mardi 9 mai 2006

Togoforum interviewe M. Komla KPOGLI, S.G de la J.U.D.A

Propos recueillis par Alain Nococo le 8 mai 2006

Alors que clopin-clopant, le dialogue intertogolais démarré le 21 avril dernier poursuit son petit bonhomme de chemin à la salle Evala de l’Hôtel Corinthia 2 Février, des voix s’élèvent ça et là pour dénoncer ce qu’elles appellent un nouveau marché de dupes destiné à légitimer le pouvoir en place par la participation des responsables de l’opposition. Et parmi ces voix, on peut citer la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A-), une des organisations de la société civile très active au Togo. Dans une interview qu’elle a bien voulu nous accorder, son secrétaire général Komla KPOGLI revient ici sur la conférence de presse sur l’action courageuse et patriotique de l’ex ministre de l’intérieur, le chef d’Escadron François BOKO qu’elle a organisée le 22 avril dernier, juste au lendemain de l’ouverture du dialogue, et jette un regard critique sur les travaux dudit dialogue. Lisez plutôt !

TOGOFORUM : Votre organisation, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique a organisé le 22 avril dernier une conférence publique sur la démission de l’ex-ministre de l’intérieur M. François Esso BOKO. Quels en étaient les objectifs ?

Komla KPOGLI : le 22 avril 2005 alors que tous les regards étaient rivés au scrutin présidentiel du 24 avril, le ministre de l’intérieur, chargé de l’administration électorale a posé un acte courageux et patriotique en rendant le tablier et appelé à la suspension du processus électoral en cours. Il a préconisé une table ronde à l’issue de laquelle, de véritables élections doivent être organisées.
Nous avons estimé qu’en guise d’anniversaire, il faut faire une rétrospective analytique de la jurisprudence politique que M. BOKO avait inauguré au Togo, tirer les enseignements qui en découlent, débattre de la question de l’impunité et formuler des alternatives à la crise togolaise. Nous avions voulu aussi à travers cette conférence, appeler les dirigeants togolais à s’inspirer de cette jurisprudence.

Que voulez-vous dire par là ?

M. BOKO était un homme du régime. La nuit du 05 février 2005 lors du coup d’état absolument cynique de Faure Gnassingbé, il était parmi les officiers supérieurs de l’armée qui lui avaient prêté allégeance. De toute évidence, M. BOKO a un passé. Mais, il a le mérite d’avoir refusé de faire couler davantage le sang du peuple togolais. Il a immolé ses intérêts propres sur l’autel du bien commun. Et cet acte lucide est une référence à double point de vue : militaire et politique.

Militaire, parce que l’ex-ministre était un officier supérieur, chef d’escadron de l’armée togolaise. En rendant le tablier, M. BOKO a ainsi refusé de faire couler le sang du peuple togolais contrairement à ses autres compagnons jusqu’au-boutistes. Cet acte est une invite à tout homme en arme de ne pas servir les intérêts contraires aux idéaux républicains.

Politique, parce que, M. BOKO était ministre en fonction et de surcroît, chargé d’organiser l’élection du 24 avril. Une mission fondamentalement politique. Sa démission est un appel à tout politique de rendre le tablier lorsque l’intérêt général n’est pas au cœur de son action.
En tout état de cause, l’acte de l’ex-ministre est une exhortation aux adeptes du régime ensanglanté du Togo à refuser la solidarité dans la bêtise noyée sous le vocable de la solidarité gouvernementale. C’est tout simplement un appel à la citoyenneté.

M. BOKO est-il selon vous l’espoir de la jeunesse togolaise?

Nous n’avons pas la mission de créer un père Noël encore moins le messie pour la jeunesse togolaise. La J.U.D.A ne possède pas cette fabrique de porteurs d’espoir.

Vous savez ? La jeunesse est elle-même porteuse d’espoir. Donc dire que l’espoir de la jeunesse viendrait de « l’extérieur » est une négation des capacités de cette tranche de la population dont les traits caractéristiques sont le dynamisme, la force, la créativité et l’action. C’est ainsi qu’à partir de ces caractéristiques, nous mobilisons la jeunesse sur la base des informations justes. La jeunesse togolaise doit aussi s’inspirer des modèles de citoyenneté.

Notre démarche consiste à appeler à une prise de conscience individuelle qui débouche sur celle collective. Les organisations de jeunesse pour atteindre ces objectifs, doivent œuvrer dans le seul et unique but de démocratiser le Togo. Il faut conjurer les démons de la division pour l’union sacrée en faveur de luttes qui valent la peine et des leaders de jeunesse dont la franchise des propos traduit la sincérité des intentions, qui elles-mêmes sont en conformité avec des actes qu’ils posent. Et non des leaders aux aguets pour capter des sources de financements ou encore au devant de la scène pour jouer au m’as-tu vu juste pour se positionner à être nommé à tel ou tel poste. Nous devons dépasser le nombrilisme et le carriérisme, ce sont les enjeux d’aujourd’hui qui l’exigent.

Votre conférence ne fait-elle pas de M. BOKO un nouveau leader dont l’émergence est ainsi facilitée ?

La J.U.D.A ne servira pas de tableau d’affichage à quelque courant de pensée que ce soit. Notre organisation ne sera pas non plus le principal sur lequel viendra se greffer un leader émergent. Nous entendons nous-mêmes être à l’avant-garde de la bataille pour la démocratie dans notre pays, et ceci dans la dignité.

L’opposition togolaise avait-t-elle saisi la portée de la démission du ministre chargé de l’administration électorale ?

Absolument pas ! Sinon elle aurait renoncé à participer à un scrutin décrié par le principal organisateur. L’opposition n’avait pas saisi ce coup de Trafalgar de M. BOKO pour placer la soi-disant communauté internationale devant ses responsabilités. L’opposition togolaise, jusqu’à ce jour, n’arrive pas à confectionner son propre agenda, ses propres priorités et ses propres moyens de combat. Elle s’accroche, s’aliène à l’agenda de la « communauté internationale » alors que les motivations et les priorités ainsi que le calendrier de celle-ci, par expérience, ne sont pas ceux des peuples martyrisés. Le plus souvent d’ailleurs, les peuples ne sont martyrisés que grâce à l’appui actif ou passif de cette « communauté internationale ».

Justement M. KPOGLI, parlant de l’opposition, elle est actuellement en dialogue avec le pouvoir. Pensez-vous qu’elle puisse peser sur les débats ?

Avec quels moyens va-t-elle pouvoir le faire? D’ailleurs ce dialogue est un marchandage. Visiblement certains responsables de partis veulent aller au gouvernement et ils veulent le faire par le truchement d’un certain dialogue politique au vu et au su de tous dans le souci d’éviter les critiques d’une population légitimement nerveuse.
Ce qui se passe actuellement à la salle Evala de l’hôtel 02 février s’apparente à une comédie mieux une tragi-comédie.

Vous estimez donc que le dialogue intertogolais qui se déroule actuellement n’est pas sérieux ?

Ecoutez ! Le dialogue a été ouvert à quelques jours seulement de l’anniversaire de la parenthèse de sang de Faure Gnassingbé. Et ceci a eu le double effet d’orienter tous les regards vers cette rencontre de dupes - alors que le sang de nos concitoyennes et concitoyens exige de nous des manifestations contre l’impunité et pour des mesures de confiance favorisant le retour des réfugiés togolais - et de légitimer le pouvoir en place par la participation des responsables de l’opposition. Par ailleurs, par l’ouverture du fameux dialogue et l’annonce de la célébration de 27 avril, Faure Gnassingbé a réussi à hypnotiser l’ensemble des défenseurs des droits humains et la famille des démocrates. Cela a émoussé les initiatives citoyennes qui devraient être organisées.

Où est alors le sérieux dans tout ceci. Le seul gagnant de cette mascarade c’est le régime qui a ainsi réussi à franchir le cap de l’an un sans contestation populaire et a trouvé une certaine légitimité à vil prix. L’opposition en est responsable, car elle n’a pu éviter de cautionner ce subterfuge grotesque.

Etes-vous en train d’appeler à une nouvelle classe politique ?

La nouvelle classe politique ne tombera pas du ciel. Il faut travailler à cela. Les acteurs politiques d’aujourd’hui, finalement, n’existent que de nom. Ils sont devenus des acteurs au sens théâtral du terme n’esquissant le moindre geste que sur recommandations de leurs metteurs en scène. D’autres sont purement et simplement des intermittents du spectacle politique. Ils ont trop subi les estocades du pouvoir de Lomé 2. Mais, il ne nous appartient pas de les licencier. Nous n’avons embauché aucun leader politique pour prétendre aujourd’hui les mettre à la retraite. Seul le peuple congédie les hommes politiques.

A notre sens, le peuple togolais ne peut raisonnablement plus exiger trop de choses de certains de ces responsables au crépuscule de leur vie politique et liés à certains hommes du pouvoir par des relations confrériques.

Que voulez-vous dire en parlant de relations confrériques ?

Il est beaucoup de responsables de l’opposition qui sont des sectes et autres sociétés secrètes telles que la franc-maçonnerie au même titre que certains membres du parti au pouvoir. Ces liaisons font qu’en réalité, il ne se joue rien d’autre que des matchs amicaux entre les deux pôles.

Donc ?

Donc quoi ? Je ne souhaite pas en dire plus.

Deux organisations de la société civile, le REFAMP et le GF2D sont au dialogue national. Pensez-vous qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle ?

Le REFAMP et le GF2D ont été à la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI) et avaient proclamé les faux résultats du scrutin présidentiel du 24 avril 2005.

Le REFAMP est dirigé par la présidente de la CENI, une mère de famille qui n’a pas eu l’instinct maternel de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Sans cœur ni esprit républicain, elle a donné des résultats tronqués, couronnant ainsi en toute illégitimité Faure Gnassingbé. Le GF2D s’était rendu complice de ce fait dès lors qu’il ne s’est jamais publiquement prononcé sur l’exactitude des chiffres proclamés et qui ont occasionné des morts, des blessés, des déplacés et des exilés. Le GF2D n’a pas non plus rendu compte de ses actes au CASCOST dont il est membre. Lorsque nous avions posés la question, un avocat proche de ce groupe nous a dit que le GF2D est allé à la CENI à titre individuel.

Quel rôle ces deux organisations de femmes ayant installé leurs lits dans l’antichambre du pouvoir, vont-elles jouer ? Franchement, nous ne pensons pas que le REFAMP soit de la société civile et que le GF2D soit représentatif. Le GF2D est allé certainement à ce dialogue à titre individuel comme à la CENI. La plupart des participants au dialogue connaissent ces réalités mais se taisent. Au finish, c’est un gentlemen’s agreement de bonnes consciences qui prévaut sur les intérêts du peuple togolais.

Mais, il y a eu une Assemblée Générale du CASCOST qui a élu le GF2D à sa coordination. Donc, en toute logique le GF2D parle au nom de ce collectif auquel vous appartenez...

Cette Assemblée Générale a été organisée pour légitimer le GF2D au prétendu dialogue. Beaucoup de choses se sont passées. Nous ne souhaitons pas entrer dans les détails. Ce qui s’était passé en réalité à l’AG du 22 avril dernier, c’est moins une élection qu’une cooptation. Les postes ont été partagés avant l’Assemblée Générale.

Le plan tel que ficelé visait à couper l’herbe sous les pieds de certaines associations plus sérieuses et ranger les organisations de jeunesse membres du CASCOST dans les commissions afin qu’elles n’influencent pas les décisions de l’exécutif. Nous avions protesté contre ces différents plans. Nous avions même dit à certains aînés que si ces plans aboutissaient, la jeunesse se sentirait écartée et ne donnera plus le meilleur d’elle-même, mais nous n’avions pas été écoutés. Je rappelle au passage que c’est nous les jeunes qui, descendons le plus souvent sur le terrain.
Nous réitérons ici les propos que nous avions tenu lors de l’AG ajourné du collectif en décembre 2005 : le peuple togolais est pris en otage par une pègre internationale et une mafia interne. C’est dommage !

A vous entendre, on a l’impression que vous rejetez le dialogue. Alors que proposez-vous ?

Non, dans l’absolu nous ne rejetons pas le dialogue. La société togolaise est gravement blessée. Nous sommes conscients qu’on ne peut bâtir une nation sur des amertumes et sur des ressentiments. Convaincus que les mots suturent les cicatrices pour replier les rebords de la blessure l’un sur l’autre et la refermer en laissant une trace qui sera porte-parole, témoin de l’histoire, nous devons renouer avec la parole.

En revanche ce que nous reprochons à ce qu’on appelle actuellement dialogue, c’est sa légèreté et ses réelles motivations. A notre avis, d’autres acteurs doivent y participer à la mesure de leur implication dans la crise ou leur influence dans la vie nationale. Et parmi ceux-ci, figurent l’armée, les églises, les organisations de défense des droits humains, la jeunesse et la diaspora…Il est par exemple nécessaire que l’armée déballe les motivations réelles qui la poussent à tuer et empêcher l’émergence d’un Togo démocratique et juste. On ne doit pas non plus oublier la question des milices.

On peut appeler ceci dialogue, conférence nationale ou table ronde ; L’essentiel c’est de poser les problèmes les uns après les autres et leur trouver des solutions avec une feuille de route dont la clarté ne doit souffrir d’aucune ambiguïté.

Au cours de cette rencontre, le pouvoir illégitime de Faure Gnassingbé doit être à l’écoute et agir de manière convaincante, sincère et résolue dans le sens de sortir le Togo à jamais des ténèbres où feu Eyadema et lui-même l’ont plongé. Il ne pourrait en être autrement pour espérer un début d’acceptation de son pouvoir par le peuple.

Le pouvoir a célébré cette année le 27 avril et réhabilité les anciens chefs d’Etat togolais. Ne pensez-vous pas que c’est un signe d’ouverture et de réconciliation qu’il faut saluer ?

Le régime a fait d’une pierre deux coups. En donnant l’impression de célébrer l’indépendance du Togo, Faure Gnassingbé célébrait en réalité son avènement au pouvoir officiellement proclamé le 26 avril 2005 par la CENI.

Nous sommes de ceux qui pensent qu’on ne peut réconcilier le peuple togolais rien que par les fêtes. C’est insurmontable qu’on fasse la fête aux côtés des cadavres, des blessures encore saignantes et des réfugiés qui souffrent dans les camps au Bénin et au Ghana. La réconciliation ne se décrète pas. Il faut enclencher le processus en reconnaissant très clairement que ce sont les militaires qui dirigent le Togo et que la présidence n’est qu’une annexe du ministère de la défense. Ensuite, il faut que les acteurs des différents crimes commis au Togo fassent allégeance à la vérité et à la justice.

L’évanescence des responsabilités dans l’anonymat du « nous » est fondement d’une fuite permanente et donc inacceptable. Enfin, la réconciliation sera faite dès lors que le peuple togolais retrouvera sa souveraineté démocratique en ayant le pouvoir de se doter lui-même des dirigeants à sa convenance et que les richesses dont il a été dépouillé lui seront retournées. Tout compte fait, nous sommes d’un même espace et nous devons travailler sincèrement pour ne pas répéter la bêtise de cette nuit d’obscurantisme et de haine imposée par les chantres putatifs de la paix et de la stabilité.

Lorsqu’on aligne les images des anciens chefs d’Etat du Togo l’une après l’autre, est ce cela la réhabilitation ? Au nom d’une certaine réconciliation décrétée d’ailleurs par les bourreaux, on ne peut tolérer la dangereuse confusion de mettre sur un pied d’égalité ceux qui ont versé leur sang pour l’indépendance et ceux qui ont fait la guerre d’Algérie. Le 27 avril, c’est la mémoire de ceux qui ont versé leur sang pour la patrie et non celle de ceux qui ont versé le sang du peuple pour leur propre survie et pour les intérêts de la métropole.

Merci Monsieur KPOGLI

C’est à moi de vous remercier.

samedi 22 avril 2006

Citoyenneté au service de la Nation: cas François BOKO



Compte rendu de la conférence
Le 22 avril 2006 à 15 heures, à l’Ecole Professionnelle de Lomé, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique, a organisé une conférence débat sur le thème : la citoyenneté au service de la Nation : cas Me François Akila Esso BOKO.

Cette conférence vise à analyser la portée juridique et politique de la démission de M. BOKO qui, le 22 avril 2005 alors ministre de l’intérieur, chargé de l’organisation de la présidentielle du 24 avril 2005, a rendu le tablier dans la surprise générale et tirer les enseignements qui en découlent pour formuler des alternatives à la crise togolaise.

Trois communications ont été inscrites à l’ordre du jour de la conférence : la portée juridique et politique de la démission de l’ex-ministre de l’intérieur, en charge de l’organisation du scrutin du 24 avril 2005. le défi de l’impunité au Togo les alternatives à la crise togolaise.

I- Le discours d’ouverture du Président

M. Benjamin NALIALI, président de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique après avoir salué les invités, a déclaré que le Togo, ce beau pays, une portion de notre patrimoine commun l’Afrique, est un Etat à part entière dans notre sous région Ouest africaine car il a-t-il dit, son histoire est émaillée d’évènements malheureux et douloureux depuis 1963 fragilisant ainsi l’unité nationale du Togo et compromettant dangereusement son développement endogène. Le président de la J.U.D.A a affirmé que le Togo est devenu la société mère de l’impunité et un laboratoire d’expérimentation de violations des institutions républicaines.

Il a noté que la J.U.D.A n’ignore pas l’assistance bienveillante que la communauté internationale apporte à l’Afrique et au Togo particulièrement. Cependant, il a exprimé la profonde désolation de la jeunesse africaine de voir la France soutenir des régimes à caractère répressif et par endroit les rebellions indésirables en Afrique, allant jusqu’à imposer aux peuples africains des autorités notoirement illégitimes et ayant comme programme de gouvernement la satisfaction de leurs intérêts égoïstes et ceux de leurs mandants.

Parlant à la presse, M. NALIALI lui a adressée les encouragements et les félicitations de la J.U.D.A pour l’exaltante mission qu’elle accomplit dans des conditions extrêmement délicates, parfois périlleuses. Tout en exhortant les journalistes à rester debout jusqu’à l’enracinement de la démocratie en Afrique et au Togo, le président de la J.U.D.A recommande aux autorités togolaises de garantir effectivement la liberté de presse et d’outiller la presse afin qu’elle assume efficacement son rôle de quatrième pouvoir ; car il n’ y a pas de démocratie sans une presse libre.
Il a rendu hommage à la jeunesse togolaise à qui il a rappelé cependant que la lutte pour la liberté est une lutte de longue haleine et que personne ne viendra libérer le Togo à sa place. Pour cette raison, la J.U.D.A l’exhorte vivement à l’unité et à la solidarité agissante pour accomplir sa mission, celle d’assurer aux générations futures des lendemains meilleurs.

Revenant au thème de la conférence, le président de la J.U.D.A a indiqué qu’en démissionnant le 22 avril 2005, M. BOKO a accompli un acte courageux dont la portée juridique et politique est inestimable, car M. BOKO a limogé ses intérêts égoïstes au profit de ceux du peuple et que cet acte doit inspirer ses anciens collègues.

Le président de la J.U.D.A a émis le souhait qu’au terme de cette conférence, un nouvel esprit citoyen germinera au sein de la jeunesse togolaise, prête à promouvoir les valeurs démocratiques et doter le Togo de véritables organes étatiques légitimes et représentatifs capables d’y impulser un développement socio-économique durable.

II- Les communications

La conférence s’était déroulée autour de trois communications : la portée juridique et politique de la démission de l’ex-ministre de l’intérieur, en charge de l’organisation du scrutin du 24 avril 2005, le défi de l’impunité au Togo et les alternatives à la crise togolaise.

1- portée juridique et politique de la démission de l’ex-ministre de l’intérieur, en charge de l’organisation du scrutin du 24 avril 2005

Cette communication a été présentée par Me ADIGBO Toussaint, avocat à la cour de Lomé.

Le communicateur a d’abord replacé la démission de M. BOKO dans son contexte en rappelant la prise du pouvoir le 05 février 2005 par Faure GNASSINGBE grâce à l’appui de l’armée, les modifications constitutionnelles qui en ont suivi et la prestation de serment de Faure GNASSINGBE devant la cour constitutionnelle qui curieusement l’avait acceptée et les pressions du peuple togolais et de la communauté internationale qui avaient abouti au recul de Faure GNASSINGBE.

El Hadj Abass BONFOH a été trouvé pour exercer les fonctions de Président de l’Assemblée Nationale et par conséquent assumer les fonctions du président de la République par intérim qui, convoqua dans la précipitation le corps électoral pour le 24 avril 2005 en vue de l’élection du président de la République, à laquelle Faure GNASSINGBE s’est déclaré candidat sous la bannière du R.P.T. Le but visé, selon le communicateur était manifestement de faire élire le candidat Faure GNASSINGBE à travers une parodie d’élection.

Malgré les violences qui ont émaillé le processus et les interpellations de la société civile et des partis politiques d’opposition, le pouvoir intérimaire n’a pas eu le courage de prendre ses responsabilités. Il a maintenu la date du scrutin. Le Ministre de l’Intérieur, qui était plus au parfum des réalités en mesurant l’ampleur du danger imminent que constituait l’organisation de l’élection du 24 avril 2005, a, estimé que « la poursuite d’un tel processus électoral est suicidaire pour notre pays ». En bon citoyen et homme valeureux, soucieux de la prospérité et du développement politique de son pays, il a dû rendre son tablier le 22 avril 2005 tout en exhortant le Président par intérim à aider le peuple togolais à « faire preuve d’un sursaut national et renoncer à cette aventure électorale ».

Abordant la portée de l’acte de M. BOKO, Me ADIGBO a affirmé que cette portée ne peut être établie qu’en tenant compte du rôle, des responsabilités et des attributions du Ministère de l’Intérieur en matière électorale.

Il a cité ces attributions et rôles qui sont déterminés par le Code électoral résultant de la loi n°2000/007 du 05 avril 2000 modifiée par la loi n°2002-001 du 12 mars 2002 et la loi 2003-01 du 07 février 2003, notamment les articles 3, 4, 39 et 40 du Code électoral.

De toute évidence, selon Me ADIGBO, il ressort de ces textes que le Ministère de l’Intérieur ou l’Administration électorale est le premier responsable de l’organisation des élections. Donc, la démission de M. BOKO, ministre de l’intérieur, responsable de l’administration électorale au motif que « les conditions politiques d’une élection qui réconcilie le Togo avec lui-même sont loin d’être remplies », pose indubitablement le problème de la transparence du scrutin du 24 avril 2005 et partant celui de la légitimité du prétendu vainqueur.

M. ADIGBO a conclu sa communication en regrettant le fait que le Togo ait certainement raté une occasion « de poser de nouvelles règles saines permettant de bâtir l’Etat de droit et de consolider la démocratie. ». Cependant, il n’est pas trop tard pour bien faire, il a émis le souhait que le dialogue national qui venait à peine de commencer soit un cadre harmonieux susceptible de donner espoir au peuple togolais afin que « ce beau pays, rentre dans l’ère de la modernité en retrouvant le chemin de la prospérité et du progrès », comme l’a si bien souhaité l’ex-ministre démissionnaire.

2- Le défi de l’impunité au Togo

Ce thème a été développé par M. Guy Adem SIEKRO, président d’Amnesty International au Togo.

Le communicateur a défini l’impunité comme une situation dans laquelle des auteurs de violations des droits humains et du droit international humanitaire ne sont ni traduits en justice ni punis, parce que le système de gouvernement d’un pays ou les Etats membres d’une organisation intergouvernementale en ont décidé ainsi. C’est le fait d’être assuré de ne pas être inquiété pour des délits et crimes qu’on pourra commettre, ce qui, évidemment pousse à les commettre.

Il a ensuite avancé les raisons pour lesquelles l’impunité doit être combattue, les causes de l’impunité, puis touché les cas spécifiques des commissions vérité et réconciliation et parlé des solutions à l’impunité.

Revenant sur l’impunité au Togo, M. SIEKRO a estimé qu’il est avéré que pendant la période d’avant, pendant et après l’élection présidentielle d’avril 2005, des actes de vandalisme et des exactions ont été commis, occasionnant des violations graves des droits humains. Il a fait référence au rapport de la Commission nationale spéciale d’enquête indépendante qui a été créée par le chef de l’Etat et présidée par Me Joseph Kokou KOFFIGOH qui dénombre plus de 150 morts et plusieurs centaines de blessés, sans compter les dégâts matériels, et ceci sur presque toute l’étendue du territoire. Ces actes ont été commis délibérément par des personnes qui avaient manifestement l’intention de donner la mort, de faire du mal. Et pour cela, elles doivent être traduites devant une justice impartiale et équitable, avec toutes les garanties de respect des normes internationales relatives aux droits des accusés ou prévenus. Mais s’étonne le communicateur, depuis la publication du rapport de la commission KOFFIGOH, rien ne se fait dans le sens de la justice, c’est-à-dire de la poursuite judiciaire des personnes soupçonnées d’être les auteurs des actes incriminés.

M. SIEKRO citant les missions de la Commission Nationale Spéciale d’Enquête Indépendante (CNSEI) fixées par le décret N° 2005-050/PR du 25 mai 2005, a invité le gouvernement togolais à engager donc des poursuites contre les auteurs et les commanditaires de ces actes de violences, parce qu’il s’y est engagé non seulement par le décret du chef de l’Etat, mais surtout parce que l’Etat togolais est partie à plusieurs conventions et autres traités internationaux en la matière.

En tout état de cause, a précisé M. SIEKRO, il faut prendre acte des déclarations du chef de l’Etat sur Radio Vatican (le 15 avril 2006) et aussi considérer (positivement peut-être) la déclaration du Premier ministre à l’ouverture des travaux du dialogue politique national, ce 21 avril 2006, qui dit que la question de l’impunité sera aussi à l’ordre du jour du dialogue. Il faut gager que ces déclarations sont le signe d’une réelle volonté de ne pas occulter les nombreuses victimes de ces événements malheureux.

M. SIEKRO ajoute que la lutte contre l’impunité ne doit pas seulement être l’affaire des autorités gouvernementales. Il faut que chaque citoyen puisse prendre l’engagement d’œuvrer pour mettre fin à l’impunité en refusant le silence ou la résignation. La victime de violation de droits humains doit aussi, dans la mesure du possible saisir les institutions judicaires afin que sa cause soit entendue et réglée. Dans tous les cas, le souci d’apaisement ou de réconciliation n’est pas incompatible avec la justice. C’est plutôt l’impunité qui perpétue les divisions et les rancoeurs, a-t-il précisé.

Le président d’AI-Togo conclut qu’il faut considérer que la causerie d’aujourd’hui constitue une sonnette de plus que tirent les organisateurs, pour que l’importance nécessaire soit accordée au sujet, que ce soit au niveau du gouvernement ou au cours du dialogue.

3- Les alternatives à la crise togolaise

Cette communication a été présentée par Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A qui a tenu à apporter quelques précisions avant d’entrer dans le vif du sujet. Il a éclairé l’assistance sur cette conférence qui n’a pas pour but d’exalter M. BOKO, le porter au pinacle pour l’agiter comme un héro impeccable. Car a-t-il dit, M.BOKO a appartenu durant des années au pouvoir dictatorial du feu Eyadema. La nuit du 05 février 2005 lors du coup d’état absolument cynique de Faure Gnassingbé, il était parmi les officiers supérieurs de l’armée qui lui avaient prêté allégeance. De toute évidence, M. BOKO a un passé.

Cependant, a dit le communicateur ce que les organisateurs souhaitent partager avec l’auditoire, à travers cette rencontre, c’est la décision de M. BOKO de rendre le tablier à un moment où le pays allait sombrer. M. BOKO a ainsi donc, inauguré une jurisprudence politique au Togo et ceci à double point de vue : militaire et politique.
  • militaire, parce que l’ex-ministre était un officier supérieur, chef d’escadron de l’armée togolaise. Il a refusé de faire couler le sang du peuple togolais contrairement à ses autres compagnons jusqu’au-boutistes. Cet acte est une invite à tout homme en arme de ne pas satisfaire aux intérêts contraires aux idéaux républicains.
  • politique, parce que, M. BOKO était un homme politique, ministre dans un gouvernement et de surcroît, chargé d’organiser l’élection du 24 avril. Une mission fondamentalement politique. Sa démission est un appel à tout politique de rendre le tablier lorsque l’intérêt général n’est pas au cœur de son action et de la mission qui lui est assignée.

Le communicateur a dit que c’est un truisme de dire que le Togo traverse une crise en précisant que les alternatives qu’il formule à travers cette communication ne sont pas bibliques. Elles sont discutables et perfectibles. Elles ne sont pas non plus une découverte de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique. Il s’agit entre autre : lutter contre l’impunité pour favoriser la réconciliation des Togolais, réformer l’armée togolaise, réformer la constitution, faire émerger un leadership responsable d’opposition, pratiquer de la citoyenneté au sommet de l’Etat, dialoguer pour dénouer la crise togolaise, opérer une mutation dans la mentalité collective, édifier une société civile forte, réveiller la Jeunesse togolaise.

Le communicateur a vivement appelé les gouvernants actuels à refuser la solidarité dans la bêtise noyée sous le vocable solidarité gouvernementale et refuser de servir un homme, un clan ou une famille en lieu et place d’une vision, d’un projet de société pour l’intérêt général (en suivant la jurisprudence BOKO).

III- Le débat

Après les communications, un vif échange a lieu. Des questions ont été posées aux communicateurs qui ont répondu dans une franchise tranchant avec les habitudes. L’auditoire s’est dit satisfaite et a vivement félicité la J.U.D.A pour avoir organisé cette conférence qui a pris fin autour de 18 heures GMT.

mercredi 15 mars 2006

Appel du Gouvernement au retour des réfugiés togolais.

DECLARATION

La J.U.D.A redoute un scénario du Beach à la Togolaise.

Le gouvernement togolais, par une note circulaire, vient de demander à la justice et à tous ses démembrements la cessation de toute poursuite à l’égard des réfugiés togolais au Bénin et au Ghana. Cette mesure, selon le gouvernement, vise à créer un climat de confiance qui favoriserait leur retour au Togo, pays qu’ils ont été forcés à quitter sous peur d’être tués lors de l’accession violente et cynique de Faure Gnassingbé au trône présidentiel hérité de son feu père.

Cette mesure, selon la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A), est une diversion étatique car elle ne règle en rien les préoccupations sécuritaires exprimées par les réfugiés. Cette note circulaire ne règle pas non plus la crise de confiance entre le pouvoir illégitime, brutalement assis au Togo et les réfugiés et plus largement le peuple.

La question des réfugiés togolais ne saurait trouver sa solution dans une mesure interdisant à la justice de faire son travail en toute indépendance. Au contraire, cela accentue une fois encore l’impunité contre laquelle l’ensemble du peuple togolais s’insurge depuis des dizaines d’années déjà. Aucun togolais quel qu’il soit ne doit bénéficier de la règle d’impunité s’il est établi matériellement sa responsabilité en toute transparence et légalité. Ce n’est qu’à ce prix que l’Etat de droit émergera au Togo.

La J.U.D.A dénonce donc la mesure du gouvernement qui présente globalement l’ensemble des réfugiés togolais comme des hors-la-loi, craignant la sanction judiciaire pour des faits répréhensibles dont ils se sont rendus coupables. Cette fausse présentation mieux, cette inversion des charges relève de l’art classique qui est celui du Togo d’indemniser les bourreaux pour culpabiliser les victimes. C’est du mensonge pur et simple.

La J.U.D.A estime que nombre de ces Togolaises et Togolais n’ont fui le Togo que parce qu’ils redoutent la mort (et ils n’ont pas tort, puisqu’au moins 500 personnes ont été tuées pour que le Prince soit installé) ou qu’ils avaient été témoins des massacres ou de tout autre acte violant ainsi gravement l’intégrité physique et morale de leurs concitoyens, ou encore qu’ils avaient perdu tous leurs biens matériels (maisons, magasins dynamités, meubles brûlés ou emportés…).

Le gouvernement dans le souci de trouver une solution adéquate à la question des réfugiés doit faire une lecture exacte de la situation fondée sur les différents rapports d’organismes nationaux et internationaux de défense de droits de l’homme y compris le rapport de l’ONU et aussi mettre en œuvre les recommandations contenues dans ces différents rapports.

En conséquence la J.U.D.A:

- estime qu’aussi longtemps que les criminels et autres assassins dans les rangs de l’armée et des milices jouiront de toute impunité voire seront récompensés par une promotion ou par une intégration dans l’appareil étatique, toute autre mesure ne sera que pure digression,
redoute un Beach à la Togolaise à l’image du Congo de Sassou Nguesso,

- demande au gouvernement togolais de sécuriser l’environnement puis signer un accord tripartite (Togo-Bénin- UNHCR) pour un retour volontaire des réfugiés, qui, faut-il le rappeler vivent une situation révoltante et conflictuelle dans les camps au Bénin et mènent une vie de bohème au Ghana où le gouvernement Kufuor refuse toujours de les camper,

- appelle le gouvernement à retirer purement et simplement la mesure pour laisser la justice fonctionner dans les normes démocratiques. Le peuple appréciera,

- exhorte l’ensemble de la société civile togolaise à une mobilisation active sur cette question des réfugiés afin que la démocratie et la paix au Togo soient construites par l’apport de tous.

Fait à Lomé, le 15 mars 2006

Pour la Coordination,

Le secrétaire Général,
Rodrigue KPOGLI

vendredi 10 mars 2006

SOUDAN/DARFOUR : APPEL A CESSATION DES HOSTILITES AU DARFOUR

La force d’interposition de l’Union Africaine à Darfour, arrive en fin de mandat et la question du renouvellement de sa mission se pose. Apparemment les chefs d’Etat africains ne manifestent aucun enthousiasme pour qu’elle soit reconduite. Au contraire, c’est à cœur joie qu’ils entendent placer cette troupe sous le mandat de l’ONU, confirmant ainsi la logique de dépendance et d’infantilisation dans laquelle l’Afrique est depuis la nuit des temps.

Comment, comprendre qu’un continent de 53 Etats dont les richesses financent les budgets de certains pays occidentaux à hauteur de 20 à 40 %, soit incapable de faire sa propre sécurité au point de faire recours à la moindre alerte, à l’étranger. Pendant combien de temps encore allons-nous coucher sur le lit d’autrui ?

Si l’Union Africaine doit être une réalité, il vaut mieux que dès à présent, les dirigeants africains optent pour la rupture, aussi pénible soit-elle. Il n’y aura pas d’Afrique libre et unie tant que nous nous placerons sous tutelle. Il n’y aura pas d’Afrique démocratique et forte tant que nous montrerons notre incapacité à résoudre nos difficultés par nous-mêmes. Il n’y aura pas d’indépendance et d’autodétermination de l’Afrique tant que notre sécurité sera entre les mains des forces étrangères.

La liberté a un coût, l’indépendance a un coût. Et tous les peuples d’Afrique doivent être convergés dans ce sens. Que nous ont apporté les armées étrangères ? De la désolation et la strangulation de toute l’Afrique à travers le pillage de ses ressources.

Il est temps de comprendre que nous sommes dans un monde où seuls les faibles sont appelés à disparaître sauf à s’unir véritablement. C’est pour cela que la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique appelle les frères ennemis soudanais à mettre fin à la violence et à l’autodestruction. Massacrer certaines populations de notre microcosme commun, n’est pas une preuve de bravoure.

Les frères ennemis soudanais doivent cesser la bataille car c’est justement ces comportements irresponsables qui favorisent le néocolonialisme. Le pouvoir soudanais doit se montrer à la hauteur de la mission de protection des personnes et des biens sous son autorité. Armer une partie contre une autre pour assouvir des ambitions nocturnes n’est pas responsable non plus. Mieux, c’est faire montre d’une certaine myopie intellectuelle alors que l’Afrique est assaillie de toute part et que seul un rassemblement fondé sur les valeurs cardinales de solidarité, de paix, de justice et de dignité humaine constitue le remède.

Nous ne pouvons pas être des acteurs de la reconquête de notre Afrique. Nous ne pouvons pas continuer à être les fossoyeurs de notre propre devenir.

L’Union Africaine doit prendre ses responsabilités en faisant en sorte que le Darfour n’échappe pas à son contrôle. A défaut, elle doit disparaître tout simplement. Cela permettra aux Africains de savoir à quoi s’en tenir exactement. Puisque chaque fois qu’il y a un conflit, l’Union Africaine démontre son incapacité à le régler, il en est de même pour les ensembles sous régionaux le composant.

Pour une fois encore, la Jeunesse africaine est interpellée. Elle doit sortir de son mutisme. Le temps est à l’action à jamais.

Fait à Lomé le 10 mars 2006

La coordination
Le Secrétaire Général,

Rodrigue KPOGLI

jeudi 2 février 2006

Interview de Rodrigue KPOGLI, SG de la J.U .D.A (Forum de la semaine N° 127 du 2 février 2006)


« A Bamako, nous avons débattu dans un esprit engagé et convivial…Nous avons parlé du Togo… »

Le Secrétaire Général de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) M. Rodrigue KPOGLI a participé à Bamako dans la capitale malienne en janvier dernier au Forum Social Mondial Polycentrique (FSMP), une rencontre destinée à tous les citoyens du monde entier. A son retour, Forum de la Semaine lui a tendu son micro pour avoir plus de détails sur le déroulement des travaux et surtout la participation togolaise.

Forum de la semaine (FS) : Vous revenez du Forum Social Mondial Polycentrique (FSMP) de Bamako, pouvez-vous nous parler brièvement des activités que vous-y aviez mené ?

Rodrigue KPOGLI : Le FSM est un espace ouvert à tous les citoyens du monde. Cette année, il est polycentrique. Il s’agit là d’une forme de décentralisation du FSM car trois villes du monde : Bamako, Caracas et Karachi ont connu de façon quasi-simultanée le rassemblement des Alter mondialistes. De ce fait, nous étions à Bamako. Nous avions suivi des exposés, participé aux débats, fait des rencontres bilatérales et multilatérales et nous avons mis en chantier, avec plusieurs autres camarades, des projets pour une meilleure visibilité des luttes de la Jeunesse Africaine.

Forum de la semaine (FS) : Quels sont les sujets qui ont meublé l’évènement ?

Rodrigue KPOGLI : Il y a en eu plusieurs. Mais, il faut vous faire une précision, les organisateurs maliens avaient eu la lucidité d’offrir spécialement un espace à la jeunesse dénommé Camp International de la Jeunesse Thomas Sankara. C’est là que nous, les Jeunes d’Afrique et d’ailleurs avons débattu, dans un esprit engagé et convivial, des questions de la dette, de la condition des paysans africains, de la pauvreté, des migrations, de la Françafrique , de la démocratie, de la citoyenneté, des droits humains, de la formation et l’emploi des jeunes… Au total, nous avons parlé de la problématique du développement en Afrique.

Forum de la semaine (FS) : Pourquoi Thomas Sankara ?

Rodrigue KPOGLI : Thomas Sankara a été un altermondialiste avant l’heure.
Au départ, beaucoup ne l’ont pas compris ou n’ont pas voulu le comprendre. Ses pairs chefs d’Etat l’ont même hait car ce jeune voyait plus loin qu’eux. Ils l’ont livré.

Mais la force de Thomas c’est d’avoir su être un visionnaire au moment où ses pairs se contentaient d’être des préfets locaux. Il a devancé son temps en dénonçant des maux qui sont encore d’actualité comme la dette, les injustices, le néocolonialisme, le gaspillage, la marchandisation du continent noir.

Il a préconisé des solutions qui n’ont pas été suivies. Aujourd’hui, nous ne voyons pas comment les défis qui se posent à l’Afrique pourront être surmontés si les jeunes ne ressuscitent pas cet altermondialiste des premières heures pour avoir des leçons de lucidité analytique, de courage et d’intégrité auprès de lui. Ce n’est qu’un devoir accompli.

Forum de la semaine (FS) : Alors, à quoi toutes ces discussions ont-elles abouti ?


Rodrigue KPOGLI : Le FSM ne prend pas de décisions. Il analyse et formule des propositions alternatives au néolibéralisme martyrisant. Ces alternatives sont diffusées à l’échelle planétaire. Le FSM est un acteur politique qui cherche à inverser au profit des peuples, le rapport de force actuellement en faveur des puissances financières.
Deux centres d’intérêts se dégagent alors : le FSM formule des propositions concrètes pour un autre monde et il outille au plan théorique les participants voire les peuples à participer efficacement aux débats sur les plans local et international.

Forum de la semaine (FS) : Vous avez débattu de la démocratie et des droits humains lors du FSM. Le Togo est connu comme un des plus mauvais élèves Africains en ces deux matières. Alors, en avez-vous parlé ?

Rodrigue KPOGLI : Absolument, on en a parlé. Vous savez, les pays comme le Togo spécialisé dans la desquamation démocratique et endurci dans la violation des droits humains ne peuvent être ignorés dans ces rencontres là. C’est impossible. On ne peut cacher le soleil avec le tamis.

La question togolaise a fait l’objet d’un atelier international auquel nous avons participé en qualité d’un des animateurs. Il y a eu des projections cinématographiques sur le Togo.

Peut-être pensions-nous ne pas être suivi. C’était une fausse estimation, puisque les débats qui avaient lieu lors de l’atelier et à la suite des projections ont montré que beaucoup de personnes, en Afrique ou en Occident, s’indignent de la situation que vit le peuple togolais depuis bientôt un demi-siècle.

Forum de la semaine (FS) : De quelle situation parlez-vous ?

Rodrigue KPOGLI : Ecoutez, je fais référence à l’état social, économique, culturel et politique du Togo.

La situation des différentes couches sociales au Togo n’est pas du tout enviable. Les services de santé sont en totale déliquescence avancée. Le secteur éducatif est planté.

Economiquement, tous les indicateurs sont au rouge et les masses populaires voient, impuissantes, leur pouvoir d’achat aller à reculons. Les muscles viscéraux des populations dysfonctionnent et le bourdonnement des boyaux se fait entendre à des kilomètres. Le gaspillage et la corruption ont construit leur temple au cœur de l’Etat.

Cela fait des dizaines d’années que des Togolais vivent la répression dans une impunité révoltante. Aujourd’hui il y a des milliers de familles endeuillées. Faut-il vous rappeler que 500 morts ont été enregistrés très récemment au Togo et 40.000 réfugiés qui souffrent, en ce moment même, dans les camps au Bénin et errent au Ghana.
Les institutions sont dans une paralysie absolue. On assiste à la policisation de l’armée, à la militarisation de la police et à la milicisation de la politique. Rien n’est respecté au Togo. Les textes fondamentaux de la république sont complètement et constamment triturés. Le Togo est connu aussi pour sa brutalité envers les défenseurs des droits humains, les journalistes et tous ceux qui veulent rompre d’avec le conservatisme néfaste.

Depuis 1960, il n’y a jamais eu d’élections libres et transparentes au Togo. Les bulletins de vote rentrent dans les urnes avec une couleur et sortent avec une autre. C’est formidable, cette usine de transformation de couleur installée au Togo. Peut-être qu’avec cette usine, nous développerons notre pays !

Forum de la semaine (FS) : Mais, il est question aujourd’hui du dialogue et de la réconciliation. Pourquoi ne parlez-vous pas de cela ?

Rodrigue KPOGLI : Non ! Il faut arrêter le bluff à un certain moment même si cela arrangerait bien des gens. Un vrai dialogue politique ne se fait pas avec tambour ni trompette. Les masses le constatent et apprécient les résultats.

Vous verrez qu’à l’horizon d’une rencontre internationale au sommet, on lance des invitations au dialogue à l’endroit de l’opposition et de la société civile. Cette triviale et cyclique mise en scène politico-médiatique sert en quelque sorte de sédatif aux homologues trop curieux de savoir où en est-on avec des promesses. Seuls les individus de petites têtes ne comprennent pas ce jeu.

A notre avis, il n’y aura de dialogue que si la politique, c'est-à-dire le débat d’idées reprend du terrain sur la violence au Togo. Le droit et la loi doivent triompher pour garantir une société durablement paisible au Togo.
Pour l’instant, nous ne sommes pas dans cette dynamique de combat d’idées où c’est la persuasion qui l’emporte. La loi du lion reste et demeure le fondement du pouvoir. La statue de l’impunité continue de s’élever au-dessus de la justice. Ce n’est certainement pas dans cette ambiance que la réconciliation se fera.

Forum de la semaine (FS) : Pensez-vous que le pouvoir togolais peut arrêter et faire juger ceux qui l’ont aidé à se mettre en place ?

Rodrigue KPOGLI : Cette question a été toujours posée. Nous pensons que mettre fin à l’impunité ne s’entend pas directement de l’incarcération des individus. Il y a des formes de réparation des violations des droits humains outre les sanctions pénales. Il peut y avoir une réparation morale, en nature ou en espèce. Mais, il faut préciser que les crimes les plus abominables doivent recevoir une sanction proportionnelle.
Donc, on peut punir sans mettre en prison. C’est une question de volonté politique.

Mais, il est dit que les violations des droits humains ne sont pas l’apanage des seuls militants ou sympathisants du pouvoir. Si cela en est le cas, pourquoi ne punit-on pas tous ceux qui se sont rendu coupable de ces actes. A notre avis, il faut cesser de voir la question de l’impunité sur un seul angle.

Forum de la semaine (FS) : Quels enseignements le peuple togolais peut – il tirer du FSM de Bamako ?

Rodrigue KPOGLI : Le FSM étant une rencontre des peuples, et qu’il est clairement établi que la situation du Togo préoccupe les Alter mondialistes, la famille des démocrates et les adeptes d’un Togo nouveau ne peuvent que se sentir revigorer. Aujourd’hui, il faut qu’on aille vers la constitution de relations avec les autres peuples du monde ayant connu les affres de la dictature. C’est une occasion de fréquenter d’autres écoles en vue de la libération de la patrie.

Une leçon à ne pas perdre de vue c’est la capacité de l’impérialisme qui, à travers ses représentants locaux, peut faire semblant de baisser pavillon et de s’inscrire dans la logique démocratique en disant dialogue, dialogue... Nous estimons que le combat doit continuer car rien y compris le paradis n’est donné gratuitement malgré la bonté illimitée de Dieu. Il faut des batailles pour y arriver.

Forum de la semaine (FS) : Merci pour cet entretien.

Rodrigue KPOGLI : C’est nous qui vous remercions.

Propos recueillis par A.H.

mardi 31 janvier 2006

Atelier International sur le Togo à Bamako

Compte rendu de l’atelier international des altermondialistes sur le thème suivant : Compte rendu de l’atelier "Quelles stratégies pour sortir de la dictature au Togo ?" (au FSM Bamako 2006).

Dans le cadre du forum social mondial polycentrique de Bamako (19-23 janvier 2006), un atelier de réflexion a eu lieu le samedi 21 janvier au CRES à l’Université de Badalabougou.L’atelier avait pour objectif de réfléchir à une stratégie de sortie de la dictature au Togo. 29 participants venus de différents pays dont une majorité du Togo ont pris part à la rencontre organisée par le Comité de Soutien au Peuple Togolais (CSPT, www.soutientogo.org) et modérée par Monsieur Samba Tembely, secrétaire permanent à la Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (CAD Mali, www.cadmali.org).
Les Animateurs :
Monsieur Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A., lajuda.over-blog.com) a décrit brièvement la situation de dictature que le peuple togolais a vécu pendant trente huit années passées sous le règne de feu Eyadéma Gnassingbé. Son décès le 05 février 2005 n’a pas arrangé la situation. Son fils Faure Gnassingbé s’est imposé comme président du Togo à coup de répression et de fraude électorale.

Monsieur André Kangni AFANOU, membre de West Africa Youth Network et du Collectif des Associations de la Société Civile et des Organisations Syndicales du Togo (CASCOST) a dressé le bilan des actions de la société civile togolaise dans la période tumultueuse qui a suivi la mort de Eyadéma Gnanssingbé. Ces actions ont concerné la mobilisation du peuple togolais pour des élections transparentes, le soutien aux réfugiés, la dénonciation des violations des droits et libertés des citoyens togolais....

Dans la même lignée, Mademoiselle Enyonam ALLADO-ANKA, membre de la diaspora togolaise et du CSPT, a apporté un témoignage sur la mobilisation des togolais en France pour l’avènement d’une véritable démocratie au Togo après la disparition du Général Eyadéma : marches, sit-in, diffusion d’informations sur le cas togolais dans les médias français et sur Internet, envoi d’observateurs au Togo, etc. Soulignons que le CSPT est une initiative de citoyens français voulant témoigner la solidarité du peuple français au peuple togolais contre la dictature dont le gouvernement français est pour beaucoup responsable.

Sur un tout autre registre, mademoiselle Ashley HONKOU de Journalistes pour les Droits de l’Homme (JDHO-TOGO) a présenté le rôle de la presse dans le processus de démocratisation au Togo. Elle a décrit l’effort que les journalistes togolais font, malgré un environnement hostile, pour informer et éduquer la population.

Enfin, le dernier intervenant, Tata AMETOENYENOU, sociologue, Coordinateur des Programmes de l’Organisation d’Appui au Développement Local (OADEL, www.oadel.org) a tiré la conclusion des précédentes interventions pour dire que malgré toute ces luttes, le peuple togolais vit toujours sous l’emprise du parti RPT, parti au pouvoir depuis quarante ans.
Il a alors répondu à la question : comment faire pour sortir le Togo de cette situation ?
Se référant au thème de l’atelier, l’intervenant a fait une proposition de stratégie fondée sur trois éléments :

1/ Le manifeste de Porto Alegre, qui donne des objectifs à atteindre sans proposer vraiment de réponse concrète ;

2/ L’exemple du mouvement zapatiste, au Chiapas au Mexique. Ce mouvement qui repose véritablement sur une organisation construite par le bas et qui organise des campagnes pour que la politique joue le rôle qui n’aurait jamais dû lui échapper : faire en sorte que chaque femme, chaque homme sur cette planète puisse accéder aux droits à l’éducation, la santé, l’habitat, la liberté d’expression, etc.

3/ La déclaration sortie du sommet alternatif citoyen organisé en contre poids du sommet France-Afrique à Bamako en Décembre 2005. Cette déclaration de Bamako dit : « Pour ne pas répondre aux discours vides par d’autres discours sans effet, les participants au sommet alternatif s’engagent à mettre en place dans les prochains mois un cadre cohérent d’actions et de propositions. L’heure est venue de construire une véritable coopération entre l’Afrique et la France basée sur la vérité, la justice, l’égalité, la liberté et le respect mutuel. Le règne de la Françafrique et l’impunité de ses dirigeants doivent prendre fin. »

« Constatant l’échec de ces politiques et le refus de dialogue des participants au sommet officiel, le sommet alternatif a décidé de relayer les aspirations de la masse des citoyens, d’organiser des réseaux associatifs internationaux qui les mobilisent pour permettre à leurs résistances de se construire, de mener des actions pour exprimer leur révolte et obtenir des transformations radicales avec le peuple pour les peuples. »

Se fondant donc sur ces trois éléments, l’orateur a proposé la stratégie suivante qui, bien que se déclinant en trois point reste une et indivisible, c’est-à-dire doit être conduite simultanément :

- i. Créer un réseau de vigilance international, une sorte d’observatoire international du processus de démocratisation au Togo, ceci pour des alertes sur la violation des droits de l’homme et l’appui aux acteurs engagés sur le terrain pour un changement démocratique ;

- ii. Organiser un vaste mouvement de sensibilisation et de mobilisation au niveau mondial à l’instar de la Marche Mondiale des Femmes ou de l’Autre Campagne au Mexique afin de susciter l’adhésion de la société civile mondiale à la cause du peuple togolais ; et enfin ;

- iii. Construire un rapport de force avec le pouvoir en place, conçu sur des bases conscientes, par le bas, en profondeur, sans violence, ceci en mobilisant le peuple à l’intérieur, la diaspora à l’extérieur et les militants associatifs pour un autre monde des quatre coins de chaque continent, pour, lors d’une rencontre mondiale, permettre au peuple togolais, si isolé, de se libérer de ses bourreaux.

Les débats qui ont suivi les interventions, ont permis aux participants de mieux appréhender la réalité de la situation togolaise et d’enrichir la proposition de stratégie. Ainsi, il a été convenu que :

- Seule la mobilisation de la société civile peut aider à un véritable changement, vu l’échec répété des partis politiques, et qu’à cet égard, des exemples proches du Togo peuvent et doivent édifier le peuple togolais notamment le cas de Niger ou la Coalition contre la Vie Chère a réussi à faire reculer l’Etat et la Banque Mondiale sur l’augmentation de la TVA ;

- Cette mobilisation de la société civile doit se faire en profondeur, avec les nouveaux acteurs sociaux que sont les Comités de Développement de Quartier ou de Village, en étant surtout UNIE, en taisant les luttes intestines et les luttes de leadership ;

- La base de cette mobilisation de la société civile doit s’élargir aux autres pays de la CEDEAO et de l’Afrique, pourquoi pas, pour faire pression sur celle-ci, surtout que c’est sur elle que se décharge la France et l’Union Européenne maintenant ;

- De réfléchir au lieu de la rencontre mondiale proposée dans la stratégie, et de voir aussi quelle va être la participation des réfugiés togolais ;

- De penser dans la stratégie à la question de l’armée, celle-ci étant l’épine dans le pied du processus de démocratisation au Togo et de voir si le peuple ne peut engager une négociation/éducation avec elle.

- De rappeler à la diaspora togolaise le rôle qu’elle se doit de jouer vis à vis des représentations diplomatiques togolaises à l’étranger, en effet, ces dernières étant aux mains des tenants du pouvoir en place, toute action, ou partenariat entre togolais vivant au Togo et togolais de la diaspora est rendu difficile.

Prenant acte des différentes idées, les intervenants et les participants ont invité le peuple togolais à continuer la réflexion, et à élaborer un plan d’action opérationnel qui peut servir de base cohérente d’actions.

Le forum social mondial de Nairobi en 2007 (et d’autres espaces internationaux de débats) est une opportunité à saisir par le peuple togolais et la société civile pour mobiliser les citoyens du monde à leur cause.

Rapporteur

Yawo Tata AMETOEYNENOU

vendredi 25 novembre 2005

La J.U.D.A condamne la tuerie de jeunes élèves en Guinée.

DECLARATION

C’est avec consternation que la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique- J.U.D.A- a appris le Jeudi 24 novembre 2005, qu’alors que les jeunes élèves guinéens soucieux de leur avenir, manifestaient dans les rues de la ville de Télémélé contre le manque d’enseignants qu’ils subissent, la police faisant preuve d’une lâcheté sans égal, ouvre le feu et tire à balles réelles sur les jeunes. Bilan : 2 élèves et une femme revendeuse tués.

Rappelant que ces jeunes Africains ne demandaient que le respect d’un droit fondamental, le droit à l’éducation, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique, J.U.D.A, condamne avec la dernière énergie cet effroyable évènement.

Elle exprime tout son soutien aux familles éplorées et s’incline respectueusement devant la dépouille de ces frères lâchement tués.

Cet évènement vient confirmer les inquiétudes de la J.U.D.A qui, à travers une déclaration du 02 août 2005, dénonçait la situation socio-économique et politique ainsi que la clochardisation de la jeunesse en Guinée et appelait le Général Lansana CONTE à tirer les leçons de l’échec de son régime en se retirant pour que le pays renaisse.

La Jeunesse Africaine, par la modeste voix de la J.U.D.A renouvelle cet appel patriotique.

Elle exige de l’Union Africaine, une ferme condamnation de ce drame et une enquête indépendante avec la collaboration des autorités guinéennes en vue de punir ces Guinéens qui se croient investis du droit de vie et de mort sur leurs propres frères.

La Jeunesse Africaine affirme haut et fort par voix de la J.U.D.A qu’elle ne saurait s’accommoder de cet insidieux et brutal mode de gestion qui inscrit certains pays africains dans une tradition primitive et caverneuse où les corps habillés sont de véritables chasseurs d’hommes.

Fait à Lomé, le 25 novembre 2005

Pour la J.U.D.A
Le Secrétaire Général,

Komla KPOGLI

mardi 22 novembre 2005

La J.U.D.A dénonce le racket sur les routes du Togo et demande au Gouvernement de mettre fin à cette pratique.

REACTION DE LA J.U.D.A : LE RACKET SUR LES ROUTES DU TOGO

Le phénomène d’extorsion systématique de fonds depuis des années sur les routes du Togo, persiste. Malgré la montée des prix du carburant, les agents de sécurité routière sans aucun scrupule, continuent de ponctionner illégalement les camions d’une somme allant de 200 FCFA à 1000 FCFA.

Aux dires ironiques mais amers des conducteurs, ils sont devenus « depuis un bon moment déjà des conjoints des agents à qui, quotidiennement, ils doivent verser une somme au titre de contribution aux dépenses conjugales ». Pour cela, ils ne peuvent « répondre à cette charge pécuniaire qu’en la faisant supporter aux voyageurs ».

Ainsi, depuis la hausse vertigineuse et unilatérale des prix des produits pétroliers par le gouvernement, les voyageurs togolais paient non seulement leur transport dans la douleur mais par ricochet, ils paient cette « cotisation parallèle » aux agents de sécurité qui, font ainsi gracieusement fortune sur la sueur de pauvres citoyens.

La Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A) dénonce ce racket organisé qu’elle identifie à un véritable phénomène de coupure de route qui ne dit pas son mon. Elle demande au gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à cette pratique de corruption généralisée sur les routes du Togo et remettre les agents dans leur unique et légal rôle de sécurité et de contrôle routiers.

Il y va de la libre circulation des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire togolais et d’une volonté réelle de lutter pour une société paisible, juste et démocratique au Togo.

Fait à Lomé, le 21 novembre 2005.
Pour la Coordination,

Le Secrétaire Général,
Komla KPOGLI

E-Mail : lajuda2000@hotmail.com

samedi 5 novembre 2005

la J.U.D.A demande le transfert du siège de l'Union Africaine d'Addis Abéba après la sauvage répression des manifestations du peuple éthiopien


DECLARATION

La J.U.D.A condamne la sauvage répression policière en Ethiopie et réitère sa demande de transfert du siège de l’UA ailleurs.

Depuis les élections législatives contestées de mai 2005, le régime de Mélès ZENAWI a engagé une terrible répression contre l’opposition et une bonne partie du peuple éthiopien qui estiment « le vote truqué ». Par un communiqué de presse du 10 juin 2005, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique – J.U.D.A – a condamné la réponse de violence donnée par le pouvoir éthiopien à la contestation populaire au lieu d’engager un dialogue franc et sincère, comme le veut la tradition de l’arbre à palabre en Afrique.

Ces derniers jours, lors des manifestations dans les rues d’Addis Abéba, la répression a fait quelque 40 morts, plus de 200 blessés et plus de 2000 arrestations arbitraires.

La J.U.D.A élève de très vives protestations contre cette énième et sauvage répression du pouvoir de Mélès ZENAWI, un vieux « prédateur de la presse » et un des violateurs infatigables des droits de l’Homme que le continent africain héberge actuellement. Aussi exige-t-elle la libération immédiate et sans conditions des détenus arbitraires et une prise en charge totale des blessés par les autorités éthiopiennes.

Vu ce contexte inacceptable, la J.U.D.A demande une fois encore à l’Union Africaine, une ferme et publique condamnation de cet usage excessivement criminel de la force en Ethiopie et une enquête internationale et indépendante afin de sanctionner les auteurs de cette sauvagerie étatique.
Au nom du peuple africain et de toute sa jeunesse, la J.U.D.A réitère son exigence que le siège de l’UA soit transféré ailleurs, car il est inacceptable que l’institution panafricaine qui annonce une renaissance de l’Afrique conserve son siège dans un pays – quoique historique fût son rôle dans la mise en place de l’ex-OUA – hostile aux principes démocratiques et à la dignité humaine. Car faut-il le rappeler, la renaissance ne fera pas avec les morts ni avec les éclopés. Cette décision historique montrera la volonté réelle de rompre avec les habitudes d’un passé africain fait de laxisme, de corruption, de compromissions et de complicité assassine contre les peuples.

La J.U.D.A lance un appel à toute la Jeunesse africaine à se mobiliser contre ces pratiques précambriennes qui ne font que pousser les Africains à choisir la voie suicidaire de l’immigration clandestine et qui en définitive, freinent la construction d’une Unité Africaine démocratique et intégrale.

Fait à Lomé, le 04 novembre 2005

Pour la Coordination,
Le Secrétaire Général,

Komla KPOGLI

vendredi 21 octobre 2005

Interview de Rodrigue KPOGLI de la J.U.D.A dans le Journal Arcanes N°16


«… le problème togolais ne se pose pas en terme de présentation de programme de gouvernement … »

M. Edem Kodjo a été désigné par Faure Gnassingbé pour prendre la tête de son gouvernement. C’est dans la surprise générale que ce coup de théâtre a permis au premier ministre de resurgir sur la scène politique dans une illégitimité criarde. Le samedi dernier, M. Edem Kodjo a présenté son programme de gouvernement à l’Assemblée monocolore qui l’a investi. Le leader de la CPP peut-il trouver une solution à la crise togolaise marquée par des dissensions réelles entre les acteurs politiques. Quelles garanties M. Kodjo a-t-il pour s’engager dans ce programme aussi mirobolant ?

Nous avons demandé l’avis de M. Rodrigue KPOGLI, le Secrétaire Général de la Jeunesse Unie pour le Démocratie en Afrique (J.U.D.A).Il analyse la situation actuelle et donne sa vision du Togo d’aujourd’hui.

La Rédaction.


ARCANES : La situation socio-politique togolaise a évolué avec la nomination d’un premier ministre en la personne de M. Edem Kodjo qui, après la formation de son équipe gouvernementale, vient d’obtenir le feu vert de l’Assemblée Nationale à l’issue de la présentation de son programme. Qu’inspire à la J.U.D.A. tout ceci et quelle analyse faites-vous de ce programme ?


Rodrigue KPOGLI : Nous disons tout simplement que c’est choquant, ce qui se passe au Togo. D’abord des élections truquées ont été organisées pour que Faure GNANSSINGBE, le fils de défunt Eyadéma, soit au palais présidentiel sans aucune onction populaire.

Ensuite, à la recherche d’un brevet de légitimité, le plus mauvais choix a été opéré malheureusement car la facture présentée par l’Opposition s’était révélée lourde ; absence de volonté politique du clan aidant. Mais, il faut le dire, le schéma Faure – Kodjo était connu depuis. Malgré cela, on a fait semblant de dialoguer. Pour une fois encore la primauté est accordée aux apparences.

Donc actuellement le Togo semble-t-il, est dirigé par un président illégitime, imposé par la force brute et un premier ministre conscient de son impopularité absolue qui visiblement ne pourront réaliser le rapprochement entre les fils et les filles de ce pays déchiré.

Pour nous, l’équipe Kodjo n’est pas sérieuse. Déjà Kodjo lui-même en tant que premier ministre nommé, pose la question de la crédibilité des intellectuels africains qui, au lieu de jouer leur rôle dans le façonnage idéologique de l’institution politique se compromettent lourdement en acceptant de servir loyalement ce que la plus élémentaire des logiques aurait rejeté. L’équipe gouvernementale qu’on tente vainement de qualifier d’union nationale ne contient que des résistants à l’image de Maurice Papon. C’est une équipe de carriéristes. La nomination du frère cadet de Faure Gnassingbé, à la défense nationale et bien d’autres nominations ne répondent qu’aux exigences du clan.

ARCANES : votre analyse du programme de gouvernement de Kodjo?

Rodrigue KPOGLI : Ecoutez ! Ce programme n’est rien d’autre qu’une liste de vœux pieux. Beaucoup le qualifient, y compris dans son camp, de programme de société et non de gouvernement avec des priorités bien définies.

Vous savez, tout ce que Kodjo énonce dans son présumé programme n’est pas fondamentalement faux d’autant plus que la réconciliation, l’édification d’un Etat de droit, le redressement économique, la remise sur pied d’un système de santé et d’éducation viable, … bref la « re-fondation » du Togo est une nécessité voire une urgence pour que les peuples quittent la civière. Mais le problème togolais ne se pose pas en terme de présentation de programme de gouvernement. Et cela même les paysans illettrés le savent pour que sorbonnard Kodjo l’ignore. La question est d’abord celle de la légitimité de ceux qui agissent ou prétendent agir au nom du peuple. En conséquence, les vœux de Kodjo et de Faure Gnassingbé, ne pourront se réaliser, car ce couple impopulaire ne pourra réunir les Togolais.

La réconciliation annoncée passe d’abord par l’acceptation de la défaite de Faure Gnassingbé qui se met à la disposition de la justice avec tous ses complices. Elle passe aussi par la mise à la disposition de la justice des miliciens et autres éléments des FAT(Forces Armées Togolaises) qui ont tué, violé, blessé, cassé et volé lors de la répression à la suite de la proclamation des résultats officiels du scrutin présidentiel contesté du 24 avril dernier.

Nous pensons que résoudre la question des réfugiés togolais revient à dire, avant tout, au président ghanéen John Kufuor de reconnaître enfin les togolais sur son territoire depuis le 24 avril comme des hommes tout simplement car lui dire de les reconnaître comme réfugiés, c’est peut- être trop lui demander. Ensuite, il faut créer les conditions de sécurité propices au retour des réfugiés.

Pour la J.U.D.A, il est inacceptable que nos frères et sœurs soient en esclavage au Ghana défrichant des hectares contre quelques billets de cedis [unité monétaire du Ghana, ndlr], ou qu’ils soient à la merci de la nature et meurent de faim.


De notre point de vue, la place des droits de l’homme est tellement réduite dans ce flot de vœux. L’Etat se contentera de « promouvoir les libertés démocratiques » alors que le Togo est mondialement connu pour son hostilité à l’égard des droits humains. Le travail à faire ne doit pas se résumer en la simple promotion mais plutôt à la protection qui détruira l’imposante statue d’impunité érigée au Togo depuis 1963.

Somme toute, programme ou pas, Kodjo, en acceptant de servir de béquille à un système producteur de pièces détachées de la démocratie, approfondit la crise politique du Togo. Il en sera comptable devant l’histoire car il avait toutes les facultés intellectuelles pour le refuser.



Propos recueillis par Didier Ledoux