mardi 7 juillet 2009

Michael Jackson, une victime de la sous-humanisation des Noirs.




07 juillet 2009
Rodrigue KPOGLI
Web. http://lajuda.blogspot.com


Il est un courant de pensée qui voudrait déconnecter Michael Jackson du peuple noir. En effet, depuis le décès de celui-ci, des commentaires et des articles pointent du doigt sa dépigmentation presque totale. Les auteurs de ces textes expliquent qu’en raison de ceci, s’ils étaient Noirs, ils n’allaient jamais accepté que Jackson leur soit rattaché. C’est tout simplement le mauvais Noir, le Noir qui ne voulait pas l’être, clament-ils.

Cette observation, à première vue, n’a rien d’inacceptable sauf qu’elle est fausse si elle est soumise à une analyse plus minutieuse. Pour des raisons suivantes, la star planétaire ne doit pas être rejetée.

D’abord, Michael Jackson, de son vrai nom Michael Joseph Jackson, décédé le 25 Juin 2009 à Los Angeles, dans l’Etat de Californie à l’âge de 50 ans, est un chanteur qui cumulait également les attributions de danseur, chorégraphe, auteur-compositeur, producteur et même acteur de cinéma. Perfectionniste jusqu’aux ongles, le Roi de la Pop a vendu plus de 750.000.000 disques, un record inégalé jusqu’ici et inégalable à coup sûr. Cette réussite est celle d’un Noir (nègre), descendant d’esclaves. Et ce record éternel, le peuple Noir ne doit pas le jeter car, il est l’œuvre d’un de ses enfants nés en déportation esclavagiste. Au contraire, il doit rentrer dans le patrimoine noir particulièrement et ceci pour rappeler aux détracteurs qu’ils ont beau humilier, maltraiter et rejeter les Noirs, l’histoire humaine - depuis l’apparition de l’Homme sur terre en passant par l’Egypte antique - ne se fait pas en dehors de ces derniers.

Ensuite, derrière l’immensité artistique jacksonienne, se cache un homme au cœur généreux et sans frontières. A la différence de nombre de ses collègues artistes, Michael Jackson a destiné une bonne part de ses gains au soutien des œuvres caritatives. Déjà en 1985, Michael Jackson co-écrit avec Lionel Richie la chanson "We Are The World" pour aider à vaincre la faim en Afrique, plus spécifiquement en Ethiopie. En 1992, Jackson crée la Fondation Heal The World, une organisation caritative pour porter assistance aux enfants et à l'environnement martyrisés par l’avidité humaine. Cette fondation agit avec des organisations locales et nationales pour partager des expertises et des infrastructures existantes pour porter assistance et aides aux enfants désavantagés, lutter contre la faim, la drogue, les abus d'alcool et la maltraitance infantile dans le monde.
En 1995, il sort "History: Past, Present and Future" et consacre le titre "Earth Song" à la défense de l’environnement et de la nature, la perte de la biodiversité, la déforestation des forêts tropicales, la sécheresse, la guerre ou encore la pollution. Il interviendra entre autres aussi en Afrique du sud en finançant la lutte contre le sida.
En 2000, le Guiness des Records le reconnaît comme la star qui soutient financièrement le plus grand nombre d’associations humanitaires. Pour cette générosité, les Noirs doivent avoir de la fierté et rendre hommage à cet homme qui par ses actions, a montré qu’il avait une avance considérable sur la plupart de ses congénères surtout ceux d’Afrique qui bien qu’ayant la peau totalement noire et les cheveux crépus agissent contre leur peuple dans une allégresse doublée d’un égoïsme surdimensionné.

La grandeur de Jackson, s’il faut encore la démontrer à ceux qui font semblant de ne rien voir, c’est ce qui s’est passé lorsque ses funérailles avaient été annoncées. Pour 11.500 places disponibles au Staples Center mues en 11.000 tickets, il y a eu 1,6 million demandeurs. De quoi marquer à nouveau la différence avec tous ceux, artistes talentueux certes, qu’on tente désespérément de rapprocher de lui. Les Noirs auront donc tort de rejeter cet homme qui avec Nelson Mandela, lors de sa libération le 11 février 1990 et son élection à la présidence en 1994, et Barack Obama lors de son élection en novembre 2008, sont les seuls à franchir avec autant de facilité toutes les frontières et fédérer ainsi autant de générations autour de leur personne.

Mais l’artiste, comme tout humain, a d’énormes qualités. Des défauts aussi. Et ceux-ci peuvent être résumés en l’incapacité voulue ou non de Michael Jackson de ne pas lever sans fioriture ni hésitation les suspicions pédophiles qui pesaient sur lui et sa propension quasi pathologique à se blanchir la peau. Sur ce dernier point, ceux qui l’attaquent ont raison car, Jackson était plus beau et mille fois plus attrayant lorsqu’il était Noir. Quant aux tourments sexuels qu’on lui prêtait, il sera blanchi par la justice le 13 juin 2005 puis à sa mort, Jordan Chandler, qui l’a accablé toutes ces années pour le plus grand bonheur des médias, a avoué le 29 juin 2009 avoir menti sous la pression paternelle en ces termes « Je n'ai jamais voulu mentir et faire de mal à Michael Jackson mais mon père m'a ordonné de dire que des mensonges. Maintenant, je ne peux plus dire à Michael Jackson comment je suis désolé et s'il veut me pardonner. Pour la première fois, je ne supporte plus de mentir. Il ne m'a rien fait et c'était uniquement des mensonges pour enrichir mon père. » Aveu tardif ! L’image de Jackson en a souffert. Mais pas seulement, puisqu’il a dû débourser 22 millions de dollars US à la famille du garçon pour pouvoir obtenir l’abandon des poursuites.

Sur ses changements physiques, Michael Jackson peut et doit certainement être condamné. Mais de là, à vouloir lui coller des étiquettes de traitrise et de racisme à l’envers, c’est ignorer que cet homme n’a presque pas connu d’enfance car, trop tôt star. On pourra même affirmer que Jackson n’a pas eu le parcours pouvant lui permettre de se forger une identité à toute épreuve dans un pays où le racisme a été systématisé, il y a encore quelques années. La vérité c’est que Jackson est la nième victime de la pensée occidentale, blanche qui voudrait que le Noir ne soit pas un homme. Cette pensée transformée en science qui fait du Noir, un sous-homme, un esclave naturel, un colonisé, humilié et injurié perpétuellement. Un Etre qui pour avoir le statut d’Homme doit être un assimilé, un Noir « blanchi de la tête jusqu’aux pieds » après avoir eu honte de sa personne et de son histoire écrite par les maîtres. Michael Jackson n’est que le symbole le plus abouti et le plus radical de cet homme noir. On a beau injurier et coller tous les superlatifs à Joe Jackson, le père « tyran » de Michael, c’est d’un cynisme criard et par lâcheté que des observateurs et des commentateurs si avisés de cet évènement, oublient de mentionner la pensée « blanche » qui a catégorisé les Noirs dans la « race » inférieure plus proche des singes que de « l’Homme ». Lesquels Noirs doivent travailler pour « ressembler » aux « Blancs » pour espérer devenir Homme.

Michael Jackson est victime de cette pensée là. Avait-il les ressources de ne pas se comporter en conséquence ? Le doute est permis car, comme écrit plus haut et admis de tous, le petit Michael n’a pas connu une vie ordinaire accompagnée de formation psychologique immunisante. Sans doute l’artiste s’est-il lui-même rendu compte qu’il avait commis une faute lourde en entamant le processus qui doit le conduire au monde blanc. Aussi, a-t-il tenté de se racheter en composant « Black or White » comme pour dire que Noir ou Blanc, c’est égal. Puis, « Remember the time » dans lequel en compagnie d’Eddy Murphy, il confirmait que l’Egypte antique était complètement nègre. Pourquoi donc continuer le « blanchissement » de son corps alors qu’on affirma soi-même qu’être Noir ou Blanc, on est égaux ou que l’Egypte antique l’une des plus brillantes civilisations humaines était l’œuvre de son peuple ? Un jour, peut-être, Michael Jackson lui-même livrera des explications en complément ou en rupture avec le vitiligo dont il se disait victime. Mais en attendant ce jour, le phénomène de blanchissement est aussi le fait d’un grand nombre d’Africaines et d’Africains complexés qui passent leur temps à chercher les produits décapants les plus modernes pour se dépigmenter ou s’attribuer des cheveux à l’Occidentale.

Faut-il sonner le tocsin à ces Noirs pour leur rappeler qu’on ne change pas son ADN ? Et qu’il n’y a aucun mal à être Noir ? Contrairement à l’idée communément acceptée et largement véhiculée par l’école coloniale ainsi que les intellectuels aliénés et organiques à l’œuvre dans les sociétés africaines, l’Afrique noire pré-esclavagiste avait l’une des organisations sociétales les plus abouties. C’est plutôt un retour vers ce passé avec un regard critique pour rebâtir une identité commune, assumée et revendiquée qui fera du Noir, un homme respecté et non la perpétuation des méthodes diverses par lesquelles il veut fuir sa personne pour trouver un refuge plus qu’éphémère et voué à un échec certain dans la peau d’un autre.

1 commentaire:

Harmel Ngonzoh a dit…

Bon travail Rodrigue, soyons nous noir fière d'être africain c'est quand étant et en l'acceptant que nous pourrons parvenir à réussir. Harmel NGONZOH (Gabon)