mardi 26 décembre 2006

VŒUX DE LA JEUNESSE UNIE POUR LA DEMOCRATIE EN AFRIQUE AU PEUPLE TOGOLAIS ET A LA JEUNESSE AFRICAINE


A cette fin d’année 2006 qui annonce l’an 2007, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) remercie toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont bien voulu l’accompagner dans ses actions pour les objectifs communs de liberté, de démocratie et de paix fondée sur la dignité humaine.

L’année 2006 aura été une année pénible pour la jeunesse africaine. Dans certains Etats, des rebellions, pilotées par des mains noires, ont germé. Dans d’autres, ce sont des élections contre la démocratie savamment entretenues par les forces néocoloniales, qui ont été organisées.

Cette année finissante aura été aussi celle de l’apogée honteuse de l’immigration clandestine, attestant l’incapacité notoire et dévastatrice des dirigeants africains à poser les bases d’une société garantissant la justice sociale et les libertés démocratiques.

Ces rebellions et ces élections contre la démocratie drainent un cortège de comportements inhumains dont la jeunesse est la première victime : violations graves et massives des droits humains et libertés fondamentales, atteintes manifestes de la souveraineté de nos Etats africains.

A l’orée de cette année nouvelle, la J.U.D.A se plie à la tradition pour présenter à la jeunesse patriotique africaine, ses vœux de santé, de paix, de courage et de solidarité. Elle souhaite que 2007 soit une année d’une meilleure organisation de nous tous pour des combats en perspective.

La J.U.D.A souhaite que l’année 2007 soit une année de concrétisation de notre désir commun de bâtir une unité africaine des peuples et non des chefs d’Etat au mandat douteux voire usurpé.


Que l’année 2007 soit pour la jeunesse africaine une année de solidarité agissante dans les efforts de lutte pour la démocratie. Qu’elle apporte à chaque digne fille et fils d’Afrique de la force et du courage pour lutter contre les préfets locaux qui peuplent nos palais présidentiels et qui versent le sang des peuples assoiffés de liberté, de justice et de paix véritable.

La J.U.D.A émet le vœux ardent que l’idée du Front Africain contre le Néocolonialisme (FAN) proposée dans sa déclaration datée du 15 février 2005 au moment où les puissances néocoloniales notamment la France s’évertuait à monarchiser le Togo- ce qui aujourd’hui est d’ailleurs réalisé- se concrétise afin que nos luttes contre le néocolonialisme soient plus efficaces. Car, faut-il le dire, aucune jeunesse de quelque pays qu’elle soit, ne s’en sortira jamais seule.

La J.U.D.A souhaite également que, dans la campagne pour l’élection présidentielle de 2007 en France, l’Afrique soit un des plus importants sujets. En tous les cas, elle formule le vœux que les organisations ayant une autre vision des relations franco-africaines, en association avec la diaspora africaine en France voire en Europe, agissent pour contraindre les candidats à dévoiler leur vision pour l’Afrique. Il est superfétatoire d’en rappeler les raisons.

Que 2007 marque la fin de la cruauté en terre africaine, la fin des embarcations de fortune sur la Méditerranée, la fin du pillage et du bradage des richesses de l’Afrique grâce à la mobilisation populaire.

Particulièrement au peuple togolais, la J.U.D.A présente ses vœux les meilleurs de santé et de réussite. Elle souhaite à ce peuple constamment humilié, appauvri et soumis à plusieurs brimades et privations, du courage dans ses efforts de libération.

Que l’année 2007 soit une année de grandes victoires pour le peuple togolais tout entier au devant duquel se trouve à jamais une jeunesse résolument engagée, unie et debout contre la dictature d’où qu’elle vienne.

Bonne et heureuse année 2007 à toutes et à tous.
Prospérité et réussite à la jeunesse patriotique africaine.

Fait à Lomé, le 26 décembre 2006.

Le Secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI

samedi 7 octobre 2006

La dette de l’impunité au Togo






Compte rendu de la conférence

A l’occasion du premier anniversaire de la tentative d’agression de Dimas DZIKODO, Directeur de publication du bihebdomadaire togolais Forum de la Semaine, l’association Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) a tenu une conférence débat au CESAL de Tokoin Séminaire à Lomé, le samedi 07 octobre 2006. Il s’agissait, selon les organisateurs, de partir du cas Dimas DZIKODO dont les enquêtes sont sans suite, pour parler du dossier de l’impunité au Togo.

Après l’exécution de l’hymne national et d’une minute de silence en mémoire de ceux qui sont morts pour la liberté au Togo suivie du premier passage du reggaeman Ras LY sous un tonnerre d’applaudissements, ce fut le tour du président de la J.U.D.A de prendre la parole pour remercier l’assistance.

Dans son discours, M. NALIALI Benjamin a déploré le fait que le Togo soit dans une phase cyclique de convulsions politiques depuis 1967, lesquelles crucifient le peuple sur l’autel des ambitions égoïstes et malsaines de certains homme politiques et font de l’impunité une plaie incurable sur la voie de la consolidation de l’unité nationale. « Tant que la question de l’impunité ne sera pas résolue, l’avènement d’une société togolaise unie, forte et économiquement émancipé ne sera une qu’une utopie » a-t-il martelé. Le Président de la J.U.D.A a affirmé que l’accord politique attendu sur le dossier de l’impunité n’y a apporté qu’une solution ambiguë, frappée d’irréalisme politique.

Revenant sur l’anniversaire de Dimas DZIKODO, le président de la J.U.D.A, s’est félicité de la vie du Journaliste avant de réitérer la ferme condamnation de son organisation de cette tentative d’assassinat qui est non éclairée à ce jour. Il a demandé que toute la lumière soit faite autour de cette agression et tous les cas d’impunité au Togo.

Prenant la parole, Dimas DZIKODO a remercié tous ceux lui ont apporté appui et soutien lors son agression. Il est revenu sur les évènements de cette nuit du 09 octobre 2005 où il a été appréhendé, roué de coups par des individus qui lui ont inondé le visage d’un gaz brûlant et introduit un liquide toxique dans sa bouche.

M. DZIKODO a condamné cet acte qu’il qualifie d’inadmissible à l’endroit d’un journaliste qui, selon lui doit être saisi par un droit de réponse ou doit faire l’objet d’une plainte en justice si par ces écrits, il offense un citoyen. Il a dit que ceux qui ont tenté de l’éliminer, n’élimineront ni Forum de la semaine ni la vérité.

Dimas a marqué son indignation quant au silence qui règne autour de son affaire et demandé la publication de l’enquête ouverte par la police. Il dit également attendre que suite soit donnée à la plainte contre X déposée devant les tribunaux togolais.

Après des intermèdes des Reggaemen Ras LY et de Fofoon the WAY, le Secrétaire Général de la J.U.D.A, M. Rodrigue KPOGLI a pris la parole pour livrer son exposé sur le thème. Après les mots de remerciements et s’être félicité de la tenue de la rencontre malgré les multiples pressions, M. KPOGLI aborde la définition de l’impunité, souligné ses manifestations au Togo puis proposé des solutions.
En clair, le Secrétaire Général de la J.U.D.A a démontré que le poids de l’impunité plombe le processus de réconciliation au Togo. Il a estimé qu’au moment où les législatives de 2007 se pointent à l’horizon, il faut donc parer à la récidive en trouvant une solution à la question de l’impunité étant donné qu’il est admis que c’est souvent en périodes électorales que les violences ainsi que les violations les plus grotesques des droits de l’homme atteignent leur apogée au Togo.
Concluant sa communication, M. KPOGLI a dénoncé les menaces sur le radio Sport FM et saisi l’occasion pour plaider pour le respect des droits des migrants en cette journée du 07 octobre, journée transnationale des migrations. Sur ce sujet, M. KPOGLI a dénoncé les conditions dans lesquelles les réfugiés togolais au Bénin et particulièrement au Ghana vivent. Il a expressément appelé le Togo à créer les conditions favorables pour les ramener à la maison le plus tôt possible avec la garantie à réparation.

Les débats qui ont suivi, ont été très riches. M. Rodrigue KPOGLI qui était essentiellement visé par les questions, a, dans une franchise qu’on lui connaît, répondu et satisfait l’auditoire. Il a abordé les questions d’actualité notamment celles relatives à l’Accord politique global, au Gouvernement d’Union nationale et de la situation de la jeunesse togolaise.

Notons que les artistes Ras LY, Fofoon The WAY et Mc Jasky ont agrémenté la cérémonie qui a pris fin autour de 19 heures.


Lire en intégralité l’exposé de M. Rodrigue KPOGLI

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs
Chers camarades et invités,

C’est pour nous, une immense joie doublée d’une lourde responsabilité de vous savoir si nombreux à cette rencontre citoyenne. Chapeau à vous qui avez montré, par votre seule présence ici, que vous avez des couilles. Car jusqu’au bout, vous avez tenu, nous avons tenu, à rendre possible cette conférence malgré les pressions énormes qui ont fusé de toute part pour qu’elle n’ait pas lieu.

Nous rendons un hommage plus que mérité à notre frère et camarade, Ras LY qui, par sa musique énergique et pleine d’engagements, démystifie certains sujets tabous et appelle à une mutation des mentalités dans notre pays. Nous espérons qu’au-delà de la danse que suscite Ras LY, notre génération prendra la mesure des mots qui sont les siens et se conscientisera en vue de baliser les écueils sur ce chemin tortueux et pénible, menant à la démocratie, qu’est le nôtre.
Merci à tous ceux qui de loin ou près nous ont apportés leur bienveillant soutien.

Camarades, Militants des droits de l’Homme, nous avons conscience que la question de l’impunité est un sujet à forte charge émotive et politique dans notre pays. Qui veut la toucher risque de se brûler les mains. C’est pour cela que nous avons décidé de la visiter en vêtements citoyens surtout en ce moment où la pensée populaire est orientée vers l’acceptation d’une certaine solution au cas togolais.

1-Comprendre la notion de l’impunité

D’une manière générale, l’impunité signifie le fait de ne pas risquer d’être puni, sanctionné pour une faute commise. Placée sur l’orbite de la protection des droits de l’Homme, l’impunité est la situation dans laquelle des auteurs de violations des droits humains et du droit international humanitaire ne sont ni traduits en justice ni punis, parce que le système de gouvernement d’un pays ou les Etats membres d’une organisation intergouvernementale en ont décidé ainsi. C’est le fait d’être assuré de ne pas être inquiété pour des délits et crimes qu’on pourra commettre, ce qui, évidemment pousse à les commettre.

L’impunité revêt deux formes bien distinctes, l’une de droit et l’autre de fait.

L’impunité de droit consiste pour les pouvoirs publics, à intervenir directement pour prendre des mesures en vue d’absoudre les auteurs des violations graves et massives des droits de l’Homme. Celle-ci peut être une amnistie, une grâce ou une grâce amnistiante.

L’impunité de fait, quant à elle, consiste soit pour les autorités à ne pas ouvrir d’enquête au sujet des violations des droits humains soit à mener des enquêtes sans en donner suite. Et c’est ce cas d’impunité qui est courant au Togo.


2-l’impunité au Togo

En effet, bien de crimes économiques et de sang dorment dans les placards. Souvenons-nous des crimes de 1963 (un chef d’Etat a été tué, qui sont les auteurs de cet assassinat), les camps de concentration de Agoumbio, de Kasaboua ( souvenons-nous des révélations de Me Occansey à la conférence nationale souveraine), des crimes commis dans les années 90 avec des évènements de Fréau Jardin, des assassinats de Améyi, de Tépé, de Soudou, l’assassinat de Tavio Amorin, des manifestations populaires réprimées dans le sang, les morts des réjouissances populaires du 13 novembre 2004 (officiellement 13 morts devant les portes de LoméII).
N’oublions pas les crimes commis dans les villes et villages du Togo. N’enterrons pas les handicapés à vie faits par ce régime. La liste est longue et très longue.

N’oublions pas non plus les crimes économiques faits de détournements de deniers publics entraînant de facto privations de ressources pour le peuple togolais affamé, assoiffé et en plus ponctionné. (L’existence de ces crimes a conduit à la création de la commission anticorruption, qui ces derniers temps d’ailleurs observe un silence assourdissant. Dans bien de cas révélés, les inculpés répondent plus pour les faits politiques que des charges de détournement). Le jugement devait commencer par Jérusalem a été dévié. Et on sait les raisons.

C’est une suite arithmétique de violations de droits humains dont la raison et la fréquence sont la garantie de l’impunité aux auteurs.

Ces actes se sont alourdis avec les évènements de 2005 (assassinats des patriotes : Enquête de l’ONU, d’AI, de la CNSEI…). Le rapport de la mission d’établissement des faits de l’ONU établi sans ambages, certaines responsabilités (de la FIR – Force d’Intervention Rapide- l’armée de Terre-, la police Nationale- Quelqu’un avait commandé 2500 coupe-coupe pour tailler ses concitoyens en lieu et place des pompes à eau pour disperser les manifestants. Dimas DZIKODO n’a pas échappé aux fourches de cette longue culture, une seconde nature en quelque sorte, de ce pouvoir dont la trame n’est constituée que de sang. Des civils et bien d’autres éminentes grises, ces concepteurs de stratégies les plus inhumaines, de l’entourage de Faure Gnassingbé ont été indexés.

Ces violations majeures des droits humains non élucidées et jamais sanctionnées dans notre pays constituent une dette qui plombe et compromet de toute évidence le processus de réconciliation auquel les populations blessées, n’adhèrent pas. Sans allégeance à la vérité et à la justice et de surcroît sans réparation aux victimes, le régime appelle à la fête, décrète le pardon et la réconciliation ; une sorte d’autoamnistie ridicule ou révoltante.

3-Réactions du pouvoir à cette dette de l’impunité
  • ouverture des enquêtes jamais fermées : comme le cas Dimas.
  • parfois, on nie tout simplement les faits et donc pas d’enquête. Les révélations de FIDH, de l’ONU, d’AI, de LTDH et bien d’autres sont rejetées systématiquement. Le pouvoir togolais va jusqu’à dire que ces organisations sont manipulées par l’opposition : les assassins de Tavio Amorin qui ont signé leur crime, sont toujours en liberté totale.
  • Enquêtes conclues mais pas de suite : attentats de Soudou, les cas révélés par la CNSEI de Koffigoh suite aux évènements de 2005.
  • Menace des défenseurs des droits de l’Homme qui finalement sont chassé du pays. Tous les auteurs du 05 octobre 1990 ont dû fuir le pays, il n’y a pas très longtemps, les présidents de la LTDH partent en exil.
  • La cerise sur le gâteau, c’est la trouvaille du Dialogue national : retour en 1958, et un ministère de la réconciliation une fuite en avant. Les questions d’actualité sont là devant nous.
    Bref, le pouvoir veut jouer sur le temps pour faire passer ces faits gravissimes aux oubliettes. Ces attitudes irresponsables et à leur tour criminelles entraînent forcément la pérennisation des violations des droits de l’homme dans notre pays. Les bourreaux étant assurés d’être à l’abri de toute poursuite. Mieux, les criminels sont parfois remerciés et promus (au rang de ministre ou de directeur de société…) On fait la promotion des criminels dans une ère qu’on qualifie de l’heure de la réconciliation nationale. Une véritable injure à l’intelligence du peuple togolais.


4-La position de la J.U.D.A


Il ne pourra y avoir de réconciliation sans l’éradication de l’impunité au Togo. Nous autres, ne pouvons pas accepter un pardon sans confession qu’on veut imposer.

Etant une organisation convaincue que les valeurs démocratiques ne devaient être édulcorées pour quelles que raisons que ce soit, et connaissant les vertus thérapeutiques de l’exhumation de la vérité, la J.U.D.A a décidé de ne pas participer à cette vaste opération de dressage de l’opinion à accepter la compromission et l’absurdité. Pour cela, nous appelons, aujourd’hui même, que les recommandations faites à l’issue de diverses enquêtes menées sur le Togo en matière des droits humains soient mises en applications.

Nous avons fait le choix de ce combat pour des raisons suivantes :

D’abord par principe : on est défenseur des droits humain et lorsque les droits sont violés, il faut que l’auteur de la violation soit traduit devant la justice selon la loi. Car, avant même d’être une violation des droits de la personne, l’acte est avant tout un délit ou un crime sanctionné par la loi. Le principe de l’Etat de droit veut que personne ne soit au dessus de la loi.

Ensuite, pour éviter la récidive des actes de violences. Car, l’auteur d’une violation qui reste impuni aura du courage pour en commettre encore. De plus, les victimes de violations ou leurs proches sont tentés de se venger lorsque la justice qui doit être la même pour tous n’est pas appliquée par les autorités compétentes. Ainsi, il ne peut y avoir de vraie réconciliation sans justice.

Enfin, pour le droit à réparation aux victimes. Il est extrêmement important d’obliger les personnes responsables d’exactions à répondre de leurs actes, mais ce n’est que l’un des éléments qui permettent de rendre justice aux victimes. Il convient aussi que celles-ci obtiennent des réparations dont les cinq éléments consécutifs sont une indemnisation financière ; des soins médicaux ainsi qu’un traitement visant à la réadaptation ; la restitution (chercher à rétablir la victime dans sa situation précédente) ; des garanties que le crime ne se répétera pas ; enfin, la réparation des dommages moraux, qui implique que la victime recouvre sa dignité et sa réputation et que les souffrances subies soient publiquement reconnues. En clair, le tort qui a été fait doit, dans la mesure du possible, être réparé.

Il faut dire que la lutte contre l’impunité ne doit pas seulement être l’affaire des autorités gouvernementales. D’ailleurs, au Togo, l’hypothèse que l’Etat punisse volontairement les crimes, est très peu évidente. Les principaux bourreaux et les tortionnaires constituent les piliers actuels du régime en place. C’est pour cela que chaque citoyen doit prendre l’engagement d’œuvrer pour mettre fin à l’impunité en refusant le silence ou la résignation. Il faut toujours dénoncer les violations des droits humains et le silence des autorités face à de telles violations. Le peuple togolais ne peut être un objet de son histoire. Si nous nous taisons, les vagues de violations des droits de l’homme nous atteindrons et elles nous atteignent déjà.

La victime de violation de droits humains doit aussi, dans la mesure du possible saisir les institutions judicaires afin que sa cause soit entendue et réglée. C’est en cela que la société civile doit apporter son appui à des victimes ou leurs proches pour qu’ils mettent en œuvre leur droit à la justice.

Il faut apurer la dette de l’impunité pour amener le peuple à adhérer au processus de réconciliation. Sans cela, c’est un coup d’épée dans l’eau que de parler à longueur de journée de réconciliation.

5-Horizon inquiétant des législatives prochaines ou de l’urgence de payer la dette de l’impunité avant toute consultation électorale.

Il est connu que c’est souvent en périodes électorales que les violences ainsi que les violations les plus grotesques des droits de l’homme atteignent leur apogée au Togo. C’est pour cette raison qu’au moment où les législatives de 2007 se pointent à l’horizon, nous avons voulu sonner l’alarme en appelant tout le monde à la mobilisation contre les crimes impunis et à la vigilance.
Nous redoutons légitimement la récidive dans la mesure où les criminels d’hier sont en liberté et donc toujours en embuscade, prêts à sortir les armes, les coutelas et les gourdins pour tuer, blesser et chasser.

C’est en cela qu’il est plus qu’une nécessité que ceux qui ont contracté la dette de l’impunité, s’en acquittent avant toute consultation électorale voire toute réconciliation.

Nous appelons donc à un sursaut citoyen face à cette longue culture d’impunité au Togo.
Camarades, à travers cette conférence, nous saluons tous ceux qui oeuvrent pour la construction d’un Etat de droit au Togo, via leurs plumes et leur voix. Nous adressons notre ferme soutien à la radio Sport FM qui, il y a quelques jours, a été l’objet d’un harcèlement caverneux pour avoir diffusé un simple communiqué. Une logique précambrienne : on ne s’en prend pas à l’auteur de la déclaration mais plutôt au héraut qui n’a joué que son rôle de messager. Par cette énième atteintes à la liberté de presse dans notre pays (atteintes que nous dénonçons avec force), les roitelets refusent de comprendre que la forêt togolaise est un bien commun et que les autres doivent avoir un droit de regard sur leurs faits et gestes.

Il serait inadmissible de terminer cette communication sans dire un mot sur la journée transnationale des migrations, célébrée ce jour du 07 octobre. Il s’agit de plaider pour le respect des droits des migrants et des déplacés toute tendance confondue. A l’heure où nous parlons, des manifestations auxquelles nous adhérons totalement se déroulent de part le monde. Quant à nous ici, nous soutenons ceux de nos compatriotes exilés au Bénin et au Ghana où ils affrontent des hostilités de tout genre. Particulièrement ceux au Ghana avec qui nous avons partagé des moments d’intenses émotions en août dernier. Il urge que les conditions favorables soient créées pour les ramener à la maison le plus tôt possible avec des réparations assurées.

Je vous remercie

jeudi 3 août 2006

Interview :Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A



Forum de la Semaine n°177 du 03 Août 2006


Forum de la semaine : Le dialogue inter togolais vient de désigner le président du Burkina Faso pour faciliter les discussions en vue d’un accord pouvant dénouer la crise au Togo. Quelle est votre réaction la-dessus?

Rodrigue KPOGLI : La désignation du président du Faso, Blaise Compaoré pour la médiation dans la crise togolaise n’est pas pour nous une surprise car depuis un bon moment déjà, celui-ci s’est invité dans le débat politique togolais.

Pensez-vous que Blaise Compaoré puisse trouver la solution à la crise togolaise ?

Un médiateur, par définition, doit être indépendant et équidistant des parties en conflit. Or le président Compaoré ne satisfait pas à ces conditions. Des faits objectivement vérifiables l’attestent : lorsque le 5 février 2005, Faure Gnassingbé a réalisé sa forfaiture en s’emparant du pouvoir, non seulement le président du pays des Hommes intègres n’a pas suivi ces pairs de la sous-région qui ont condamné ce pronunciamiento et demandé le retour à l’ordre constitutionnel, mais aussi et surtout, il a déroulé le tapis rouge à Faure Gnassingbé quelques jours plus tard à Ouagadougou.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle du 13 novembre 2005 au Burkina Faso, Faure Gnassingbé a notoirement soutenu le candidat-président Blaise Compaoré en lui fournissant deux hélicoptères et probablement un soutien financier. Il sera dur de café qu’à cette occasion, l’ascenseur ne soit pas renvoyé au généreux bienfaiteur.

Le président du Faso est la main noire de Jacques Chirac sinon de l’Elysée en Afrique Occidentale. N’oublions pas le poids de la France et du réseau françafricain dans le pourrissement de la situation au Togo. A notre avis, il vaut mieux se rendre directement à l’Elysée pour la médiation que de s’adresser à la succursale qu’est le Burkina Faso dirigé aujourd’hui par Blaise Compaoré.
Il faut souligner que depuis que la crise en Côte d’Ivoire a jeté le froid entre les présidents Gbagbo et Compaoré, l’accès du Burkina Faso à la mer est facilité en grande partie par le Togo. Cette forte dépendance du Burkina Faso du port autonome de Lomé qui est apparemment une propriété privée des héritiers de la République est une circonstance aggravante de la méfiance vis-à-vis de cette médiation.

Rappelons aussi que ce n’est pas la première fois que Blaise Compaoré est désigné pour arbitrer la crise togolaise. Il y a eu les Accords de Ouga I, Ouaga II et Ouaga III, cependant la crise est d’actualité.

Alors en termes clairs, la J.U.D.A prédit l’échec de Blaise Compaoré ?

Nous ne voulons pas être des oiseaux de mauvais augure. Nous ne voulons pas non plus manifester un optimisme béat quant à la mission de Blaise Compaoré. Nous observons tout simplement que les accointances entre Lomé et Ouagadougou sont si fortes que l’impartialité du médiateur n’est pas garantie d’office.

Ecoutez ! Nous sommes une organisation de promotion de la démocratie et de défense des droits de l’Homme. Et nous sommes indignés du sort réservé au dossier Norbert Zongo et plus loin au dossier Thomas Sankara que la justice du Faso visiblement aux ordres, tente d’enterrer vaille que vaille. Or une des préoccupations majeures du peuple togolais, est la fin de l’impunité que Blaise Compaoré ne veut pas lui aussi réaliser dans son pays pour des raisons évidentes. De plus, pour se faire élire en 2005, le président Compaoré a procédé à une lecture originale de la constitution de son pays ; ce qui n’est pas assez loin du cas togolais. Donc, en matière démocratique et des droits humains, le président du Faso n’a pas de leçons à donner. Il lui sera difficile d’aborder ces questions sans se voir dans la glace.

A qui profitera un éventuel échec de la médiation de Blaise Compaoré ?

L’échec de la médiation ne sera pas l’échec de Blaise Compaoré ni celui du peuple burkinabé. Ce sera l’échec du Togo et par conséquent l’ajournement du sauvetage des populations togolaises étranglées. A notre sens, la réussite de cette médiation conduirait à court terme à un partage juste du pouvoir et à démocratiser le Togo à moyen ou long terme. Ceux qui ne veulent rien partager selon les règles du mérite ni démocratiser le Togo se frotteront certainement les mains lorsque Ouaga IV aura échoué.

A voir l’évolution des évènements, peut-on affirmer que le RPT, au pouvoir veut vraiment dialoguer avec son opposition ?

C’est en plein dialogue que le désir irréfragable de monarchiser le Togo a été le plus visible. En l’espace de quelques jours, Faure Gnassingbé a nommé Mey Gnassingbé, chargé de mission à la présidence, Toyi Gnassingbé, conseiller technique à la présidence. Le commandant Rock Gnassingbé a, de son côté, été promu lieutenant-colonel. De tels actes prouvent à suffisance que le pouvoir togolais n’a rien à cirer avec un quelconque dialogue qui pourrait étancher la soif de démocratie et de liberté du peuple togolais. Seule la satisfaction égoïste du clan importe.

Revenons sur ce qui est appelé « Accord politique de base » qui continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. Quelle est l’opinion de la J.U.D.A là-dessus ?

La Jeunesse Unie s’est prononcée à répétition sur les ondes relativement au document. Sans focaliser notre opinion sur les questions de paraphe ou de signature et des signataires ou des non signataires, nous disons que cet accord, si on peut l’appeler ainsi, n’est pas de nature à conduire le peuple togolais à la démocratie.

Et pourtant les signataires parlent d’acquis à sauvegarder ?

Lesquels ? On ne fait que nous rebattre les oreilles des dithyrambes sur le grand retour d’une CENI qui organise et supervise les élections ; ce qui n’est qu’un acquis sur papier. Les parapheurs oublient cependant de nous dire que sa composition n’a rien de paritaire et que sur le plan financier la CENI est fortement dépendante de l’Exécutif qui peut, aussi souvent que les circonstances le commandent, la mettre en panne sèche.

On nous parle d’observation nationale ; ce qui par principe est une bonne chose. Mais le hic, c’est que les organisations de la société civile qui peuvent faire un travail crédible et rigoureux en la matière ne seront pas accréditées le moment venu faute de reconnaissance officielle certifiée par récépissé.

On jubile aussi sur le quota des femmes aux élections. Mais nous autres, nous disons simplement qu’aussi longtemps que la politique au Togo restera sur le terrain de violence, et non focalisée sur le débat, les femmes ne s’y intéresseront point. Car de nature, la femme participe très peu à la violence physique. En réalité, le supposé accord politique de base, fait essentiellement de recommandations (et on ne sait d’ailleurs à qui elles sont destinées), ne contient aucun élément sur la très heurtée présidentielle d’Avril 2005. Au contraire il l’efface carrément au profit des législatives miroitées. Ce schéma est le best of de la Françafrique qui voudrait que les Africains soient toujours dans une sorte de supplice de Tantale avec des démocraties tropicalisées.

Il n’y a pas que les questions électorales qui sont contenues dans cet accord tout de même ?

Oui. Sur la question de l’impunité, on a remonté l’histoire jusqu’en 1958 alors qu’à cette époque là, le Togo n’existait même pas encore. C’est d’ailleurs grave qu’on fasse un tel amalgame entre les faits de 1958 et ceux des années 90 à nos jours. Les réfugiés qui sont au Bénin et au Ghana et le massacre répété des populations ne sont pas faits des années 1958. Il ne faut pas se moquer des gens !

Sur le sujet de la sécurité, les parapheurs veulent qu’on augmente l’effectif de la police et de la gendarmerie alors même que nous ne disposons d’aucun chiffre justifiant la nécessité d’un tel accroissement des effectifs. On va jusqu’à « exhorter les partis politiques à s’abstenir de tout ce qui peut être perçu comme des provocations à l’égard des Forces Armées et de Sécurité ». Cela vise tout simplement à interdire les débats sur l’armée et la nécessité de sa réforme. Personne ne provoque l’armée au Togo. Au contraire c’est l’armée qui sort de son cadre. Alors, si elle n’est pas républicaine, en bons citoyens, nous devons en parler. Chose étonnante aussi, l’accord passe l’éponge sur la réalité des milices qui oeuvrent de temps en temps pour terroriser le peuple togolais.

Sur le point des réformes institutionnelles, on n’a pas osé poser la nécessité de la mise sur pied effective du conseil économique et social et de la cour des comptes pour faire l’inventaire des biens appartenant à l’Etat et ceux de la famille royale. Relativement à la réforme constitutionnelle, même si des résistances sont opposées à un retour mécanique à la constitution de 1992, il y a nécessité de faire ce pas en arrière pour remettre la souveraineté au peuple. Même si certaines de ses dispositions peuvent être rediscutées plus tard.

Pour terminer, M. Kpogli, êtes-vous d’avis avec l’opinion selon laquelle le peuple n’a d’autres moyens que de s’accrocher au dialogue quand bien même il ne marche visiblement pas ?

Ce courant à ses raisons. Mais, dire que le peuple n’a d’autres choix que de s’illusionner dans un dialogue avec le pouvoir togolais, c’est borner ce peuple. Les pays qui imposent aux peuples soumis aujourd’hui de part le monde la voie, selon eux incontestable du dialogue, oublient de préciser que lorsque eux-mêmes étaient sous la servitude, ils n’avaient pas dialogué. Il ne doit pas y avoir que les Africains qui peuvent se contenter des avatars du stalinisme. Nous pensons que d’autres voies existent pour nous débarrasser du joug dictatorial au Togo. Si par lassitude ou par manque de courage ou même par incohérence et mal organisation des forces alternatives nous refusons d’explorer ces autres voies, ce n’est pas parce qu’elles n’existent pas.

Propos recueillis par Dimas DZIKODO

Forum de la Semaine n°177 du 03 Août 2006

mercredi 21 juin 2006

Quelle Jeunesse pour le Togo?















Compte rendu de la Conférence.
Le jeudi 08 juin 2006 à 15 heures à la salle CESAL de Tokoin Séminaire s’est tenue une conférence publique organisée par la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) sur le thème « quelle jeunesse pour le Togo » ?

I- L’ouverture

Après une minute de silence observée par l’assistance en mémoire de tous ceux qui ont perdu leur vie pour que triomphe la démocratie au Togo, suivie de l’hymne national, le président de la J.U.D.A, Benjamin NALIALI a dans son mot de bienvenue salué le déplacement massif des jeunes malgré les conditions difficiles du moment.

M. NALIALI a, dans son discours, relevé que dans le nouveau processus de réconciliation dans lequel le Togo s’est engagé, la réforme de l’armée est une nécessité impérieuse. Cette réforme a-t-il précisé, doit être axée essentiellement sur l’acceptation des responsabilités des assassinats et massacres et la redéfinition du rôle des différents corps de cette armée.

Selon le président de la J.U.D.A, l’armée n’a ni le droit de tuer, ni d’agresser les citoyens. Au contraire, elle doit signer en pacte d’amour avec les populations et cette armée doit s’imprégner des valeurs républicaines pour que la démocratie puisse prendre corps au Togo.

S’adressant à la jeunesse togolaise, M. NALIALI affirme que l’immigration vers les pays occidentaux n’est pas la solution aux difficultés actuelles. C’est pour cette raison d‘ailleurs qu’il a exhorté les pays du Nord à comprendre que les mesures répressives et l’immigration choisie ne peuvent pas endiguer le mouvement mais plutôt la création en Afrique d’un espace économique viable et pourvoyeur d’emploi. Le président de la JUDA a averti la jeunesse togolaise en ces termes « les autorités togolaises sont décidées à laisser un héritage politique et économique constitué uniquement que de passif ». Et dans ces conditions, pour éviter d’hypothéquer son avenir, voire mener une vie blanche, la jeunesse togolaise n’a d’autre choix que de se mettre debout pour réclamer son droit à une existence décente.

II- La communication « quelle jeunesse pour le Togo » ?

Cette communication a été l’œuvre de Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A.

L’orateur a d’abord définit la jeunesse comme la période de la vie caractérisée par la virilité, le courage, l’engagement, l’énergie, la détermination, l’esprit d’initiatives, les prises de risques et l’espoir.

En ce qui concerne le Togo, M. KPOGLI le décrit dans les circonstances actuelles comme un pays sous une dictature héréditaire caractérisée par la violation constante des règles démocratiques et des droits humains. Pays sous sanction de l’Union Européenne pour « déficit démocratique », les indicateurs économiques du Togo sont au rouge, ses systèmes de santé et d’éducation sont en panne. Le Togo, c’est aussi l’injustice sociale, une armée au service d’un clan et proclamant sa souveraineté sur le peuple, la traîtrise entre les démocrates, la faiblesse de l’opposition qui refuse de s’unir pour mieux se battre contre la dictature.

Face à cette situation de décrépitude avancée, le communicateur appelle la jeunesse à prendre conscience et procéder à une révolution morale qui apportera certainement le changement au Togo. Pour lui, la révolution morale doit consister à refuser de se soumettre aux règles de la minorité illégitime au pouvoir, à enterrer la culture de l’ethnicisme, à s’engager avec conviction dans le combat pour la liberté et la justice au Togo. La jeunesse doit dépasser les limites partisanes en faveur d’une démarche citoyenne. Selon, M. KPOGLI, dans cette démarche, la jeunesse togolaise doit essentiellement compter sur ses énergies endogènes car a-t-il dit, la communauté internationale n’est qu’un mythe crée par les médias pour nous amener à hypothéquer notre lutte.

Parlant du rôle de la diaspora togolaise, le Secrétaire Général l’appelle à sortir de la nervosité idéologique au profit d’un schéma stratégique pour libérer le Togo. Elle doit, selon M. KPOGLI, comprendre les limites de ce qu’il nomme la gouvernance par Internet pour être sur le terrain à travers des structures véritablement engagées.

M. KPOGLI a dit à la jeunesse que rien ne doit être laissé au hasard dans la lutte ; car a-t-il précisé « nous sommes dans un combat à armes inégales tel David contre Goliath, mais nous devons garder à l’esprit que dans un tel combat, ce n’est pas toujours Goliath qui gagne. Et c’est pour cela que tout doit être pensé, planifié et exécuté au bon moment et avec adresse.
Dans le débat qui a suivi, des questions telles la réforme de l’armée, du dialogue national...ont été abordées.

Les intervenants se sont aussi réjouis de l’existence d’une frange de la jeunesse togolaise qui malgré les vicissitudes de la lutte, a gardé sa dignité et sa vigueur. Notons que parmi les intervenants, figuraient des représentants de la diaspora notamment l’administrateur délégué du MTDE (Mouvement Citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe), des membres de la DTF (Diaspora Togolaise en France), du Secrétaire Général de la Diastode Irlande et du Président de l’ACT (Alternative Citoyenne Togolaise basée en France).

La conférence a pris fin autour de 18 heures TU.


En intégralité, la Communication de Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A lors de la conférence publique du 08 juin 2006 à Lomé Thème : Quelle jeunesse pour le Togo ?


Mesdames, Messieurs, la Jeunesse Unie vous remercie de votre présence qui est le témoignage palpable de votre engagement militantiste pour l’avènement puis l’enracinement de la démocratie dans notre cher pays, le Togo.

La conférence d’aujourd’hui s’inscrit dans la dynamique de mobilisation citoyenne que nous avons enclenchée depuis un certain moment. Et en ce jour, nous nous sommes emmenés à nous demander dans le contexte du Togo d’aujourd’hui, quelle jeunesse faut-il ? A notre avis, cette question est fondamentale et essentielle parce qu’elle nous permettra non seulement de définir le profil de la jeunesse mais aussi d’élaborer les stratégies pouvant nous conduire à la libération totale de notre pays.

La question : Quelle jeunesse pour le Togo, peut être ramenée à celle plus générale : quels Togolais pour le Togo ? Parce qu’en réalité, les problèmes qui se posent à notre pays, touchent l’ensemble de la population dont la clé de voûte est la jeunesse.

Pour renter dans le vif du sujet, je voudrais tenter de définir la notion Jeunesse et essayer de peindre le Togo dans sa vie actuelle.

La jeunesse est la période de la vie caractérisée par la virilité, le courage, l’engagement, l’énergie, la détermination, l’esprit d’initiatives, les prises de risques et l’espoir.

En ce qui concerne le Togo dans les circonstances actuelles, c’est un pays paralysé par une dictature héréditaire fondée sur la violation constante des règles démocratiques et des droits humains. Depuis 1958, il n’y a jamais eu d’élection transparente au Togo. Pays sous sanction de l’Union Européenne pour « déficit démocratique », les indicateurs économiques du Togo sont au rouge, ses systèmes de santé et d’éducation sont en panne. Le Togo, c’est aussi l’injustice sociale, une armée au service d’un clan qui a décidé de plonger le pays dans un chaos absolu et proclamant sa souveraineté sur le peuple. Pays de violence aveugle, le Togo compte un nombre de réfugiés plus élevé que celui de certains pays en guerre. Le Togo c’est également la traîtrise entre les démocrates, la faiblesse de l’opposition qui refuse de s’unir pour mieux se battre contre la dictature. Bref, le Togo est un pays sous un régime quadragénaire, incapable de poser les premières pierres d’un Etat démocratique entraînant le développement. Je voudrais m’arrêter là, car si nous prenons le risque d’énumérer les problèmes, on passera des nuits et des nuits ici sans jamais parvenir au bout du tunnel.

Donc, face à cette situation qui est celle du Togo, cette situation de décrépitude avancée, la jeunesse togolaise doit prendre ou « re-prendre » conscience et procéder à une révolution morale, qui apportera certainement le changement dans ce pays.

Ici, il est question de la jeunesse au pluriel. Car, si on cherche les jeunes, on les trouvera dans l’armée, les médias, l’administration, les écoles, les universités, clubs culturels et sportifs, les associations, les partis politiques, dans les campagnes, dans les villes...On peut alors raisonnablement procéder à une simple classification en scindant la jeunesse en deux grands groupes à savoir une jeunesse militaire et une jeunesse civile. Ce que nous estimons être notre devoir à tous, c’est que la jeunesse militaire et la jeunesse civile puissent, dans la cadre de la citoyenneté, travailler à l’émergence d’un Togo libéré, libre et véritablement juste.

Mais cette libération passe forcément par une révolution morale.

Notre révolution morale doit prendre la forme de refus : refus d’hurler avec les loups par peur d’être un agneau, refus d’emprunter les raccourcis ethnicistes qui nous engouffrent dans des pièges de la division irréfléchie, refus de nous soumettre à l’obscurité artificielle créée par ces artisans qui, en plein 21è siècle, n’ont pas réussi à profiter du siècle des lumières, refus de nous plonger dans des combats inutiles dont les tenants et les aboutissants nous sont totalement étrangers. Nous devons comprendre qu’aussi longtemps que toute l’Afrique peinera à se tailler une place au soleil, nous caparaçonner dans des considérations ethniques, claniques voire familiales, serait tout simplement ridicule et préjudiciable à notre lutte. Nous ne pouvons pas rester dans notre microcosme individuel car notre salut est collectif.

Nous devons travailler à un leadership nouveau fondé sur la conviction et les preuves sur le terrain.
A cette phase de notre lutte, nous devons nous tenir prêts pour tout appel citoyen car la jeunesse est l’épine dorsale de la société ; elle doit être l’avant-gardiste de tout mouvement de libération et de démocratisation de notre pays. Et elle doit être consciente que le chemin sera encore long et périlleux, et donc armée de tous les gants possibles pour résister aux chocs. Nous devons être prêts à des sacrifices comme ce fût déjà le cas pour ceux qui ont perdu quelque chose ou même leur vie dans cette lutte; ce pourquoi nous leur rendons d’ailleurs hommage.

La peur, le découragement, la fuite, le désespoir sont des notions incompatibles à l’esprit de jeunesse. C’est pour cela que nous devons nous guérir de ces maladies léthargiques pour reprendre le flambeau et redonner de l’espoir au peuple togolais tout entier. Les réclamations intestinales ne doivent altérer, en aucun cas, notre engagement en faveur des idéaux démocratiques.

Dans le contexte qui est le nôtre, nous avons l’impérieux devoir de ne point céder aux tentations pécuniaires et matérielles qui ont poussé certains de nos camarades à quitter les rangs.

Nous devons apprendre à ne compter avant tout que sur nos énergies endogènes car chaque peuple doit se libérer en fonction de ses réalités. Il n’existe pas une communauté internationale qui nous viendrait en aide. Ce n’est qu’un mythe, une création des médias pour mettre les peuples dominés dans l’illusion que leur salut viendra de l’étranger. En Afrique, la communauté internationale est un sédatif à l’incapacité collective de pouvoir nous prendre en charge. Et dans le cas du Togo, on ne cesse de nous abreuver de l’espoir que la communauté internationale nous aidera. Nous nous sommes soumis à cette communauté internationale et nous avons vu ce que cela a donné. Lorsque la CEDEAO a validé les résultats du scrutin du 24 avril 2005, comme des moutons de panurge, toutes les autres institutions de cette communauté internationale là, ont suivi et aujourd’hui nous en payons le prix.

En tout cas, nous ne pouvons plus accepter d’avancer dans le créneau de cette communauté internationale qui avait assisté en spectateur passif au massacre des Tutis au Rwanda. Elle était là lorsque l’ex-ministre de l’intérieur, chargé de l’administration électorale, M. François BOKO avait dit que l’élection dont il avait la responsabilité était porteuse d’un certain nombre de germes destructeurs, cette communauté internationale justement l’avait qualifié d’irresponsable. Donc, nous devons tenir compte de ces réalités pour avancer.

Chers frères et sœurs,

Quel doit être le rôle de la diaspora dans le combat du peuple togolais ? Nous préférons à la diaspora, le terme les Togolais de l’étranger convaincus des idéaux démocratiques car la notion diaspora est plus large. Et nous savons qu’au sein de cette diaspora, il y a une forme de mafia qui se développe ; des gens qui sont entre deux avions matin, midi, soir et qui émargent à des milliers d’euro ou de dollars pour des services clandestins. Toutes ces informations, nous les connaissons. Donc, nous devons à l’interne comprendre qu’une partie de cette diaspora là, est inféodée au pouvoir mais parfois joue à la plus engagée en faveur de la lutte démocratique.

Ces Togolais de l’étranger attachés aux valeurs démocratiques doivent sortir de la nervosité idéologique caractérisée par le djihad verbal pour travailler à un schéma stratégique pour libérer le Togo. Ils doivent se constituer en une sorte de diaspora juive qui, par mouvement retour, apportera sa force à la libération du Togo.Ces Togolais de l’étranger doivent comprendre que la gouvernance par Internet (l’E-gouvernance) qui consiste à lancer des appels via l’Internet alors qu’aucun relais n’est sur le terrain, ne sert pas véritablement. Ils doivent être sur le terrain, en pleine en action à travers des structures effectivement engagées. Les liens de fraternités et de familiarité qui ont été jusqu’ici les canaux habituels par lesquels ces camarades opèrent, doivent cesser d’avoir droit de cité pour faire place à des alliances stratégiques objectives et intelligentes.

Camarades,

Le Togo étant le pays le plus françafricain, la terre d’expérimentation par excellence en Afrique de tous les concepts nauséabonds du laboratoire élyséen, la libération du Togo provoquera une avalanche de mouvements juvéniles nécessaires pour le décollage du continent noir victime d’injustices historiques. La jeunesse africaine et plus largement la jeunesse de tous les peuples privés de liberté, nous regardent et nous observent. Nous devons tenir compte de cette responsabilité historique qui est la nôtre.

Par notre modeste organisation, la jeunesse panafricaniste envoie son salut fraternel et militant à la jeunesse togolaise qu’elle soutient fermement dans sa lutte pour la libération ; lutte qui lui a valu des morts, des blessés, des handicapés à vie, des réfugiés ainsi que des déplacés à l’interne.

Camarades,

Refusons au mon de notre citoyenneté, l’impunité, la prise en otage du peuple et la confiscation des richesses communes par un clan. Nous devons avoir conscience que nous sommes dans un combat à armes inégales tel David contre Goliath, faisons alors en sorte que nous soyons au bon moment et avec adresse. Il faut qu’on ait aussi à l’esprit que ce n’est pas toujours Goliath qui gagne. D’où, il faut des stratégies et savoir jouer pour frapper au bon moment et à un endroit névralgique.

Mais tout ceci n’est possible que si nous avons un laboratoire où nos actions sont pensées, pesées et sous pesées pour qu’elles répondent aux normes citoyennes, démocratiques et républicaines que nous voulons établir sur la terre de nos aïeux. De ce fait, nous démontrerons notre mécontentement, notre désapprobation face aux normes liberticides établies par la dictature sans que les édifices publics, les feux tricolores, les magasins, les biens publics et privés sur notre passage ne soient nos cibles. Soyons convaincus que si nous dénaturons les cibles, c’est que nos objectifs sont mal définis.

Nous devons enfin comprendre que nous sommes embarqués dans un système esclavagiste maquillé au goût des temps modernes. Et nous n’avons d’autre obligation que de nous en débarrasser en nous réorganisant efficacement.

Je vous remercie.

mardi 13 juin 2006

La J.U.D.A demande la démission immédiate de Rock Gnassingbé de la tête de la Fédération Togolaise de Football.

DECLARATION

L’équipe nationale du Togo avait créé l’émotion au sein du peuple togolais en réussissant la double qualification pour les phases finales de la coupe d’ Afrique des Nations et de la coupe du monde de la FIFA 2006.

Alors que tout le peuple togolais espérait voir régler les difficultés (problème de primes, ambiance délétère au sein de l’équipe, mauvaise gestion des ressources humaines, financières et matérielles, relations conflictuelles avec le sélectionneur dues aux fausses promesses et à l’immixtion dans les domaines relevant de sa compétence...) qui étaient à l’origine de la piteuse prestation des Eperviers à la coupe d’Afrique des Nations en Egypte 2006, elles sont restées en l’état et même répétées aux yeux du monde entier en Allemagne, obligeant ainsi le sélectionneur Otto Pfister à rendre son tablier en toute responsabilité.

Eu égard à ce qui précède, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) relève que :
  • la Fédération Togolaise de Football, à commencer par M. Rock Gnassingbé, est responsable sur toute la ligne.
  • au sommet da la FTF, se trouve une bande de majeurs incapables opérant dans l’opacité et contre le football togolais.
  • M. Rock Gnassingbé et ses acolytes humilient le peuple togolais et ternissent gravement devant le monde entier l’image du Togo, déjà écornée par un « déficit démocratique » couplé de violations chroniques des droits humains.

En ce moment où les caméras du monde entier sont braquées sur le Togo et ne font que véhiculer l’image négative reflétée par ses gouvernants toute tendance confondue, la J.U.D.A, au nom de la jeunesse togolaise appelle M. Rock Gnassingbé et la FTF à tirer les enseignements de leur incapacité notoire à résoudre les moindres problèmes d’une équipe de 23 joueurs et remettre immédiatement leur démission.


Elle soutient l’équipe nationale et appelle les joueurs à surmonter le psychodrame orchestré et entretenu pour saborder leur moral, pour livrer un jeu à la taille de l’enjeu.


La J.U.D.A appelle l’ensemble du peuple togolais et particulièrement la jeunesse à se mobiliser pour mettre un coup d’arrêt à l’humiliation constante de la terre de nos aïeux soumise à une gouvernance familiale.


Enfin, la J.U.D.A rappelle à tous que sans un Togo fondé sur les principes démocratiques et d’Etat de droit, aucun secteur de la vie nationale ne connaîtra d’essor.


Fait à Lomé, le 13 juin 2006

Pour La J.U.D.A


Le secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI

mardi 9 mai 2006

Togoforum interviewe M. Rodrigue KPOGLI, SG de J.U.D.A

Propos recueillis par Alain Nococo le 8 mai 2006

Alors que clopin-clopant, le dialogue intertogolais démarré le 21 avril dernier poursuit son petit bonhomme de chemin à la salle Evala de l’Hôtel Corinthia 2 Février, des voix s’élèvent ça et là pour dénoncer ce qu’elles appellent un nouveau marché de dupes destiné à légitimer le pouvoir en place par la participation des responsables de l’opposition. Et parmi ces voix, on peut citer la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A-), une des organisations de la société civile très active au Togo. Dans une interview qu’elle a bien voulu nous accorder, son secrétaire général Rodrigue KPOGLI revient ici sur la conférence de presse sur l’action courageuse et patriotique de l’ex ministre de l’intérieur, le chef d’Escadron François BOKO qu’elle a organisée le 22 avril dernier, juste au lendemain de l’ouverture du dialogue, et jette un regard critique sur les travaux dudit dialogue. Lisez plutôt !

TOGOFORUM : Votre organisation, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique a organisé le 22 avril dernier une conférence publique sur la démission de l’ex-ministre de l’intérieur M. François Esso BOKO. Quels en étaient les objectifs ?

Rodrigue KPOGLI : le 22 avril 2005 alors que tous les regards étaient rivés au scrutin présidentiel du 24 avril, le ministre de l’intérieur, chargé de l’administration électorale a posé un acte courageux et patriotique en rendant le tablier et appelé à la suspension du processus électoral en cours. Il a préconisé une table ronde à l’issue de laquelle, de véritables élections doivent être organisées.
Nous avons estimé qu’en guise d’anniversaire, il faut faire une rétrospective analytique de la jurisprudence politique que M. BOKO avait inauguré au Togo, tirer les enseignements qui en découlent, débattre de la question de l’impunité et formuler des alternatives à la crise togolaise. Nous avions voulu aussi à travers cette conférence, appeler les dirigeants togolais à s’inspirer de cette jurisprudence.

Que voulez-vous dire par là ?

M. BOKO était un homme du régime. Mais il a le mérite d’avoir refusé de faire couler le sang du peuple togolais. Il a immolé ses intérêts propres sur l’autel du bien commun. Et cet acte lucide est une référence à double point de vue : militaire et politique.

Militaire, parce que l’ex-ministre était un officier supérieur, chef d’escadron de l’armée togolaise. En rendant le tablier, M. BOKO a ainsi refusé de faire couler le sang du peuple togolais contrairement à ses autres compagnons jusqu’au-boutistes. Cet acte est une invite à tout homme en arme de ne pas servir les intérêts contraires aux idéaux républicains.

Politique, parce que, M. BOKO était ministre en fonction et de surcroît, chargé d’organiser l’élection du 24 avril. Une mission fondamentalement politique. Sa démission est un appel à tout politique de rendre le tablier lorsque l’intérêt général n’est pas au cœur de son action.
En tout état de cause, l’acte de l’ex-ministre est une exhortation aux adeptes du régime ensanglanté du Togo à refuser la solidarité dans la bêtise noyée sous le vocable de la solidarité gouvernementale. C’est tout simplement un appel à la citoyenneté.

M. BOKO est-il selon vous l’espoir de la jeunesse togolaise?

Nous n’avons pas la mission de créer un père Noël encore moins le messie pour la jeunesse togolaise. La J.U.D.A ne possède pas cette fabrique de porteurs d’espoir.

Vous savez ? La jeunesse est elle-même porteuse d’espoir. Donc dire que l’espoir de la jeunesse viendrait de « l’extérieur » est une négation des capacités de cette tranche de la population dont les traits caractéristiques sont le dynamisme, la force, la créativité et l’action. C’est ainsi qu’à partir de ces caractéristiques, nous mobilisons la jeunesse sur la base des informations justes. La jeunesse togolaise doit aussi s’inspirer des modèles de citoyenneté.

Notre démarche consiste à appeler à une prise de conscience individuelle qui débouche sur celle collective. Les organisations de jeunesse pour atteindre ces objectifs, doivent œuvrer dans le seul et unique but de démocratiser le Togo. Il faut conjurer les démons de la division pour l’union sacrée en faveur de luttes qui valent la peine et des leaders de jeunesse dont la franchise des propos traduit la sincérité des intentions, qui elles-mêmes sont en conformité avec des actes qu’ils posent. Et non des leaders aux aguets pour capter des sources de financements ou encore au devant de la scène pour jouer au m’as-tu vu juste pour se positionner à être nommé à tel ou tel poste. Nous devons dépasser le nombrilisme et le carriérisme, ce sont les enjeux d’aujourd’hui qui l’exigent.

Votre conférence ne fait-elle pas de M. BOKO un nouveau leader dont l’émergence est ainsi facilitée ?

La J.U.D.A ne servira pas de tableau d’affichage à quelque courant de pensée que ce soit. Notre organisation ne sera pas non plus le principal sur lequel viendra se greffer un leader émergent. Nous entendons nous-mêmes être à l’avant-garde de la bataille pour la démocratie dans notre pays, et ceci dans la dignité.

L’opposition togolaise avait-t-elle saisi la portée de la démission du ministre chargé de l’administration électorale ?

Absolument pas ! Sinon elle aurait renoncé à participer à un scrutin décrié par le principal organisateur. L’opposition n’avait pas saisi ce coup de Trafalgar de M. BOKO pour placer la soi-disant communauté internationale devant ses responsabilités. L’opposition togolaise, jusqu’à ce jour, n’arrive pas à confectionner son propre agenda, ses propres priorités et ses propres moyens de combat. Elle s’accroche, s’aliène à l’agenda de la « communauté internationale » alors que les motivations et les priorités ainsi que le calendrier de celle-ci, par expérience, ne sont pas ceux des peuples martyrisés. Le plus souvent d’ailleurs, les peuples ne sont martyrisés que grâce à l’appui actif ou passif de cette « communauté internationale ».

Justement M. KPOGLI, parlant de l’opposition, elle est actuellement en dialogue avec le pouvoir. Pensez-vous qu’elle puisse peser sur les débats ?

Avec quels moyens va-t-elle pouvoir le faire? D’ailleurs ce dialogue est un marchandage. Visiblement certains responsables de partis veulent aller au gouvernement et ils veulent le faire par le truchement d’un certain dialogue politique au vu et au su de tous dans le souci d’éviter les critiques d’une population légitimement nerveuse.
Ce qui se passe actuellement à la salle Evala de l’hôtel 02 février s’apparente à une comédie mieux une tragi-comédie.

Vous estimez donc que le dialogue intertogolais qui se déroule actuellement n’est pas sérieux ?

Ecoutez ! Le dialogue a été ouvert à quelques jours seulement de l’anniversaire de la parenthèse de sang de Faure Gnassingbé. Et ceci a eu le double effet d’orienter tous les regards vers cette rencontre de dupes - alors que le sang de nos concitoyennes et concitoyens exige de nous des manifestations contre l’impunité et pour des mesures de confiance favorisant le retour des réfugiés togolais - et de légitimer le pouvoir en place par la participation des responsables de l’opposition. Par ailleurs, par l’ouverture du fameux dialogue et l’annonce de la célébration de 27 avril, Faure Gnassingbé a réussi à hypnotiser l’ensemble des défenseurs des droits humains et la famille des démocrates. Cela a émoussé les initiatives citoyennes qui devraient être organisées.

Où est alors le sérieux dans tout ceci. Le seul gagnant de cette mascarade c’est le régime qui a ainsi réussi à franchir le cap de l’an un sans contestation populaire et a trouvé une certaine légitimité à vil prix. L’opposition en est responsable, car elle n’a pu éviter de cautionner ce subterfuge grotesque.

Etes-vous en train d’appeler à une nouvelle classe politique ?

La nouvelle classe politique ne tombera pas du ciel. Il faut travailler à cela. Les acteurs politiques d’aujourd’hui, finalement, n’existent que de nom. Ils sont devenus des acteurs au sens théâtral du terme n’esquissant le moindre geste que sur recommandations de leurs metteurs en scène. D’autres sont purement et simplement des intermittents du spectacle politique. Ils ont trop subi les estocades du pouvoir de Lomé 2. Mais, il ne nous appartient pas de les licencier. Nous n’avons embauché aucun leader politique pour prétendre aujourd’hui les mettre à la retraite. Seul le peuple congédie les hommes politiques.

A notre sens, le peuple togolais ne peut raisonnablement plus exiger trop de choses de certains de ces responsables au crépuscule de leur vie politique et liés à certains hommes du pouvoir par des relations confrériques.

Que voulez-vous dire en parlant de relations confrériques ?

Il est beaucoup de responsables de l’opposition qui sont des sectes et autres sociétés secrètes telles que la franc-maçonnerie au même titre que certains membres du parti au pouvoir. Ces liaisons font qu’en réalité, il ne se joue rien d’autre que des matchs amicaux entre les deux pôles.

Donc ?

Donc quoi ? Je ne souhaite pas en dire plus.

Deux organisations de la société civile, le REFAMP et le GF2D sont au dialogue national. Pensez-vous qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle ?

Le REFAMP et le GF2D ont été à la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI) et avaient proclamé les faux résultats du scrutin présidentiel du 24 avril 2005.

Le REFAMP est dirigé par la présidente de la CENI, une mère de famille qui n’a pas eu l’instinct maternel de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Sans cœur ni esprit républicain, elle a donné des résultats tronqués, couronnant ainsi en toute illégitimité Faure Gnassingbé. Le GF2D s’était rendu complice de ce fait dès lors qu’il ne s’est jamais publiquement prononcé sur l’exactitude des chiffres proclamés et qui ont occasionné des morts, des blessés, des déplacés et des exilés. Le GF2D n’a pas non plus rendu compte de ses actes au CASCOST dont il est membre. Lorsque nous avions posés la question, un avocat proche de ce groupe nous a dit que le GF2D est allé à la CENI à titre individuel.

Quel rôle ces deux organisations de femmes ayant installé leurs lits dans l’antichambre du pouvoir, vont-elles jouer ? Franchement, nous ne pensons pas que le REFAMP soit de la société civile et que le GF2D soit représentatif. Le GF2D est allé certainement à ce dialogue à titre individuel comme à la CENI. La plupart des participants au dialogue connaissent ces réalités mais se taisent. Au finish, c’est un gentlemen’s agreement de bonnes consciences qui prévaut sur les intérêts du peuple togolais.

Mais, il y a eu une Assemblée Générale du CASCOST qui a élu le GF2D à sa coordination. Donc, en toute logique le GF2D parle au nom de ce collectif auquel vous appartenez...

Cette Assemblée Générale a été organisée pour légitimer le GF2D au prétendu dialogue. Beaucoup de choses se sont passées. Nous ne souhaitons pas entrer dans les détails. Ce qui s’était passé en réalité à l’AG du 22 avril dernier, c’est moins une élection qu’une cooptation. Les postes ont été partagés avant l’Assemblée Générale.

Le plan tel que ficelé visait à couper l’herbe sous les pieds de certaines associations plus sérieuses et ranger les organisations de jeunesse membres du CASCOST dans les commissions afin qu’elles n’influencent pas les décisions de l’exécutif. Nous avions protesté contre ces différents plans. Nous avions même dit à certains aînés que si ces plans aboutissaient, la jeunesse se sentirait écartée et ne donnera plus le meilleur d’elle-même, mais nous n’avions pas été écoutés. Je rappelle au passage que c’est nous les jeunes qui, descendons le plus souvent sur le terrain.
Nous réitérons ici les propos que nous avions tenu lors de l’AG ajourné du collectif en décembre 2005 : le peuple togolais est pris en otage par une pègre internationale et une mafia interne. C’est dommage !

A vous entendre, on a l’impression que vous rejetez le dialogue. Alors que proposez-vous ?

Non, dans l’absolu nous ne rejetons pas le dialogue. La société togolaise est gravement blessée. Nous sommes conscients qu’on ne peut bâtir une nation sur des amertumes et sur des ressentiments. Convaincus que les mots suturent les cicatrices pour replier les rebords de la blessure l’un sur l’autre et la refermer en laissant une trace qui sera porte-parole, témoin de l’histoire, nous devons renouer avec la parole.

En revanche ce que nous reprochons à ce qu’on appelle actuellement dialogue, c’est sa légèreté et ses réelles motivations. A notre avis, d’autres acteurs doivent y participer à la mesure de leur implication dans la crise ou leur influence dans la vie nationale. Et parmi ceux-ci, figurent l’armée, les églises, les organisations de défense des droits humains, la jeunesse et la diaspora…Il est par exemple nécessaire que l’armée déballe les motivations réelles qui la poussent à tuer et empêcher l’émergence d’un Togo démocratique et juste. On ne doit pas non plus oublier la question des milices.

On peut appeler ceci dialogue, conférence nationale ou table ronde ; L’essentiel c’est de poser les problèmes les uns après les autres et leur trouver des solutions avec une feuille de route dont la clarté ne doit souffrir d’aucune ambiguïté.

Au cours de cette rencontre, le pouvoir illégitime de Faure Gnassingbé doit être à l’écoute et agir de manière convaincante, sincère et résolue dans le sens de sortir le Togo à jamais des ténèbres où feu Eyadema et lui-même l’ont plongé. Il ne pourrait en être autrement pour espérer un début d’acceptation de son pouvoir par le peuple.

Le pouvoir a célébré cette année le 27 avril et réhabilité les anciens chefs d’Etat togolais. Ne pensez-vous pas que c’est un signe d’ouverture et de réconciliation qu’il faut saluer ?

Le régime a fait d’une pierre deux coups. En donnant l’impression de célébrer l’indépendance du Togo, Faure Gnassingbé célébrait en réalité son avènement au pouvoir officiellement proclamé le 26 avril 2005 par la CENI.

Nous sommes de ceux qui pensent qu’on ne peut réconcilier le peuple togolais rien que par les fêtes. C’est insurmontable qu’on fasse la fête aux côtés des cadavres, des blessures encore saignantes et des réfugiés qui souffrent dans les camps au Bénin et au Ghana. La réconciliation ne se décrète pas. Il faut enclencher le processus en reconnaissant très clairement que ce sont les militaires qui dirigent le Togo et que la présidence n’est qu’une annexe du ministère de la défense. Ensuite, il faut que les acteurs des différents crimes commis au Togo fassent allégeance à la vérité et à la justice.

L’évanescence des responsabilités dans l’anonymat du « nous » est fondement d’une fuite permanente et donc inacceptable. Enfin, la réconciliation sera faite dès lors que le peuple togolais retrouvera sa souveraineté démocratique en ayant le pouvoir de se doter lui-même des dirigeants à sa convenance et que les richesses dont il a été dépouillé lui seront retournées. Tout compte fait, nous sommes d’un même espace et nous devons travailler sincèrement pour ne pas répéter la bêtise de cette nuit d’obscurantisme et de haine imposée par les chantres putatifs de la paix et de la stabilité.

Lorsqu’on aligne les images des anciens chefs d’Etat du Togo l’une après l’autre, est ce cela la réhabilitation ? Au nom d’une certaine réconciliation décrétée d’ailleurs par les bourreaux, on ne peut tolérer la dangereuse confusion de mettre sur un pied d’égalité ceux qui ont versé leur sang pour l’indépendance et ceux qui ont fait la guerre d’Algérie. Le 27 avril, c’est la mémoire de ceux qui ont versé leur sang pour la patrie et non celle de ceux qui ont versé le sang du peuple pour leur propre survie et pour les intérêts de la métropole.

Merci Monsieur KPOGLI

C’est à moi de vous remercier.

samedi 22 avril 2006

Citoyenneté au service de la Nation: cas François BOKO



Compte rendu de la conférence

Le 22 avril 2006 à 15 heures, à l’Ecole Professionnelle de Lomé, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique, a organisé une conférence débat sur le thème : la citoyenneté au service de la Nation : cas Me François Akila Esso BOKO.


Cette conférence vise à analyser la portée juridique et politique de la démission de M. BOKO qui, le 22 avril 2005 alors ministre de l’intérieur, chargé de l’organisation de la présidentielle du 24 avril 2005, a rendu le tablier dans la surprise générale et tirer les enseignements qui en découlent pour formuler des alternatives à la crise togolaise.

Trois communications ont été inscrites à l’ordre du jour de la conférence : la portée juridique et politique de la démission de l’ex-ministre de l’intérieur, en charge de l’organisation du scrutin du 24 avril 2005. le défi de l’impunité au Togo les alternatives à la crise togolaise.

I- Le discours d’ouverture du Président

M. Benjamin NALIALI, président de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique après avoir salué les invités, a déclaré que le Togo, ce beau pays, une portion de notre patrimoine commun l’Afrique, est un Etat à part entière dans notre sous région Ouest africaine car il a-t-il dit, son histoire est émaillée d’évènements malheureux et douloureux depuis 1963 fragilisant ainsi l’unité nationale du Togo et compromettant dangereusement son développement endogène. Le président de la J.U.D.A a affirmé que le Togo est devenu la société mère de l’impunité et un laboratoire d’expérimentation de violations des institutions républicaines.

Il a noté que la J.U.D.A n’ignore pas l’assistance bienveillante que la communauté internationale apporte à l’Afrique et au Togo particulièrement. Cependant, il a exprimé la profonde désolation de la jeunesse africaine de voir la France soutenir des régimes à caractère répressif et par endroit les rebellions indésirables en Afrique, allant jusqu’à imposer aux peuples africains des autorités notoirement illégitimes et ayant comme programme de gouvernement la satisfaction de leurs intérêts égoïstes et ceux de leurs mandants.

Parlant à la presse, M. NALIALI lui a adressée les encouragements et les félicitations de la J.U.D.A pour l’exaltante mission qu’elle accomplit dans des conditions extrêmement délicates, parfois périlleuses. Tout en exhortant les journalistes à rester debout jusqu’à l’enracinement de la démocratie en Afrique et au Togo, le président de la J.U.D.A recommande aux autorités togolaises de garantir effectivement la liberté de presse et d’outiller la presse afin qu’elle assume efficacement son rôle de quatrième pouvoir ; car il n’ y a pas de démocratie sans une presse libre.
Il a rendu hommage à la jeunesse togolaise à qui il a rappelé cependant que la lutte pour la liberté est une lutte de longue haleine et que personne ne viendra libérer le Togo à sa place. Pour cette raison, la J.U.D.A l’exhorte vivement à l’unité et à la solidarité agissante pour accomplir sa mission, celle d’assurer aux générations futures des lendemains meilleurs.

Revenant au thème de la conférence, le président de la J.U.D.A a indiqué qu’en démissionnant le 22 avril 2005, M. BOKO a accompli un acte courageux dont la portée juridique et politique est inestimable, car M. BOKO a limogé ses intérêts égoïstes au profit de ceux du peuple et que cet acte doit inspirer ses anciens collègues.

Le président de la J.U.D.A a émis le souhait qu’au terme de cette conférence, un nouvel esprit citoyen germinera au sein de la jeunesse togolaise, prête à promouvoir les valeurs démocratiques et doter le Togo de véritables organes étatiques légitimes et représentatifs capables d’y impulser un développement socio-économique durable.

II- Les communications

La conférence s’était déroulée autour de trois communications : la portée juridique et politique de la démission de l’ex-ministre de l’intérieur, en charge de l’organisation du scrutin du 24 avril 2005, le défi de l’impunité au Togo et les alternatives à la crise togolaise.

1- portée juridique et politique de la démission de l’ex-ministre de l’intérieur, en charge de l’organisation du scrutin du 24 avril 2005

Cette communication a été présentée par Me ADIGBO Toussaint, avocat à la cour de Lomé.

Le communicateur a d’abord replacé la démission de M. BOKO dans son contexte en rappelant la prise du pouvoir le 05 février 2005 par Faure GNASSINGBE grâce à l’appui de l’armée, les modifications constitutionnelles qui en ont suivi et la prestation de serment de Faure GNASSINGBE devant la cour constitutionnelle qui curieusement l’avait acceptée et les pressions du peuple togolais et de la communauté internationale qui avaient abouti au recul de Faure GNASSINGBE.

El Hadj Abass BONFOH a été trouvé pour exercer les fonctions de Président de l’Assemblée Nationale et par conséquent assumer les fonctions du président de la République par intérim qui, convoqua dans la précipitation le corps électoral pour le 24 avril 2005 en vue de l’élection du président de la République, à laquelle Faure GNASSINGBE s’est déclaré candidat sous la bannière du R.P.T. Le but visé, selon le communicateur était manifestement de faire élire le candidat Faure GNASSINGBE à travers une parodie d’élection.

Malgré les violences qui ont émaillé le processus et les interpellations de la société civile et des partis politiques d’opposition, le pouvoir intérimaire n’a pas eu le courage de prendre ses responsabilités. Il a maintenu la date du scrutin. Le Ministre de l’Intérieur, qui était plus au parfum des réalités en mesurant l’ampleur du danger imminent que constituait l’organisation de l’élection du 24 avril 2005, a, estimé que « la poursuite d’un tel processus électoral est suicidaire pour notre pays ». En bon citoyen et homme valeureux, soucieux de la prospérité et du développement politique de son pays, il a dû rendre son tablier le 22 avril 2005 tout en exhortant le Président par intérim à aider le peuple togolais à « faire preuve d’un sursaut national et renoncer à cette aventure électorale ».

Abordant la portée de l’acte de M. BOKO, Me ADIGBO a affirmé que cette portée ne peut être établie qu’en tenant compte du rôle, des responsabilités et des attributions du Ministère de l’Intérieur en matière électorale.

Il a cité ces attributions et rôles qui sont déterminés par le Code électoral résultant de la loi n°2000/007 du 05 avril 2000 modifiée par la loi n°2002-001 du 12 mars 2002 et la loi 2003-01 du 07 février 2003, notamment les articles 3, 4, 39 et 40 du Code électoral.

De toute évidence, selon Me ADIGBO, il ressort de ces textes que le Ministère de l’Intérieur ou l’Administration électorale est le premier responsable de l’organisation des élections. Donc, la démission de M. BOKO, ministre de l’intérieur, responsable de l’administration électorale au motif que « les conditions politiques d’une élection qui réconcilie le Togo avec lui-même sont loin d’être remplies », pose indubitablement le problème de la transparence du scrutin du 24 avril 2005 et partant celui de la légitimité du prétendu vainqueur.

M. ADIGBO a conclu sa communication en regrettant le fait que le Togo ait certainement raté une occasion « de poser de nouvelles règles saines permettant de bâtir l’Etat de droit et de consolider la démocratie. ». Cependant, il n’est pas trop tard pour bien faire, il a émis le souhait que le dialogue national qui venait à peine de commencer soit un cadre harmonieux susceptible de donner espoir au peuple togolais afin que « ce beau pays, rentre dans l’ère de la modernité en retrouvant le chemin de la prospérité et du progrès », comme l’a si bien souhaité l’ex-ministre démissionnaire.

2- Le défi de l’impunité au Togo

Ce thème a été développé par M. Guy Adem SIEKRO, président d’Amnesty International au Togo.

Le communicateur a défini l’impunité comme une situation dans laquelle des auteurs de violations des droits humains et du droit international humanitaire ne sont ni traduits en justice ni punis, parce que le système de gouvernement d’un pays ou les Etats membres d’une organisation intergouvernementale en ont décidé ainsi. C’est le fait d’être assuré de ne pas être inquiété pour des délits et crimes qu’on pourra commettre, ce qui, évidemment pousse à les commettre.

Il a ensuite avancé les raisons pour lesquelles l’impunité doit être combattue, les causes de l’impunité, puis touché les cas spécifiques des commissions vérité et réconciliation et parlé des solutions à l’impunité.

Revenant sur l’impunité au Togo, M. SIEKRO a estimé qu’il est avéré que pendant la période d’avant, pendant et après l’élection présidentielle d’avril 2005, des actes de vandalisme et des exactions ont été commis, occasionnant des violations graves des droits humains. Il a fait référence au rapport de la Commission nationale spéciale d’enquête indépendante qui a été créée par le chef de l’Etat et présidée par Me Joseph Kokou KOFFIGOH qui dénombre plus de 150 morts et plusieurs centaines de blessés, sans compter les dégâts matériels, et ceci sur presque toute l’étendue du territoire. Ces actes ont été commis délibérément par des personnes qui avaient manifestement l’intention de donner la mort, de faire du mal. Et pour cela, elles doivent être traduites devant une justice impartiale et équitable, avec toutes les garanties de respect des normes internationales relatives aux droits des accusés ou prévenus. Mais s’étonne le communicateur, depuis la publication du rapport de la commission KOFFIGOH, rien ne se fait dans le sens de la justice, c’est-à-dire de la poursuite judiciaire des personnes soupçonnées d’être les auteurs des actes incriminés.

M. SIEKRO citant les missions de la Commission Nationale Spéciale d’Enquête Indépendante (CNSEI) fixées par le décret N° 2005-050/PR du 25 mai 2005, a invité le gouvernement togolais à engager donc des poursuites contre les auteurs et les commanditaires de ces actes de violences, parce qu’il s’y est engagé non seulement par le décret du chef de l’Etat, mais surtout parce que l’Etat togolais est partie à plusieurs conventions et autres traités internationaux en la matière.

En tout état de cause, a précisé M. SIEKRO, il faut prendre acte des déclarations du chef de l’Etat sur Radio Vatican (le 15 avril 2006) et aussi considérer (positivement peut-être) la déclaration du Premier ministre à l’ouverture des travaux du dialogue politique national, ce 21 avril 2006, qui dit que la question de l’impunité sera aussi à l’ordre du jour du dialogue. Il faut gager que ces déclarations sont le signe d’une réelle volonté de ne pas occulter les nombreuses victimes de ces événements malheureux.

M. SIEKRO ajoute que la lutte contre l’impunité ne doit pas seulement être l’affaire des autorités gouvernementales. Il faut que chaque citoyen puisse prendre l’engagement d’œuvrer pour mettre fin à l’impunité en refusant le silence ou la résignation. La victime de violation de droits humains doit aussi, dans la mesure du possible saisir les institutions judicaires afin que sa cause soit entendue et réglée. Dans tous les cas, le souci d’apaisement ou de réconciliation n’est pas incompatible avec la justice. C’est plutôt l’impunité qui perpétue les divisions et les rancoeurs, a-t-il précisé.

Le président d’AI-Togo conclut qu’il faut considérer que la causerie d’aujourd’hui constitue une sonnette de plus que tirent les organisateurs, pour que l’importance nécessaire soit accordée au sujet, que ce soit au niveau du gouvernement ou au cours du dialogue.

3- Les alternatives à la crise togolaise

Cette communication a été présentée par Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A qui a tenu à apporter quelques précisions avant d’entrer dans le vif du sujet. Il a éclairé l’assistance sur cette conférence qui n’a pas pour but d’exalter M. BOKO, le porter au pinacle pour l’agiter comme un héro impeccable. Car a-t-il dit, M.BOKO a appartenu durant des années au pouvoir dictatorial du feu Eyadema. La nuit du 05 février 2005 lors du coup d’état absolument cynique de Faure Gnassingbé, il était parmi les officiers supérieurs de l’armée qui lui avaient prêté allégeance. De toute évidence, M. BOKO a un passé.

Cependant, a dit le communicateur ce que les organisateurs souhaitent partager avec l’auditoire, à travers cette rencontre, c’est la décision de M. BOKO de rendre le tablier à un moment où le pays allait sombrer. M. BOKO a ainsi donc, inauguré une jurisprudence politique au Togo et ceci à double point de vue : militaire et politique.
  • militaire, parce que l’ex-ministre était un officier supérieur, chef d’escadron de l’armée togolaise. Il a refusé de faire couler le sang du peuple togolais contrairement à ses autres compagnons jusqu’au-boutistes. Cet acte est une invite à tout homme en arme de ne pas satisfaire aux intérêts contraires aux idéaux républicains.
  • politique, parce que, M. BOKO était un homme politique, ministre dans un gouvernement et de surcroît, chargé d’organiser l’élection du 24 avril. Une mission fondamentalement politique. Sa démission est un appel à tout politique de rendre le tablier lorsque l’intérêt général n’est pas au cœur de son action et de la mission qui lui est assignée.

Le communicateur a dit que c’est un truisme de dire que le Togo traverse une crise en précisant que les alternatives qu’il formule à travers cette communication ne sont pas bibliques. Elles sont discutables et perfectibles. Elles ne sont pas non plus une découverte de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique. Il s’agit entre autre : lutter contre l’impunité pour favoriser la réconciliation des Togolais, réformer l’armée togolaise, réformer la constitution, faire émerger un leadership responsable d’opposition, pratiquer de la citoyenneté au sommet de l’Etat, dialoguer pour dénouer la crise togolaise, opérer une mutation dans la mentalité collective, édifier une société civile forte, réveiller la Jeunesse togolaise.

Le communicateur a vivement appelé les gouvernants actuels à refuser la solidarité dans la bêtise noyée sous le vocable solidarité gouvernementale et refuser de servir un homme, un clan ou une famille en lieu et place d’une vision, d’un projet de société pour l’intérêt général (en suivant la jurisprudence BOKO).

III- Le débat

Après les communications, un vif échange a lieu. Des questions ont été posées aux communicateurs qui ont répondu dans une franchise tranchant avec les habitudes. L’auditoire s’est dit satisfaite et a vivement félicité la J.U.D.A pour avoir organisé cette conférence qui a pris fin autour de 18 heures GMT.

mercredi 15 mars 2006

Appel du Gouvernement au retour des réfugiés togolais.

DECLARATION

La J.U.D.A redoute un scénario du Beach à la Togolaise.

Le gouvernement togolais, par une note circulaire, vient de demander à la justice et à tous ses démembrements la cessation de toute poursuite à l’égard des réfugiés togolais au Bénin et au Ghana. Cette mesure, selon le gouvernement, vise à créer un climat de confiance qui favoriserait leur retour au Togo, pays qu’ils ont été forcés à quitter sous peur d’être tués lors de l’accession violente et cynique de Faure Gnassingbé au trône présidentiel hérité de son feu père.

Cette mesure, selon la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A), est une diversion étatique car elle ne règle en rien les préoccupations sécuritaires exprimées par les réfugiés. Cette note circulaire ne règle pas non plus la crise de confiance entre le pouvoir illégitime, brutalement assis au Togo et les réfugiés et plus largement le peuple.

La question des réfugiés togolais ne saurait trouver sa solution dans une mesure interdisant à la justice de faire son travail en toute indépendance. Au contraire, cela accentue une fois encore l’impunité contre laquelle l’ensemble du peuple togolais s’insurge depuis des dizaines d’années déjà. Aucun togolais quel qu’il soit ne doit bénéficier de la règle d’impunité s’il est établi matériellement sa responsabilité en toute transparence et légalité. Ce n’est qu’à ce prix que l’Etat de droit émergera au Togo.

La J.U.D.A dénonce donc la mesure du gouvernement qui présente globalement l’ensemble des réfugiés togolais comme des hors-la-loi, craignant la sanction judiciaire pour des faits répréhensibles dont ils se sont rendus coupables. Cette fausse présentation mieux, cette inversion des charges relève de l’art classique qui est celui du Togo d’indemniser les bourreaux pour culpabiliser les victimes. C’est du mensonge pur et simple.

La J.U.D.A estime que nombre de ces Togolaises et Togolais n’ont fui le Togo que parce qu’ils redoutent la mort (et ils n’ont pas tort, puisqu’au moins 500 personnes ont été tuées pour que le Prince soit installé) ou qu’ils avaient été témoins des massacres ou de tout autre acte violant ainsi gravement l’intégrité physique et morale de leurs concitoyens, ou encore qu’ils avaient perdu tous leurs biens matériels (maisons, magasins dynamités, meubles brûlés ou emportés…).

Le gouvernement dans le souci de trouver une solution adéquate à la question des réfugiés doit faire une lecture exacte de la situation fondée sur les différents rapports d’organismes nationaux et internationaux de défense de droits de l’homme y compris le rapport de l’ONU et aussi mettre en œuvre les recommandations contenues dans ces différents rapports.

En conséquence la J.U.D.A:

- estime qu’aussi longtemps que les criminels et autres assassins dans les rangs de l’armée et des milices jouiront de toute impunité voire seront récompensés par une promotion ou par une intégration dans l’appareil étatique, toute autre mesure ne sera que pure digression,
redoute un Beach à la Togolaise à l’image du Congo de Sassou Nguesso,

- demande au gouvernement togolais de sécuriser l’environnement puis signer un accord tripartite (Togo-Bénin- UNHCR) pour un retour volontaire des réfugiés, qui, faut-il le rappeler vivent une situation révoltante et conflictuelle dans les camps au Bénin et mènent une vie de bohème au Ghana où le gouvernement Kufuor refuse toujours de les camper,

- appelle le gouvernement à retirer purement et simplement la mesure pour laisser la justice fonctionner dans les normes démocratiques. Le peuple appréciera,

- exhorte l’ensemble de la société civile togolaise à une mobilisation active sur cette question des réfugiés afin que la démocratie et la paix au Togo soient construites par l’apport de tous.

Fait à Lomé, le 15 mars 2006

Pour la Coordination,

Le secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI