami, sont mes amis », du partenariat franco-allemand depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et de l’importance du couple franco-allemand dans la construction européenne, l’Allemagne a dû fermer cette parenthèse. Si les pyromanes avaient été du côté de l’opposition, nulle doute que Berlin les aurait fait arrêter, juger et condamner.
Si l’Allemagne - qu’on dit soutenir le mouvement démocratique au Togo à l’opposé de la France - avait inquiété les auteurs de cet incendie, on aurait pu espérer que la lutte contre l’impunité, avait débuté. En ne le faisant pas, les autorités berlinoises jouent leurs intérêts tout comme la France, au détriment du peuple togolais.

4- En novembre 2004, lors d’une audience de la délégation de l'Union Européenne relative à l’arrestation d’un des animateurs du mouvement estudiantin, le responsable nous pose cette question: que pensez-vous de Faure Gnassingbé? Etonné, nous avions dit que si la question était de savoir si Faure Gnassingbé pouvait diriger le Togo après son papa, le problème ne se posait pas puisque nous sommes dans une république avec une Constitution et non en monarchie héréditaire[3]. Quelques mois plus tard, Gnassingbé-père mourut et son fils lui succéda. Cela signifie que même avant la mort d'Eyadéma Gnassingbé, son successeur était déjà tout désigné à l'insu de notre peuple. Le reste ne relèvera que des formalités d'usage.

5- Le processus de la réconciliation est « accompagné » par le HCDH au Togo (Haut Commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme). Son représentant, Musa Yarro Gassama, dit de son organisation qu’elle est au Togo pour accompagner le gouvernement dans la mise en oeuvre des recommandations formulées dans les différents rapports nationaux et internationaux, notamment celui sur les violences survenues lors de la présidentielle de 2005. Nous avions rencontré cette institution sur le cas d’un jeune Togolais gratuitement battu et blessé en 2007 par des gardes du corps de Kpatcha Gnassingbé. Au lieu de traiter le cas, les responsables du HCDH nous ont demandé de ne pas ébruiter l’affaire. Et lorsqu’avec l’accord de la victime que nous avions préalablement fait soigner, la J.U.D.A avait alerté l’opinion, les responsables du HCHD nous ont appelés au téléphone pour nous exprimer leur « déception » et leur « désaccord ».
Comment une telle institution peut-elle honnêtement travailler contre l’impunité et pour la réconciliation au Togo ? De plus, les relations quasi-intimes qu’entretiendraient certains responsables du HCDH avec des officiels togolais viennent créditer nos inquiétudes quant à son impartialité.

Il apparaît alors clair que les criminels au pouvoir au Togo, avec la bénédiction des puissances étrangères, ne peuvent conduire valablement le processus de réconciliation. Misant sur le temps, tout ce qui est fait actuellement est destiné à créer l’illusion populaire. La réconciliation n’aura pas lieu sous ce pouvoir qui, loin d’être une transition démocratique, est un rajeunissement de la tyrannie. C’est pourquoi, la réconciliation passe nécessairement par l’avènement d’un régime démocratique soucieux des intérêts du Togo, et par l’accès complet aux archives pour découvrir qui au Togo et à l’étranger a voulu que le peuple vive ces différents drames et pour quelles raisons. Cela suppose un travail acharné d’un mouvement démocratique réorganisé, restructuré, pourvu de moyens efficaces [4], et capable d’élaborer les stratégies les plus victorieuses à moyen ou long terme.

Rodrigue KPOGLI


[1] Il a été rapporté à la J.U.D.A et à d’autres organisations membres du CASCOST que les forces françaises ont été vues aux côtés des Forces armées Togolaises, patrouillant dans les rues de Lomé. Le Ministre de la coopération d’alors Michel Barnier avait farouchement nié cette information et avait traité ceux qui disaient cela de « menteurs » sur RFI.

[2] Des archives gênantes pour la France au Togo in « Canard Enchaîné » du 04 mai 2005.

[3] http://lajuda.blogspot.com/2008/04/27-avril-1958-27-avril-2008-50-ans-de.html

[4] Voir Communication de Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A lors de la rencontre du MDTE à Paris le 29 Décembre 2007 sur http://lajuda.blogspot.com/2008/01/compte-rendu-de-la-recontre-de-paris.html

mardi 2 septembre 2008

Armes illégales, le documentaire choc


« Les armes légères (ou armes de poing) tuent mille personnes par jour dans le monde », expliquent Paul Moreira et David André dans leur documentaire Armes, trafic et raison d’Etat, diffusé mardi 2 septembre sur Arte (à l’issue de cette diffusion, Paul Moreira et David André seront sur Arte pour un Chat en direct) .

Ces deux journalistes d’investigation ont mené une enquête passionnante sur le trafic des armes en circulation sur la planète (plus de 700 millions pour 14 milliards de balles produites), une enquête qui les mène de l’Afrique à l’Europe, en passant par l’ancienne Union soviétique, les Etats-Unis et le siège de l’ONU.

Amnesty International et Oxfam, via le programme Control Arms, visent à enrayer ce funeste trafic qui a déjà causé cinq millions de morts civils, rien qu’en République du Congo, et rapporte 1 200 milliards de dollars par an. Control Arms c’est une équipe d’enquêteurs minutieux qui, grâce à l’aide d’humanitaires et de reporters en place sur le terrain, possèdent une incroyable base de données leur permettant de tracer le cheminement de ces armes, du producteur au « consommateur ».

D’aucuns penseront que le combat que mène Control Arms est illusoire, utopique, voué à l’échec. Une pétition initiée par Amnesty International et Oxfam a pourtant déjà récolté un million de signatures de citoyens du monde entier. A l’ONU, 153 pays sur 192 sont déjà prêts à signer une convention internationale. Un seul Etat s’oppose fermement à cette convention : les Etats-Unis…

Paul Moreira, co-auteur du documentaire Armes, trafic et raison d’Etat, est l’invité de ces rendez-vous de l’Agora. Il répond aux questions d’Olivier Bailly.


Agoravox : Votre documentaire commence comme un film de Michael Moore. Un clin d’œil ?
Paul Moreira : Nous avons voulu commencer par cette fausse pub, en réalité un vrai clip de campagne d’Amnesty International. C’est très provocateur et ça nous replace dans notre contexte culturel, avec le téléachat. Ça dit surtout que les armes ne sont pas des produits comme les autres.

A : En quoi le commerce des armes légères représente-t-il la face cachée de la mondialisation ?
PM : Le commerce des armes légères est un excellent moyen pour découvrir les acteurs de l’ombre employés par les gouvernements. Il y a des entreprises respectables, celles qui exposent au salon Milipol, qui font appel à ce commerce. Victor Bout, dont nous parlons dans le film et qui a inspiré le personnage du film Lord of War, est l’exemple type de la face cachée de la mondialisation. C’est une espèce de FedEx de l’ombre qui a accès aux armes de l’ancien bloc de l’Est. Ce genre de personnages, ce ne sont pas forcément des gens qui font partie de l’univers criminel. Parfois les Etats, pour des missions noires ou grises, font appel à eux.

A : Quels sont les pays émergents à la pointe de ce commerce ?
PM : La Chine, l’Inde, l’Egypte principalement.

A : Est-ce que des Etats peuvent aller jusqu’à vendre des armes à des guérillas qui leur sont hostiles ?
PM : Pour ce documentaire, nous n’en avons pas rencontré, mais d’une certaine manière pour la guerre de l’Angola, les Etats occidentaux ont armé les deux côtés. On sait que Jonas Savimbi, le chef de l’Unita, a été soutenu par les Américains. Il arrive que dans des conflits extérieurs on entretienne les deux camps. Au Congo, si on simplifie, on a une milice armée par le Rwanda (Laurent Kunda) et il y a d’autres groupes armés qui s’opposent.

A : Qu’est-ce qui se joue, régionalement et internationalement, au Congo ?
PM : Au Congo, les réserves minières sont très importantes et le pays qui contrôle ces ressources c’est le Rwanda. Le Rwanda contrôle le Nord-Kivu, c’est-à-dire l’est du Congo. Les relations des grandes puissances occidentales avec ces pays sont opportunistes. Prenez la Banro Congo Mining, qui est une filiale de l’entreprise canadienne Banro Corporation au conseil d’administration de laquelle on trouve des membres du gouvernement Bush. Leur intérêt c’est de pouvoir continuer à travailler en sécurité. Donc ils n’ont pas intérêt à avoir des ennemis locaux. C’est leur pouvoir de nuisance qui font la puissance de ces groupes armés. Au Congo, l’idée du traité de paix initial était bonne, mais elle a abouti à un vrai-faux processus de paix. L’ONU a dit « puisque c’est la paix, on va mixer les milices existantes dans l’armée congolaise ». Sauf que les milices sont restées fidèles à leurs premiers engagements…

A : Vous mettez en cause le groupe Bolloré, dont une filiale est installée en République du Congo. Y a-t-il eu des pressions de certains groupes pour que le documentaire ne passe pas sur Arte ?
PM : Non, pas du tout. D’ailleurs on n’accuse pas le groupe Bolloré de transporter des armes. Ce qu’on dit c’est que le commerce de minerais entretient la vente d’armes. C’est pourquoi l’ONU avait demandé au groupe Bolloré de se désengager du Congo, de ne pas investir dans la région. Ce qu’il y a de choquant c’est que la boîte de Bolloré que nous filmons sur place n’a jamais voulu rencontrer les gens de l’ONU.

Nous les avons filmés par hasard. Je faisais un plein d’essence. J’ai vu une société de transport du groupe Bolloré qui jouxte une entreprise de Minerais. J’ai filmé, je me suis dit que ça pourrait faire un plan intéressant. J’avais fait le plein et ça klaxonnait derrière, ce qui est assez fréquent dans les villes africaines, donc je n’y faisais pas attention. En fait, c’est moi qu’on klaxonnait. Derrière, il y avait deux types, un Noir et un Blanc. Ce dernier, dès que ça a commencé à tourner au scandale, s’est éclipsé. Il avait un accent sud-africain. L’autre était, si je me souviens bien, capitaine. Il avait une montre en or, ce qui prouve, dans ce pays ultra-miséreux, qu’il s’agissait d’un profiteur de guerre. D’après ce qu’on m’a dit par la suite, il n’est pas improbable que c’est un des gendarmes qui dirige une brigade chargée de protéger une mine. Et là, on est à trois heures du Rwanda… Il voulait m’embarquer. J’étais parti pour le poste, avec confiscation des caméras, ce qui aurait été le cauchemar. Et c’est là que je me suis aperçu combien les comptoirs de minerais étaient des lieux stratégiques.


A : Darfour, République démocratique du Congo, Guinée Conakry… Votre documentaire aborde essentiellement l’Afrique. Est-ce le continent le plus touché par ce commerce ?
PM : Nous aurions pu aller sur d’autres continents. L’enjeu c’est le minerai. Les armes affluent beaucoup où il y a des mines d’exploitation de minerais. Mais on aurait pu parler de l’Irak où, en 2007, 200 000 fusils d’assaut livrés par les Etats-Unis ont mystérieusement disparu…

A : Autre exemple cité dans votre documentaire : la Guinée, pays où sévit le dictateur Lansana Conté et qui a été le théâtre d’une très féroce répression de la part des troupes gouvernementales, en 2007 contre des manifestants pacifistes. Là, il n’est pas question de minerai.
PM : Non. La France vend des munitions à la Guinée, mais elle ne pouvait pas savoir que le gouvernement guinéen tirerait sur des civils… Maintenant, c’est vrai, elle le sait. Nous avons cherché à joindre pendant un mois le ministère des Affaires étrangères. On a eu quelqu’un qui nous a donné un chiffre concernant ces ventes de munition, dix fois inférieures aux registres des douanes vérifiés par l’ONU… A partir du moment où on a fait état de cette information, on n’a plus jamais eu de contact avec un officiel français.

En écho, m’est revenu le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy - en fait le discours de Guaino - qui évoquait l’homme africain qui n’était pas entré dans l’Histoire. Là, en Guinée, des hommes sont dans l’Histoire, demandent des conditions de vie meilleures et on leur tire dessus avec des munitions vendues par la France.

A : Dans votre documentaire vous évoquez le travail de Control Arms. De quoi s’agit-il ?
PM : C’est une plate-forme principalement contrôlée par deux ONG, Amnesty International et Oxfam auxquels des bénévoles de tous les continents contribuent. Ça me semblait important d’avoir cet élément humain dans le documentaire. Ils ont très peu de moyen. Ils sont aidés par des humanitaires, des journalistes, etc. qui leur envoie des photos d’armes prises sur le terrain qui permettent d’enquêter sur leurs origines. Les enquêteurs de Control Arms sont très bons en ce qui concerne les bases de données. Ils arrivent à tracer la provenance des armes.

A : Y a-t-il des Etats derrière Control Arms ?
PM : Certains de leurs enquêteurs ont de très bons rapports avec des membres de gouvernements, en Grande-Bretagne, notamment. Ils sont très respectés. Le militantisme français, c’est par exemple Robert Ménard qui va gueuler, passer à la télé, exagérer un peu pourvu que ça serve le combat. Chez les Anglo-Saxons, précisément chez Amnesty, ce sont encore plus que des journalistes d’investigation ! Pour ce reportage, il a été plus facile d’avoir accès aux milices du Congo que de gagner leur confiance. Ils sont très embêtants pour les Américains ! Ils sont aussi du bon côté de la morale. Brian Wood, qui dirige les enquêtes, je le trouve assez fascinant, on dirait un personnage de John Le Carré ! Ces gens-là ne pensent pas qu’on arrivera un jour à supprimer le commerce des armes, mais ils combattent, ce sont des idéalistes indécrottables et c’est assez plaisant.

A : Vous consacrez une partie de votre documentaire à John Bolton, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, qui représente un courant très conservateur. C’est un ami de la NRA (groupe qui exerce un puissant lobbying à l’ONU) qui aimerait que le monde ressemble aux Etats-Unis, c’est-à-dire que chaque individu puisse s’armer librement.
PM : John Bolton a été placé à l’Onu par Bush pour démanteler les traités multilatéraux, comme par exemple Kyoto ou le Tribunal pénal international. Ce que prouve ce film c’est que les Etats-Unis sont le pays le moins mondialiste ou le moins internationaliste qui soit. Ils se considèrent comme la dernière grande puissance. Ils ne veulent pas de traité sur le commerce des armes légères. Les Américains sont très différents des Européens : les Européens s’engagent, mais en douce vendent des armes illégalement, comme c’est le cas de la France avec la Guinée.

Les Etats-Unis respectent les lois. S’ils s’engagent, ils savent qu’il y aura un appareil de contrôle de leur engagement, ce qui n’existe pas en Europe. Les Etats-Unis veulent préserver leur capacité à armer leurs milices qui sur le terrain font le boulot à leur place, ce qui permet de ne pas engager leurs hommes. C’est ce qui s’est passé avec les Contras au Nicaragua. C’est également ce qui s’est passé en Afghanistan quand ils ont armé les seigneurs de la guerre entre 2001 et 2004.

A : Que vous a appris ce documentaire ?
PM : Ce que m’a appris ce documentaire, c’est qu’une bonne arme ne meurt jamais. Dans les conflits que nous évoquons, il y a des armes qui ont 40 ou 50 ans. Souvenons-nous que le chef de guerre Gulbuddine Hekmatyar, qui en 2007 a prétendu avoir aidé Ben Ladden à s’évader de Tora Bora, a été armé massivement dans les années 80 par les Etats-Unis à l’époque de la guerre contre l’Union soviétique…


http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43655

vendredi 22 août 2008

Cameroun: les crimes du pouvoir




LA PRISON DE NEW-BELL A FEU ET A SANG

Plusieurs morts et plus d’une centaine de détenus brûlés dans la nuit du 19 au 20 août 2008 à la prison centrale de New-Bell de Douala dont la plupart sont de ce quartier appeler quartier régime qui abrite en moyen 1600 pensionnaires sur les 3 800 prisonniers que compte cette prison.

Certains corps des détenus tués à la prison de New-Bell dans la nuit du 19 au 20 août 2008 à la morgue de l’hôpital laquintinie de Douala

Geremy Tchinda

Président de la Ligue Camerounaise des Droits Humains

BP : 2753 Douala-Cameroun

Té. : (00237) 33 00 22 75

Direct : (00237) 77 78 87 53

mardi 19 août 2008

Mise au point de la J.U.D.A

Le chauffeur d'Agbobli aurait confirmé avoir bel et bien déposé son patron à l'hôtel et non en route.

Le décès d'Atsutsè Kokouvi Agbobli a été une surprise pour les uns qui croyaient le Togo, sécurisé. Pour les autres, loin d'être une surprise, cet événement est la confirmation que le Togo n'est pas une démocratie garantissant à ses citoyens sécurité et vie.

Le 05 août 2008, à travers une déclaration au nom de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique, nous condamnions les propos de Bawara qui voulait faire rosser à mort un journaliste, fut-il de son camp. Nous traitions ces propos comme « ...la preuve que Bawara et bien d'autres veulent perpétuer un Etat de terreur, d'intimidations, de démission et de sauvagerie à l'état pur sur la terre togolaise. » (1) . Alors que certains internautes avaient réagi en nous affublant de tous les noms d'oiseaux et soulignant leur lassitude quant à la cause que nous défendons, des voix ne se sont pas suffisamment élevées pour les contrer. De ces réactions, nous avions conclu que si des citoyens parvenaient à un tel niveau d'insensibilité et de mépris pour les principes et les valeurs, eh bien, nous n'aurons nos yeux que pour pleurer plus tard.

Dix jours plus tard, la nouvelle tombe soudainement. Le corps de M. Atsutsè Kokouvi Agbobli est retrouvé au bord de la mer. Stupeur et nervosité dans le camp des démocrates. Avant toute chose, nous soulignons que certaines analyses de M. Agbobli divergent des nôtres mais pour l'essentiel, nous nous rejoignons.

Il convient donc de faire une mise au point sur le décès pour le moins suspect de cet homme politique au vocabulaire fourni et au discours sans ambiguïté.

A l'analyse, on peut retenir au moins trois pistes possibles pour lire ce décès :

  1. le suicide

C'est la thèse défendue par les officiels togolais notamment le ministère de la Sécurité et de la Protection sociale, qui dans un communiqué, déclare que M. Agbobli aurait tenté mercredi de se donner la mort par absorption de substances toxiques. Le ministère poursuit que la famille du disparu, l’avait fait admettre il y a quelques jours dans une clinique de Lomé où il avait subi des soins spécifiques. Soulagé, M. Atutsè Kokouvi Agbobli, avait demandé à son chauffeur de le conduire dans un hôtel de la place dès 4 heures du lendemain. »

La même source affirme que « c’est en cours de route que M. Agbobli avait demandé à son chauffeur de s’arrêter, il était sorti du véhicule pour se rendre vers l’océan. Inquiet de ne plus le voir revenir, il avait alors prévenu la famille et les secours. » (2)

Le 18 août, le site officiel du Togo écrit « Le 15 août dernier, son corps avait été retrouvé sur une plage de Lomé à la hauteur du Foyer des marins ». Avant d'ajouter « la CNDH vient d’exiger l’ouverture d’une information judiciaire afin d’élucider le mobile qui a poussé M. Agbobli à se donner la mort, mais aussi de clarifier les circonstances exactes du décès. » (3)

Il ressort de ces différentes explications deux questions: pourquoi les officiels ont-ils attendu 24 heures avant de se prononcer et parlant des secours, le ministère de la sécurité fait-il allusion aux pompiers ou aux simples citoyens riverains? Concernant la deuxième question, on peut se demander s'il s'agissait des pompiers, pourquoi le communiqué n'a-t-il pas souligné que les recherches ont été toute suite engagées pour trouver M. Agbobli dès les premières heures? Pourquoi ce n'est qu’à l’aube du matin du 15 août que les habitants du quartier ont été alertés par la découverte du corps de M. Agbobli? Que faisaient lesdits secours (pompiers ou non) pendant tout ce temps, s'ils avaient été effectivement prévenus? S'il s'agit des riverains en guise de secours, ont-ils informé les officiels togolais de la situation?

Admettons que M. Agbobli ait absorbé de substances toxiques. Quelle est la nature des substances? Connaît-on la provenance desdites substances? S'agit-il d'un empoisonnement?

Ces questions sans plus de détails du ministère, ajoutées à la personnalité du défunt – ses responsabilités intellectuelles, familiales et politiques-, il est difficile de conclure hâtivement au suicide.

  1. l'assassinat politique

Proche de Edem Kodjo et prônant avec lui « Le Grand Pardon », M. Agbobli a été de 1994 à 1996 ministre de la communication et de la culture puis ministre chargé des relations avec le Parlement. Ce n'est qu'en 2006, que M. Agbobli crée son propre parti; le Mouvement pour le Développement National (MODENA) après avoir fondé Afric'Hebdo, journal d'informations et d'analyses. Dans ses prises de positions, M. Agbobli rapprochait le MODENA de l'Union des Forces du Changement (UFC) de Gilchrist Olympio.

Régulièrement M. Agbobli critique le pouvoir togolais et appelle Faure Gnassingbé à assumer les responsabilités que lui impose le titre de président de la Répubique qu'il s'est octroyé sans l'aval du peuple. Il montrait du doigt l'armée et disait aussi clairement que nous, que le vrai pouvoir est entre les mains des militaires. Par de pareilles prises de position, le président du MODENA ne peut être en odeur de sainteté avec les Apparatchiks du régime en place. Cela peut-il lui coûter la vie? C'est probable mais rien ne vient appuyer cette thèse pour le moment. Sauf que dès les premières heures, Jean Pierre Fabre, Secrétaire Général et député de l'UFC, a parlé d'assassinat et a demandé une enquête. Plusieurs citoyens ont eux-aussi pensé toute suite à un assassinat politique et les internautes ont eu pour une majorité écrasante, la même réflexion.

Ces réactions sont-elles justifiées? Malheureusement, oui, car des assassinats du genre ont été commis dans un passé très récent au Togo. Les cadavres rejetés par la mer, mentionnés par Amnesty International dans son rapport de 1999, sont encore présents dans les esprits (4). Quand on se réfère aux cadavres sortis de la Lagune de Bè en avril 2005, on peut légitimement comprendre ces accusations. Quand on observe que les auteurs et commanditaires des crimes qui ont émaillé la vie socio-politique togolaise depuis bientôt un demi-siècle, jouissent de l'impunité et sont même promus dans l'administration civile et militaire, on peut penser que M. Agbobli est assassiné.

M. Agbobli est aussi journaliste et directeur de publication d'un hebdomadaire. Cela ne doit pas ignorer dans l'analyse. Quand on connaît ce qui est fait contre les journalistes au Togo, on peut se demander s'il n'est pas victime de sa profession. Mais tout ceci reste à prouver. Et dans la recherche des preuves, la question de savoir, à qui profite le crime, est essentielle surtout que d'une source bien informée, la J.U.D.A (5) a appris que le chauffeur d'Agbobli aurait confirmé avoir bel et bien déposé son patron à l'hôtel et non en route.

  1. Le crime crapuleux

Des individus dénués de tout mobile politique, avaient-ils quelque chose à reprocher au président du MODENA au point de le tuer? Est-il victime de bandits de grand chemin? C'est la piste la moins évoquée jusqu'ici. Et pour cause! Personne n'imagine que de simples citoyens togolais puissent se livrer à une telle cruauté. Quelles peuvent en être les raisons si cette thèse doit être abordée: vol de ses biens, raisons passionnelles, envie? Que ce soit du côté de la famille ou des officiels togolais, rien de tel n'a été constaté. Donc, c'est tout à fait logique de considérer la piste du crime crapuleux comme la moins évidente et donc, pas sérieuse.

Conclusions

M. Agbobli est comme tout autre Togolais. Cependant, il est président d'un parti politique et directeur de publication d'un journal. Sa mort ne peut être banalisée. On doit fouiller et expliquer au peuple ce qui s'est réellement passé. Si le pouvoir togolais connu pour ses fuites en avant et ses ruses, ne veut pas élucider ce décès extrêmement troublant, il faudrait que la société civile et la classe politique s'organisent pour obtenir des explications. Car, trop c'est trop. La liste des victimes est déjà trop longue au Togo. Que ce soit un crime crapuleux, la responsabilité des officiels est engagée pour n'avoir pas pu assurer à un citoyen togolais, la sécurité. Que ce soit un assassinat politique, le pouvoir RPT en serait sans doute le responsable.

Peut-on avoir confiance qu'une enquête indépendante soit conduite sur le sujet par les officiels togolais? Pas vraiment. Surtout que le ministère de la sécurité avait conclu à suicide après que M. Agbobli s'est administré des substances toxiques. Curieusement, ce n'est qu'après cette version que « le procureur de la République près le tribunal de Lomé, Robert Bakaï, a adressé des réquisitions au chef du service d’anatomie et cytologie pathologique du centre hospitalier universitaire de Lomé à l’effet de procéder à l’autopsie du corps de l’homme politique, écrivain et journaliste Atsutsé Agbobli afin de déterminer la cause exacte du décès ». Cette démarche du Procureur de la République va tout simplement confirmer la version du ministère de la Sécurité. Ainsi, croyant se foutre de la gueule du peuple Togolais, le pouvoir aura au contraire fourni toutes les preuves de l'assassinat de M. Agbobli.

Quant à la Commission Nationale des Droits de l'Homme, elle veut créer un comité interne pour ouvrir une enquête parallèle. Mais, cette commission, par son histoire récente et son fonctionnement actuel n'offre aucune garantie d'indépendance vis-à-vis du clan Gnassingbé. Il faut donc, que les députés des partis d'opposition demandent la mise sur pied d'une commission mixte composée de la presse indépendante et des organisations des droits humains y compris la FIDH et Amnesty International, pour enquêter au plus vite. A défaut, la Commission des droits de l'Homme des Nations Unies sera saisie sur la question. Après tant de crimes, nous devons enfin réclamer la vérité pour au moins, une fois.

S'il est un enseignement que nous avons tiré de la mort de M. Agbobli, c'est qu'à force de jouer mollement contre le pouvoir, à force de croire que la tyrannie va d'elle-même se convertir, à force de nous complaire dans la désorganisation, à force de vouloir composer avec le clan, nous ne connaîtront que de pareilles situations. Car s'il est établi que M. Agbobli a été victime d'un assassinat politique, c'est aussi de notre responsabilité en tant que forces alternatives. Le clan Gnassingbé étant assuré que l'émotion et l'indignation à travers des communiqués et autres déclarations tomberont trois jours plus tard.

Avec des milliers de morts qu'il y a eu Togo, le peuple togolais est poussé à croire à l'idée que faire de la politique, c'est creuser sa tombe en attendant d'y entrer. C'est une façon de pousser les citoyens à ne plus s'assumer, à avoir peur et à renoncer à leurs convictions. Un peuple qui a peur, qui renonce à ses convictions, est un peuple vaincu. Et être à la tête d'un peuple vaincu, c'est être lâche. La politique c'est l'offre d'idées au peuple. C'est la discussion avec l'adversaire. Ne pas l'aimer mais ne point le haïr. Ne point vouloir sa destruction par les armes si ce n'est que par la force des arguments. Voilà ce en quoi nous croyons et ce pour quoi nous nous battons.

19 août 2008

Pour la J.U.D.A, Le Secrétaire Général

Rodrigue KPOGLI.

  1. http://www.togocity.com/article.php3?id_article=2962&var_recherche=JUDA

  2. http://www.republicoftogo.com/central.php?o=1&s=0&d=3&i=2325

  3. http://www.republicoftogo.com/central.php?o=1&s=0&d=3&i=2327

  4. http://www.amnesty.org/fr/library/asset/AFR57/001/1999/fr/dom-AFR570011999fr.html

  5. http://lajuda.blogspot.com/

vendredi 15 août 2008

La J.U.D.A rend hommage à Atsutsè AGBOBLI et exige une enquête indépendante.


DECLARATION

La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) vient d'apprendre la disparition de M. Atsutsè AGBOBLI*, Président du Mouvement pour le Développement National (MODENA ) dont le corps ensanglanté a été retrouvé au matin de ce vendredi 15 août à la plage de Lomé. Son chauffeur avec qui il était, est ce moment, introuvable.

La J.U.D.A , sérieusement peinée, présente ses condoléances les plus attristées à la famille de l’illustre disparu et compatit sincèrement à ses douleurs. Elle rend un vibrant hommage à cet homme de cœur pour le courage et l’ honnêteté qui ont guidé ses actions et analyses sur les réalités de la politique nationale et internationale ainsi que ses incessants appels à un développement industriel du Togo et à l'Unité de l'Afrique.

En ce moment de deuil et d’affliction, nous témoignons au MODENA, à ses membres et à tous les combattants pour la liberté et la justice, notre douleur car, nous venons de perdre une pièce maîtresse dont la place manquera pour toujours dans notre lutte commune.

La J.U.D.A résolument opposée à l'impunité érigée en norme au Togo, exige instamment l'ouverture d'une enquête indépendante afin que soient établies les raisons du décès pour le moins suspect de M. Agbobli et que son chauffeur soit retrouvé. Ceci pour éviter la résurgence des vieux démons des assassinats, des disparitions forcées et des cadavres rejetés par la mer.

Elle demande à l'ensemble du peuple togolais de se mobiliser pour que naisse un Etat démocratique pouvant garantir à tous la sécurité, la paix et le bien-être dans tous les domaines.


15 août 2008

Pour la J.U.D.A,
Le Secrétaire Général


Rodrigue KPOGLI


* Atsutsè Kokouvi AGBOBLI, Togolais, universitaire, historien, a été enseignant avant de rejoindre le Secrétariat Général de l’Organisation de l’unité africaine à Addis Abeba, en 1979, en tant que chef de la Division des Affaires politiques générales, de la Défense et de la Sécurité au Département politique. Expert régional, puis chargé des programmes et des relations au Bureau régional du BIT pour l’Afrique, à Addis-Abeba, il fut également chroniqueur à l’hebdomadaire Jeune Afrique et directeur de l’Institut panafricain des relations internationales. Ministre de la Communication et de la Culture puis, ministre chargé des Relations avec le Parlement, de 1994 à 1996, il est actuellement directeur de la publication du Magazine bimensuel Afric’Hebdo et président du Mouvement pour le développement national (MODENA).

Rapport rwandais : la France s’aveugle

Le pesant boulet que traîne la France depuis le génocide des Tutsis rwandais s’est considérablement alourdi au creux du mois d’août, avec la publication à Kigali de l’épais rapport de la commission Mucyo.

Les réactions outragées du ministre de la Défense Hervé Morin, du général Lafourcade, ancien commandant de Turquoise et de quelques responsables politiques mis en cause dans le rapport ne sont pas à la hauteur de l’événement. Paris n’a, semble-t-il, pas pris conscience de l’ampleur du phénomène. Pour la première fois, un petit pays pauvre d’Afrique, où ont été massacrés en 100 jours plus de 800.000 personnes, analyse minutieusement l’ensemble du contexte dans lequel s’est enclenché, puis déroulé le génocide dont a été victime la composante Tutsie de sa population. À chaque étape du processus génocidaire, des acteurs français – civils et militaires – sont impliqués et désignés avec les précisions disponibles.

Contrairement à ce que prétendent les officiels français, ce rapport de a commission Mucyo n’est pas un tissu d’élucubrations « manquant d’impartialité ». Il repose largement sur des travaux – non contestés – qui l’ont précédé : la commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur le Rwanda et la mission d’information des députés français. A ces éléments connus viennent s’ajouter des documents inédits provenant notamment de l’ambassade du Rwanda à Paris et des archives des ministères rwandais, ainsi que des témoignages nominatifs recueillis par la commission rwandaise auprès de dizaines de personnes, tant au Rwanda qu’en Europe. Parmi eux figurent des témoins que la mission parlementaire française a préféré ne pas entendre ; c’est notamment le cas de Venuste Kayimahé, auteur de France-Rwanda : les coulisses du génocide, qui était pourtant venu tout exprès à Paris pour être auditionné par les députés. Celui-ci, employé Tutsi au centre culturel français de Kigali, relate en détail comment, malgré la présence de militaires français, il a été abandonné par ses employeurs et livré à une mort à laquelle il n’a échappé que par miracle. Ce qui n’a pas été le cas de la plupart de ses collègues du centre culturel, comme de l’ambassade de France.

Les soldats français triaient les Tutsis aux portes de l’aéroport de Kigali

Pendant l‘opération Amarylis (évacuation des étrangers de Kigali, entre le 10 et le 15 avril 1994, alors que le génocide était en cours), Jean-Loup Denblyden, un colonel de réserve qui participa à l’opération comme officier belge de liaison auprès du détachement français, affirme : « Pendant Amaryllis, les soldats français triaient les Tutsis devant l’aéroport de Kanombe et les repoussaient vers les barrières ». « Il y avait un tri et les gens qui étaient écartés, étaient repoussés par des Français sur la barrière. Les Français disaient aux refoulés : on ne vous prend pas ; et les refoulaient vers une barrière qui se trouvait exactement à l’entrée du parking actuel ».

Constatant la gravité des faits, M. Denblyden informa les responsables militaires français et de la Minuar, (Mission des Nations Unies au Rwanda) et reçu comme réponse :

« Je suis monté à l’étage où se trouvait le colonel Poncet qui commandait l’opération Amaryllis, je lui ai fait part du problème. Il a haussé les épaules, le colonel Morin, qui était à ses côtés, m’a demandé de ne pas me mêler de ça. J’ai contacté tout de suite le général Roman et l’officier d’opération […] je leur ai fait part du problème comme j’estimais devoir le faire. […] Un sous-officier français est intervenu en me disant que les Belges n’avaient rien à voir avec ça, que c’était le problème des Français. Nous étions au troisième jour d’Amaryllis ». Finalement, M. Denblyden constata que les personnes étaient tuées près de cette barrière : « des corps jonchaient le sol en contrebas à droite de l’aéroport ». D’autres Rwandais, proches du Hutu power (initiateur et acteur du génocide), ont eux été évacués, dès ce moment-là, par l’armée française…

La participation française aux préparatifs du génocide, thèse soutenue par le rapport rwandais, outre la formation et l’armement des milices, est notamment étayée par des fac-similé des documents administratifs du fichage informatique des citoyens Tutsis, réalisé par des gendarmes français, pour le compte de leurs collègues rwandais du CRCD (Centre de Recherche Criminelle et de Documentation). Pas difficile d’imaginer l’usage qui a été fait de ce fichier…

Proposition de règlement diplomatique entre le gouvernement rwandais et l’État français, sous conditions

L’opération militaro-humanitaire Turquoise, de juin à août 1994, fait également l’objet de très lourdes accusations. Le fait qu’elle ait été pilotée en bonne partie par des officiers qui avaient précédemment servi au Rwanda pour former et épauler les FAR (Forces armées Rwandaises, impliquées dans les massacres de Tutsis) ne favorisant guère leur neutralité. Les témoignages abondent sur le traitement cruel réservé par des militaires français à des Tutsis, considérés a priori comme agents du FPR (Front patriotique rwandais). La zone humanitaire sûre, mise en place par Turquoise, l’était surtout pour les responsables et les acteurs du génocide, qui ont été incités à gagner le Zaïre voisin avec leurs armes, elle l’était beaucoup moins pour des femmes Tutsies violées puis assassinées.

Dans ses conclusions, La Commission demande au Gouvernement rwandais de se réserver le droit de porter plainte contre l’État français pour sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994 au Rwanda devant les instances judiciaires internationales habilitées. Mais elle suggère aussi de trouver un règlement diplomatique de la question avec l’État français dans la mesure où ce dernier est prêt à reconnaître l’entière étendue de sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide au Rwanda et de prendre les mesures de réparation conséquentes en accord avec le Gouvernement rwandais.

Depuis 1994, le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, le président des États-Unis Bill Clinton, le premier ministre belge Guy Verhofstadt, sont venus à Kigali présenter leurs excuses au peuple rwandais. La France, principal acteur extérieur au Rwanda en 1994 s’y est toujours refusée. Une posture d’avenir ?

Notes sur les documents joints

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Extrait n°1 du rapport
Page 81 du rapport du 15/11/07, réalisé par la « commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 »

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Extrait n°2 du rapport
Page 82 du rapport du 15/11/07, réalisé par la « commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 »

http://www.bakchich.info/article4706.html

mardi 5 août 2008

Gilbert Bawara viole les règles élémentaires d'un Etat de droit et doit démissionner

DECLARATION
La Jeunesse Unie pour la Démocratie a appris avec stupeur que Gilbert Bawara, ministre de la Coopération, du Développement et de l'Aménagement du Territoire, a, le 13 juin 2008, à l'aéroport de Niamatougou, agressé le Directeur de Publication du journal « La Dépêche » M. Apollinaire MEWENEMESSE.
Selon les termes d'un communiqué rendu public par l'OTM (Observatoire Togolais des Médias), le ministre a menacé MEWENEMESSE de " faire débarquer une troupe dans sa rédaction et le rosser à mort ".
L'OTM affirme que « ses recoupements de part et d'autres... sur cette affaire révèlent qu'il s'était réellement passé un incident du genre. »
La J.U.D.A condamne ces menaces qui révèlent la lâcheté confinant à l'éloge de la part d'un ministre, d'un ordre sauvage pour faire taire un journaliste.
Elle rappelle à Gilbert Bawara que la loi lui accorde comme à tout autre citoyen togolais qui s'estime diffamé, les voies de recours légales notamment le droit de réponse ou la formulation d'une plainte en justice. En aucun cas, nul n'est autorisé à se rendre justice quelle que soit sa cause.
Pour la J.U.D.A, les menaces de Bawara constituent une violation manifeste de cette règle élémentaire d'un Etat de droit. Elles sont également la preuve que Bawara et bien d'autres veulent perpétuer un Etat de terreur, d'intimidations, de démission et de sauvagerie à l'état pur sur la terre togolaise.
La J.U.D.A demande au ministre des droits de l'Homme et de la consolidation de la démocratie et à son collègue de la Communication d'ouvrir, en association avec les syndicats de la presse et des associations de défense des droits humains, une enquête afin de faire la lumière sur une telle situation et si les faits se confirment, que Gilbert Bawara soit démis de ses fonctions. De tels individus ne peuvent représenter le Togo, notre Patrie.
Pour éviter l'enracinement et la propagation d'un ordre manifestement sauvage qui étouffe au Togo , la liberté d'expression notamment la liberté de presse, la J.U.D.A soutient la presse et l'appelle à faire preuve de courage dans la dénonciation du clan au pouvoir et de leurs alliés. Car, le peuple togolais a besoin d'être objectivement informé pour lui permettre de décider des orientations quant à son avenir.
La J.U.D.A appelle la HAAC à prendre position contre les faits de BAWARA au lieu de se complaire dans le rôle de police de la pensée au service d'un régime aveuglé par la violence et constipé par l'argent amassé au détriment du peuple, depuis bientôt un demi-siècle.
Enfin, la J.U.D.A invite le peuple togolais dans son ensemble à la mobilisation pour mettre fin aux pratiques précambriennes de la junte au pouvoir. Car, sans un Togo fondé sur les principes démocratiques et d’Etat de droit, ni liberté ni justice ne fleuriront sur la terre de nos aïeux.

05 août 2008
Pour la J.U.D.A
Le Secrétaire Général, Komla KPOGLI

vendredi 1 août 2008

Après le carnaval, l'inondation.





A la formation du gouvernement Mally, nous avions affirmé(1) que ce cabinet n'en est pas un et qu'il incarne nullement les préoccupations du peuple togolais. De bonnes consciences n'avaient vu là que de la haine pour la patrie. A l'époque, certains, se sont même fendus des tribunes dignes d'un collectif d'avocats commis d'office à Mally. Dans l'une de leur plaidoirie, on avait pu lire ceci: « Ce gouvernement est à peine désigné. A peine il entre en fonction et déjà vous tirez dessus. Ce n’est pas normal. Qui fait ainsi n’aime pas son pays. Les Européens savent donner du temps à l’action avant d’apprécier. Pourquoi pas nous, ...? ». Depuis lors, nous nous sommes donnés du temps pour apprécier.
Nos mêmes contempteurs n'avaient pas fait les choses à moitié, lorsque nous avions parlé d'environ 500 millions FCFA investis dans l'organisation sous le couvert « d'opérateurs économiques privés » d'un carnaval en avril dernier. Alors justement qu'on ameutait le peuple togolais et qu'on mobilisait des troupes de ballets Brésiliennes et Belges pour ce carnaval, les pluies diluviennes s'annonçaient et des ponts étaient au bord de l'écroulement.
A l'heure où, une bonne partie du peuple togolais a les pieds dans l'eau, nous convions ces bonnes consciences à l'évaluation des actions du gouvernement. N'allons pas loin. Consacrons-nous seulement à la gestion de ces inondations.
Un gouvernement responsable est celui qui anticipe les problèmes. Un gouvernement qui mérite respect est celui qui gère convenablement les problèmes lorsque ceux-ci, compte tenu de leur imprévisibilité, n'ont pu être décelés tôt. Or, Mally enfermé à double tour dans le coffre Faure n'a ni anticipé ni géré convenablement les inondations de ces derniers jours au Togo. Et c'est un euphémisme. Alors même que les services météorologiques sous-régionaux ont annoncé d'abondantes pluies, le clan au pouvoir n'a rien prévu. Pire, il a attendu 48 heures pour pouvoir se réunir en Conseil des ministres. Le communiqué qui a sanctionné ledit conseil sonne comme un aveu d'incurie. Lisez-le vous-mêmes:

« Face à ces intempéries, et dans le but d’éviter que les populations ne soient, à chaque fois surprises, le gouvernement envisage de mettre en place deux niveaux d’alerte :

1°- Alerte de précaution :
Il s’agit d’informer les occupants de ces zones géographiques inondables de disposer de stratégies de départs progressifs vers des zones plus sécurisées. Dans ce cas, l’organisation revient aux individus, aux collectivités, aux communes et au gouvernement ;

2°- Alerte d’évacuation
Dans ce cas de figure, il s’agira pour le gouvernement, d’évacuer les populations lorsqu’il juge la situation très préoccupante sur rapport et avis des services techniques et des experts qui suivent l’évolution du phénomène.

Devant une évolution climatique qui impose une nouvelle approche d’analyse des phénomènes atmosphériques, le gouvernement a décidé de mettre à la disposition de la météorologie nationale et des stations de mesure réparties sur le territoire, des services techniques, des centres de recherches impliqués dans la dynamique du climat, les moyens nécessaires pour se doter d’outils modernes de prévision à savoir entre autres :

- des planches graduées pour évaluer à tout moment le niveau des eaux ;
- du matériel de relevé pluviométrique ;
- un hélicoptère pour établir une carte des zones sensibles et vulnérables.

Toutes ces propositions ont pour but de permettre au gouvernement de prendre des mesures urgentes, notamment la mise en place d’une cellule interministérielle de suivi et de veille dès que la situation l’exige. »
Ce qui frappe tout bon sens, est que c'est en pleine inondation que le gouvernement s'aperçoit qu'il faut doter les services compétences d'outils modernes de relevé pluviométrique. Salut, les artistes!
Alors que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) révélait le 31 juillet que 10.000 personnes ont été déplacées par des inondations, Agba Kondi, ministre de la santé avance le chiffre de 5.000 sinistrés; minimisant ainsi la réalité du désastre.
Le clan a manifestement péché en n'informant pas plus tôt les populations des intempéries qui s'annonçaient. En pareille circonstance, la mise en place dès les premières heures d'une cellule de crise pour renseigner les populations, organiser les secours, mobiliser les pompiers et l'armée pour des interventions appropriées en appui à la débrouillardise des populations, mobiliser des vivres et des vêtements, abriter les sinistrés, est le meilleur des instruments de gestion. Au lieu de tout ceci, c'est plutôt l'amateurisme dans toute sa splendeur que le clan a étalé. Et comme pour satisfaire le réflexe pavlovien de la main tendue, Mally a réuni les soi-disant partenaires en développement au Togo, ambassadeurs et système onusien pour leur demander de l'argent. Plus tard, ce sont des experts venus du Ghana qui ont sauvé de la noyade 25 personnes dont deux étrangers.
Comme si minorer les dégâts soulage sa conscience, le clan parle de 04 morts. Chiffre qu'il faut prendre avec des pincettes au vu du mensonge sur le nombre de sinistrés. D'ailleurs ces morts viennent rallonger la longue liste de victimes du régime togolais de père en fils.
Lomé n'est pas loin de plonger à son tour. Pour qui connaît les infrastructures de canalisation de la capitale, on peut redouter le déluge. Hier de nouvelles inondations ont été révélés dans les quartiers de Akodessewa, Atiégou, Ablogamè.
Tout ceci n'est guère étonnant quand on sait que l'équipe Mally n'est qu'un quasi-gouvernement, constitué de ministres d'Etat dont les formations politiques se sont vues attribuées zéro siège aux dernières législatives et de voleurs de suffrage démocratique. En somme, un cabinet de carriéristes qui en a cure des problèmes du peuple. Les faits sont là. Au-delà de mettre des solutions d'urgence en place (solidarité locale et collecte de dons dans la diaspora et constitution d'une équipe de volontaires par exemple), il faut poser la question de la responsabilité du clan et travailler à son renvoi pur et simple au profit une équipe démocratique, débarrassée de l'improvisation et de l'amateurisme face aux crises du genre à l'avenir et qui prépare l'armée à y faire face au lieu de la former pour tuer les civils. Une nouvelle équipe préoccupée par le bien-être du peuple et capable, ne serait-ce que, de construire des digues pour contenir les cours d'eau dans leur lit quand il le faut, surveiller les infrastructures de transports (routes, ponts, chemins de fer...) et les renforcer si besoin.

Komla KPOGLI